10 années de toi

Dans quelques jours, tu fêteras tes dix ans. C’est tant et si peu à la fois. Dix ans, c’est un âge charnière, le début de quelque chose d’intangible. Soudain, la compréhension se fait plus acérée, les idées plus précises; c’est une balance, suspendue entre deux réalités, entre l’insouciance et la connaissance lucide du monde qui nous entoure. Très lucide, trop lucide.

Tu es ma toute petite fille, aux grands yeux interrogateurs, qui assise au milieu des foules dévisageait et détaillait, imperturbable. Quelque temps après ta naissance, une infirmière qui t’auscultait nous a dit qu’elle n’était pas certaine que tu aies conscience d’être venue au monde. Comme si ta naissance s’était faite avec tellement de douceur et si peu de bruit, que peut-être tu ne savais pas que tu n’étais plus dans ton cocon fragile. Dix années ont passé et régulièrement, nous nous demandons si tu ne voyages pas entre notre réalité et une dimension qui n’appartient qu’à toi. Le geste suspendu, les yeux à mille lieux, le pas arrêté, à la marelle on dirait que tu aurais sauté à pieds joints dans le ciel, et disparu. Alors on te rappelle, on te fait des signes, reviens avec nous, où étais-tu rendue, je te parlais tu sais, je te montrais tu vois, et regarde ta fourchette, les pâtes en sont tombées, et de l’encre de ce crayon, il n’en reste plus rien. Si tu étais un poème, tu serais du Prévert, redevenu oiseau par la grâce des mots.

Sur cette planète-ci, tu es ma fille à moi, notre fille à nous, notre première née, mystérieuse et magnifique, avec ton nez mutin et tes yeux de chat ourlés de velours. Avec tes kilomètres de cheveux dorés, tu n’aurais rien à envier à Raiponce, mais tu ne voudrais guère, indifférente aux belles parures, ennuyée par les mondes de princesses. Tu prendrais le petit animal, ça oui. Et puis tu t’attacherais la tignasse en une choucroute malhabile, parce qu’on s’en fiche d’être beau, qu’est-ce qu’on s’en fiche après tout, pourquoi c’est important? Railleuse de la beauté humaine, charmée par la beauté florale et animale. Je te croyais hors du cadre, quand je m’aperçois grâce à toi que c’est tout un pan de nos pairs qui posent sur le monde ce même regard. Et grâce à toi à mes yeux se découvre une nouvelle multitude. Il est de ceux qui dansent dans des endroits anonymes et dépeuplés, et disent chut aux autres quand ils parlent en forêt, chut, tais-toi, je n’entends pas le chant des oiseaux.

Ton talent pour le dessin se distingue de plus en plus, à mesure que tu remplis la maison de tes productions. Du sol au plafond s’entassent pêle-mêle tes oeuvres et tes projets en devenir. Le royaume des créatifs est une déchetterie pour les autres. Ton trésor est la poubelle de recyclage, que tu vides de son contenu à mesure que nous la remplissons. Les boites en carton deviennent des maisons élaborées, des enclos de zoos ou des aquariums sur mesure. S’y côtoient des peluches élimées et des animaux de plastique, figés dans leur ballet, derrière une vitre de film étirable.

Le monde est ton terrain de jeu. Là où mes yeux s’arrêtent sur la prochaine pancarte, les tiens fouillent l’horizon, à la recherche de quelques héros ailés nichés en haut des arbres. Tes oreilles, aux aguets, perçoivent des bruissements qui te convainquent qu’il existe bien une vie par-delà la barrière de nos sens. Ils sont ton royaume, ton réel et ton imaginaire, tout à la fois. Dans ton espace à toi, il n’y a guère de place pour les personnages fantastiques. Seuls comptent ceux qui sont, ou ont été. Ceux dont on perçoit les traces, tangibles et dont tu découvres l’existence à travers des livres, des documentaires, des expositions, dont tu retiens tout, comme s’il s’était agi d’une comptine mille fois répétée. Bien sûr que je savais que les ours n’hibernent pas vraiment.

Je n’aurais jamais imaginé mettre au monde quelqu’un comme toi, tu n’es ni mon reflet, ni mon prolongement. Tu es un être unique, qui me montre chaque jour une facette de l’existence que je ne soupçonnais pas. Merci mon chat, d’être si différente de moi. Trinquons alors, avec du champagne dans lequel tu n’aurais que le droit de plonger les lèvres et pour lequel tu nous demanderais mille fois si tu as bien le droit, mais vous êtes sûrs, mais vous êtes fous, vous êtes de drôles de parents quand même. A ses dix années de ton existence, et à toutes celles à venir, très, très nombreuses. Joyeux anniversaire ma bulle de savon multicolore, je t’aime.

-Maman-

Enfant qui dort mal : tests et astuces

Il y a quelques années, je prenais le clavier pour relayer une situation qui pesait sur nos vies depuis la naissance de notre petite dernière : son sommeil en grand-huit et nos nuits erratiques. J’avais décrit, dans un article sur le manque de sommeil, combien mes nuits étaient difficiles alors. J’ai relu cet article, il a la poésie de ceux qui espèrent encore. Tempête avait alors un an. Elle en a 7 et croyez-le ou non, rien n’a changé.

Ou presque. Il faut quand même être honnête. L’enfant de 7 ans n’est pas celui d’un an, et son autonomie joue un rôle fondamental. Le bébé qui pleurnichait a laissé la place à une enfant sachant trouver seule son chemin jusqu’à la salle de bains, ou retrouver la peluche dans laquelle elle espérait pouvoir enfouir son nez. Mais dans ce texte, je me demandais alors comment c’était, les nuits sans réveil, parce que j’avais comme oublié. Et je ne sais toujours pas.

Tempête n’est jamais rentrée dans les cases des enfants au sommeil difficile. Aucune recherche google ne donnait de recette magique, aucune fiche du médecin n’avait de solution toute trouvée. Elle a très vite eu une facilité à sombrer dans le sommeil que certains nous enviaient. Nul besoin de faire le pied de grue à la tête du lit en marmonnant quelques incantations. Aucune volonté de sa part de se glisser entre nous, au beau milieu de la nuit, en raison de quelques cauchemars un peu trop remuants. Le bal commençait alors que son sommeil était déjà bien avancé : les incontournables cris, la tête qui heurte un montant du lit lors d’un retournement plus abrupt, des jeux ou disputes entre amis rejoués à l’infini, les pleurs soudains, les « non, non, non ». Nous avons eu une brève période de terreurs nocturnes – une chose assez terrifiante, entre nous – mais surtout sept années de sommeil haché. Pour elle comme pour nous. L’expression « avoir le sommeil agité » aurait pu être inventée pour elle.

Plus surprenante encore, reste la légèreté de son sommeil. Il suffit d’entrer dans sa chambre pour qu’elle nous demande si ça va, il suffit de l’embrasser pour qu’elle en profite pour demander de l’eau, et il suffit de passer devant sa chambre sur la pointe des pieds pour qu’elle nous interpelle au profit d’un détour par la salle de bains. Ou d’un mouchoir. Ou d’une peluche tombée au sol. Quand elle dormait une minute avant à poings fermés. Mais, aussi fou que cela puisse paraître, je connais cette capacité, et ma mère avant moi. Dormir d’une seule oreille est un atout (tout autant qu’une malédiction) génétique. Si un enfant entre dans ma chambre, je lui demande ce qu’il a. Même s’il est 3h du matin. Si une porte s’ouvre, je sais de quelle chambre il s’agit et j’interpelle la concernée. Même si je dors depuis deux heures. La différence est que je n’ai pas le sommeil agité. Enfin si, depuis sept ans.

Alors, pourquoi ai-je intitulé cet article « Trucs et astuces »? Car en sept ans, nous avons eu l’occasion d’essayer une panoplie de choses, qui généralement ont du succès pour certains, et ont parfois fonctionné pour nous, pour un temps donné du moins.

Le microkiné

Au lendemain d’une nuit particulièrement difficile, nous avons empoigné notre téléphone et cherché, une fois encore, des pistes de solutions pour permettre à Tempête de vivre des nuits moins agitées. L’une des réponses trouvées mentionnait le recours à un microkiné. Cette profession, désormais assez répandue en Europe, se fait rare ici au Québec. C’est donc au détour d’un voyage en France, quelques mois après, que nous avons pris rendez-vous avec un professionnel. Nous connaissions déjà le principe, pour l’avoir expérimenté en tant que jeune adulte. De la même façon, le microkiné a ainsi commencé par nous poser différentes questions sur Tempête, sa personnalité, ses défis, etc. Il lui a ensuite expliqué qu’elle allait devoir s’allonger et qu’il allait passer les mains au dessus d’elle, sur l’ensemble du corps, mais sans jamais la toucher. Après s’être attardé, selon mon impression, au niveau du ventre puis du crâne, il est revenu s’asseoir et nous a expliqué comment il la percevait, ponctuant son discours des termes « stress » et « anxiété de performance », si ma mémoire est bonne. Je me souviens avoir pensé qu’il semblait parler d’une adulte et non d’une enfant qui venait juste de finir son année de maternelle (6 ans), et je le trouvais un peu à côté de la plaque, pour être honnête. Il a dit qu’il avait tenté des interventions afin de changer un peu cette dynamique. Durant un mois, il n’y a eu aucun changement. Et puis soudainement, Tempête s’est mise à dormir. Bien. Et longtemps. Sans se réveiller, sans crier, plus apaisée. Combien de temps l’accalmie a-t-elle duré? Un ou deux mois peut-être? Ensuite, le mauvais sommeil est revenu, accompagné de ses batailles et autres cris. Aurait-on dû y retourner? Dans un monde idéal, oui. Dans notre réalité et les 6000 km nous séparant du microkiné, nous avons fait sans.

L’hypnothérapeute

Lorsque les nuits sont redevenues vraiment très difficiles, il y a quelques mois, nos nouvelles recherches Google nous ont menées vers l’hypnose. La technique est réputée avoir de bons résultats sur les problèmes de stress et d’anxiété, et les enfants sont souvent de bons patients puisqu’ils n’ont pas d’a priori sur la méthode. L’hypnothérapeute que nous avons consultée pour Tempête est réputée dans son milieu et plusieurs personnes de mon entourage avaient fait appel à ses services. Lors de la première séance, trente minutes ont été consacrées à l’explication des difficultés rencontrées, puis la personne nous a décrit le processus qu’elle allait mettre en place et comment notre fille et elle allaient cheminer. Elle l’a interrogée sur ses nuits, ses angoisses, etc. Une fois que j’eus rejoint la salle d’attente, elle lui a demandé de fermer les yeux, lui a expliqué comment elle pouvait se détendre la nuit, sur quoi elle pouvait s’appuyer lorsqu’elle avait des angoisses, lui a fait visualiser un endroit apaisant, un animal protecteur, etc. Elle devait aussi, lorsqu’elle se sentait en situation d’apaisement, effectuer une pression entre le pouce et l’index, pression qui, la nuit venue, donnerait à son corps le signal qu’il pouvait s’apaiser. Nous avons recommencé le processus deux semaines plus tard. Des résultats ? Absolument aucun, pas le moindre, aucune réceptivité de la part de notre fille, pourtant réputée imaginative. Je pense que l’écueil est venu du fait que pour être réceptif, l’enfant doit faire preuve d’un certain calme, ce qui n’est que rarement le cas de Tempête. Autre difficulté : les fameux cauchemars, décrits à l’hypnothérapeute par notre fille comme étant des ogres, des monstres, etc. Or, pour bien la connaître, ses cauchemars sont presque toujours tournés vers le très réel. Petite fille dotée d’une grande maturité émotionnelle, Tempête a toujours anticipé des situations précises et réalistes, loin des monstres sous le lit parfois décrits par les enfants. Est-ce un échec complet ? Pas si sûr. Une combinaison des astuces données, avec les techniques transmises par la professionnelle suivante pourrait peut-être donné des résultats intéressants.

La massothérapeute

Je patientais un jour chez ma massothérapeute lorsque j’ai lu sur un petit document d’informations que les massages pouvaient être bénéfiques pour les enfants anxieux, très actifs, etc. J’ai donc pris rendez-vous pour Tempête, gageant qu’elle allait apprécier le concept. Elle a dit qu’elle avait vécu le meilleur moment de sa vie (à égalité avec sa visite à la pizzéria et sa sortie au centre d’amusement) et a donc souhaité y retourner très vite. Depuis, elle a droit à quelques séances, par-ci par là, lorsque le besoin de détente se fait sentir. Outre de relâcher les tensions, la masso lui apprend à respirer, à se recentrer, à trouver l’apaisement par certaines palpations, etc. Point de miracles mais quelques techniques fort appréciables qui contribuent aujourd’hui au meilleur déroulement des nuits.

La psycho-éducatrice

Puisque l’anxiété semblait l’un des principaux enjeux, nous avons profité de l’une de nos visites à la psycho-éducatrice qui suit Tempête dans un cadre davantage scolaire pour aborder le sujet. Avec elle, notre fille décortique ses inquiétudes, les dessine et les réinterprète. Elle en fait des brouillons qu’elle jette et des mots qu’elle déchire, afin d’apprendre à naviguer à travers tous ces sentiments qui prennent tant de place. L’impact à court terme est moindre mais gageons que savoir appréhender son stress ne pourra être que bénéfique à long terme.

Et puis le reste…

Il y a nombre de choses que l’on peut essayer pour aider un enfant qui dort mal. Parmi elles, nous en avons testé certaines : la veilleuse, la petite musique apaisante, la porte ouverte, la porte fermée, les repas pris tôt, la limitation du sucre, l’exercice poussé, les sorties au grand air, l’absence d’écrans. Nous avons très ponctuellement eu recours à la mélatonine, quand ses difficultés à rester endormie ne lui permettaient plus de se reposer. Nous aurions pu tester la couverture lestée, pour laquelle les avis sont partagés, et des médicaments spécifiques bien entendu, mais nous n’en sommes pas là.

Aujourd’hui, nous errons toujours à la recherche de la bonne réponse, avec de moins en moins de certitudes. Est-ce qu’il existe une réversibilité à tout ça ? Alors à défaut d’une solution véritable, on procède par petites touches : la coucher plus tôt car la fatigue importante provoque toujours des difficultés, souper également plus tôt, ne pas regarder la télé en fin de journée, la faire sortir le plus possible. Est-ce qu’un jour on testera une solution en la présentant par la suite comme miraculeuse ? Qui sait ?

Est-ce que vous, vous l’avez déjà trouvée ?

-Lexie Swing-

Crédit photo : John Kline

Trois jours à l’auberge du Lac-Taureau (Lanaudière)

Durant nos congés de fête, nous avions prévu de rester l’ensemble des vacances à notre domicile pour se reposer et profiter des environs. Seule exception : les trois jours réservés à l’Auberge du Lac-Taureau entre Noël et le jour de l’an. Ça faisait longtemps que l’auberge nous attirait : de belles activités, un domaine au bout du monde et la possibilité d’emmener son chien. Puisque nous n’avons désormais plus que Poppy, nous avons pu charger la voiture en conséquence et prendre la route pour Lanaudière.

2h45 plus tard, après une pause pipi dans la neige et beaucoup de monde sur la route, nous avons atteint le village de Saint-Michel-des-Saints. De là, ce sont encore vingt minutes de route qui sont nécessaires pour atteindre l’auberge, située aux tréfonds du domaine du Lac-Taureau. Le bout du monde, on vous dit.

Quand nous arrivons, la nuit est tombée et la fatigue se fait sentir. Nous débarquons enfants, chien et bagages sur le stationnement tout proche, avant de pointer à la réception. De là, on se dirige vers l’aile réservée aux chambres canines, où nous sommes accueillis par un petit pitou qui aboie furieusement dans la chambre à-côté. La porte poussée, nous découvrons la même chambre que sur les photos : deux grands lits, de jolis mots au mur, une petite salle de bains très propre. Le tout semble cependant quelque peu obsolète et dû pour des rénovations, que je me verrais plus tard confirmées comme étant à venir. La chambre est au rez-de-chaussée et donne sur l’allée qui serpente autour de l’auberge et sur une petite terrasse qui doit être fort agréable à la belle saison. La porte fermant mal, le sol est cependant gelé et nous sommes contraints de coucher Poppy en hauteur pour qu’elle ne gèle pas sur pied pendant la nuit. Un aller-retour au village plus tard, nous soupons sur le pouce et profitons d’un repos bien mérité.

Jour 2

Le lendemain, nous nous réveillons avec enthousiasme. Le site regorge de belles activités et nous sommes curieux de voir ce que nous pouvons explorer. Je sors promener Poppy, qui étrenne ses toutes nouvelles bottes, et tombe nez-à-nez avec une meute de chiens de traîneaux solidement harnachés. A peine le temps de nous jeter sur le bas-côté, et les voici qui nous dépassent en trombe, galopant sur la plage du lac, recouverte de neige. Remises de nos émotions – nous n’étions pas sur le bon chemin, d’où la rencontre impromptue – nous entrons dans l’espace dédié aux locations, Poppy faisant sensation avec ses bottes, son manteau et les tremblements qui se manifestent dès que quelqu’un la regarde de (trop) près. Le personnel nous confirme alors ce que nous espérions : beaucoup de locations sont gratuites, comme les skis de fond, les raquettes, les tubes de glisse ou encore les patins. Les fatbikes sont payants, mais à un prix très accessibles, et seules les sorties en motoneige et en traineaux à chiens restent une dépense conséquente pour qui souhaite vivre la grande aventure. De notre côté, rien de si fou. Notre sortie en traîneaux à chiens est prévue pour plus tard dans l’hiver et les motoneiges ne sont guère autorisées aux mini-pouces qui nous accompagnent.

Revenues à la chambre, Poppy et moi déjeunons enfin, avant de repartir toute séance tenante : ce matin, ce sera raquettes ! La chienne sera de la partie – sa présence est la bienvenue sur les sentiers en autant que l’on ramasse ses crottes – et nous sommes rapidement sur le chemin pour notre première balade. J’ai moi-même fixé les raquettes sur les pieds des enfants, et me trouver ainsi agenouillées à tenter de négocier la position de leur pied tandis qu’elles persistent à me parler d’autre chose, le nez en l’air, me rappelle avec nostalgie ces moments où je tentais de clipper mes chaussures à mes skis, sous la direction de mon père, qui tapait vigoureusement pour faire tomber la neige qui, coincée dans les recoins, persistait à bloquer le mécanisme.

La balade est belle, entrecoupées de photos et de plaintes de Tempête qui ne voit pas l’intérêt de marcher ainsi à travers la forêt. Elle se fait plus difficile lorsque la neige se fait plus épaisse et le vent plus fort, nous contraignant à rebrousser chemin. Nous revenons finalement, émerveillés par la plaine de neige qui s’étend à perte de vue. Les promeneurs se font rares et le sentiment d’être minuscules face à l’immensité, bien réel. Après avoir reposé le matériel, nous filons au pub-restaurant ouvert sur l’heure du midi. La file est un peu longue mais une table se dégage finalement pour nous. Au menu, poutines et bières, forcément. Nous ne sommes pas devenus Québécois pour rien. Après ce repas réconfortant et une longue pause, nous repartons pour le centre de location pour nous équiper, cette fois, de ces énormes tubes qui permettent de glisser en toute sécurité sur les pentes aménagées.

Poppy est embarquée malgré elle dans l’aventure et c’est cahin-caha que nous rejoignons les pentes indiquées. En fait de pentes, une seule longue piste a été creusée pour l’occasion. A l’abri des regards, elle est pentue à souhait et permet aux plus rapides (et plus lourds) d’entre nous, de s’arrêter sans encombres grâce au tas de neige accumulé pour l’occasion. Dès le premier test, la chienne saute en marche, galopant à perdre haleine dans mon sillage et bondissant dans mes bras à l’arrivée. Rapidement, la nuit qui tombe éloigne les rares familles qui s’étaient attardées, nous permettant de jouir sans retenue de la piste.

A notre tour, nous quittons finalement les lieux, retraversons la zone abritant les chiens de traîneaux où je supplie Poppy de se taire, de crainte d’une embuscade canine, et nous rejoignons notre chambre. Chose promise, chose due : c’est en maillot que nous en ressortons finalement, pour emmener notre petit monde à la piscine intérieure de l’auberge. Nous arpentons les couloirs en peignoirs, pour le plus grand ravissement des filles. À la piscine, l’eau est « bonne », donc trop froide pour moi. Heureusement ce n’est pas le cas des bains extérieurs et du jacuzzi, dans lequel je choisis de me prélasser en évaluant mentalement combien de temps me serait nécessaire pour m’en extirper si quelqu’un coulait. Après une heure et mon jacuzzi envahi par trop d’enfants (deux, mais gigotant), nous retrouvons la chambre, pour grignoter un souper sur le pouce avec les restants du supermarché de la veille. Fin de soirée oblige, nous décidons de jouer les prolongations au bar, où les enfants sont les bienvenus et nous offrent, console à l’appui, une pause alcoolisée bien méritée.

Jour 3

Au diable l’avarice, le jour 3 est celui où nous décidons de tenter le petit déjeuner de l’auberge. La salle à manger, pourvue de grandes fenêtres, est très lumineuse, et la pièce décorée de peintures autochtones. La serveuse qui nous installe gagne facilement le coeur des filles en leur ramenant des chocolats chauds, agrémentés de crème fouettée. « Ça, c’est vraiment les vacances », déclarera l’une d’elle, avec de la crème jusqu’aux sourcils. Le petit déjeuner fait le bonheur des enfants, rapport au fait que c’est un buffet et qu’il y a un monsieur qui peut te préparer des crêpes ou des omelettes à la demande. Le point d’orgue n’est pas la délicieuse omelette fromage-champignons mais bien les céréales Lucky Charms édition spéciale en libre-service. Chacun son palais.

L’estomac bien rempli, nous enfilons nos vêtements d’hiver pour notre première sortie familiale en skis de fond. Mon amoureux et moi faisons des démonstrations d’emboitage de skis de fond, qui ne remportent que peu de succès. Les genoux une nouvelle fois dans la neige, nous guidons donc les souliers dans les fixations, avant de prendre la route, Tempête en tête. L’esprit de compétition de cette enfant étant sans faille, elle met tout son coeur à rester la première, avançant avec entrain et tombant avec le sourire. La balade est agréable et personne ne râle, sauf moi (parfois), quand je dois déchausser pour tracter les enfants dans les côtes. Force est de constater que le ski de fond, c’est super sur le plat, challengeant dans les montées. Suis-je tombée en descendant des pentes à (très) faible dénivelé ? Absolument. Ai-je accusé la ridicule étroitesse de mes skis ? À 100%.

A notre retour, je vais faire un tour au centre de soins pour voir si des places de dernière minute sont disponibles. Rien du côté des massages, qui se réservent plusieurs jours à l’avance, mais les chaises longues du « Neurospa » sont libres. Le concept est simple : de la musique dans les oreilles, un bandeau sur les yeux, et des mouvements du siège censés rendre possible la relaxation. Je suis sceptique, mais je ne suis jamais contre un moment pour moi-même. Je m’équipe, je ferme les yeux, et après je ne sais pas, car je me réveille brutalement trente minutes plus tard. Mission accomplie. Je rejoins la chambre afin de délivrer mon amoureux, qui regarde un Astérix en famille et prend le relais tandis qu’il part arpenter les environs au pas de course.

Dans l’après-midi, nous décidons de faire un essai sur les patinoires extérieures aménagées. La glace est assez abîmée et difficile à pratiquer, mais le plaisir est là. Au milieu de nous, de petits groupes tentent leur chance, le nez penché sur des lignes destinées à la pêche blanche. En fin de journée, nous quittons l’auberge afin de faire route vers le village de Saint-Michel, toujours situé à 20 minutes en voiture. Notre objectif : le Bistro des Saveurs, où nous avons réservé une table. Il y a quand même un bel achalandage pour le jour de la semaine, la nourriture y est bonne et le personnel très sympathique. Un endroit à recommander, certainement. Nous retrouvons l’auberge et profitons de notre dernière soirée, au coin du feu, sous la neige qui tombe abondamment.

Le lendemain, c’est déjà le départ pour nous, non sans avoir une dernière fois fait un tour au buffet du petit déjeuner, Lucky Charms obligent. On repart enchantés, ressourcés, et avec plein d’idées d’activités à faire pour l’hiver.

Vous aimeriez passer quelques jours au Lac-Taureau ? Voici quelques infos utiles :

  • Le Lac-Taureau est situé à environ 2h20 de Montréal, dans la région de Launaudière.
  • Nous avions choisi un forfait chambre + accès villégiature, qui nous donnait ainsi accès à un certain nombre d’activités gratuites, comme le ski de fond, le patin ou les raquettes. Le matériel est alors prêté gratuitement.
  • Les chiens sont autorisés à de nombreux endroits dans l’auberge et sur le domaine. Les chambres canines sont peu nombreuses, alors ne réservez pas trop tard ! Un maximum de deux pitous par chambre est autorisé.
  • Lors de notre séjour, en décembre 2022, un manque de personnel a conduit l’auberge à restreindre son offre de restauration. Le petit déjeuner et le souper étaient alors offerts en buffet, pour un coût de 22$ par adulte pour le déjeuner et de 43$ par adulte pour le souper. Les enfants paient moitié prix. Le midi, c’est le pub-restaurant qui offre un service de restauration. Il est également ouvert en soirée, mais principalement pour boire des verres.
  • Des rénovations sont déjà en cours et plusieurs autres sont attendues.
  • Une salle de jeux est disponible pour les enfants.
  • La ville la plus proche est à 40 minutes aller-retour – comptez une heure si vous le faites comme moi de nuit, en pleine tempête.
  • Outre les chambres, d’autres types d’hébergements sont proposés sur le domaine : les condos, les chalets et les Coolbox.

Alors, séduits ? Connaissez-vous des endroits similaires qui offrent l’opportunité de tester plusieurs activités ? Je veux TOUT savoir.

– Lexie Swing –

Crédit photo : Lexie Swing

Les Derniers jours de Rabbit Hayes, d’Anna McPartlin

J’ai vu pour la première fois « Les Derniers jours de Rabbit Hayes » à sa sortie en français, courant 2016, sur les étagères de ma librairie préférée. J’avais saisi le livre, attirée par la couverture fleurie, convaincue par la nationalité irlandaise de l’autrice. La première ligne de la quatrième de couverture commençait ainsi « Quand Mia, surnommée affectueusement Rabbit, entre en maison de repos, elle n’a plus que neuf jours à vivre. » J’avais dégluti. La suite expliquait que Rabbit était mère célibataire et que ses parents étaient incapables de lui dire adieu. J’ai reposé le livre comme s’il m’avait brûlé les doigts. Une fille de mon âge, mère, en phase terminale, était une lecture au-dessus de mes forces.

Je vais vous confier une difficulté : ma sensibilité et mon empathie exacerbées me rendent pénibles toutes lectures dont les personnages vivent une souffrance émotionnelle palpable. La difficulté atteint son point d’orgue si je peux m’identifier, par mon âge ou ma situation, à ce que vit le personnage. Ici, le thème recoupait deux grandes peurs : être la mère qui part trop tôt et avoir un enfant qui part avant soi. Double identification sur le front empathique qui a eu raison de ma motivation à le lire, malgré tout mon amour pour la littérature irlandaise.

Flash forward six ans plus tard, mon regard tombe sur ce livre, mis en avant dans une allée de ma bibliothèque. Je reconnais la jolie couverture, la calligraphie enlevée du titre, je le saisis comme la première fois. Me trottent dans la tête quelques commentaires dithyrambiques lus à son sujet dans les dernières années. Les sentiments forts, les personnages incroyables d’humanité, l’humour ravageur. J’hésite et je me dis qu’il faut bien grandir. Grandir et affronter ses peurs, surtout si c’est avec humour. Je prends le livre et l’ouvre sitôt rentré chez moi.

Je ris, je pleure et je trouve ça dur. Je développe une technique émotionnelle particulière : je le lis jusqu’au coucher du soleil seulement. Une fois la nuit tombée, les sentiments ambivalents qui m’habitent sont plus difficiles à gérer. Trois jours plus tard, je le referme; je l’ai dévoré. Je n’ai pas vu le temps passer, je tourne la dernière page alors qu’il fait noir dehors et j’ai la gorge serrée. Je décide d’aller promener la chienne à la lumière des lampadaires, vaguement perdue.

La nuit passe et elle résout ces sentiments avec cette cohérence que seule la nuit sait apporter. L’émotion laisse place à la conviction que ce livre-ci est une perle. Voici son histoire.

Mia, surnommée Rabbit donc, vit dans la petite ville irlandaise qui l’a vue naître avec sa fille de douze ans, qu’elle élève seule. Ses parents et sa grande soeur sont tout proches, sa meilleure amie aussi. Seul son grand frère a traversé l’Atlantique pour s’établir de longue date aux Etats-Unis. À la fin de sa trentaine, lors d’un contrôle de routine, son médecin découvre une masse dans son sein. Mastectomie, traitement, Rabbit attaque cette bataille avec ferveur et la relaie sur son blogue. Quelques mois plus tard, elle en sort victorieuse. Lorsqu’on la retrouve, plusieurs années se sont écoulées et son cancer est revenu. Elle entre, soutenue par sa mère, dans la chambre qui l’attend à la maison de repos où elle recevra des soins palliatifs. Nous, lecteurs, le savons avant elle : il lui reste neuf jours à vivre. Ces neuf jours sont ses derniers, mais aussi les prémices d’une vie sans elle pour ses proches, qui refusent de l’accepter. Ces neuf jours, entrecoupés de flash-backs, se déroulent à fleur de peau. En filigrane, l’humour, terriblement irlandais, résonne, joyeux, jusqu’à la toute fin. L’humour comme lien, l’humour comme arme, l’humour comme témoin de l’amour qui les unit. Car c’est ce qui reste, ultimement, de ce livre. Cet amour puissant entre Rabbit et ses proches.

Extraits :

« A l’adolescence, elle s’était acheté un bouddha en terre cuite rouge dans une boutique de charité, et quand sa mère lui avait demandé pourquoi, elle avait répondu qu’elle aimait mieux regarder un gros dieu rigolard qu’un maigrichon en train de mourir. »

« Tu n’imagines pas combien c’est dur d’élever des gosses. Tu n’as jamais eu personne qui dépende de toi, continua celui-ci.

– Je sais, je sais. Je n’ai jamais eu ne serait-ce qu’un chien…

– Un chien ! Tu n’as jamais eu une plante verte ! Non, je retire ça. Tu as eu une plante, on l’a fumée et Louis a eu la chiasse. »

Conclusion ? Ce livre est un bijou, je vous le recommande chaudement. Armez-vous de soleil et de douceur car il en faut, pour accompagner Rabbit dans ses derniers jours. Et si le sujet est trop brûlant et difficile pour vous, gardez ce livre pour plus tard, pour des temps plus lumineux où l’humour et l’amour qui se chahutent la première place de ce livre extraordinaire sauront vous émouvoir davantage que la fatalité que représente la mort, inexorable, de Rabbit Hayes.

-Lexie Swing-

PS J’ai découvert qu’il existe depuis tout récemment une suite « Sous un grand ciel bleu », définitivement sur ma liste !

Crédit photo : Lexie Swing

Le dixième hiver

Dix hivers, voici le temps que nous avons déjà passé sur ce côté-ci de la planète. Il y a eu des tas de changements, de belles évolutions et notamment l’obtention de la citoyenneté canadienne pour nous trois (Tempête l’avait de naissance, à sa grande fierté), mais cette simple idée me stupéfie : une décennie d’hivers.

Je me souviens avec précision des blogs que je lisais à l’aube de notre immigration. Je découvrais les mots de Français qui, avant nous, avaient fait la grande traversée. Ils étaient installés depuis quelques mois, ou déjà plusieurs années pour certains. Mon goût pour l’aventure dans l’habitude – tout un concept – me donnait l’envie de pouvoir moi aussi être de ceux qui ne sont plus dans la nouveauté, mais bien dans une forme d’habitude confortable donnée à ceux qui ont l’expérience des années. Sans surprise, beaucoup des gens que je lisais alors ont cessé de partager sur leur immigration, et plusieurs sont même repartis en France, depuis. Moi, je m’inscris désormais dans une décennie saisonnière. L’hiver est revenu et je ne cesse de m’en émerveiller. Mais que retire-t-on finalement, de l’expérience des hivers passés ?

Le froid est relatif

Le Québec est une province où il fait froid vivre, bon vivre mais fraîchement donc. La neige y est abondante, l’hiver est long et -20 degrés Celsius est une température relativement commune. Le pire, ce n’est pas la température affichée, c’est son ressenti. Un -10 degrés peut te transformer en glaçon si le vent est de la partie. A l’inverse, un -15 degrés bien sec passe relativement bien. La légende dit qu’un gars croisé dans le Nord du Québec a juré ses grands dieux (ou pas, parce qu’on ne fraye pas trop avec la religion icitte) qu’il avait eu plus froid un automne en Bretagne qu’au Saguenay (Québec) en plein hiver.

Être habillé comme si tu allais au ski est commun

Ce que j’aime dans notre petite ville de banlieue, c’est que lorsqu’elle se pare de son manteau neigeux, elle ressemble volontiers à ses petits villages de station que l’on trouve dans les montagnes françaises. On y croise des gens qui soufflent au dessus de chocolats chauds fumants, de la neige sur les trottoirs et surtout, des tuques et bottes de neige en abondance. L’habillement complet comprend donc la tuque et les mitaines (le bonnet et les gants, en France), de grosses bottes chaudes qui accrochent bien sur la neige et un bon cache-cou. Personnellement, je ne pars jamais en forêt l’hiver sans mon pantalon de neige, soit un pantalon de ski, que j’enfile par dessus des leggings. Pour les enfants, c’est l’habillement quotidien, récréation oblige. Autant dire qu’après 4 mois d’hiver, tous les parents du Québec lorgnent avec espoir sur la remontée des températures.

-30 degrés Celsius ce n’est pas si intense

Rapport au premier point, le froid est relatif. Les habits sont faits pour lutter contre le grand froid mais face au froid sec, le corps est finalement relativement résistant. Ainsi, lors de notre premier hiver, nous avons passé le 31 décembre dans un chalet pourvu d’un spa. Pour rejoindre celui-ci, il suffisait d’enfiler son maillot, et de traverser la cour au pas de course pour sauter dans l’eau chaude. Le petit défi supplémentaire ? En cette fin d’année 2013, les températures dans Les Laurentides affichaient -30 degrés. La parfaite température pour affronter l’extérieur en maillot de bain.

Durant l’hiver, les températures ne descendent pas si fréquemment à -30 degrés à Montréal ou dans sa proche banlieue. Mais quand cela arrive, ce n’est pas si intense, ni si difficile. Tant et aussi longtemps que le vent ne se mêle pas de la partie.

La glace est partout

Le secret de l’hiver canadien, c’est d’avoir de bons patins. Avec de telles températures, les lacs et rivières gèlent facilement et les patins sont donc un parfait investissement. La plupart des endroits extérieurs sont gratuits, mais les arenas des petites villes aussi et ça c’est top. La plupart des parcs ont leur patinoire extérieure et même des particuliers relèvent le défi d’en créer une dans leur cour. La glace se forme aussi volontiers sur les routes, et c’est là où ça peut devenir franchement rigolo. Par exemple, notre rue n’est pas déglacée l’hiver et les vents y sont particulièrement actifs. J’ai des souvenirs émus de tentatives plus ou moins réussies pour rejoindre l’autobus au bout de la rue, bras en croix et espoir vif. Depuis, j’ai investi dans des bottes avec crampons.

Avoir un service de déneigement privé est courant

Neige abondante oblige, un bon nombre de résidents, surtout en banlieue des grandes villes, choisissent d’investir dans un service de déneigement privé. Ces armées de déneigeuses miniatures débarquent généralement dès potron-minet pour déneiger les allées des maisons avant que le commun des mortels ne se lève pour aller au bureau. Ils rejettent la neige ainsi ramassée dans les terrains, créant des montagnes de plus en plus hautes à mesure que l’hiver, et ses tempêtes, avance.

Quelques conseils en vrac si vous prévoyez immigrer bientôt au Québec ou si vous êtes là depuis peu :

  • Choisissez vos bottes et manteaux avec soin, ils seront votre quotidien au minimum 4 mois par an, autant ne pas lésiner sur le confort ET le style;
  • Pensez aux bottes de neige pour les pitous, il y a du sel partout sur les routes;
  • Mettez-vous aux sports d’hiver; la saison est longue pour ceux qui ne l’apprécient pas et courte pour les mordus de ski alpin, ski de fond, raquettes, descentes sur tubes et patins;
  • Ne sous-estimez pas le froid, prévoyez des étapes, du chaud, des couches supplémentaires et des balades courtes. On n’a pas la même résistance au froid lorsque l’on est né dans des contrées au climat différent, et ça se sent !
  • Vous n’êtes pas obligé de souscrire un service de déneigement, déneiger quotidiennement remplace volontiers une inscription au gym;
  • Ne vous laissez pas miner par ceux qui disent être tannés de l’hiver, vous avez le droit d’être heureux et émerveillé de voir la neige tomber.

Des activités à faire l’hiver :

  • Du patin, partout, mais notamment au Vieux-Port de Montréal (payant), sur le sentier glacé de Magog (gratuit), à Lac-des-loups (payant) ou encore sur la rivière l’Assomption à Joliette (gratuit);
  • Des raquettes, notamment dans les parcs de la Sépaq qui peuvent même vous louer le matériel;
  • Du ski de fond, qu’il est possible de faire même à Montréal, au Mont-Royal;
  • Du ski alpin – à ce titre, la station de Saint-Bruno est actuellement accessible en autobus, depuis la station Longueuil-Université de Sherbrooke, grâce au skibus;
  • Des descentes en tube, dans les parcs des municipalités (gratuit) ou dans des lieux spécifiquement dessinés pour ça (payants), comme à Piédmont;
  • Des balades avec des chiens de traineaux, dans un endroit respectueux des animaux. Tu peux le faire en traineau ou en ski (ski-joering) si t’as le goût du risque. Bientôt, on va tester Auckaneck, dans les Cantons de l’Est, on vous en redonne des nouvelles !
  • De la pêche blanche, pour ceux qui aiment, est une activité facile et courue. Elle est possible à plein d’endroits, et notamment dans plusieurs parcs de la Sepaq;
  • De la motoneige, dispendieuse mais proprement grisante. J’ai eu la chance d’en faire en Laponie il y a quinze ans et je rêve de faire essayer à mon amoureux. Parmi les endroits qui en proposent, nous avons eu une bonne expérience, pour des activités plus automnales, avec Aventures Plein Air, dans les Laurentides;
  • Et puis enfin, dans le lot des activités plus inédites, j’ai recensé aussi le canot à glace, le canyoning et l’escalade de glace, ou encore le snowkite. La liste complète est à découvrir sur Aventure Québec.

Et vous, c’est quoi LA principale activité qui occupe votre hiver (à part Netflix bien sûr) ?

-Lexie Swing-

Crédit photo : Matthew Henry

Que s’est-il passé en 2022 ?

En 2021, à peu près à la même époque qu’aujourd’hui, je mettais la main aux derniers détails relatifs à mon article en quatre chapitres sur la reconversion professionnelle. Le sujet, qui mêlait à la fois mon nouveau métier (la chasse de têtes) et mon ancien (le journalisme) m’a permis de redonner un coup de fouet à ce blog tombé en quasi-désuétude durant la pandémie. J’ai bien cru à un rebond… et puis non ! L’inspiration venait désormais à manquer cruellement et l’expérience a tourné court au printemps 2022.

Que s’est-il passé alors, depuis que l’on s’est quitté ?

Les vacances (le plus important)

Faisant fi de nos habitudes, nous avons fait le choix de retourner en France pour l’été une fois encore. Je bénéficiais de la possibilité de travailler à distance de façon relativement illimitée, que j’avais donc prévu d’utiliser autant que possible. Grossière erreur. Travailler à distance ne ressemblait en rien aux quatre semaines de vacances que l’on avait connues l’année précédente (oui, je nourris toujours beaucoup d’espoir dans la vie). Mes plans ont vite pris le bord quand je me suis retrouvée à travailler de midi à 22h alors que mes amis étaient disponibles à compter de 17h. Sans compter les allées-retours, parce que voir une seule fois des proches que l’on n’a pas vus depuis une année ou plus, ce n’est guère envisageable. Résultats : nous n’avons vu presqu’aucun de nos amis – y compris ceux qui résidaient dans le village voisin – et avons couru de bout en bout. Exception notable : une semaine dans le Périgord, un coin que l’on adore, avec famille, couloir de nage et adorable village en contrebas. Bref, en 2023, nous comptons bien tenir compte des expériences passées et notre année devrait être riche, entre quelques jours au Lac Taureau, une petite semaine en amoureux à Vancouver, la découverte de la Gaspésie en famille, et puis un retour en France pour les fêtes, sans travailler cette fois.

Les enfants (la dimension inoubliable, surtout le dimanche matin à 7h)

Je me rappelle encore lorsque j’annonçais sur le blog, à la fin de l’hiver 2015, l’arrivée prochaine de notre deuxième enfant. Ce petit pois-là a fêté ses sept ans en 2022. Sa grande sœur, la Miss B. qui a accompagné ces écrits depuis le tout début, s’apprête pour sa part à célébrer ses dix ans. Revoir leurs petites faces de bébés me fait toujours autant fondre le cœur mais je dois avouer que leurs âges actuels sont bien plus funs ! Moins de contraintes, plus de découvertes, et plus de plaintes aussi, tant qu’à faire ! Les deux sont désormais à l’école primaire ensemble, ce qui sera encore le cas pour les deux années et demi à venir. On en profite !

Les animaux (qui nous apportent autant de fun que de contraintes)

Ça a été le grand changement de 2022 : nous avons accueilli un nouvel animal avant de dire au revoir à un autre. En février, nous nous sommes ainsi proposés pour devenir famille d’accueil pour lapin, un animal que B. souhaitait ardemment et que j’adore, pour en avoir eu plusieurs dans ma vie. Après quelques échanges d’informations, le beau Chester est entré dans notre vie. Lapin errant, probablement né d’une femelle lapin nain relâchée dans la nature alors qu’elle était gestante, il avait été attrapé quelques jours plus tôt par une bénévole. Il n’avait jamais connu la vie en intérieur. Il s’y est fait comme s’il avait toujours connu ça, courant dans la maison, faisant ses besoins dans une litière et terrorisant les chiens de la maisonnée. Ce joyeux trio a ainsi rempli la maison de baves, courses-poursuites et poils durant plusieurs mois. A l’automne, les articulations de notre vieux chien étant devenues trop douloureuses pour le porter, nous avons pris la décision de mettre fin à ses jours. Depuis deux mois, nous avons donc de nouveau deux animaux et sommes convaincus que nous nous arrêterons ici. Nous les aimons plus que tout mais il est difficile d’oublier les contraintes qu’ils représentent également, surtout lorsque vient le temps de partir en vacances, ou même juste pour une soirée. Bientôt, nous prévoyons emmener ce duo ensemble au chalet, histoire de voir s’ils ont le goût de l’aventure !

Le travail (parce que les vacances, les enfants et les animaux, ça coûte cher)

En 2022, rien n’a changé côté travail, ce qui n’est déjà pas si mal ! En pratique, nous avons continué dans nos rôles actuels, prenant graduellement plus de responsabilités. Au printemps, la collègue avec qui je collaborais est partie, laissant un grand vide mais aussi un poste à combler. J’ai donc repris la gestion du département, rejointe bientôt par une nouvelle collègue. A ce niveau, 2023 devrait être une confirmation des stratégies entreprises et, on l’espère, de nouveaux succès. On croise les doigts donc !

Et puis le reste ?

En 2022, j’ai continué la course à pieds, commencée l’année d’avant, et j’ai même couru mon premier 5 km en compétition. Un beau challenge, quand on sait que je dépassais à peine le bout de la rue une année auparavant ! J’espère bien continuer sur ma lancée, en tentant d’accepter que la progression est lente et que les jours peuvent ressembler à aujourd’hui : une sortie avortée au bout de quelques minutes car le corps ne suit pas. L’objectif en 2023, c’est d’atteindre les 10 km.

Après un mois d’octobre difficile, j’ai dû me résoudre à changer des choses au bénéfice de ma santé mentale; des changements qu’il va falloir ancrer en 2023. Mais entre autres choses, désormais je dessine. Je me suis toujours extasiée de ce talent particulier chez les autres quand même mes dessins de errements téléphoniques (ces zigwiwis que l’on dessine pensivement en écoutant la conversation au téléphone) semblaient être l’œuvre d’un enfant de quatre ans. Depuis j’ai découvert les tutoriels YouTube et mes chiens ne ressemblent plus à des vaches de l’espace. Je m’oblige à ces quelques minutes qui me déconnectent du reste, pour le mieux.

J’ai aussi commencé une nouvelle pratique : le long board. Mon chum m’a offert une planche magnifique, servant pour le moment de déco dans la chambre – hiver oblige – mais qui m’a déjà permis quelques sorties dans la rue (et gamelles!). Inutile de dire que Tempête, qui a la sienne depuis déjà quelques années, en fait mieux que moi et me la pique régulièrement.

Et vous ?

Il manque des choses dans ce bilan, les joies profondes, les hésitations, ces moments où, les mains serrées sur le rebord du comptoir de cuisine, je me suis demandée si j’allais tenir le coup. Il ne dit pas l’espoir et la pression, mais il dit le cheminement.

Alors quel est le vôtre ? Que s’est-il passé pour vous en 2022, les menus plaisirs, les doutes, les accomplissements ? Et qu’attendez-vous de 2023 ?

Je suis heureuse de vous retrouver là pour une nouvelle année, je vous la souhaite joyeuse et tendre et excitante. Je vous souhaite de ne pas laisser le stress diriger vos journées et de savoir compartimenter vos vies. Je vous souhaite des « rides » sur ce que vous voulez, : un vélo, un poney, une planche à roulettes ou au volant d’une voiture, pour aller découvrir le meilleur de vos environs. Je vous souhaite des aventures. Prenez soin de vous, j’ai hâte de vous lire ! Bonne année 2023.

-Lexie Swing-

Crédit photo : Lexie S.

De retour

Il y a dix ans, je lançais « Le cahier d’idées de Lexie Swing ». Les blogs étaient alors à leur apogée, comme un lieu primaire d’échanges et d’opinions. Encore en pleine construction, de ma vie, de ma carrière et de mon identité, j’ai vu dans cette enclave anonyme le lieu parfait pour déverser mes mots et mes idées.

Le temps passant, il a perdu une partie de son anonymat, sans que l’on sache tout à fait, ni qui j’étais, ni, finalement, ce que je pensais vraiment. J’ai longtemps cru que je craignais d’assumer mes pensées, quand finalement, l’espace aidant, j’ai réalisé que c’était ma personnalité toute entière qui se trouvait dans cet entre-deux. Il y avait des choses que j’assumais fièrement, et d’autres que je gardais pour moi, moins par peur de la vindicte que par crainte de blesser. J’ai vite compris que notre vérité n’est pas celle des autres, dans l’éducation et la parentalité peut-être encore plus qu’ailleurs.

J’ai distillé au fil des années des miettes de notre existence. Nos aventures, nos joies et nos quelques combats. J’ai partagé avec passion des convictions qui ont évolué aujourd’hui, parce que mes préoccupations sont différentes et que j’ai été exposée à d’autres réalités. J’ai commencé ce blog avec un embryon dans le ventre dont j’ignorais encore l’existence, je le rédige aujourd’hui avec, non loin de moi, deux enfants dont la plus jeune vient de fêter ses sept ans.

Lorsque la pandémie nous est tombée dessus, il y a eu dans le monde des blogs une déferlante. La vague, gigantesque, s’est nourrie de ces existences réduites à nos quatre murs. Soudainement, les écrivains amateurs n’avaient pour échappatoire que cet espace blanc. Espace qu’ils ont nourri de leurs menus déboires et de leurs quotidiens fragiles. Tous les blogs que je connaissais, le mien compris, se faisait le miroir de ce repli involontaire. Et puis, le contrecoup. La vague a déferlé, des murs se sont abattus, des pans entiers ont disparu. Et à l’instar de toutes les tempêtes, c’est le silence, finalement, qui s’est installé. Un jour, à force de tourner entre quatre murs, il n’y a plus rien eu à dire. On avait épuisé les qualificatifs et pris la mesure de l’événement. Il allait perdurer alors on a dressé les barricades et l’on s’est enfermé dans cette demi-vie, avec moins le goût de l’évoquer que celui d’y survivre. Et lorsque le temps est venu de vivre de nouveau, la vie s’est faite ailleurs, dans les plaisirs réels, au contact de ceux dont nous avions été privés. Loin des blogs, donc.

Il y a eu un essoufflement généralisé. Et malgré les tentatives pour relancer les machines, la plupart d’entre nous sommes restés à quai. L’inspiration et l’envie n’étaient plus là et les partages se faisaient sur des réseaux plus rapides, plus exposés et moins exigeants. Je me suis laissée la chance, j’ai payé mon nom de domaine avec l’espoir de reprendre. J’ai fait une série fournie. J’ai fermé de nouveau la porte. J’ai repayé mon nom en me laissant une dernière chance. Ceci est ma dernière chance. Mais je vais faire les choses bien, je vais les faire jusqu’au bout.

En 2023, vous trouverez un contenu – minimum – par semaine. Je m’y engage. Dans un an, je ferai le bilan. Est-ce que ce blog a encore un avenir ? Fait-il encore écho à certains d’entre vous ?

Rendez-vous la semaine prochaine !

-Lexie Swing-

Crédit photo : José Silva

Changer de carrière : le bilan

Vous êtes passé à travers la volonté ardente de changer de métier, par les étapes cruciales de la formation, puis vous avez enfilé les mocassins (ou escarpins) de votre nouvelle carrière. Depuis, le temps a passé, parfois seulement quelques mois, d’autres fois cela fait des années, mais les interrogations vont et viennent quant à la réalité de ce nouveau métier.

Pour certains, c’est la réalisation d’un rêve. Enfin, ils se lèvent le matin pour faire le métier qui leur correspond. Pour d’autres, cependant, c’est la douche froide. La réalité est bien loin de ce à quoi ils s’étaient attendus.

Lorsque les reconversions ont commencé à avoir le vent en poupe, le miroir renvoyait une image toujours plus dorée, reluisante, comme s’il avait suffi de changer pour s’inventer enfin un futur à sa mesure. Et puis, peu à peu, d’autres voix se sont élevées, décriant une image volontairement déformante, dévoilant en arrière-plan un contrecoup plus amer : celui du projet de reconversion qui ne fonctionne pas, du rêve d’indépendance qui se heurte à la difficulté de s’établir, de cette fausse idée – même – de liberté, véhiculée par une décennie qui a vu croître les métiers digitaux et le nomadisme professionnel, en parallèle d’un retour à l’essentiel.

Nouvelle réalité

Pour Alexandre, barbier depuis 6 ans et propriétaire de son propre salon dans le quartier de Verdun, à Montréal, le constat est positif. Son salon est selon lui un endroit simple, où il y a du partage et où il peut laisser libre court à son souci du détail. Il commence sa deuxième année comme propriétaire, dans le contexte pandémique que l’on sait. Pour le moment, il « préfère être sécuritaire et être encore un petit salon à caractère privé (seul avec mon client) mais il serait intéressant d’avoir un partenaire et pourquoi pas un jour un espace plus grand pour accueillir une équipe ».

Guilhem, désormais massothérapeute à temps plein, est dans la même démarche. S’il teste encore sa résistance physique pour évaluer le nombre de massages qu’il est susceptible de réaliser par semaine, il envisage également de s’établir dans une pratique plus privée, à son compte. À titre personnel, son bilan est également positif. Faisant mention des courbatures qu’il ressent parfois après des journées plus chargées, il estime que celles-ci « sont pour moi bien plus agréables que les maux de cervicales/têtes ou de haut de dos qui finissent quand même par nous rattraper quand on passe trop de temps en tension devant un ordi! » Sa capacité à décrocher de ses préoccupations professionnelles a également été impactée. « Mentalement, je trouve ça beaucoup plus facile, on fait sa journée en faisant au mieux à chaque soin, mais une fois le pied dehors, il est vraiment beaucoup plus facile de fermer la page mentale qui – dans mon ancienne vie – finissait souvent par trotter en boucle dans un coin de ma tête, fin de semaine comprise. »

Violette est également convaincue d’avoir fait le bon choix. Venue d’un milieu difficile, où la pression était forte et la reconnaissance rare, elle profite aujourd’hui de son métier de bibliothécaire qui lui offre à la fois la sérénité d’un salaire mensuel, mais surtout un rôle à responsabilités dans lequel elle obtient rétroactions et remerciements. « Je m’éclate sur plein de trucs; j’ai à la fois beaucoup à apprendre et beaucoup à apporter », estime-elle

Julie, pour sa part, a choisi de se laisser encore quelques mois pour réellement faire le bilan de sa reconversion. « Je ne suis pas sure d’occuper ce métier pendant de nombreuses années, souligne-t-elle. Je le vois plus comme une transition ». Un autre projet a d’ailleurs déjà germé dans sa tête.

Et si c’était à refaire ?

Choisir de se reconvertir, c’est aussi accepter que l’on a besoin d’évoluer, ou pire : que l’on s’est peut-être trompé au départ. En cause : une mauvaise orientation après le secondaire ou le lycée, couplée à une relative méconnaissance de soi-même à un âge où tout est encore à construire. Pour autant, le constat est sans appel et rares sont les reconvertis qui considèrent qu’ils auraient pu accomplir ce même métier dix ans auparavant. Plus encore, ils considèrent généralement que leurs premiers emplois ont été décisifs dans leur construction professionnelle, les amenant à cheminer, à développer des compétences transversales mais aussi à mieux se connaître, tout simplement.

Julie l’assure sans hésitation : elle ne regrette pas son parcours professionnel. Chargée de recouvrement durant plusieurs années, son souhait de rupture avec son ancienne profession lui a permis de « tout quitter », et sans regrets. « Je pense que si j’avais mieux réussi, professionnellement parlant, après mes études, je n’aurais peut-être pas eu la chance de prendre une année sabbatique par exemple ou que je serais encore dans une relation amoureuse dans laquelle je n’étais pas vraiment heureuse. » Un parcours qui n’est pas sans rappeler d’autres personnes qu’elle a côtoyées dans son cheminement. Lors d’un coaching business en 2021, elle avait effectivement rencontré « beaucoup de femmes qui ont démarré leur activité comme moi, et la majorité ont exercé pendant des années un métier qui ne leur convenait pas et ont fini par sauter le pas. Donc je me sens moins seule. Mon parcours m’a appris à relativiser et je pense que je serai aussi plus indulgente avec mes enfants quant à leur choix d’études. Ils feront comme ils veulent car rien ne garantit que leurs envies n’évoluent pas avec le temps. »

Ce questionnement relatif aux études, Guilhem l’a abordé également. Lorsqu’il a pris la décision de se reconvertir, il a eu l’impression pour la première fois de prendre le contrôle. « J’ai choisi d’aller en massothérapie, et j’insiste sur le mot choisi parce que pour la première fois de ma vie j’avais l’impression de choisir vraiment quelque chose professionnellement parlant! » Reste que pour lui, son expérience antérieure et les années de maturité gagnées depuis ses premières études lui ont permis de réellement s’accomplir dans son nouveau métier. Il n’a « absolument aucun regret, ni d’avoir changé de carrière, ni de ne la commencer que maintenant car si j’avais été masso à 20 ans, je n’aurais jamais eu la même écoute ou compréhension de la réalité de ce que les gens me racontent tout au fil de la journée ».

Alexandre aurait quant à lui apprécier commencer le métier de barbier un peu plus tôt. Mais il voit également ses précédentes expériences comme un cheminement positif. « Je suis heureux d’avoir eu la possibilité et l’audace de faire un changement total de carrière dans la trentaine. J’aurais aimé faire ce métier avant mais je ne regrette pas mon cheminement professionnel. Chaque emploi ou expérience acquise m’a amené là où j’en suis maintenant, je pense que toute expérience est bonne à prendre ».

Violette a pour sa part une approche plus philosophique. Si elle est persuadée qu’elle aurait pu s’épanouir dès le début de son cheminement si elle avait connu le métier de bibliothécaire plus tôt, elle reste consciente que son parcours professionnel est intrinsèquement lié à sa vie privée. « Dans mes études et dans mes boulots, j’ai rencontré plein de gens qui sont mes amis aujourd’hui, se remémore-t-elle J’ai rencontré mon conjoint par ce cercle-là. C’est quelque part ma vie complète qui serait différente. »

Un dernier conseil ?

Des conseils à donner, Alexandre n’en manque pas. Lui qui a appris le métier de barbier sur le tas, à la base, en offrant des coupes gratuites aux gens de son quartier, est aujourd’hui plus que réaliste quant au chemin parcouru depuis 6 ans et la création récente de son propre salon. « Crois-en toi et en tes compétences » argue-t-il. « Sois patient même si c’est correct d’être avide de reconnaissance » ou encore « Donne-toi les moyens d’arriver à tes fins ». Julie renchérit, en rappelant qu’il faut toujours garder en tête son « pourquoi », se souvenir de ce qui nous a poussé à changer, des raisons à l’origine de la reconversion. Elle insiste, également, sur l’importance de s’entourer « des bonnes personnes, celles qui vous encouragent », et de ne pas trop prêter l’oreille aux pessimistes. « Garder un mindset positif et déterminé est essentiel pour une reconversion réussie ».

Violette a une vision plus pratique. Elle conseille à ceux qui le peuvent de ne pas hésiter à faire un « bilan de compétences. Ça m’a vraiment été super utile (…) ça a légitimé l’envie que j’avais depuis quelques années de travailler en bibliothèque ou en librairie. » Sur un autre plan, qu’elle mentionne dans le cadre du questionnement identitaire qu’elle a ressenti lorsqu’elle a réalisé que le métier auquel elle se dévouait depuis de nombreuses années ne lui correspondait guère, Violette souligne l’accompagnement indispensable qu’a été pour elle le suivi en psychologie.  » (Se reconvertir) suscite beaucoup d’interrogations, c’est un gros bouleversement et mine de rien le travail occupe une grande place. » Elle en tient pour preuve cette question fréquente avec laquelle on accueille souvent les nouveaux venus : « et toi, tu fais quoi dans la vie ? » Le travail finit donc par nous définir, et vouloir en changer revient à questionner aussi son identité.

Apportant une pierre supplémentaire à la nécessité de bien s’entourer lors de sa reconversion, Violette mentionne qu’il est important de se détacher de l’avis de ses proches, qui peuvent voir dans la volonté de reconversion un changement de personnalité. La coach qui l’a accompagnée lors de son bilan lui a d’ailleurs conseillé de s’ouvrir d’abord à des gens hors du contexte familial ou amical, la famille ayant souvent un avis subjectif, orienté et somme toute limité des capacités professionnelles de la personne en reconversion.

Confrontés à la question de savoir s’ils pensent évoluer encore vers autre chose, Guilhem, Violette et Julie ne se ferment pas la porte. « On verra bien », « peut-être changerai-je de nouveau, qui sait ? » et « on peut avoir plusieurs vies dans une vie, la preuve », sont désormais leur leitmotiv. Conscients qu’une vie professionnelle est longue et riche en possibilités, ils ont choisi désormais de se laisser la chance de suivre leur intuition.

Je remercie mille fois mes amis de s’être prêtés au jeu de ce « bilan de reconversion ». Pour plus d’infos, vous pouvez retrouver Alexandre, dans son salon Parallèle Barbier Barbershop, à Verdun. Pour entrer en contact avec Julie, rendez-vous sur la page JA Créatrice de Contenu. Guilhem exerce quant à lui sur la Rive-Sud de Montréal, n’hésitez pas à m’écrire pour ses coordonnées ! Quant à Violette, je garde sa véritable identité secrète mais qui sait… peut-être la croiserez-vous un jour dans une bibliothèque !

-Lexie Swing-

Photo : Rawpixel pour Burst

Changer de carrière : l’atterrissage

Les balises sont posées, le plan de vol opérationnel, après l’envie de changer de carrière et l’effort consacré à mettre en place ce changement vient enfin le renouveau, ce quotidien qu’on avait espéré et qui s’est finalement mis en place, subrepticement.

Guilhem, « ex » acousticien, a donc choisi de se reconvertir vers le métier de massothérapeute. « J’avais (…) ce besoin de travailler avec mon corps, mes mains, pour aider plus directement les gens. » Après une blessure, il avait également expérimenté la massothérapie comme une « approche clé » de la gestion de la douleur et de la guérison. En complément de ses premières 450 heures de formation, Guilhem a dû assurer la partie pratique, soit 40h de massages en clinique-école. Ses journées sont alors ponctuées de 4 à 5 massages, avec 15 minutes de repos entre chaque. « De ce point de vue là, j’ai été bien préparé mais en me réorientant je ne m’attendais pas à ce rythme qui est quand même un peu effréné au début », se souvient-il. Et de plaisanter : « On ne va pas se mentir, j’ai quand même fini les premières semaines avec les avant-bras dans une bassine de glace! »

L’aspect physique, Alexandre, « ex » gestionnaire de communautés et nouvellement barbier, y a été confronté également. « C’est un métier physique qui demande d’être debout toute la journée et dont la mauvaise humeur ou la contrariété du quotidien doit être dissimulée pour que le client ait un moment relax où lui peut décompresser ».

Conciliation travail-famille

Après s’être formé de façon autodidacte en proposant ses services gratuitement aux gens de son quartier et avoir travaillé dans différents salons durant six ans, il a finalement fait le saut en ouvrant son propre salon « Parallèle Barbershop » à Verdun, dans Montréal. Un lieu qui, selon lui, le représente assez bien et au sein duquel il a l’avantage d’être seul maître à bord. « J’organise mon horaire comme je le souhaite, je fixe mes propres règles, je sélectionne ma clientèle et je peux concilier un travail au service des autres avec un horaire de famille. »

Pouvoir conjuguer travail et vie familiale a été l’un des principaux facteurs de choix pour Julie. « Ex » chargée de recouvrement et assistante en comptabilité, elle a lancé il y a quelques mois son entreprise JA Créatrice de contenu. Le tout premier avantage qu’elle voit à sa reconversion est la souplesse horaire. Les rebondissements dus à la Covid, la crèche qui ferme soudainement ou l’école qui renvoie un enfant à la maison pour cause de cas dans la classe, ont été des contraintes plus faciles à gérer dans un quotidien où Julie n’avait de comptes à rendre qu’à elle-même. La liberté d’organiser son horaire à sa guise a aussi eu un impact favorable du point de vue de sa créativité. « Je travaille aussi quand j’ai le plus d’inspiration (…), ce qui veut parfois dire de travailler le soir une fois les enfants couchés, mais je fais comme je veux. »

(In)stabilité financière

Mais flexibilité horaire ne veut pas dire que l’on travaille peu, bien au contraire. « Je ne pensais pas que ce serait aussi intense que cela, aussi souvent. Avec deux enfants en bas âge, j’ai parfois du mal à garder le rythme et la frustration de ne pas avoir encore de « gros » clients reste très présente. » Autre inconvénient de taille d’un métier de travailleur autonome : l’instabilité financière. Encore à l’aube de sa reconversion, Julie avoue être dans l’expectative. « Je ne vis pas encore de mon nouveau métier, cela pourrait encore prendre plusieurs mois et je sais que d’ici quelques temps il faudra faire le choix de continuer ou d’arrêter et de retourner dans le monde du salariat. »

Guilhem a connu également cette phase de doutes quant à la contrainte financière de la reconversion. Alors qu’il commençait à exercer sa nouvelle pratique, il s’autorisait à prendre quelques mandats en acoustique pour continuer à apporter une contribution financière suffisante à sa famille. « J’ai trouvé plus difficile justement de tenir le bout avec mon autre carrière pendant que je prenais des mandats, de ne pas céder aux chants des sirènes de l’argent proposé par mes clients. » Car son métier originel lui offrait la possibilité de gagner un salaire relativement important. « Concrètement, ça revient à refuser un salaire à 6 chiffres ou des mandats beaucoup plus conséquents pour garder ça ponctuel et dégager du temps pour faire de la réception à 17$/h qui s’est tranquillement transformée en 2 journées/semaine comme masso… » En prenant quelques mandats, combinés à son salaire fixe, il est parvenu à conserver un certain équilibre, jusqu’à finalement se consacrer uniquement à la massothérapie, sur un rythme de 20 à 25 massages par semaine environ. « Soyons clair, on ne devient pas riche en étant massothérapeute, les formations coûtent cher mais on arrive à un équilibre qui pour l’instant nous va très bien ».

Le bénéfice du salariat

Récemment, Marie, du blog Petits ruisseaux grandes rivières et auteure du livre « Education positive : une question d’équilibre », relayait sur son compte Instragram, dans une story désormais mise à la une sous le nom de « reconversion », une pluie de témoignages reçus à la suite du partage d’un article du site Les Échos « Charpentier, boucher, coiffeur, ils ont tout coiffé pour un job de bureau« . L’article et les commentaires reçus par Marie étaient éloquents au regard de cette instabilité financière qui accompagne parfois les reconversions… et de la recherche d’un salaire mensuel fixe qui peut devenir le facteur principal d’un changement.

Violette en a fait l’expérience. « Ex » journaliste, devenue employée de bibliothèque, elle goûte désormais avec bonheur à la satisfaction de voir tomber un salaire tous les mois. « Ça rend les choses tellement plus faciles », reconnaît-elle. Elle qui démarchait sans relâche les rédactions et courait sans cesse après le paiement de ses piges profite de cette sécurité financière. La facilité avec laquelle elle a pu mettre en place son projet de reconversion a également pesé favorablement dans la balance. Entre son bilan de compétences réalisé à l’automne 2020 et son premier emploi dans le domaine, 10 mois se sont écoulés. Le temps pour Violette de terminer ses articles en cours, terminer son bilan et même réaliser des stages de découverte en bibliothèque. Après avoir envoyé quelques candidatures en avril 2021, elle a été contactée pour trois entretiens et reçu une offre d’emploi pour deux d’entre eux. Une dynamique que même la Covid n’est pas venue ternir. « J’ai craint jusqu’au bout que ce soit annulé, avec les confinements successifs ». Mais son nouvel emploi a bel et bien commencé début juillet 2021.

Le plus difficile pour elle a été de faire le deuil de ce métier dans lequel elle avait mis tant d’énergie. « Je voyais (…) des journalistes qui relayaient leurs articles et je me disais que j’aurais aimé écrire sur ce sujet, ou bien je pensais à une publication et me disais que je ne l’avais pas encore essayée, celle-ci… » Durant quelques mois, le temps de son bilan de compétences, cette amertume plane, jusqu’à ce que finalement la rationalité l’emporte. « J’ai réalisé que j’avais essayé beaucoup, finalement, et que c’était difficile partout. »

Doutes de néophytes

L’autre aspect difficile pour Violette a été le fait de se retrouver novice, de nouveau. Passer d’un rôle que l’on maîtrise par coeur à un métier pour lequel tout est à réapprendre peut être un vrai défi moral, surtout lorsque l’on avance en âge. Dans un reportage réalisé par le Journal La Montagne, la Riomoise Marion Le Lann, ex-employée en communication se formant au métier d’encadreur d’art, aborde cet aspect particulier de la reconversion. « Pour moi, qui ai fait des études supérieures (*) : ne pas chercher à intellectualiser, mais faire ce qu’on me dit de faire comme on me dit de le faire. C’est une complexion d’esprit différente » explique-t-elle à la journaliste Géraldine Messina. Pour Violette, le salut est venu de sa capacité à lâcher prise. « Je suis arrivée en poste et j’ai eu l’impression de ne rien savoir faire, se souvient-elle. J’avais des responsabilités, on m’avait fait confiance et je me suis sentie un peu acculée. Finalement, j’ai posé des questions et j’ai avancé. » Accepter et faire accepter aux autres le fait que l’on puisse être plus âgé et débutant est la base d’une reconversion sereine.

Guilhem en a aussi fait l’expérience. La pratique primant dans l’apprentissage de son métier de massothérapeute, il a dû multiplier les possibilités de l’exercer, tout en répondant aux demandes de sa clientèle, dans un contexte concurrentiel. « La fluidité, l’écoute des besoins de la personne recevant le massage, la bonne manœuvre au bon moment, tout cela s’acquiert avec l’expérience et c’est évident qu’au début, on fait quelques erreurs qu’il faut accepter. » Après plus de 200 massages donnés à titre professionnel, il constate chaque semaine la progression que cela lui apporte.

Syndrome de l’imposteur

Le caractère difficile du fait d’être débutant dans un métier, Alexandre l’a expérimenté sous une autre forme : celle du syndrome de l’imposteur. Ce syndrome, fréquent dans le domaine professionnel en général, peut être exacerbé dans une situation de reconversion. Les attentes que l’on a envers soi-même sont supérieures à ce que l’on est susceptible d’accomplir du fait du recommencement, et la différence d’âge avec des collègues de compétences égales peut venir ajouter à ce décalage. Dans un article très récent, le magazine Capital donne des clés à ceux qui se sentent submergés par ce syndrome. En première ligne : les expériences professionnelles, avec l’appui desquelles on peut redessiner le contour de ses compétences et prendre conscience de sa valeur. Pour Alexandre, le temps et des formations supplémentaires ont été salutaires pour doper sa confiance. « Le syndrome de l’imposteur a fini par disparaître (…) à force de pratique et avec des petites formations avancées, j’ai pu combler mes lacunes. »

Lorsque l’on retrouve un équilibre financier et que l’apprentissage laisse place à une forme de maîtrise, vient alors le moment de faire un pas de côté pour mesurer le chemin accompli et décider vers quoi l’on souhaite tendre, désormais. Notre reconversion est-elle réussie ? Est-elle un aboutissement ou juste une étape vers quelque chose plus en phase avec nos aspirations réelles ? Seul le temps peut permettre d’établir les bénéfices et les pertes de sa reconversion.

-Lexie Swing-

Photo : Matthew Henry pour Burst

Changer de carrière : le carrefour

Le souhait est là, l’envie pressante, impérative parfois : qu’on ait longuement réfléchi à sa reconversion ou qu’elle se profile presque comme une urgence vitale, tous les travailleurs concernés passent par une phase de réflexion quant à la suite à donner à son cheminement professionnel. À l’image d’une relation amoureuse qui se termine, on retient de la carrière que l’on met derrière soi la liste des aspects que l’on souhaite voir absents de son futur emploi. Il peut s’agir d’une relation hiérarchique, du fait de dépendre d’une entreprise, d’horaires ou de déplacements trop fréquents. En revanche, la liste des choses que l’on aimerait trouver, outre l’épanouissement personnel, est plus dur à envisager. Entre désirs fous – 8 semaines de vacances ! – et humilité – « je ne peux pas prétendre à un salaire annuel à 6 chiffres avec si peu d’expérience ! » – les contours de nos nouveaux projets sont souvent flous.

Sans compter que notre première carrière nous permet souvent de déterminer ce pour quoi nous ne sommes pas – ou plus – faits, sans pour autant nous permettre de voir quel métier nous correspondrait. Est-ce que le plaisir relatif que l’on trouve dans l’organisation ferait de nous un(e) adjoint(e) accompli(e)? Ce goût pour la mise en place de petits événements festifs à l’échelle familiale est-il la preuve que l’événementiel est notre force ? Ou cette psychologie et cette empathie que l’on témoigne même aux personnes tout à fait étrangères à notre cercle pourraient-elles être le fondement d’une carrière future ?

Lorsque ni nos premiers emplois, ni une réflexion objective quant à nos aspirations, ne permettent d’ébaucher un projet professionnel sensé, le meilleur réflexe reste le bilan de compétences. En France, près de 60 000 salariés y auraient recours chaque année pour faire le point sur leur évolution professionnelle. C’est d’ailleurs par ce biais que mon amie Violette, 33 ans et ancienne journaliste, a trouvé vers quoi évoluer. En France, le bilan de compétences est éligible au compte personnel de formation. Les demandeurs d’emploi peuvent, pour leur part, faire la demande directement à Pôle Emploi. Au Québec, les services d’aide à l’emploi peuvent également faciliter l’accès à ce bilan, qui est peut être gratuit pour les demandeurs d’emploi.

Une fois la suite du cheminement professionnel identifié intervient la partie la plus cruciale et – potentiellement – la plus difficile : se former. Pour Alexandre, 38 ans, cette formation s’est faite en autodidacte. Alors au chômage, il avait pensé se tourner vers un coiffeur-barbier déjà installé pour se former à ses côtés en tant qu’apprenti et apprendre ainsi les ficelles du métier. Malheureusement, personne n’avait le temps de jouer ce rôle. « J’ai donc décidé d’apprendre à couper les cheveux et trimer des barbes par moi même en offrant des prestations gratuites aux habitants de Verdun », son quartier.

La question de la formation s’est également posée pour Violette. Après avoir identifié le métier de bibliothécaire comme profession pertinente pour la suite de son cheminement, elle a postulé à un DUT formant aux métiers du livre. Mais en s’informant davantage sur la profession, elle s’est aperçue qu’un certain nombre de personnes l’exerçaient à titre de contractuelles. Une possibilité qu’il l’a séduite. « Je n’avais pas envie de reprendre les études, les devoirs, les travaux collectifs, d’être notée, je préférais apprendre sur le tas.  » Car c’est un peu là, la difficulté de la reconversion et ce qui devient souvent un frein à certains projets professionnels : recommencer des études lorsque l’on a quitté les bancs de l’école depuis déjà plusieurs années. Mais les chemins de traverse ne sont pas à négliger pour autant. « Je me rends compte qu’il y a des choses, d’un point de vue théorique, qui me manquent. (Suivre une formation) m’aurait permis d’avoir un peu de recul sur le métier plutôt que d’être le nez dans le guidon, assume Violette. Mais l’avantage c’est que j’ai une façon de voir les choses un peu extérieure (…) et que je n’ai pas été formatée. »

Le cheminement de Julie, 38 ans, l’a poussée à s’interroger sur les métiers qui pouvaient lui permettre de mener de front sa vie de professionnelle, de conjointe et de mère, dans un contexte de mutation géographique à La Réunion, et en pleine pandémie. « J’ai décidé d’orienter ma recherche de travail vers un métier que je pourrais exercer depuis chez moi, seule et à mon compte, explique-t-elle. La distance avec la famille, le fait de n’avoir aucune aide sur place, la circulation très compliquée sur l’île et la garderie de l’école et la crèche du petit fermant leurs portes de bonne heure ont été autant de raisons que de sources de motivation pour trouver un métier qui me permettrait de concilier vie pro et vie perso. » Parmi les différents métiers qu’elle envisage, celui de Community Manager lui paraît le plus attractif. Les publicités qu’elle voit régulièrement apparaître sur les réseaux sociaux louent par ailleurs la possibilité de mener de front vie professionnelle et vie de famille. Julie pèse le pour et le contre, et choisit finalement de se lancer dans la formation proposée par Mamans Digitales. « J’ai suivi une formation sur 12 semaines pendant lesquelles je devais mettre en pratique ce que j’apprenais. J’ai donc dû trouver une entreprise qui acceptait que je gère leurs réseaux sociaux à 100% pendant cette durée. » Alors nouvellement maman pour la deuxième fois, Julie cumule les rôles. « Avec un bébé qui ne faisait pas encore ses nuits et allait seulement 2 jours par semaine en crèche, une formation à distance en continu et un cas pratique, j’ai trouvé cette période de 3 mois dense, fatigante mais aussi très enrichissante. « 

Parfois, le métier envisagé nécessite un retour aux études ou une formation plus longue et qui se cumule mal avec un autre emploi, même à temps partiel. La question financière se pose alors. En France, un certain nombre d’aides existent pour financer sa formation lorsque l’on est salarié. On pourra par exemple bénéficier d’un Projet de Transition Professionnelle (PTP), d’un Compte Personnel de Formation (CPF) ou encore d’un Transco. Pour les demandeurs d’emploi, des subventions existent également, à l’image de la RFPE ou Rémunération de Formation Pôle Emploi, ou encore de l’Aide au Retour à l’Emploi Formation (AREF). Au Québec, on trouve aussi des ressources, selon les métiers envisagés. En juillet 2021, le Programme pour la requalification et l’accompagnement en technologies de l’information et des communications (PRATIC) a ainsi été lancé. Destiné aux personnes sans emploi, ce programme vise à les encourager à entreprendre une formation dans les Technologies de l’information en leur fournissant une aide financière durant celle-ci. Le programme de formation de la main d’oeuvre vise pour sa part à venir en aide aux personnes ayant besoin d’une formation supplémentaire pour trouver un emploi ou conserver le leur. Pour ceux qui sont demandeurs d’emplois et souhaitent lancer une activité de manière autonome, un programme de soutien a également été mis en place.

Le métier vers lequel Guilhem, 38 ans, souhaitait se reconvertir ne lui laissait guère le choix. En effet, la massothérapie ne s’improvise guère ! Pour devenir un massothérapeute certifié, il a dû suivre une formation de base de 450 heures, le minimum pour pouvoir émettre des reçus d’assurance et pouvoir être embauché par des cliniques de soin ou des centres de spa. Censée durer 5 mois, sa formation s’est étirée, pandémie oblige, sur près d’un an et demi. Afin de subvenir à une partie des besoins familiaux, Guilhem a donc continué à prendre quelques mandats ponctuels en acoustique et s’est fait engagé pour tenir la réception 10 heures par semaine dans une clinique locale proposant des services de physiothérapie, massothérapie ou encore osthéopathie. Cela lui a permis de « voir comment fonctionne une clinique, travailler les aspects relations clients », et de nouer les liens qui allaient peut-être lui permettre d’y travailler un jour comme massothérapeute. À l’issue des premières 450 heures de formation, Guilhem a finalement choisi d’en faire 250 de plus pour explorer davantage la kinésithérapie orientée massage thérapeutique ainsi que le sujet des blessures et pathologies. « Honnêtement, la somme de travail que j’ai fourni était bien au-delà de ce que je pensais avoir à faire en m’inscrivant, reconnait-il. Et cumulée aux mandats d’acoustique et à la réception, il y a eu des semaines un peu plus difficiles mais je prenais un réel bonheur à être sur les bancs de l’école. » Son salut, il l’a tiré du soutien indéfectible de sa conjointe, à la fois soutien moral et appui financier. « Elle n’a jamais remis en question mes choix et a énormément facilité le projet. »

Le soutien de l’entourage, de la famille ou du conjoint joue certainement un rôle fondamental. Reste qu’une fois les études ou la formation réalisées se pose alors la question de la nouvelle carrière et de son quotidien. Nos choix, que l’on ne peut plus imputer à une mauvaise orientation scolaire ou à un manque de maturité, sont-ils toujours viables dans le temps ? Et résistent-ils toujours à l’épreuve de la routine familiale, des exigences financières ou de ce que l’on avait espéré, tout simplement ?

-Lexie Swing-