Femmes

Galanterie : savoir-vivre ou sexisme?

Une porte à passer et le geste de la main de l’homme qui se tient à mes côtés. Un proche, un inconnu. Qu’importe. Un signe de tête imperceptible. Sa main pour retenir la porte. Son épaule contre la chambranle.

Un ascenseur. Des hommes et des femmes. Des hommes qui s’effacent. Et laissent passer les femmes. Un regard circulaire. Un couloir qui se créé entre les costumes, entre les cravates et les chaussures cirées. Et moi qui le traverse.

Un fonctionnement acquis, une danse qui se répète. Un ascenseur encore. Un seul homme et cinq femmes. L’homme est près de la porte. Il sera le dernier à sortir. De l’épaule il retient le mouvement de mâchoire, la porte qui s’agite, prête à repartir.

On voudrait changer la donne, prendre sa place, être une égale, épaule contre épaule, intelligence contre intelligence. Mais selon toute vraisemblance, l’éducation et l’habitude nous ont plus façonnées que la volonté et les certitudes. Dans mon repère, les femmes sont brillantes et fières, plus égales aux hommes qu’elles ne l’ont jamais été dans beaucoup de sociétés de part le monde. Mais elles acceptent le jeu, jouent leur rôle.

Et quel rôle d’ailleurs? Que font ses hommes qui laissent passer, qui tiennent la porte? Quels arrières assurent-ils? Quel danger retiennent-ils? Comment, même dans cette société bien plus égalitaire que d’autres, la galanterie a-t-elle si bien gardé sa place?

Et que faire, d’ailleurs? Et doit-on faire quelque chose? Est-ce une autre forme de soumission féminine et de domination masculine? Peut-on considérer que seule la volonté d’aider règne ici? Est-ce important, de refuser de valser cette danse?

Je sais ce que vous en pensez, on s’en fiche un peu de tout ça non? Je suis d’accord. Qu’importe la galanterie, elle ne changera pas la face du monde. En tout cas pas aujourd’hui. Mais si elle la changeait, demain? Si la refuser aujourd’hui permettait de promouvoir l’égalité dans dix ans? Si mon refus, accompagné d’un sourire, ou ma propre politesse (« non je vous en prie, vous le premier ») autorisait mes filles, et les vôtres, à être un jour les parfaites égales des hommes? Si ça leur permettait, à elles aussi, d’assurer un jour les arrières d’un homme, de votre fils peut-être, sans qu’il s’en sente diminué mais au contraire rassuré, voire valorisé?

Plus jeune, hier, je me sentais flattée. Aujourd’hui, je m’interroge. Et demain?

Et puis vous, qu’en pensez-vous?

-Lexie Swing-

Lexie

Des vacances dans le Sud de la France

Suspendu. C’est le mot qui sied le mieux au temps, ces jours-ci. Il s’écoule avec une infinie lenteur, larvé dans une maison en pierres, sous le soleil de Provence. Les minutes s’égrènent avec hésitation. Les groupes se dispersent. Qui pique une tête dans la piscine, qui complote en observant les fourmis au bout du jardin, qui lit à l’ombre du toit de bois, dans le salon d’été, qui rebondit sur le trampoline, au bout du petit chemin, et qui tape au loin, défendant avec acharnement son jeu au tennis, sous un soleil de plomb.
Il y a bien longtemps que nous n’avons pas franchi les limites de la propriété. Qu’elle se suffit. Qu’elle nous suffit. Microcosme dissimulée dans la végétation provençale.

Bientôt, pourtant, on reprend la route. Le temps d’embrasser encore mon amie et sœur que j’aime de tout mon cœur. Les grands-parents. Les oncles et tantes. On fait un crochet par nos terres stéphanoises. Un autre par celles, au milieu des volcans, qui nous ont vus grandir. Et puis on rejoint notre Sud-Ouest d’adultes. Notre premier appartement. Notre deuxième. Notre première maison. Nos allers-retours dans la région montalbanaise. La maison aux volets bleus de mes parents. Les bordures qui sentent la menthe fraîche. L’immense jardin que je tonds. Les chevaux que l’on nourrit, la main bien à plat, et les « tiens donne-leur toi maman ». Le beau Gibbs blanc et noir. Le chat que j’évite. La balade en péniche à l’ombre des platanes et les écluses qui n’en finissent plus de s’ouvrir. La visite à Toulouse pour voir les amis et s’inviter dans les lieux de nos premières amours. Notre crêperie. Notre papeterie. Saluer la fac. Se demander si le sens de la rue a encore changé. S’étonner du nombre de commerces qui ont fleuri depuis notre dernière visite. Visiter des amis à Bordeaux. Rencontrer pour la première fois un grand bébé de trois ans. Se rendre compte que l’enfant qu’on a connu minuscule va entrer au CP. Et que notre grande fille n’était alors qu’un bébé.

Alors les vacances s’achèvent, on remplit les sacs en faisant des piles un peu partout sur le sol de la chambre. Les tas sont énormes, les sacs débordent, et l’on ouvre les boîtes de cadeaux pour y loger d’autres petites choses, le nougat entre deux livres et les carnets glissés entre deux morceaux de puzzle 4 ans et + phosphorescent. Les souvenirs s’imbriquent, le temps s’accélère, il est temps de partir. A 4h le réveil sonne. La nuit aura duré le temps d’un battement de paupières, à peine. Voiture, débarquement, aux revoirs, contrôle, douanes, embarquement, longues heures de vol, et puis Montréal, en dessous de nous. Montréal au bout de la piste. Montréal, qui brunche, entre deux averses. Et notre amie qui nous attend, debout à côté de la voiture. Les bagages que l’on jette dans le coffre, le chien que bientôt on récupère, les vêtements et les objets que l’on range, les jouets que l’on ressort. Et la vie, que l’on reprend. Montréal, nous revoilà.

-Lexie Swing-

Crédit photo : DR Lexie Swing

Canada

Le coup de pouce à la canadienne

Hier, comme certains d’entre vous le savent grâce à Facebook, j’ai eu droit à une beau coup de main. Perdue sur le stationnement de la gare, sans autobus pour me ramener, j’ai bénéficié de l’aide d’une conductrice sur le départ pour me ramener chez moi avant que je sois en retard pour la garderie. Une simple phrase et elle m’a ouvert sa portière.

Ce que vous ignorez, en revanche, c’est que le jour même où je racontais ce beau geste, un autre s’est produit. Dans l’autobus qui me ramenait en ville – cette fois-ci j’avais eu la présence d’esprit de monter à bord à temps – je me suis rapidement retrouvée seule passagère. Alors que je m’enquérais du parcours suivi par l’autobus et de l’arrêt où je devais descendre pour aller récupérer ma voiture, le conducteur a pris à droite au stop. « Je vous emmène, m’a-t-il proposé. Je reprendrai mon itinéraire juste après. » Et c’est ainsi qu’il m’a déposé devant le capot de ma voiture, à deux blocs de là.

Bien sûr qu’il existe des tas de gens bienveillants et qu’il suffit de sourire un peu, un peu plus large, et un peu plus franchement, pour réveiller cette gentillesse et donner le tour de clé nécessaire. N’empêche qu’il n’y a qu’ici, au Canada, que je l’ai sentie si proche, si palpable. Pour toutes les fois où on m’a rapporté un toutou tombé de la poussette; pour toutes les fois où on m’a porté ma poussette pour monter dans l’autobus; pour toutes les portes qu’on m’a tenues; pour les coins de parapluies qu’on m’a prêtés au passage piéton, en attendant que le feu passe au vert; pour les places assises qu’on m’a laissées; pour la voiture que j’avais coincée dans un banc de neige et que mes voisins – alors tout nouveaux pour moi – ont aidé à dégager; pour la mère de famille qui s’est arrêtée, alors que je marchais sous la pluie battante, pour me demander si j’avais besoin d’un lift jusque chez moi; pour les tomates qu’on a accrochées à la porte de ma maison à cause d’un potager qui débordait; et pour tous les jouets que ma voisine dépose sur notre palier au fur et à mesure que son sous-sol se vide.

Il n’y a qu’ici que je me sens à ce point entourée, à ce point paisible. Parce que j’ai le sentiment que, si je tombe, il y aura des gens pour me relever. Et que si mon char m’abandonne, en rase campagne, il y aura des gens pour me ramener. C’est important, la bienveillance. Parce qu’on vit rassuré, on vit paisible, et on a le goût de donner à son tour, de porter quelques sacs et de tendre son parapluie. Ça rassure et ça porte, les jours de disette, quand les pleurs résonnent dans la maison et que l’on s’accroche au robinet pour ne pas partir avec l’eau qui se rembobine dans le siphon de l’évier. On pense à ce lift, les cheveux au vent, dans une décapotable. On pense au regard ahuri des passants, de nous voir descendre comme une Reine de Saba de notre bus momentanément privatisé. On pense aux sourires surtout, aux regards croisés et à l’interrogation qui s’y lit. Je peux faire quelque chose pour vous aider? On ne dit pas toujours oui mais c’est suffisant, d’avoir proposé, d’avoir demandé, d’avoir montré que non, nous ne sommes jamais tout à fait seuls, sur Terre.

-Lexie Swing-

Cuisine, Enfants

« J’aime pas ça » {repas et enfant}

A 4 ans, on aime un jour mais pas toujours. Surtout le riz et le brocolis, surtout si c’est vendredi et qu’on préférerait des pâtes avec des petites lettres pour faire des mots, hein, dis oui maman.

Tous les soirs, si seule elle choisissait, B. mangerait l’alphabet. Mais en parents contraignants, nous diversifions leur alimentation. Nous jouons la carte des légumes, du quinoa et fruits à tous les repas. On est pénibles, mais pas trop quand même. De la crème glacée deux repas de suite ne nous fait pas froid au gosier, et les bonbons, s’ils ne sont pas légion, ne sont pas pour autant bannis de la maison.

Mais nous avons des règles. On goûte, et on juge. On n’aime pas? On prend son yogourt, et on s’en va. Mais on goûte, c’est la règle. Et parce que B. a quatre ans, outrepasser la règle est devenu son objectif.

Ainsi certains soirs elle gémit, elle trépigne, elle se roulerait par terre de devoir goûter du maïs ou des tomates farcies. On insiste : « Une seule cuillère, pour goûter ». Et souvent ça marche. Elle goûte. Parfois même, elle en reprend un peu, pour voir si… Ça veut dire que la règle fonctionne et qu’elle a raison d’être. Aller au delà des appréhensions et découvrir le goût des choses.

Mais parfois, parce qu’elle a 4 ans et besoin d’asseoir sa volonté, la consigne se fait menaçante et la perspective du dessert ne suffit plus. L’engouement parental ne trouve pas écho et la crainte de quitter la table sans délai ne l’effraie pas du tout.

Ainsi, ce soir, elle a quitté la table. Elle a bu un verre d’eau, un verre de lait d’amande et elle a quitté la table. C’était la deuxième fois qu’elle tentait d’obtenir du sucré sans passer par le salé. Mais les consignes sont simples à la maison, elles sont souples aussi. Mais on n’y déroge pas.

Et si elles peuvent sembler un peu absconses, elles ont leur raison d’être. Elles trouvent leurs racines dans le souvenir d’une petite fille de 5 ans qui ne voulait pas manger. Une petite fille de 8 ans qui avait peur des œufs au plat. Une adolescente de 14 ans qui détestait le riz. Une adulte de 20 ans qui ne mangeait pas les aliments « qui se touchent dans l’assiette ».

Et même si tout le monde n’est pas cette petite fille là, et même si les enfants évoluent et font d’autres choix, moi je souris tranquillement quand mon amie me dit « bof il mange que des pâtes mais ça lui passera ». Parce que oui, c’est vrai peut être, peut être ça lui passera. Peut-être qu’il se découvrira un goût certain pour les épices, pour le fait maison, pour les légumes de saison. Peut-être qu’il aura un palais incroyable et deviendra critique culinaire. Et les journaux en feront leur anecdote, de ce gourmet-là qui ne mangeait que des pâtes, à 5 ans.

Mais sache que non, tout le monde ne change pas. Et que certains comportements sont vains, ancrés dans l’individu comme une routine bien huilée. Voir un nouveau plat, dire je n’aime pas au simple regard, réclamer des crêpes surgelées.

Tu me dis « tu es beaucoup trop dure, moi je le laisse manger ce qu’il veut, ça finira bien par lui passer ». Et je te crois. Mais sache que non, parfois, ça ne passe pas. Et l’on passe sa vie à déconstruire ce manque d’apprentissage, ce goût qu’on a pas forgé, cette appréhension de la nourriture qu’on a créé. On devient un poids pour sa famille, un vrai boulet de la vie en société. On rencontre l’homme de sa vie, on fait la moue au premier grain de riz, et on croise son regard incrédule. On a 20 ans, on fait la liste des choses que l’on n’aime pas, et on n’a pas assez d’une feuille A4 pour en venir à bout.

Ça m’a pris 25 ans pour aimer manger, ma belle amie. Alors sache que je ne passerai pas les 26 prochaines années à lui faire cuire des crêpes surgelées.

-Lexie Swing-

Enfants

Les rêver libres {Education}

On rêve son enfant astronaute, médecin, professeur. On l’imagine en couple, et puis parent. On le voit entouré. On le dessine heureux.

Quand on est parent, et pour peu que l’on ait un peu d’imagination, on s’invente volontiers toutes sortes d’histoires heureuses autour de nos enfants, des milliers de premières fois. On joue la scène à une seule voix, faute de connaître la leur, celle qu’ils auront plus tard, leur caractère, notre relation.

Elle sera la sportive, il sera l’artiste de la famille, elle aura toujours eu du goût pour la musique, il aura toujours aimé les sciences… On essaie de dresser un portrait, volontiers discordant. Qui sait ce que ce trublion en couche-culotte sera capable de faire avec deux chiffres et un crayon? Qui me dit que la finesse du trait de son bonhomme patate augure d’une artiste en devenir ? Que son goût pour la nourriture fera d’elle une cuisinière hors-pair?

Ce matin, les yeux mi-clos sous le soleil de printemps (une denrée rare ces jours-ci!) je les imaginais dans un des plus beaux rôles que la vie nous donne : celui de l’amoureux. Une porte qui s’ouvre, une main tendue, une autre qui s’agrippe à celle de ma fille. « Maman, je te présente… »

Il est brun, grande stature, sourire poli.

J’ouvre mon champ des possibles.

Elle est blonde, petite, yeux de biche.

Je tourne encore quelques clés.

Il est noir. Elle porte un voile.

J’ai poussé la porte. Je passe tout en revue. Il, elle, petit, grande, africain, asiatique, arabe, caucasien, religions diverses, origines diverses, gros, maigre, poilu, trapu, whatever.

Je me confronte aux possibles.

Je suis mauvaise en surprise. Les bonnes, comme les mauvaises. Je ne sais pas les accueillir. Je ne sais pas comment dealer avec. Je manque de spontanéité.

Mais il y a des situations où un « euh » et un regard fuyant ne passeront pas. Quand on a 15 ou 20 ans, qu’on a une belle relation avec ses parents, on veut l’approbation toute entière. Là tout de suite maintenant. Pas dans 5 ans, après des années de cris, de froid et d’hostilité. On veut lire la fierté, on veut lire l’amour, on veut l’absolution et la confirmation.

Je m’ouvre aux possibles car la grandeur de l’amour et les sentiments de mes filles sont les seules choses qui m’importent. Le visage de l’amour n’a aucune importance. Ou plutôt il en a mille: la grandeur de son sourire, le pétillant de ses yeux, la justesse de son humour, la bienveillance de ses propos. Je veux pouvoir m’attarder à mes essentiels, en faisant fi du superflu.

Alors pour ça comme pour le reste je me prépare, je réfléchis. Je ne veux pas mes belles paroles rester lettres mortes. Je ne veux pas du « partout mais pas chez moi ». Je veux que ce soit une possibilité. Des tas de possibilités. Je voudrais que dans leur bouche rien ne sonne comme une révélation, à notre égard. Je voudrais que ce soit une évidence. Que la simplicité prenne le pas sur la justification et sur les étiquettes. Qu’elles puissent me présenter leur « blonde » sans apposer d’étiquette à qui elles sont ou à leur relation. Qu’elles puissent me présenter un homme de confession musulmane sans s’excuser « il n’est pas pratiquant ». Je ne veux pas d’excuses. Je ne veux pas de cases, je déteste les cases. Elles seront et sont déjà bien trop plurielles pour être estampillées d’un label particulier et rangées dans une étagère. Au même titre qu’être artiste n’exclut pas d’être scientifique, qu’être littéraire n’empêche pas d’adorer les maths, qu’être une femme ne donne pas forcément l’envie d’être mère et qu’aucun homme ne vient au monde avec le petit manuel du bon plantage de clous.

Il n’y a que des préférences, des apprentissages et des expériences, ce sont les seules choses qui nous dessinent et nous définissent.

Mon point de résistance : l’âge. Un homme ou une femme (bien) plus âgé(e), plus proche de mon âge que du leur. Voilà un élément qui bloque dans mon imaginaire.

Qu’à cela ne tienne, j’ai dix ans pour travailler dessus !

-Lexie Swing-

Canada, France, Immigration

Petit guide à l’usage de nos proches français

On s’en va bientôt visiter la France, son pain, son chocolat, son vin, son aligot, ses viennoiseries (j’ai faim, ça se voit non?) et son soleil (j’espère!). Avec moi j’emmène mes enfants (deux, un petit modèle, un grand modèle). Deux enfants qui ont grandi loin de la France. Avec tout ce que ça comporte comme avantages et inconvénients lorsqu’ils se retrouvent en Mère Patrie. Il se peut qu’il y ait des quiproquos. À ce titre, je vous propose donc à vous, mes amis et famille de France, un guide rapide et non exhaustif qui nous sauvera à tous bien des malentendus.

– La première fois qu’elles vont vous voir, elles vont crier et avoir la trouille. C’est que vous étiez derrière un écran d’ordinateur et maintenant vous êtes faits de chair et d’os. Laissez-leur un peu de temps pour s’habituer.

– Elles vont probablement confondre vos noms (mais rassurez-vous, la petite appelle aussi son père «Maman»).

– Elles ont l’accent du pays où elles vivent, surtout la grande. Elle dit «lô» pour là, elle dit «ça se peut-tu?», elle dit (souvent) «bas» pour «chaussette». Je sais que c’est tentant de la corriger mais sachez-le, ça ne va pas me plaire. Ça ne va pas lui plaire à elle non plus (elle a quatre ans et elle pense qu’elle a raison sur tout, imaginez quand elle a VRAIMENT raison). Et surtout, surtout, rire en criant «lô, t’entends elle dit lô!», ça ne fait rire que vous. Surtout pas moi. Regardez-moi bien, est-ce que je ris?

– La liste des mots qu’elles utilisent et qui ne sont pas les mêmes qu’en France est fort longue. Parmi ceux que vous avez le plus de chances d’entendre, vous noterez «abrier» (couvrir, avec une couverture par exemple), «la doudou» (la couverture), «le toutou» (le doudou), «yogourt» (yaourt), «chandail» (t-shirt), «tuque» (bonnet), «espadrilles» (baskets), «glissade» (toboggan), «suce» (la sucette, que la petite appelle «sussa»), «mitaines» (moufles), «cami» (débardeur), «kleenex» (mouchoir), «collation» (goûter, valable aussi le matin à 10h), «gars» (garçon), «allo» (coucou) (très courant, elle n’a pas été polluée par une certaine star de la téléréalité, rassure-toi), «s’enfarger» (se prendre les pieds dans quelque chose, comme dans «j’m’a enfargé dans la queue du chien, papa!»), «tu me niaises-tu?» (tu te moques de moi?). Un poupon est un bébé, un jeune enfant. Une poupée type nouveau-né est un bébé (je sais, je t’ai perdu).

– Elles sont en t-shirts par 15 degrés. Rappellez-vous que chez nous il faisait -15° il y a trois mois. Par 30 degrés de plus, toi aussi t’afficherais ton plus beau marcel.

– Elles mangent à 18h. Ça n’oblige personne à dîner à cette heure-là mais ça veut dire que dès 17h30 elles vont vous tanner sévère pour passer à table.

– «Tabarnak» est un très vilain mot. Je sais que ça peut paraître drôle comme ça, mais ne me donne pas l’envie d’apprendre «Putain de bordel de merde» à tes enfants, si tu vois ce que je veux dire.

– Au Québec, on dit les mots en anglais comme ils se prononcent… en anglais. Même si c’est une phrase en français. Si tu appelles «Spiderman», «Spidèremane», ne t’étonne pas qu’elles ne connaissent pas.

– «Les amis», ce sont les autres enfants. «Allez, va jouer avec les amis au parc» ne signifie pas qu’elles ont sympathisé avec tout le quartier mais juste qu’il y a un petit groupe d’enfants à l’air avenant apparemment du même âge. Au Québec, on est amical par essence et méfiant par exception.

– L’école commence à 5 ans. Elle n’est ni retardée ni déscolarisée. Elle va encore à la garderie puisqu’elle n’a pas l’âge requis pour commencer la maternelle.

– Le pain au chocolat est appelé chocolatine. Elle ne te «niaise» pas pour déclencher une bataille nord-sud pour qui a le bon terme.

Avec ça, nous devrions être au point pour passer de bonnes vacances! Quelqu’un peut me passer la crème solaire?

-Lexie Swing-

Enfants, Littérature

Une héroïne chaque soir {Good night stories for rebel girls}

«On lit l’histoire de la dame?» Une semaine que ça commence de même. Routine du soir. Histoire pour la petite sœur. Et le moment venu, B. choisit une histoire pour elle, ma grande de 4 ans. L’histoire de la dame, donc.

En vrai, ce n’est pas toujours la même dame. Elles s’appellent Ada, Alfonsina, ou même Amelia (on est encore dans les A!). Elles sont de toutes sortes, parfois nos contemporaines – l’une d’elle est née en 89! Plus jeune que maman! – et d’autres ont vécu il y a quelques siècles.

Les histoires commencent à peu près toutes de la même façon : «Once (upon a time)…», et puis le texte se déroule. Et sous nos yeux apparaissent des filles brillantes, des femmes fortes, des scientifiques, des littéraires, des sportives, des humanistes, des modèles… Et dans ses oreilles à elle, les idées pleuvent : on peut être handicapée, noire, originaire d’un pays pauvre, grande, malingre… On peut être femme, surtout. Et réussir.

Good Night Stories for Rebels Girls. Un livre superbe, le genre qu’on met en avant dans sa bibliothèque. Un petit ruban rouge pour marquer la page. Des textes en anglais que l’on traduit par passage – d’abord l’anglais, puis sa traduction résumée en français – parfois une ligne sur deux, en fonction de ce qu’elle est capable de comprendre dans la langue de Shakespeare.

Le petit coup de pouce «les femmes aussi sont fortes» restent finalement en arrière-plan, parce qu’elle a 4 ans, beaucoup de certitudes et encore peu de désillusions. D’autres détails l’émeuvent. Comme l’histoire de cette ballerine cubaine devenue aveugle. «Mais c’est quoi aveugle?» (écoutant attentivement l’explication) «Je ne veux pas qu’elle soit aveuble!». Certaines parties l’amusent, tant je mets d’emphase à ma lecture. «And there she met a grumpy old mathematician!» . «Maman, c’est quoi grumpy?» «C’est bougon, grincheux, comme ça … » Et moi de plisser les yeux, la bouche et le nez, imitant une face que je crois être celle d’un «grumpy old man». Et elle de refaire ça, le lendemain, à son éducatrice anglophone…

Le livre l’intéressera-t-elle encore longtemps? Impossible de savoir. Ce soir, peut-être, aura-t-elle temporairement tourner la page. Mais au-delà de l’histoire, je pense qu’elle aime le partage que j’en fais et le cœur que j’y mets. Et les parallèles surtout : cette fille-là, tu vois, elle préférait être seule qu’au milieu de plein de gens, et comme elle dit, c’est bien correct d’aimer être seule, ça n’empêche pas de devenir quelqu’un de bien. Comme B., quoi…

Souligner l’évidence, renforcer les bases, afin que le moment venu, celui de l’adolescence, celui de la fin de l’enfance, et même tout au long de sa vie, elle ne fasse pas peser dans la balance de ses décisions le poids de son genre.

C’est quoi exactement? Un recueil de biographies joliment racontées. Côté gauche, le texte, côté droit un dessin représentant la femme dont il est question. Toutes sortes de femmes qui ont marqué l’histoire y sont évoquées, comme les sœurs Brontë, Ada Lovelace, mathématicienne hors pair, l’aviatrice Amelia Earhart, Amna Al Haddad, championne de lever de poids…

Comment je le commande? Facile, il suffit d’aller sur https://www.rebelgirls.co/. On y trouve toutes les infos concernant les auteures du livre et la façon de les commander.

Combien il coûte? Ça dépend! Le livre seul coûte 35 dollars US et sa livraison est gratuite si vous habitez aux USA. Côté Canada et France, des frais de port s’imposent. De notre côté, avec quatre copines, nous avons décidé d’acheter de manière grouper cinq livres, ce qui a fait baisser nos frais de port. Il y a des frais de douane à payer à l’arrivée (11 dollars CAD pour 5 livres). L’envoi pour nous s’est fait rapidement, une dizaine de jours tout au plus. À noter que c’est Penguin qui distribue le livre dans les certains autres pays anglophones.

C’est pour quel public? Pour les filles et les garçons, à partir de 4 ans environ.

Est-ce qu’il est traduit dans d’autres langues ? L’information se trouve sur le site internet mais les distributeurs de certains pays, notamment en Europe, devraient proposer au courant de l’année des traductions en portugais, norvégien, allemand… Pour le moment la version francophone n’est pas mentionnée mais je garde l’œil ouvert (et le bon!).

-Lexie Swing-

Lexie

Je suis devenue BoBo

Bourgeois-Bohème. J’aime l’idée d’être bohème. J’aime ce mot, poétique, et ce qu’il sous-entend : de la lenteur, de la contemplation, de la musique, des voyages, que sais-je encore. J’aime moins le mot bourgeois. La richesse qu’il suppose. La condescendance qu’il établit. Je n’ai pas les moyens de me croire bourgeoise, mais j’ai la sensation de le faire paraître.

BoBo. J’aime quand même l’idée qui y est associée. Cet esthétisme particulier, ce goût du beau et du choisi, du sélectif. T’es devenue BoBo. C’est l’amoureux qui se moque, quand je respire mieux parce que je suis au rayon du bio. Quand je ne comprends pas le sens d’une phrase parce que je me suis perdue dans la musique formée par les mots. Quand je m’extasie sur des tissus Liberty hors de prix. Quand je lui fais dessiner, appuyé sur son sac à dos, les plans de mon potager dans mon Bullet Journal.

Bien sûr que je suis tout ça. Que je suis quelque tendance, avec une incroyable lenteur. Que je peux perdre le fil d’une conversation, parce que je me suis égarée dans la contemplation d’un tableau, en arrière-plan. Que je me sens mal, au royaume des supermarchés super achalandés de montagne de bouffe transformée. Et que je me suis extasiée, la première fois qu’au Marché Jean-Talon j’ai aperçu tous les fruits et légumes joliment présentés, dans leur petit panier. Que j’applaudis à chaque initiative estampillée locale, à chaque nouveau café aux couleurs Pinterest, à chaque nouveau resto qui rivalise d’imagination pour proposer du fait-maison. Que j’adore mon vélo, un mélange de bicycle de ville et de vélo à vitesse, déguingandé et poétique.

Et alors, pourquoi pas? Je lui ai répondu. C’est mieux, d’acheter son gratin tout fait et ses pizzas congelées? C’est mal, d’avoir créé son potager et de laisser ses filles plonger les mains dans la terre en pensant que c’est une bonne chose, qu’elles découvrent d’où viennent les légumes tout coupés dans leur assiette? C’est déplacé, d’apprécier le beau, le joli, d’être la 100 001e personne à aimer le Liberty et les meubles suédois? C’est fou, peut-être, d’acheter du bio, de soutenir le local, de vouloir voir des gens, des vrais gens, m’expliquer ce qu’ils ont eux-mêmes construit, ou cuisiné, plutôt que de cliquer sur «Valider», et d’acheter en Chine, depuis mon écran d’ordinateur?

Ce n’est ni plus fou, ni plus mal, ni déplacé, ni moins bien. Ce n’est pas grave d’être «un de plus». Ça ne sert à rien d’avoir honte de vouloir mieux, de vouloir plus, de vouloir être comme les autres, de lire un article sur la nouvelle tendance écolo et de trouver que c’est une chouette idée.

C’est bien, je trouve, de vouloir évoluer, de vouloir s’améliorer, de s’attacher à donner le meilleur à ses enfants et à soi-même. Et c’est normal, aussi, de souffrir de paradoxes. De porter une jupe Zara et un pull du coin. De manger des frites décongelés et des burgers végé savamment préparés par vos soins.

Et puis toi aussi tiens, t’es devenu BoBo.

-Lexie Swing-

 

Enfants

La complainte des leggings à étoiles


Quand Miss Swing était petite j’avais un goût très sûr pour ses vêtements. Je ne voulais pas de rose, je voulais des petits détails mignons, je voulais du mignon mais pas cucul. Je refusais le Disney et adulais Petit Bateau, mon maître du genre.

Combishorts fancy, marinière et petit chapeau, elle avait du style et je l’assumais.

Et puis un jour elle a eu trois ans, elle a vu une robe et elle a dit non. Après elle s’est roulée par terre, elle a dit que j’étais méchante et elle a sacré son camp vite vite pour que l’horrible robe ne la rattrape pas.

Ce fut la fin de ma toute puissance sur sa garde robe. Car Miss Swing ne porte pas de robes, peu de jeans et surtout pas de pantacourt, ces choses infâmes qui s’arrêtent à mi-mollet et qu’elle tente vainement de tirer vers le bas comme le pantalon qu’elles devraient être. Un chandail manches trois-quarts? L’avez-vous bien regardé ? On ne peut pas tenir les manches pour les glisser dans le pull, on a froid aux avant-bras… Une hérésie ces affaires- là!

Miss Swing, elle, elle porte des leggings. De beaux leggings. Avec des étoiles dessus. Des leggings qu’on appelait caleçons avant. Avec le même effet : des p’tites fesses moulées, des jambes graciles, et du pas beaucoup d’allure. C’est bien simple, ces pantalons n’auront jamais fait couler autant d’encre d’impression que ces dernières années, quand chaque journaliste mode qui se respecte y est allé de sa charte du bon usage des leggings, déclarant l’usage-comme-un-pantalon immonde et l’usage-comme-des-collants impropre. Restait donc l’usage avec tunique, mon préféré, mon pas-si-mal. Mais force est de constater que mon achat de tuniques, difficiles à trouver, n’a pas tenu la cadence face aux leggings 7 jours semaine.

Miss Swing porte des leggings. Tous les jours ou presque. Avec des chandails. Des chandails larges, des chandails mignons, des débardeurs. Souvent sans gilet, car cette fille-là est une vraie Québécoise et se découvre par 10 degrés. Toujours avec plaisir.

Et je m’en fiche, en fait. Tellement… Bien sûr, je me bats encore, certains matins, pour lui faire mettre des jeans. Sursaut de convenance parentale ? Pas du tout. Je me bats car les leggings sèchent en bas et qu’il y a douze paires de jeans dans le tiroir de sa commode. Qu’il est 7h17 et que le train n’attendra pas. Je me bats pour des choses qui valent la peine, et je lui laisse gagner ses propres batailles.

Je sais que j’en gagnerai d’autres. Comme samedi, quand j’ai dit « oh mais non tu ne devrais pas mettre cette robe que je t’ai achetée, ce n’est pas bien les robes hein? » et qu’elle l’a mise. Pour me montrer, que c’est elle qui décide. Et oui, elle était superbe.

La vie est faite de petites victoires silencieuses…

-Lexie Swing-

Canada, Immigration

Mon pays d’immigrés

On rit en roumain, on s’énerve en espagnol, on s’émeut en arabe, on ironise en français et on fait des affaires… en anglais. On croise des jeunes qu’on devine asiatiques et l’on s’agace de ne pas reconnaître la spécificité de leur langue, par méconnaissance. On dit bonjour en arabe à la gardienne marocaine et l’on s’excuse d’un sourire de ne pas savoir en dire plus.

Les CV affichent les spécificités, des troisièmes langues venues d’autres contrées. Ici on parle français, anglais et souvent quelque chose de plus. Les familles continuent, avec raison, à chérir ces langues familiales, culturelles, traditionnelles. Garder ses racines pour en faire une force, une compétence supplémentaire.

La diversité nous rend riche. La diversité a rendu le Canada riche.

Nous la vivons au quotidien. Au travail, à l’épicerie, à la garderie. Beaucoup d’immigration. Juste pas toujours la même génération. Nous sommes l’immigration récente. La fille de notre première gardienne, Roumaine, a le même âge que moi. Mais c’est ici qu’elle a grandi. Les arrières-grands-parents de la blonde d’un ami, une Irlandaise, sont arrivés il y a fort longtemps et ont fait du Canada leur patrie.

Notre terreau c’est le monde mais les nouvelles racines font leur chemin dans cette terre-ci. On a transplanté nos semis dans ce pays qu’on a choisi. Et l’on ne tergiverse pas avec quelqu’un sur l’origine de son nom ou la couleur de sa peau. Car dans cette société là, celle qui se construit, nous sommes égaux. Il est mon coiffeur, elle est ma banquière, il est mon agent immobilier, elle est la caissière de mon épicerie, ils sont les amis de mes filles et de futures personnes indispensables au Québec de demain.

Cette diversité-là est physique, elle est de langue, elle est d’origine, elle est de religion, elle est de nuances de peau. Elle est visuelle, palpable, chantante. Elle est gourmande, tellement gourmande, quand elle se traduit par un potluck entre collègues et que chacun apporte un plat qu’il maîtrise. Elle est de mémoire, elle est un puzzle d’histoires, lorsque des événements surgissent, qui nous poussent à remonter le fil du temps et à comprendre le quotidien d’alors, au-delà de ce que nous ont appris nos livres d’histoire. Elle est de curiosité. Apprivoiser les habitudes des autres, plisser le nez devant des odeurs inconnues et s’amuser que tout le monde – ou presque – aime le pain.

Elle est nécessaire. Elle apporte tellement, en termes d’ouverture au monde, et de confrontation. Savoir qu’il n’existe pas une universalité mais un champ infini de possibilités.

Elle est secondaire, quand l’intérêt commun prime. Quand il faut venir en aide, quand il faut s’indigner, et quand il faut se réjouir.

Hier j’ai vu une jeune entrepreneure faire la promotion de ses nouvelles robes d’intérieur. L’une des photos principales met en scène deux magnifiques femmes. L’une blonde, aux cheveux longs et bouclés rejetés en arrière, la seconde aux yeux brillants superbes, avec un voile noué sur les cheveux. Les deux regardaient au loin, dans la même direction. Ça m’a émue, joyeusement émue, parce que c’est ça, c’est ce genre de monde auquel je crois. Une cohésion, un esprit d’équipe, une richesse faite de diversité et d’individus avec leur propre histoire, leur propre voix et leur propre visage.

On ne gagne rien à rester dans un entre-nous, mais l’on a tout à gagner à s’ouvrir au reste du monde, qui a tant à offrir.

-Lexie Swing-