La bonne différence d’âge entre deux enfants

Je ne sais pas vous, mais moi j’ai lu de nombreux articles sur le sujet. Et la conclusion était toujours, toujours la même : il n’y a pas de différence d’âge idéal. En résumé : deux pages de lecture pour n’être aucunement avancé!

Je plaisante, bien sûr, car c’est certainement là une vérité importante : il n’y a pas d’écart d’âge idéal. Il y a autant de possibilités qu’il existe de familles, et chaque famille a sa propre vérité. Mais il est faux de dire que tous les écarts d’âge se valent. Voici pourquoi.

2-3 ans – l’écart idéal, mais pas tout le temps

Mes filles ont deux ans et demi d’écart. 2-3 ans, voire 4 ans, c’est ce que nous considérions comme le bon écart d’âge. Nous avons la grande (grande) chance d’avoir des facilités de conception et ainsi d’avoir pu, en quelque sorte, décider de cet écart d’âge.

Ndla : Nous portons tous un jugement sur les autres, et l’écart d’âge entre deux enfants fait partie des choses «jugeables» facilement. Pour autant, dans la grande majorité des cas, ce n’est pas quelque chose que l’on décide. Les 7 ans d’écart que vous décriez auprès de votre amie sont possiblement le résultat d’une difficulté à concevoir, tout comme des enfants d’âge très rapprochés peuvent être le résultat d’un échec de contraception et/ou d’une hyperfertilité. Nous avons tous un jugement mais il n’est que rarement nécessaire de le partager.

Ndla(bis) : Décider d’attendre 7 ans avant de concevoir un second ou troisième enfant, ou souhaiter avoir plusieurs enfants très rapprochés, est aussi un choix personnel. Votre jugement n’est toujours pas attendu dans ce cas non plus.

2-3 ans est un bon écart d’âge… mais pas toujours au début. Selon le sexe des enfants, la maturité du premier, la facilité du deuxième et votre état de fatigue, cela peut même se révéler être le cocktail explosif idéal. L’enfant de 18 mois – 2 ans et demi a, comme chacun sait, une tendance aux débordements. Ses émotions sont aussi fortes qu’un tour dans le Rock’n’Roll Coaster à 9h du matin après une nuit trop courte (le vécu…). Ajoutez-y des parents à partager, un nouveau-né couvert de cadeaux, des hormones maternelles bouillonnantes et changeantes qu’il ressent instinctivement, un tout-petit poussé dans un statut de grand réputé autonome alors qu’il porte encore des couches, et vous devinerez la difficulté que peut représenter la transition.

3 ans, c’est peut-être un bon écart d’âge mais c’est le temps qui nous a été nécessaire pour remonter la pente. 3 ans pour tempérer les jalousies, 3 ans pour apprendre à être quatre, 3 ans pour redormir correctement la nuit (et encore, je fais fi de toutes les nuits où nous nous levons encore), 3 ans pour apprendre à jouer ensemble sans s’empoigner à tout bout de champ.

Alors est-ce que ça vaut vraiment la peine, 2-3 ans d’écart?

Oui, je le pense sincèrement. Du point de vue des enfants, et à compter de 2 ans et demi – 3 ans environ (pour le plus petit), c’est un frère ou une sœur avec qui partager ses jeux, avec qui discuter, avec qui regarder la télévision, etc. En France, c’est aussi le moment où les deux enfants vont commencer à aller à l’école en même temps.

De façon concrète, nos filles peuvent aujourd’hui jouer ensemble au Memory, à un jeu de bataille, à la poupée, aux voitures, aux légos (même si la petite essaye encore d’avaler les petites pièces…). La plus grande est désormais suffisamment autonome pour préparer des choses pour sa cadette, comme le petit déjeuner, pour l’aider à faire ses lacets ou remonter sa fermeture éclair.

Du côté des parents, 3 ans, et en admettant qu’on ne veuille pas d’autres enfants, c’est l’assurance de régler toute la partie «bébé», puis «jeunes enfants», puis «enfants», etc., au même moment. B. était déjà propre à la naissance de sa sœur, mais pas depuis assez longtemps pour que nous ayons perdu la main. Les biberons étaient encore dans le placard, la poussette encore utilisée, le porte-bébé encore réglé. Cet écart a permis le transfert facile de certaines choses : siège-auto, vêtements, etc. Aujourd’hui, leurs tailles se rapprochent même suffisamment pour que je transfère directement les vêtements d’une garde-robe à une autre, sans passer par la case stockage. J’ai dit récemment que je ne pensais pas avoir d’autres enfants et cette dimension fait partie de ce qui motive notre décision. Nous n’avons pas le goût de replonger, maintenant que nos enfants ont gagné en autonomie.

5 ans et + – l’écart parfait, sauf au milieu

Après les errements de notre première année de vie à 4, je me suis mise à penser que nous aurions dû attendre. Récemment encore, B. me demandait d’avoir un bébé frère ou sœur, et alors que je rétorquais qu’elle avait déjà eu un bébé sœur, elle m’a répondu «je m’en suis pas rendue compte, et maintenant elle est plus bébé».

Et ça, c’est la vérité toute nue des aînés. B. était trop petite à deux ans et demi pour prendre vraiment du plaisir à son statut de grande sœur d’un bébé. Celles et ceux qui se sont retrouvés aînés à 5-6 ans, voire plus, se souviennent souvent avec bonheur du tout petit dont ils avaient désormais «la responsabilité». À cet âge, l’enfant est plus construit. Il connaît bien des inquiétudes mais les choses mises en jeu par l’arrivée d’un nouvel enfant, comme l’attachement, sont plus ancrées qu’à deux ou trois ans. C’est un âge où l’enfant a besoin d’être responsabiliser, ce qui tombe – il faut le dire – parfaitement avec le fait de devenir grand frère ou grande sœur.

Les difficultés surviennent souvent plus tard, quand l’aîné entre dans la préadolescence, au secondaire ou au collège, alors que son cadet est encore chez les petits du primaire. Tout sexe confondu, la configuration devient souvent ennuyeuse pour le plus grand, et difficile pour le plus petit qui perd parfois son compagnon de jeu. Vient ensuite l’autre moment difficile : le départ de l’aîné(e) de la maison, qui se produit dans tous les cas dans une fratrie (dans un sens ou d’un autre, ce n’est pas toujours l’aîné qui part le premier), mais est parfois vraiment marqué temporellement dans la vie du cadet qui n’est alors qu’au collège ou au début du secondaire. Le salut de ce type de fratrie, c’est l’âge adulte. Je pense connaître plus de frères et sœurs avec un écart d’âge important qui sont très proches aujourd’hui, que de frères et sœurs qui sont pourtant proches en âge. Je ne compte pas le nombre de fois où un ami m’a dit «j’ai seulement 18 mois de différence avec mon frère/ma sœur et on ne se parle jamais, on ne peut pas faire plus différents que nous deux!».

La différence de caractère

Il y a un autre point qui m’intéresse et m’interpelle de plus en plus. Je serais curieuse de savoir si vous avez fait les mêmes observations : dans une fratrie, a fortiori proche en âge, les traits de caractère semblent se répartir. Il n’est pas rare d’avoir un premier enfant très nerveux, et le second très calme, un aîné fort en dessin, un cadet fort en sport, un grand très indépendant, un petit toujours entouré d’amis, etc. En observant mes propres enfants – l’échantillon d’études est un peu court j’en conviens – je me suis posée la question suivante :

– Le caractère de Tempête s’est-il forgé au contact de celui de sa sœur?

Comme si, pour certains traits de caractère, le deuxième enfant prenait ce qui est disponible dans la palette des possibles.

Cette différence de caractère qui se retrouve quand même dans beaucoup de fratries peut engendrer autant d’amour que de rancœur. Différence peut vouloir dire autant complémentarité qu’opposition, et selon le sexe des enfants, leur âge et l’éducation reçue des parents, il peut osciller plus d’un bord que d’un autre.

La différence d’âge, côté parents

Si je devais répondre à la question initiale «C’est quoi le bon écart d’âge», je dirais que c’est celui dans lequel se reconnaissent les parents, celui qu’ils sont prêts à vivre. Il y a les avantages des enfants rapprochés, en mode «on donne un bon coup de collier et dans 5 ans c’est derrière nous». Les enfants deviennent autonomes à peu près en même temps, ils peuvent véritablement être des compagnons de jeux, pour peu qu’ils parviennent à s’entendre. Le pendant, c’est que chaque période difficile l’est deux fois plus : petite enfance, adolescence.

Il y a ceux qui préfèreront aller au bout de l’histoire avec leur premier enfant, avant de recommencer avec un deuxième. Accompagner le premier jusqu’à ce qu’il soit capable de voleter, avant de faire de même avec l’enfant suivant.

Avant d’être une question de personnalité des enfants, je pense qu’il s’agit donc avant tout de la personnalité des parents, de ce qu’ils sont prêts à porter, et comment.

Alors, je ne vous demanderai pas «c’est quoi selon vous le bon écart d’âge?», je vous propose plutôt qu’on compte les points de ceux qui ont le plus tapé sur leurs frères et sœurs. Quelle est la pire bêtise que vous leur ayez mise sur le dos? La pire phrase jamais dite? Qu’est-ce qui vous fait toujours penser à lui/elle/eux?

Bref, comme me le dit chaque soir, le «monsieur de la guérite» à l’entrée de la garderie «on lâche pas, la vie est belle».

-Lexie Swing-