J’ai un enfant préféré

monteregieJ’ai un enfant préféré. J’ai vu le sujet passer sur un blogue boutique et je me suis dit « pince moi dont ben fort si c’est pas vrai ». Un truc comme ça. Parce que c’est la vérité, j’ai un enfant préféré.

Là, tout de suite (20h), je les préfère pareil. Les deux. Parce qu’elles dorment. Les deux dorment, oui. Mais d’habitude, à c’t’heure, mon enfant préféré c’est le chien. Parce que quand je crie « MAIS VA TE COUCHER, BORDEL » c’est le seul qui m’obéit.

Bon en vrai je ne dis pas bordel devant mes enfants. Pas que je sois précieuse, non, mais si tu crois que c’est pas grave de dire des gros mots devant tes enfants, c’est que ta fille a jamais crié « hey maman, fais pas chien! » devant les autres parents de la garderie. Non pas chier, CHIEN. Moi non plus je sais pas d’où ça vient mais soit un de ces petits amis de la garderie est dyslexique, soit une des éducatrices a tenté de rattraper malencontreusement un gros mot qui lui avait échappé.

Fin de la parenthèse éducationnelle.

Je les aime donc autant, à défaut de les aimer pareil (vu qu’elles ne sont pas pareilles), mais je préfère l’une de mes filles à l’autre.

Pas toujours la même d’ailleurs.

Les jours de brunch, je préfère Miss Swing, parce qu’à quelques dérapages près – le verre de lait inexplicablement attiré par le tapis – elle sait se tenir convenablement pendant une heure 10. Tempête non. Tempête préfère prélever quelques fruits dans l’assiette de la petite vieille de la table à côté, pendant la diversion offerte par la serveuse. Avant de s’extirper avec force grognements de sa chaise haute et de filer à l’anglaise. Elle se ramasse généralement contre la vitre donnant sur l’exterieur, vitre qu’elle nettoie de part en part armée de sa seule langue. C’est aussi dégoûtant en vrai que dans le texte.

Les jours de gym, je préfère Tempête. Parce que Tempête est un vrai bonheur d’enfant toujours prête à voltiger et escalader le moindre obstacle. A l’entrée de la salle, elle est comme un cheval fou dont il faudrait bien tenir la bride. Heureusement, depuis qu’elle sait que le cours commence par une chanson avec des maracas à l’aide desquels on peut assommer sa mère, elle est nettement plus calme en entrant.

Miss Swing, elle, aime la gym. En théorie. Et lorsqu’elle en sort. C’est elle qui a choisi d’en faire d’ailleurs. Et elle a souvent envie d’en faire. Mais un autre jour. Pas aujourd’hui, voyez-vous? Pas le jour J de la gym. Non ce jour là, le short est trop petit, la culotte mal mise, il fait froid, les chaussettes grattent. Dans la voiture, elle tressaute d’impatience, raconte comme elle a été la première la dernière fois et tout ce qu’elle y fera. Et puis on arrive devant la salle et elle se contorsionne, suspendue à mon cou, pour que ses pieds ne touchent pas le sol. Les tapis lui font tout à coup nettement moins envie, et si l’on pouvait repartir là, maintenant, tout de suite, elle serait sage pour toute la journée elle le promet. Constance est son deuxième prénom.

Elles sont mes enfants préférées. Les miennes. Celles que j’aime plus que tout. Parfois je les préfère ensemble. Parfois à tour de rôle.

Souvent, quand même, mon enfant préféré reste le chien. Comprenez-moi… Il ne parle pas!

-Lexie Swing-

 

Crédit photo : Lexie Swing

Deux mois avec toi {Liseuse mon amour}

LiseuseJe ne pourrais jamais avoir de liseuse, j’aime trop les livres. J’aime les toucher, j’aime leur odeur, j’aime m’abîmer dans la contemplation de leurs couvertures et choisirent uniquement ceux dont les premières pages m’inspirent. J’aime l’objet, j’aime le corner, l’entasser, en faire des petits toits pointus qui jonchent mon parquet, à mesure que je les commence et les abandonne en chemin. Je n’aimerais pas ça avoir une liseuse. Mais je me trompais.

Il y a quelque temps, Hélène a mentionné en passant sa vieille Kobo. Hélène aime les livres. Hélène lit beaucoup. J’ai trouvé ca étonnant, que quelqu’un comme ça traine depuis des lustres un machin aussi terne qu’une liseuse. Alors pour la première fois je me suis posée vraiment la question : qu’est ce que ça pouvait m’apporter ?

Au Noël suivant, j’ai demandé à ma tante une Kobo. Une Kobo parce que je ne voulais pas faire d’Amazon mon fournisseur particulier. Le soir même, j’ai acheté le second livre de Baptiste Beaulieu « Et vous ne serez plus jamais triste ». Je n’avais jamais pris la peine de me l’offrir.

Je l’ai lu dans la nuit.

Alors le lendemain matin, depuis ma Kobo, une nouvelle fois, j’ai commandé un second livre, La vie secrète de Zelda Zonk. Et je l’ai égrené, chapitre par chapitre, au rythme de nos étapes dans les hôtels. La liseuse était là, dans son habit rouge offert par ma mère, glissée dans une petite poche.

Une fois à la maison, j’ai téléchargé les deux logiciels proposés par la bibliothèque (j’ai trouvé l’étape pénible – sincèrement il n’existe rien de plus pratique à date? – mais parfaitement expliquée avec captures d’écran à l’appui sur le site de la biblio de Montréal). Et là, j’ai eu accès au Saint-Graal. Des bouquins par centaines, à un clic de moi.

J’ai choisi les couvertures qui me plaisaient – on ne se refait pas – et téléchargé autant de bouquins qu’autorisés. J’en ai aussi réservé d’autres. J’en ai lu un cette nuit là. Attaqué un autre dans mon bain le matin suivant. Je suis passée à travers les trois tomes de Bébé-Boum en une semaine et j’ai accumulé en parallèle quelques bouquins plus sérieux sur l’histoire du Québec.

Contrainte par l’offre de la bibliothèque – majoritairement tournée vers les bouquins québécois, je me suis plongée dans les œuvres d’icitte, ce que je n’avais encore jamais vraiment daigné faire. Et j’ai adoré! Je me suis habituée au style, j’ai découvert des petits bijoux, des romans qui me parlent de rues que je connais et d’un quotidien que je vis.

J’ai emprunté des romans et des livres plus sérieux aussi, des retours historiques et des bouquins thématiques.

Plus encore que la diversité, j’aime la quantité que la liseuse me permet d’avoir. Pour moi qui consomme les livres avec l’engouffrement d’un buveur névrosé pogné dans une bachelorette party, c’est la panacée. Sitôt un roman fini, je peux en ouvrir un deuxième, que je sois dans le train ou au milieu de la brousse. Je les charge par cinq et m’empiffre comme si mon cerveau n’était jamais rassasié.

Je n’ai pas abandonné les livres papier pour autant. J’en achète toujours. J’en offre aussi, des bouquins que j’ai découvert sur liseuse et que j’ai eu envie d’offrir par la suite.

Dans quelques années, je m’offrirai un appareil plus perfectionné car le mien est encore un peu lent, pas toujours intuitif. Mais il est petit, confortable pour l’usage que j’en fais. Sa batterie tient suffisamment pour m’accompagner durant mes heures de lecture. Et je ne suis pas de ceux qui demandent à la technologie d’offrir toujours plus.

C’est une compagne précieuse que je transporte avec moi désormais, avec un monde des possibles quasiment inépuisable.

Et de votre côté ?

-Lexie Swing-

 

Credit photo : Lexie Swing

Regrets

imageDe la neige douce sous les pieds, un sac à dos rempli de courses et un bébé solidement arrimé sur ma poitrine. C’était moi, hier, quand Tempête s’est levée fiévreuse et qu’il a fallu agiter le drapeau blanc le temps de la requinquer. Parce que justement, elle se remonte en un tour de clé et que la musique est vite repartie, j’ai profité de cette journée off pour la sortir un peu. Fièvre oblige – oui, E. est de ces enfants que rien n’arrête, même 40 de fièvre – je l’ai transportée dans le porte bébé afin de lui épargner le chemin plein de la neige qui s’était amoncelée la veille (25 cm si j’en crois la météo).

Nous sommes parties, cahin caha, moi titubant un peu dans la neige, elle, la tête renversée en arrière, bouche ouverte, tentant d’attraper au vol les quelques flocons qui flottaient encore dans l’air. J’ai déambulé dans les différentes boutiques de Saint-Bruno auxquelles je projetais de me rendre. À l’épicerie, la caissière m’a écartée d’un geste et a rempli avec bienveillance mon sac à dos, le transportant jusqu’à mes épaules pour m’éviter une rotation compliquée. Ainsi chargée, je me suis alors dirigée vers ce petit café dont j’avais entendu parler sans jamais y mettre les pieds. J’y ai croisé la vie de Saint-Bruno, des clients visiblement fidèles, sinon habitués, qui sirotaient leur dose quotidienne. Des gens plongés dans leur journal, dans leur livre, sur leur cellulaire ou dans leur conversation. J’ai aimé ce monde là – et le café était délicieux, ce qui ne gâche rien. Je suis repartie mon gobelet à la main, les yeux perdus dans le ciel bleu.

Je ne suis pas fille à avoir des regrets. Pas même de la nostalgie. Comme si le temps s’évanouissait dès lors qu’il se conjugue au passé. Mais les pieds dans la neige et le cœur léger, j’ai regretté. Regretter les premiers mois de ma deuxième née où mon esprit fugitif avait pris la décision de saborder ma vie de mère. Où j’aurais tout donné pour sortir de cette routine, de cette ville, de cet hiver là, et me retrouver entre les quatre murs d’un bureau. Un bureau que j’ai détesté, sitôt retrouvé, parce que je n’avais toujours pas fait la paix, et que mon esprit, mon cœur et mon corps se livraient une lutte sans merci.

J’ai regretté parce que j’aurais pu profiter. Les conditions étaient réunies et la neige était bonne. On aurait pu s’en donner à cœur joie, elle et moi. On aurait marché dans la neige un café à la main. On aurait fait l’épicerie, en s’appuyant sur la bienveillance du genre humain. On aurait eu du fun.

Bien sûr, ce n’est pas mon tout petit bébé que je traînais hier. Ce bébé ci fait presque 10 kilos et il parle. Il m’invective et me poursuit dans la maison en criant « Papeauuu » ma tuque à la main lorsque j’oublie de me coiffer pour sortir. Il dit bye d’une voix caverneuse à la sortie de tous les magasins. Il me pince le nez quand je le porte dans le porte bébé, quand il n’essaie pas de visiter une de mes narines. Il tient debout devant la porte, tandis que je me déharnache. Et une fois à l’intérieur, il envoie valser ses bottes et court vite se jeter sur le sofa du salon.

C’est un autre hiver, un nouvel hiver. Et qu’importe le temps qu’il fait dehors, il fera toujours moins froid dans mon cœur que l’hiver dernier. Je regrette d’être passée à côté de ces moments mais je ne voudrais pas y revenir. Le présent est bien plus beau. Mon bébé est devenu lourd à porter mais mon cœur est tellement plus léger que mon corps à trouver son équilibre.

Et puis je n’oublie plus de mettre ma tuque en sortant.

-Lexie Swing-

Et de quatre!

imageIl y a 4 ans je chantais. C’était The Voice à la télé, l’amoureux avait sorti sa guitare et on a braillé des chansons bien après que les candidats d’un soir aient quitté le plateau. Je me souviens surtout de Skinny Love, de Bon Iver, remis au goût du jour par Birdy, et qu’on a entonné une nouvelle fois ce soir-là.
J’ai toujours pensé que la détente de mon corps, provoquée par les mélodies et le bonheur tranquille de cette nuit de février, avait précipité sa venue.

Elle est née dans la matinée, à l’heure de la collation, quand le soleil est suffisamment haut pour qu’on se dise qu’on a fait une bonne grasse matinée. Je n’en ai guère eu, ce 10 février là, de grasse matinée. Et plus jamais depuis.

Par contre cela fait 4 ans que la vie a pris un chemin différent, 4 ans que, où qu’elle soit, près ou loin de moi, je me lève en étant maman, que l’on se lève en étant parents.

Et oui, c’est parfait. Et oui, c’est difficile. Et non, il n’y a pas de réalité toute lisse et parfaite comme un salon Pinterest. Il y a beaucoup d’amour, beaucoup de rires, beaucoup de cris, et pas toujours des cris de joie. Il y a aussi des pleurs, des poings rageurs, des crises sans fin. Il y a de l’admiration, des définitions sans cesse revues, des contours que l’on croit avoir apprivoisés, mais qui ondoient au gré des chutes et des accomplissements. Il y a tout ce qu’on sait désormais d’elle, et tout ce qu’on sait aussi de nous, maintenant.

On connaît désormais la résilience. On a appris à épeler très vite les noms interdits, les noms croches, les noms des aliments qu’elle n’aime pas mais qu’on a caché dans la purée et le nom des surprises qu’on aimerait garder encore un peu. On sait quand la crise va arriver, on sait quand elle ne va pas vouloir, on sait quand elle va dire non, on ne sait pas toujours éviter l’affrontement, cependant. On a ressorti nos vieilles chansons d’enfant, on est traumatisé de comprendre désormais les paroles, et de l’entendre scander « pour savoir qui qui qui serait manger », sous prétexte que c’est sa chanson préférée. On connaît par cœur l’enfilade du pantalon de neige, même si une fois sur deux on enfile les bottes avant de se rendre compte qu’on l’a oublié. On sait qu’il faut mettre les gants avant le manteau, sinon ils ne vont pas bien comme il faut.

On a appris notre job de parents. Avec amour, avec patience, avec emportement, avec fatigue et avec obstination. On a lu des bouquins, consulté des sites, on a posé des questions, oublié d’écouter les réponses, on s’est planté souvent, on s’est excusé parfois mais on l’a aimé tellement que ce n’est pas si grave. C’est peut être même ce qu’on a appris de mieux, en quatre ans. Qu’on pouvait aimer quelqu’un pour la vie, avec certitude. Ce n’est pas un contrat, ce n’est pas une option, juste un état de fait.

Demain c’est ton anniversaire ma croquette. Je t’aime pour toujours, et chaque jour plus qu’avant.

-Maman-

Consentement : qui est responsable ?

imageSoir de pliage de linge, l’occasion rêvée de me mettre à jour sur ma série du moment : Switched at birth. Début d’épisode et une mention prévient le spectateur : on va aborder le sujet du consentement lors de la relation sexuelle (mon iPhone vient d’écrire religion sexuelle, ça me fait réfléchir lol).

La série ne donne pas trop dans la morale, mais les héroïnes sont deux étudiantes, alors… Je voulais aborder le sujet avec vous car je me suis aperçue, à ma grande surprise, que je n’étais pas d’accord avec cette idée de superpuissance du consentement féminin. Je vous raconte ? Vous me donnerez votre avis.

L’histoire : Bay, 19 ans, se réveille dans le lit d’un bon copain, qui est son ex d’ailleurs. Elle a déjà un amoureux. La veille, après une chicane avec ledit amoureux, elle a picolé avec l’ex et d’autres amis, fait la fête, rit, jusqu’à ce qu’elle demande à s’allonger un peu. Elle dit au gars de s’allonger à côté d’elle. Et là black out. Elle se réveille le matin avec le feeling qu’il y a « something wrong ». Sa mère, à qui elle en parle sous couvert de « il est arrivé quelque chose à une amie », lui dit que c’est un viol. Et la machine se met en marche.

L’idée véhiculée par la série est qu’il y a relation sans consentement car la fille était trop alcoolisée pour le donner. On a des flashs backs où elle embrasse le type etc, mais on apprend par la suite qu’elle ne se rappelle de rien. L’ex, qui est donc un bon ami, lui répète qu’il n’aurait rien fait si elle n’avait pas voulu. Qu’il avait beaucoup bu également. Dans les flashs, on voit que tout tourne également pour lui. Le père de la fille le tance d’un « peu importe que tu aies bu également, tu es plus grand, plus âgé, t’es le gars, t’aurais du arrêter en voyant qu’elle n’avait pas l’esprit clair ».

Ayoye. Je n’aime pas ces paroles. Je me suis rendue compte qu’à vouloir le consentement à tout prix, on déresponsabilise une nouvelle fois la femme. Elle était trop alcoolisée, elle n’avait pas la conscience claire. Tu étais alcoolisé également mais tu es l’homme, tu aurais dû tout arrêter. J’ai songé à toutes ces soirées trop alcoolisées qui ont tourné de même. A quel moment devient-on responsable du consentement de l’autre? Et quid de deux personnes alcoolisées? Qui doit s’assurer que l’autre veut bien? Pourquoi n’essaie-t-on pas d’en faire un objectif commun, encore une fois? Pourquoi tient-on le discours « toi femme tu dois donner un consentement clair, toi homme tu dois t’assurer qu’elle le donne ». Pour sûr un homme peut moins facilement se faire abuser par une femme que l’inverse. Quoique. Une fellation ? Dans ce cas il pourrait également se sentir abusé, ne pas avoir l’impression d’avoir donné son consentement. Alors je voudrais qu’on annote le présupposé précédent: « Avant de faire une fellation, toi homme donne ton consentement clair et précis (« oui je le veux »), toi, partenaire, vérifie que la personne n’a pas changé d’idée en chemin.

La seule chose que m’a fait ressentir l’épisode d’hier soir, c’est que l’on se trompe, au sujet du consentement. On déresponsabilise les jeunes femmes. Oui, il faut continuer à marteler que non, c’est non, et que le silence ne vaut pas (forcément) acceptation. Mais il faut surtout faire comprendre que l’envie doit être partagée. Et qu’il faut tenter d’envoyer des signaux clairs. Après tout les femmes sont pas mal les spécialistes des mixed feelings. C’est drôle d’ailleurs car en parallèle, et je ne suis pas certaine que les réalisateurs l’aient fait volontairement, la mère de l’héroïne fait justement vivre ça à l’un de ses proches : elle couche avec lui, puis le repousse en lui disant que ce n’était pas une bonne idée, pour finalement l’embrasser de nouveau quelques jours plus tard. En fait si, les réalisateurs en ont conscience puisqu’à cet instant, son chum demande : « es tu sûre que c’est ce que tu veux? »

Voilà comment est vu le consentement aujourd’hui : « une femme qui envoie un signal positif par ses actions et un homme contraint de demander, à haute et intelligible voix, si elle est bien sûr de son choix ».

Encore une fois on oppose les hommes aux femmes au lieu de créer un front commun de respect mutuel et de signaux clairs.

J’avoue que pour ma part, j’ai le goût d’apprendre un peu plus à mes filles. Que non, c’est non, mais qu’il faut respecter l’autre aussi, ne pas jouer avec ses sentiments. Que boire raisonnablement est la clé de bien des maux, y compris des maux de tête. Et que l’amour, comme le sexe, se fait à deux, en accord. Qu’il n’y a pas de toute puissance de la féminité, pas de toute puissance de la masculinité, et que l’écoute est à la base de tout.

Et vous qu’en pensez-vous?

-Lexie Swing-

Et toi, tu manges quoi?

imageÇa fera dix ans cette année que Mr Swing et moi avons commencé à vivre ensemble. Notre frigo miniature était alors une vraie vitrine de ce que l’on trouvait au supermarché : jambon et saucisses Herta, cordons bleus Père Dodu, croque-monsieur sous vide, Paniers de Yoplait, Saint-Morêt et Babybel. Nous avions un bar toujours trop encombré pour y manger et finissions toujours par dîner devant la télé, sur le canapé. Et l’on fumait à la fin du repas.

Il s’est passé une vie en dix ans. Des rebondissements, des incertitudes. Mais parmi les choses qui ont le plus changé, il y a indubitablement notre façon de consommer et de manger. Quelques années plus tard, arrivés dans le Gers, notre frigo plus grand reflétait notre vie d’alors : plus de légumes, parfois achetés au marché, à ce vendeur qui faisait de l’agriculture raisonnée. Plus de recettes faites maison. Plus de repas emportés au bureau. Plus de cuisine, encore. Et quelque temps plus tard, plus de bio. Du moins pour bébé.

Lorsque Miss Swing est arrivée, nous avons fait le choix d’un lait bio. Du Hipp. Lors de la diversification, le bio s’est naturellement imposé. En petits pots ou fait maison, nous avons continué à la nourrir surtout avec des aliments biologiques. Allant même jusqu’à acheter pour elle seule quelques légumes bios, lorsque nous prenions les nôtres au rayon « normal », faute de moyens.

À Montréal, c’est également la première chose que nous avons cherché, un lait bio. Pour finalement l’abandonner car il n’était pas digeste. L’ivresse de la nouvelle vie et des nouveaux supermarchés nous ont fait perdre un peu ce cheminement. Arrivés avec le strict nécessaire, nous avions aussi laissé derrière nuit la plupart de nos précieux outils et ustensiles de cuisine accumulés au cours des années.

Qu’est-ce qui a changé ? L’arrivée d’un deuxième enfant? Notre niveau de vie? Depuis quelque temps, nos placards regorgent de produits biologiques, des légumes à la farine en passant par le sucre. Plus loin encore, l’intolérance de notre cadette aux protéines de lait de vache nous a progressivement conduit à diversifier notre régime alimentaire, lui intégrant du même coup un fort ratio de recettes végétariennes et même souvent veganes (PLV obligent).

Du croque-monsieur Herta au tempeh biologique, il y a dix ans et un pas de géant. Je me réentends me moquer gentiment de ma mère, qui privilégiait déjà le bio pour tout. Je lui disais « les légumes ok, mais la farine? Le beurre? Le sucre glace?? » Il faut dire que c’est tout un mode de vie qu’il faut réapprendre lorsqu’on se tourne vers d’autres produits … Reste que, mon raisonnement d’alors me surprend. Pourquoi trouvais-je que choisir des légumes bios était plus logique que du sucre?

Aucune idée. Mais je me souviens avoir pensé qu’elle voyait un peu le mal partout, les pesticides dans tout aliment. C’est pas mal ce que je pense à mon tour aujourd’hui. Enrichie d’informations, gavée d’images sensationnalistes, ébranlée par la souffrance animale et les révélations sordides, soucieuse d’offrir le plus sain à mes filles en ayant l’impression de ne faire jamais assez… Costco est devenu ma Mecque, avec ses paquets de produits biologiques taille colonie. Et si je me tournerais volontiers vers « le petit agriculteur du coin » j’avoue ne pas toujours m’y retrouver quant aux modes de culture…

Et même là, il reste difficile de bien choisir. On choisit un fruit dans l’étal estampillé biologique et l’on apprend par une enquête que tout ce qui est vendu n’est pas forcément bio. Alors on se met à traquer les certifications, pomme après pomme, citron après citron. On croit se nourrir d’un poisson moins pollué et la télé nous étale la vérité toute crue : le saumon bio est encore plus toxique que son cousin élevé normalement. Et au milieu de tout ça on garde en tête que la certification n’est pas la même d’un pays à l’autre…

Prochaine étape : le potager ! Il paraît que c’est enrichissant, pour les enfants. Espérons qu’elles aient la main un peu plus verte que moi (et qu’Eleven fasse la chasse aux écureuils curieux!).

Et vous? Avez vous changé quelque chose à votre façon de vous alimenter?

-Lexie Swing-

Les filles, leurs défauts et nous

imageMiss Swing se plaint, comme sans cesse. Elle est indécise, mais méticuleuse, parfois trop. Tempête est une tornade, sans peur, qui bouscule, dérange et pique des colères aussi soudaines que brèves.

Elles ont leurs défauts. Et leurs défauts sont bien souvent les nôtres. Il a fallu un peu de recul pour que je m’aperçoive que B. s’était mise à se plaindre lors de ma période un peu down. Alors que je répétais sans cesse « ça ne va pas » et que la complainte du « on est en retard », « rien n’est rangé », « j’en ai marre » reprenait en boucle chaque nouveau matin, ma jolie poupée d’alors 3 ans se faisait mon écho, s’agaçant d’une chaussette mal mise et faisant volontiers le bacon sur le parquet du salon parce que la botte n’était pas lacée comme elle l’aurait souhaité.

Elle est soucieuse du moindre détail, et indécise, comme son père l’est encore parfois. Quand elle reste le nez en l’air, et la vie en suspens, il se reconnaît dans ses rêveries, dans ses absences momentanées.

Nos défauts, ceux qui transparaissent dans le comportement de nos enfants, sont les plus durs à gérer. Ou pas. Peut être que certains trouvent ça facile, se disant « je comprends par ce que je suis pareil ». De notre côté, ça nous renvoie plutôt à nos propres faiblesses, à nos incohérences. Mon sens aigu du bordel ne devient vraiment réel que lorsque l’une des filles laisse un jouet dans un endroit incongru et file vers autre chose. Et rien ne m’agace autant que d’entendre Miss Swing se plaindre d’un bobo de 1 millimètre par 0,5 comme s’il s’agissait d’une blessure de guerre.

J’ai le goût de m’affaler sur le plancher et de me plaindre « cette migraine est insupportable » parce que j’ai mal au sourcil droit depuis un bon dix minutes.

Il faut savoir prendre soin de ses défauts…

-Lexie Swing-

Ton petit titre (ou le Miroir aux alouettes)

imageDans ma vie d’avant, l’année dernière quoi, j’étais journaliste. C’est chouette journaliste. Les tapis rouges, les gens célèbres – Brad Pitt at least, Bruno Solo à tout le moins – les invitations, les déjeuners de presse aux petits oignons, les articles inspirés, les scoops et les récompenses.

Vous vous en doutez, je crois, ou j’espère, ce n’est pas la réalité. C’est la réalité de certains, une poignée, et seulement une part de la réalité. La mienne, c’était : beaucoup de remplissage, des brèves pas folichonnes, des articles sur le loto de Saint-Jean-les-Alouettes, quelques stars inabordables parce qu’accaparées aussitôt par les vieux briscards de la rédaction, des politiques machos, des horaires à rallonge et beaucoup de faits divers pas ragoûtants. Il y avait du bon aussi, des articles où j’ai pu laisser aller ma plume sans qu’on me censure. Mais la raison en était moins l’appréciation de mon bon travail que le fait que l’article n’allait être vu que par une poignée de personnes qui, après avoir lu seulement le titre et la légende, allaient s’en servir comme support pour ramasser les épluchures des patates le dimanche suivant.
J’avais le titre. Journaliste. J’ai même été rédactrice en chef. For real. J’étais pas mal la seule rédactrice en fait, mais ça le titre ne le dit pas.

Car justement, le titre, ça ne dit pas grand chose. Ca ne dit pas que tu te tournes les pouces depuis deux heures faute de travail à accomplir. Ça ne dit pas non plus que tu abats plus de travail à toi seule que les trois bonhommes pour lesquels tu œuvres. Ça ne dit pas que tu écris des discours que d’autres lisent à voix haute. Ça ne dit pas que tu prêtes ta plume à quelque célébrité qui signera l’ouvrage de son seul nom. Ça dit rarement les responsabilités que tu prends et le travail dont tu as la charge. Ça révèle encore plus rarement la vacuité de ton poste, le grand titre pour des prunes, le titre qu’on t’a donné pour te contenter, pour enjoliver l’organigramme et rallonger ta carte de visite…

J’ai découvert le métier d’adjointe en travaillant sur un média qui leur était consacré et je n’ai jamais été autant surprise des tâches qu’elles abattaient, des connaissances qu’elles avaient, de leur méticulosité et de leur professionnalisme, le tout pesant finalement peu face au maigre salaire. Ceux qui les connaissent savent qu’ils ou elles ont réponses à (presque) tout, maîtrisent certains dossiers aussi bien que leurs auteurs, pour les avoir rédigé, amendé et relu mille fois, à défaut de les avoir signé. Ils savent qu’elles sont les gardiens du temps et qu’elles ont toutes les clés. Le tout pour un maigre titre : « adjointe », voire « adjointe exécutive ou de direction » pour les plus cotées. Le bon patron les désignera en disant « ma collaboratrice » quand le mauvais dira, d’un air gourmand et propriétaire, « ma secrétaire ». Mais aucun ne révélera finalement l’étendue de leurs connaissances…

On dit souvent qu’il n’y a pas de sous métier, il y en a d’autant moins qu’on ne sait jamais ce qu’un poste renferme et ce qu’un titre honore.

Laissons leur chance à tous.

-Lexie Swing-

PS j’ai vraiment interviewé Bruno S. ;)

Crédit photo : Tom Hussey

Solitude

adult-1850672_640Les enfants, ce sont ces êtres lumineux qui chamboulent toute sa vie avec joie et fracas. Ils construisent, ils fracassent, ils imaginent, ils dansent, ils crient, ils font des crises de bacon et des cours de claquettes à 2h du matin sur le parquet du salon. Ils sont adorables et insolents, bavards, parfois survoltés, jamais à court d’idées. Ce joyeux manège a illuminé ma vie, il me pousse à me lever le matin, il m’oblige à sortir l’après-midi, il m’enjoint à quitter mon costume rigide d’adulte pour retrouver souplesse, sens du rythme et fausses notes au gré de Petit bateau sur l’eau et Il était un petit navire que je braille dans la voiture pour divertir ma progéniture.

Mais ce joyeux boucan me fatigue parfois, souvent, dépendamment des horaires de travail et de l’éloignement des vacances. Plus il prend de l’ampleur, plus je m’agrippe aux moments de solitude. Une virée au magasin de bricolage, un trajet en train, un bain qui s’éternise alors que je devrais être couchée depuis des lustres, sont autant de moments où je tente par tous les moyens de m’échapper.

Je lis souvent des témoignages de parents qui rêvent parfois des jeunes années. Celles où l’on était insouciants, où l’on soupait au restaurant sur un coup de tête, où l’on pouvait se permettre de dîner d’un bol de céréales puisque l’on était seuls. Je crois que ça ne m’a jamais manqué. J’aimais ça, sortir au restaurant ou partir en week-end sur une simple envie, mais avoir des enfants ne m’a pas fait me sentir moins libre. Moins seule par contre, oui. Ce qui a des bons et des mauvais côtés.

Et oui j’aimerais tellement ça, des fois, connaître le silence du matin et dormir jusqu’à 11 tapantes. Ou chiller devant la télé jusqu’à potron-minet. Ou bien m’abîmer dans la lecture des romans et l’étrenner jusqu’à la toute dernière page puisque rien d’obligatoire ne m’attend.

Alors je la chéris, cette solitude, lorsque la nuit tombe, ou lorsque je suis malade et que je profite de la maison pour moi seule. Ce sont des parenthèses. On ne se rend pas compte, avant d’avoir des enfants, à quel point ces moments sont précieux, à quel point ils ressourcent, et combien on a besoin parfois, d’être seul avec soi-même.

On trouve la maison trop vide, on rêverait d’y entendre des rires d’enfants, jusqu’à ce qu’ils arrivent, qu’ils soient partout, alors seulement, on comprend, et l’on embrasse le silence lorsqu’il se présente à la nuit tombée.

-Lexie Swing-