Ta mère!

Aujourd’hui, c’est la Fête des mères au Canada, aux Etats-Unis et en Belgique, et ce sera le mois prochain en France.

Les mères – les parents en général – n’ont jamais été autant exposées que durant ce confinement. Les enfants ne sont plus « l’autre partie de notre vie », celle que l’on retrouve lorsque la journée de travail se termine. Ils sont désormais partie intégrante et physiquement présente de nos réunions de boulot et de nos appels clients, prenant la sonnerie du téléphone pour le signal suprême: celui qui indique que le temps est venu de s’écharper en lançant des « maman » à tout bout de champ et en injuriant son prochain comme le vieil oncle alcoolo à 14h25 une journée de mariage.

Aujourd’hui, ici, c’est notre fête. Et d’ailleurs c’est un peu notre fête tous les jours mais pas que pour des bonnes raisons. C’est notre fête quand c’est le jour des courses, quand c’est samedi et qu’il y a du linge en retard, quand il est 11h28 et que l’école appelle parce que le petit a le nez qui coule. C’est notre fête quand les nuits sont courtes et les journées trop longues. Heureusement c’est aussi notre fête aujourd’hui donc, et les filles ont prévu que je resterais dans mon lit pendant qu’elles dévastent la cuisine et me préparent un déjeuner-pas-au-lit (je ne sais pas comment on peut aimer ça, c’est comme laisser le chien coucher sur le lit pour moi) (dire que certains choisissent de prendre le petit déjeuner au lit AVEC le chien) (je ne sais pas s’il y a que moi qui fait une fixette sur le fait que mes chiens s’essuient les fesses avec leur langue).

C’est notre fête donc. A nous les mères de ce monde. A celles qui font du télétravail-trois-enfants-inclus, à celles qui ont perdu leur job, à celles qui font partie des métiers essentiels et qui déposent chaque matin depuis deux mois leurs enfants à l’école pour aller s’occuper des autres. A celles qui sont seules pour tout faire, et à celles qui aimeraient bien l’être, parfois. À celles qui en ont trop sur les bras. A celles qui ont des enfants étoiles à qui elles auraient tellement aimé pouvoir chuchoter à l’oreille que « tout ira bien » et qu’elles se retrouvent à implorer de protéger les siens, les yeux levés au ciel. A celles qui créent des parcours dans la cuisine et des glissades dans le salon, qui cuisinent matin, midi et soir, en chantant des chansons. Qui assurent les devoirs, qui racontent des histoires et effacent des cauchemars. Et à toutes celles qui n’en peuvent plus, qui n’ont plus envie, qui n’ont plus le goût, qui se demandent de quoi demain sera fait et comment septembre sera, pour nos tout petits.

À toutes celles qui sont mères, depuis dix minutes ou quarante ans, je vous souhaite une belle fête en ce temps de confinement. Puissiez-vous vous gâter de pancakes plein de levure et de fleurs écrabouillés. On ne l’aura jamais autant entendu que ces jours-ci mais : prenez soin de vous.

-Lexie Swing-

Journal d’un confinement – Semaine 7

Je sors du week-end plus fatiguée que je n’y suis entrée. Tempête a jugé bon de se réveiller un peu près 5 fois (ressenti : 1000) dans la nuit de samedi à dimanche, faisant passer mon temps de sommeil espéré au temps de sommeil réel de 8h à 5h. Alors que je m’étais endormie à ses côtés, les jambes repliées (son lit est relativement large mais particulièrement court), sa grande soeur m’a soudainement appelée pour me préciser que la porte de sa chambre était fermée et qu’elle apprécierait que je la réouvre. J’en ai profité pour me recoucher dans un lit digne de ce nom – le mien. Il était 4h. J’aurais dû me douter que la soirée était mal engagée lorsque ma tentative d’épilation de la demi-jambe droite s’est soldée par un échec. Le combo cire + rasoir m’ayant fait perdre un (certes petit) morceau de peau, cela a pris les soins de mon conjoint, et son assurance – je lui ai fait promettre – que je n’allais pas me vider de mon sang durant la nuit, pour que je puisse enfin remarcher. Si j’avais su que j’aurais l’occasion de mettre mon pansement de fortune à l’épreuve quelques heures plus tard…

Humeur : consternée. Je ne suis pas certaine qu’une humeur puisse être consternée mais la consternation m’habite certainement. Nous profitons pleinement de ce huis clos en famille, nous n’avons jamais été aussi sereins, détendus et accomplis – familialement parlant- que ces jours-ci. Nos filles se sont davantage rapprochées, nos projets avancent, nos boulots respectifs nous laissent du temps, la belle saison arrive et nous autorise du temps en extérieur. Malgré tout, je suis consternée par le monde extérieur, cette impression d’immobilisme. J’ai eu vent toute la semaine des protocoles qui allaient être mis en place dans les écoles de ce monde dans les prochaines semaines et moins que la peur de la maladie, c’est la crainte d’un monde anxiogène qui me rattrape désormais. J’accepte volontiers de me plier à toutes les règles en place, à la distanciation, au lavage de mains à répétition de magasin en magasin, au port du masque pour protéger les autres. Découvrir que nos enfants devraient cohabiter en tout temps à X mètres les uns des autres, rester dans la même salle tout le long de la journée durant, qu’ils ne pourraient jouer qu’avec leurs propres jeux, et jamais ensemble, qu’ils n’auraient plus ni cours de musique, ni cours de sport, ni cours d’informatique, fut pour mon humeur une toute autre histoire, dont je peine, je crois, à me remettre.

Organisation : toujours bonne. Nous avions prévu cette semaine une « journée pédagogique », donc une journée de congé puisque j’avais moi-même congé. Je profiterai certainement des prochaines pour proposer quelque chose de spécial à mes filles, un peu à l’image des journées à thèmes de Deborah. Mais en attendant, nous en avons profité pour passer du temps dans le jardin, grâce à une météo particulièrement ensoleillée, et c’était déjà une bonne entrée en matière avec la belle saison.

Couple : uni. Je dois dire que l’on se sent chanceux de pouvoir compter l’un sur l’autre en cette période compliquée.

Point d’orgue : notre commande Décat’ est enfin arrivée, deux semaines après son avis d’expédition. Un panier de basket trône désormais dans notre cours, pour le plus grand plaisir des enfants. Nous y avons ajouté un hula-hoop et une corde à sauter, avons ressorti pour l’occasion les ballons de soccer et les frisbees. Tout pour s’occuper en attendant d’être déconfinés.

A la télé : on a fait découvrir à nos filles le dessin animé Pixar « Là-Haut » (Up). Elles étaient déjà très émues devant l’histoire accélérée du protagoniste et de sa femme. Sans surprise, j’ai enfanté des hypersensibles (comme moi).

Sous mes yeux : j’ai fait de la boulimie de lecture cette semaine, en commençant par J’aurais aimé être comme vous, d’Anne Bezon, suivi d’un autre Cecelia Ahern : How to fall in Love. J’ai terminé par un roman retrouvé dans ma bibliothèque et que je n’avais pas encore lu : Loin, d’Alexis Michalik (que j’ai adoré).

Vague à l’âme : tarifs exorbitants, fermetures des frontières… à l’heure du coronavirus, l’immigration prend tout son sens. On est celui qui est loin, et qui ne pourra pas passer « faire un coucou » lorsque le confinement sera terminé.

Point bonus : la météo de cette fin de semaine, qui apporte un peu de douceur à ces moments particuliers.

Les bonnes idées de la semaine : réduire sa consommation de l’actualité au strict minimum.

À l’aube de la semaine 8, nous avons déjà confirmé – via sondage – que notre fille aînée ne retournera pas à l’école le 19 mai. Du même fait, il est probable que sa soeur ne reprendra pas la garderie. Si l’ainée semble avoir adopté ce mode de vie un peu particulier, sa jeune soeur se plaint de plus en plus fréquemment de ne plus voir ses amis. Et si nous tâchons de lui promettre de faire notre possible pour qu’elle les retrouve avant de commencer la maternelle, l’incertitude quant à une date officielle de retour et, plus encore peut-être, l’inquiétude qui entoure les conditions dans lesquelles se feront ce retour, commencent à nous peser.

Je vous souhaite une belle 8ème semaine, puisse-t-elle nous apporter des réponses, des projets, ou quelques fou-rires, à tout le moins.

-Lexie Swing-

Journal d’un confinement – Semaine 6

Six semaines d’écoulées. Mon chum se demandait justement combien de semaines nous avions déjà passées ainsi confinés… Deux de plus et nous aurons fait l’équivalent des grandes vacances. Si l’on m’avait dit un jour que je travaillerais à la maison, tout en faisant des leçons et en proposant des activités à mes enfants, le tout en restant principalement chez moi, durant deux mois (et plus), j’aurais ri. Le cauchemar s’est avéré réalité et finalement il n’était pas si pire que ça.

Humeur : bonne. Sauf que j’ai pris (encore) un kilo. La faute à toutes ces recettes que je teste, juste pour vous préparer un article récapitulatif. « Juste » pour ça.

Organisation : avec le temps qui s’adoucit (ça arrive tard ici au Québec), les récréations se font désormais dehors. Elles s’allongent à mesure que notre avis de « faire cours » se réduit. Les devoirs à rallonge comme ont à gérer certaines de mes amies en France est une galère sans nom, mais le « pas de devoirs » quand tu veux que ton enfant garde un peu le niveau est difficile aussi. Bref, #jamaiscontents.

Couple : on a réparti aussi la préparation des repas et ça c’est le bonheur.

Point d’orgue : l’un de nos restos préférés – le Charlotte – a rouvert ses portes la semaine dernière pour permettre les commandes à emporter. On a soupé d’un fish & chips (ce n’est pas du tout végé j’en conviens), d’un aligot (oui oui ici au Québec) et d’une poêlée de légumes, et c’était (presque) doux comme une sortie de couple un soir d’été.

À la télé : deux de mes séries ont sorti des nouvelles saisons, soit Brooklyn 99 et After Life. On a commencé avec After Life parce que l’humour anglais m’émeut. On s’en est tenu à « seulement » deux épisodes et la scène entre Ricky Gervais et son amie prostituée autour d’un plat de pâtes (dégueulasse, apparemment) était juste parfaite de spontanéité. Insolemment juste, malgré le contexte improbable. J’ai aimé aussi le film Love the Coopers qui a récemment rejoint Netflix Canada. Le scénario est gentillet, mais ce sont surtout les scènes d’Olivia Wilde, absolument sarcastique, qui sont savoureuses.

Sous mes yeux : j’avais besoin d’une lecture douce, j’ai cherché un bon Cecelia Ahern, une romancière irlandaise (type Chick Lit) que j’aime beaucoup. J’ai donc choisi « Thanks for the memories » – je la lis en VO – et c’était juste parfait.

Vague à l’âme : j’ai lu un titre du Monde qui disait quelque chose comme « Foie, reins, etc. que touche la Covid-19? » et j’ai fermé l’ordinateur pour ne pas savoir.

Point bonus : j’ai une journée de congé cette semaine… je pense partir en voyage dans mon jardin, bien au fond. Là où je ne suis jamais allée.

Les bonnes idées de la semaine : mon futur article sur les bonnes recettes à tester, qui s’en vient, bientôt!

Au Québec, une reprise des écoles à compter du 11 mai, pour les régions, et du 19 mai pour la grande région de Montréal, vient d’être annoncée. Base volontaire, par petits groupes. On attend d’en savoir plus pour décider ce que l’on fera. Et de votre côté, qu’est-ce qui est prévu? Et que prévoyez-vous faire?

-Lexie Swing-

Journal d’un confinement – Semaine 5

Cinquième semaine et ils sont encore 4! Personne n’a été éliminé! Les votes du public sont unanimes et nous sommes dus pour rester. Impossible de savoir combien de temps cela durera, c’est le jeu le plus long de l’histoire de la télé.

Humeur : top shape! On a trouvé une vitesse de croisière. Plus rien n’est en vue : ni la Terre de départ, ni le lieu d’arrivée. En pleine mer, nous profitons du voyage. La houle est forte par moment mais puisqu’il n’y a pas d’issue, nous apprenons à composer avec le moment. J’ai du mal à m’imaginer reprendre là, demain. Je ne suis plus sûre de comment je faisais avant et pas certaine de comment je vais faire après. J’ai enfin atteint l’état d’acceptation (avant la tempête bien sûr, celle où l’on m’annoncera que je suis coincée avec les mouflets jusqu’en septembre).

Organisation : peaufinée. Désormais, je fais avec les enfants le shift 8h30 – 10h et mon chum le 11h-12h30 (repas inclus). Entre les deux, elles font du sport et jouent. Un appel? On lance une comptine éducative (et un peu neuneu) type « Petit Ours Brun apprend à faire ses lacets ». L’après-midi, on a convaincu notre cadette que la sieste était bonne pour elle, elle fait donc semblant, dans l’espoir de pouvoir regarder « un petit dessin animé en fin de journée ». Je m’en occupe le temps d’un bricolage ou d’une recette, elles sortent avec leur père pour un match de basket ou un entrainement des chiens (occuper les enfants en les faisant s’occuper des chiens, c’est vraiment le concept gagnant-gagnant chez nous), et le soir, quand il fait beau, on enfourche les vélos.

Couple : à l’unisson.

Point d’orgue : on parle peu de l’effet que ce confinement a chez nos enfants. Ils n’ont pas d’autre choix que de subir – comme nous, mais avec encore moins de contrôle sur la situation – et il est clair que ça ne se passe pas au mieux chez tout le monde, si j’en crois les interventions sur certains groupes que je suis. La grande gagnante de ce confinement est sans conteste ma fille aînée. L’anxiété a été divisée par trois, sa gestion des émotions est excellente et elle trouve beaucoup d’apaisement à la présence de ses chiens en permanence autour d’elle. Elle s’occupe de la nourriture des animaux, met la table du petit déjeuner, fait ses devoirs sans rechigner, s’occupe de sa petite soeur et fait des kilomètres à vélo sans se plaindre. Elle fait aussi le pitre et rit à l’unisson avec la famille. Bref, ce n’est plus le même enfant!

À la télé : c’est la dèche! J’ai épuisé ma liste de films pour enfants hypersensibles. Des idées?

Sous mes yeux : Le discours, de Fabrice Caro

Vague à l’âme : comment va -t-on faire pour reprendre une vie normale après tout ça?

Point bonus : les gozlems que j’ai cuisinés hier soir et pour lesquels ma fille a dit « Maman fait les meilleurs du monde ». Elle n’a pas de point de comparaison bien entendu, mais j’aime l’idée que mes enfants pensent qu’il y a des choses que leur mère fait mieux que personne.

Les bonnes idées de la semaine : le site éducatif ortholud.com, qui regorge d’idées d’exercices et l’utilisation des Smart Games pour le cours de maths.

Partout, la vie semble être entrée dans une certaine routine. Les initiatives éclosent moins, pour laisser la place à une sorte de normalité temporaire. C’est à la fois dommage et rassurant.

En France, certains ont pris la décision de suivre le calendrier scolaire et ainsi de passer en mode « vacances ». Il n’y a pas de vacances prévues ici entre mars et l’été, et je ne me sens pas prête à laisser aller notre précieuse routine. Nos week-ends sont pour moi les plus déroutants, et me demandent déjà à chaque fois une sorte d’ajustement. Et vous, qu’avez-vous prévu sous votre toit?

-Lexie Swing-

Journal d’un confinement – Semaine 4

Je commence à me demander de combien de semaines sera fait ce journal… S’arrêtera-t-on à 9? À 11? Verra-t-on le soleil baigner les fenêtres d’une chaude lumière d’été sans possibilité de courir se rafraîchir au parc? Ma belle-mère pourra-t-elle venir passer quelques semaines chez nous en juillet? B. voyagera-t-elle vers la France? Mes parents seront-ils présents fin août pour la rentrée en maternelle de Tempête?

Le plus effrayant, dans ces pas que nous faisons, c’est la Terre que nous ne voyons pas. Nous sommes des explorateurs qui naviguons depuis bien trop de jours déjà en direction d’une terre promise que nous n’en finissons plus d’espérer. En haut du mât, ceux qui guettent à la longue vue sont aussi perdus que ceux qui gèrent la carte, depuis les tréfonds du bateau, les pieds glissés sous leur bureau. Le brouillard est épais et nous sommes aveuglés.

Humeur : en yo-yo. Un coup ça va, un coup ça va moins. Je menace de quitter le navire et puis la minute suivante, je pars en exploration au grand air, chiens et enfants sur les talons, et je m’apaise de nouveau. Pour tenir, je jalonne mes journées d’attentes et de petits accomplissements. Je me berce dans les livres, ponctue mes soirées de films et séries, plonge mes mains dans la pâte à pain et cuis bien trop de gâteaux.

Organisation : meilleure. Rédiger « mes cours » et réfléchir aux activités la veille fait diminuer le stress et améliore la routine. Au Québec, nous n’avons pas de devoirs fournis, mais des ressources diverses sont partagées régulièrement. Notre horaire est désormais bien établi et je crois que j’en viens à préférer la régularité d’une journée de semaine au gouffre à remplir d’un week-end de confinement.

Couple : amoureux, toujours, mais envisage de vendre les enfants.

Point d’orgue : toute cette nourriture que je façonne et dans laquelle je me plonge comme un doudou.

À la télé : le Retour de Mary Poppins! De quoi donner envie à ma belle Tempête de chanter la plupart de ces questions, après ça. Et pour les grands, « La vie scolaire », film français, est arrivé hier sur Netflix, j’ai adoré!

Sous mes yeux : La vie qui m’attendait de Julien Sandrel et Dans les forêts de Sibérie, de Sylvain Tesson. Pas la même ambiance, clairement…

Vague à l’âme : mes enfants sont relous. Je ne dis pas qu’elles n’ont pas de bonnes raisons de l’être, que la situation n’est pas en train de leur monter à la tête, que si elles pouvaient elles n’écriraient pas leur propre journal de confinement qu’elles nourriraient de critiques à notre égard, ou même qu’elles ne sont pas seulement le digne reflet de leurs parents. Mais elles sont super pénibles depuis quelques jours. Elles se battent. Avec les poings. Elles se plaignent sans cesse l’une de l’autre. Elles emm****** les chiens. Elles retournent la maison sitôt les pièces rangées. Elles mettent de la terre sur le plancher et des poils de chiens sur leurs draps. Elles m’appellent TOUT LE TEMPS. « Maman » est le mot qui résonne le plus dans la maison. Je suis sûre que même les chiens m’appellent comme ça maintenant. On joue à « Achève-moi si tu peux » et comme la petite est en train de gagner, la grande s’est lancée dans une contre-offensive en règle : elle ne m’appelle plus « Maman » mais par mon prénom. Ça me donne carrément envie de la mordre. Devant ma colère, elle m’a même demandé si elle pouvait au moins m’appeler par la première lettre de mon prénom seulement (NON). Elle s’essaye donc avec « T. » : « Dis T., on mange quoi? », « Téééééé., ma soeur vient de jeter mon jeu de cartes dans l’escalier », « Dis donc, T., t’avais pas dit que tu ferais des pâtes? ». Bref, elles vont probablement me rendre dingo.

Point bonus : nous avons un projet qui avance! C’est important de faire avancer des choses dans le futur, ça permet de se tenir debout dans le présent.

Les bonnes idées de la semaine : le Xanax? ;) Le petit site des Explorateurs, qui fait de la vulgarisation scientifique.

J’ai bon espoir que le temps avançant, nous tombions dans une habitude agréable et apprenions à mieux vivre ensemble. À force de me demander quand la vie reprendra pour de bon, je ne parviens plus à accepter comme je le faisais au début l’état actuel des choses. Peut-être devrais-je travailler à accepter, à ne plus voir le déconfinement comme une ligne d’arrivée. Et vous, comment le vivez-vous?

-Lexie Swing-

34 printemps

Je vous dirais bien ce que ça m’invoque, d’avoir 34 ans, mais la vérité est que ça ne transporte aucun élan.  J’ignore si c’est la faute à la pluie, ou au confinement, à ce temps qui semble comme suspendu ou seulement à cet âge sans couleur, ni une moitié, ni un début. Un âge pair en plus, moi qui ait toujours préféré les autres, les 1 et 5 et 7.

Je ne sais pas me retourner et observer le temps écoulé. J’ai une nature à courir toujours vers la suite, et je me force maintenant à marcher dans le présent. Le passé, lui, m’est étranger.

Pourtant, plus le temps passe et plus les chiffres me donnent le vertige. 30 ans que je la connais, 19 ans depuis la naissance de plusieurs de mes plus belles amitiés, 13 ans depuis notre premier baiser, 8 ans depuis le premier message Whatsapp, échangé avec mon groupe de futures mamans, 5 ans bientôt qu’elles sont deux…. Il y en a tant de chiffres qui marquent nos existences… Ce blog même est né il y a bientôt 8 ans, alors que j’attendais mon tout premier enfant. 8 ans à laisser des traces, à décrire des envies, étaler des projets, raconter un quotidien et formuler des opinions. 8 ans à grandir aussi. Le tout premier article était celui-ci : Un blog, pour quoi faire? À l’époque déjà, je savais certainement qu’il me serait impossible d’être exhaustive, de me cantonner à quelques sujets. J’aurais été bien en peine de tenir un blog cuisine ou littérature.

Dans mon deuxième article, je parlais du magazine 6mois, déjà! Preuve que j’ai une certaine loyauté. J’ai toujours été bouleversée par la photographie. Je suis une excellente spectatrice, à défaut d’avoir un quelconque talent de photographe, et je peux passer des heures à parcourir un recueil de photos ou une exposition.

Dans le troisième article, il est question du manque de représentation féminine parmi les réalisatrices mises en avant lors du festival de Cannes. Un article d’opinion. Il faut savoir que pendant quelque temps, j’ai écrit à titre purement anonyme, refusant obstinément que quiconque me connaissait puisse avoir accès à mes écrits. J’ai longtemps été incapable de formuler une opinion en mon nom, aussi sensée soit-elle. J’étais vide d’arguments, muette et incapable de défendre une prise de position. Ça a changé brusquement, mais uniquement pour des sujets qui me tenaient à coeur : la place des femmes dans la société, la maltraitance animale, le traitement réservé à autrui par une bande (le harcèlement)… De muette, je devenais enflammée. Ce n’était plus une opinion, c’était une déclaration de guerre. Je n’ai jamais su faire dans la demi-mesure.

J’ai écrit des articles sur plein de sujets, sur des bouquins, sur des séries, sur des choses entendues. J’avais une écriture assez immature, et à voir les sujets que je traitais, j’étais plus draînée par le souhait de montrer l’image d’une journaliste ouverte sur le monde que par une volonté de partager qui j’étais vraiment. En 2012, je m’insurgeais pour la première fois contre le traitement accordé au mariage gay par l’opinion publique. Aujourd’hui encore, je ne sais pas de quel côté se situait la majorité, mais les anti… bon sang qu’est-ce qu’on les entendait! Ce climat-là est l’une des raisons qui nous ont poussé dehors. J’étais alors enceinte de mon premier enfant et je n’imaginais pas la faire grandir dans cette intolérance à laquelle je ne comprenais rien. Je n’ai jamais rien compris à ceux qui jugent l’homosexualité. Je ne suis pas une sainte, je suis – comme tout le monde – pleine de jugements, qui heureusement évoluent. Mais, sûrement grâce à mon éducation, j’ai grandi avec l’idée que l’on pouvait avoir différentes orientations sexuelles, et qu’aucune n’était supérieure à l’autre. Et même si j’avais conscience que les gens pensaient parfois différemment, je pense que je n’en avais jamais pris la mesure… jusqu’à cette année-là.

Si je devais réfléchir à mes 34 ans, et boucler cet article qui n’en finit plus, je dirais que cette année fut celle de l’introspection. Depuis quelque temps, j’accepte enfin de regarder en arrière. Je démêle, je soupèse, j’évalue. Je me fais aider pour connaître les racines et les trajectoires. J’apprends enfin d’où je viens, en espérant accepter ainsi où tout ceci me mènera.

-Lexie Swing-

 

Journal d’un confinement – Semaine 3

Cette semaine-ci a été bien meilleure que la précédente, on sent qu’on commence à prendre le rythme. La patience va fluctuante – en témoigne notre retour précipité dans la maison en fin d’après-midi alors que je glissais à mon conjoint « je les rentre maintenant parce que je commence à avoir quelques pensées criminelles ». Notre sortie au jardin avait débuté sous les meilleurs auspices – un ciel bleu azur – mais c’était sans compter la Chouineuse, notre numéro 1, qui avait décidé que rien n’allait, ni le poids du ballon, ni le panier de basket improvisé, ni la boue du jardin (ils étaient, dans l’ordre, « trop lourd, trop facile, trop collante »). Après une remise aux ordres (« je compte jusqu’à 3, si tu te plains encore, tu rentres dans ta chambre et t’y passes l’après-midi » – l’éducation bienveillante à son meilleur), tout aurait pu s’arranger. Mais la Casse-Pieds, notre numéro 2, en avait décidé autrement. Elle a ainsi choisi de laisser libre-court à sa nature d’enquiquineuse en chef en volant le ballon de sa soeur, renversant le panier improvisé et s’étalant dans la boue. En résumé, « une douce après-midi de printemps », comme le décrirait une influenceuse sur Instagram. Et encore, je n’en ai que deux, des enfants. Les parents d’enfants nombreux devraient être sanctifiés…

Humeur : confuse. Il y a des moments réellement difficiles, comme lorsque ma cadette réclame en pleurant ses amis, parce qu’elle ne parvient pas réellement à comprendre pourquoi elle ne peut plus retourner à la garderie et qu’elle s’inquiète de commencer l’école en septembre sans avoir pu les revoir. A côté de ça, nous profitons de plus en plus de ce quotidien apaisé que nous avons, sans course folle pour arriver à l’heure partout où l’on nous attend, quotidiennement.

Organisation : en marche. La troisième semaine nous a amenés une certaine forme de routine. On fait les cours le matin et des activités manuelles l’après-midi, et lorsque l’on doit se concentrer sur un appel ou un travail particulier, on fait parfois intervenir le Dieu télé. On a décidé à l’unanimité de nos deux voix de sucrer les dessins animés parce que Tempête, accro aux écrans, devenait surexcitée. On les utilise désormais pour retransmettre un cours de sport pour enfants, un documentaire animalier ou un cours d’anglais; ou on branche les casques sur un podcast en plusieurs chapitres, et on est tranquilles quelque temps (pas trop non plus) (tu sais jamais à quel moment l’un des enfants va décider que les podcasts, c’est nul, mais que s’enfiler une prise mini-jack dans le nez, c’est mieux).

Couple : amoureux. Si si. Il a fait le souper et je suis partie faire du vélo. S.E.U.L.E. Si c’est pas de l’amour, ça.

Point d’orgue : le vélo justement. Au Québec, nous ne sommes pas (encore) confinés. Nous avons donc le droit de sortir pour une balade (pas trop non plus), en gardant une distance avec les autres. Si on est en couple, on peut se tenir la main par contre (vous y croyez, vous, que notre premier ministre québécois a dû répondre à cette interrogation, PARCE QUE DES GENS SE POSAIENT LA QUESTION…?). On a donc sorti les vélos plusieurs fois cette semaine. Souvent, je suis en course à pieds, Tempête ayant la fâcheuse habitude d’abandonner soudainement sa trottinette au milieu de la rue et de partir en courant de toutes ses petites jambes derrière son père et sa soeur. Mais course ou vélo, dans tous les cas, ces sorties nous ont fait un bien fou. Je ne veux en aucun cas narguer ici ceux qui n’ont pas la possibilité de sortir. Mais je me rends compte à quel point ce que l’on prenait pour acquis devient important lorsque limité (ou interdit).

À la télé : les Croods! Absolument fabuleux.

Vague à l’âme : les questionnements. À trop lire les nouvelles, je m’interroge beaucoup : si l’on doit atteindre un pic d’immunisation alors que l’on est tous confiné pour ne pas avoir le virus, ressortira-t-on un jour? Je sais que des gens espèrent encore pouvoir ressortir le 15 avril, et que la plupart d’entre nous comptent sur début mai; mais j’avoue aujourd’hui espérer surtout que mes enfants puissent passer au moins quelques jours avec leur classe actuelle à la fin de l’année. Oui, j’en suis rendue là, et je ne crois pas que l’on « nous ment » en parlant de début mai, mais je crois par contre que l’on nous ménage…

Point bonus : tous ces messages, appels audios et appels Facetime que l’on partage avec notre famille et nos amis!

Les bonnes idées de la semaine : les idées d’ateliers du blogue Les mercredis sous la pluie et les ressources québécoises de l’École Ouverte.

La semaine 3 se termine et c’est quand même une bonne chose. Rendu à trois, on peut se dire « qu’on tient le bon bout ». Je vous souhaite une belle nouvelle semaine, avec du soleil surtout. On dirait que c’est toujours plus facile au soleil (la misère…).

Des bises!

-Lexie Swing-