Une journée dans mes souliers

J’ai récemment vu une vidéo du genre. Une semaine dans les chaussures de quelqu’un. C’était une vidéo de boulot (au Québec on dit UN vidéo, je vous le dis pour pas que vous soyez mêlés si un jour vous entendez ça) et la personne avait un travail qui s’y prêtait (beaucoup de déplacements) mais j’ai aimé le concept et j’aimerais ça en voir et lire d’autres sur le sujet.

Une journée dans mes souliers ? C’est parti!

Le réveil sonne chez nous à 5h30. Beaucoup trop tôt pour être honnête. 5h30 c’est un peu comme le milieu de la nuit. C’est donc au milieu de la nuit que notre réveil sonne, et comme tout bon humain du 21ème siècle, nous snoozons. Le vrai réveil, c’est 5h50. Toujours le milieu de la nuit, mais déjà l’aube, les prémices de l’histoire. Alors l’un de nous file sous la douche tandis que l’autre se rend à la cuisine préparer le petit-déjeuner. Ça c’est la théorie. En pratique, l’autre plonge la tête sous la couette, se déplace au milieu du lit et se rendort les bras en croix, profitant de la chaleur des draps et de l’espace libéré. #life

Généralement, c’est le moment que choisit Tempête pour se réveiller. En criant. Et réveiller sa soeur. Qui crie aussi. Une bonne journée commence donc. Parfois, comme ce matin, l’une des filles n’est pas à l’endroit indiqué dans le manuel, aka son lit. Elle est dans le nôtre. Comment est-ce arrivé ? On ne sait plus vraiment. J’ai bien rêvé d’elle me disant qu’elle n’était plus fatiguée et voulait monter dans notre lit – youpi, mais je me souviens avoir alors marmonné « noooon, va dans ton liiiit ». Visiblement ce n’était pas un rêve. Et ma fille est sourde.

Time for breakfast. Facile de s’en rappeler, Tempête arpente la maison en grondant « maaaangeeeer ». Souvent c’est pain et beurre et confiture, ou fromage. Rarement pâte à tartiner maison. Des fois c’est gâteaux du Costco. Bref, pour le côté « healthy » on repassera.

Le temps se fait pressant à mesure que les minutes s’égrènent sur l’horloge du four. Bientôt il est 6h53, toujours il est 7h02 et je me sens stressée de voir ainsi une nouvelle heure entamée alors qu’il reste tant à faire!

On jette le chien dehors et les miettes dans l’évier, et on annonce « les vêtements, pipi, les dents, non dans l’autre sens ». Mais en vrai c’est toujours dans ce sens là, parce qu’il est bien connu que c’est toujours plus agréable de baver sur son chandail propre et de dégrapher son pantalon pour faire pipi sitôt après l’avoir enfilé. Des fois je suis maquillée, des fois par encore, mais dans tous les cas j’ai toujours les cheveux moitié secs et pas de temps pour les sécher.

On met les tuques, les mitaines (moufles). On enlève la tuque pour passer le cache-cou. On remet la tuque. Les bottes sont déjà mises depuis dix minutes et ont arpenté plusieurs fois le salon laissant dans leur sillon des cailloux tel le Petit Poucet. On enfile les manteaux, on force pour passer les mitaines de ski dans l’ouverture du poignet. On zippe mais pas jusqu’en haut parce que dedans il fait trop chaud. On ouvre la porte, on trimballe, on bringuebale, on attache dans la voiture, on revient chercher ce qu’on a immanquablement oublié (lunch/peluche du jour/couches pour la garderie) et on s’en va à trois cents mètres de là. On défait les ceintures, on prend les enfants sous le bras et on court dans la garderie. 5 minutes montre en main et on ressort, pour courir à la voiture et prendre la direction de la gare, en bas de la ville. Il est 7h32, 7h33 à l’horloge de la voiture qui a trois minutes de retard, toujours. Faire chaque matin l’addition dans sa tête et se rendre compte qu’on est en retard. On déboule au carrefour en priant pour qu’il soit dégagé. On a une théorie et un chemin bis. La théorie veut que certains jours soient moins achalandés que d’autres, et le chemin bis passe en contrebas. Lorsqu’on le prend, on peut être sûr qu’en arrivant au dit carrefour, il n’y aura personne sur notre route habituelle. Preuve que la théorie ne tient jamais! Mais pourquoi n’y a-t-il soudainement plus de voitures à 7h36 alors qu’il y a un bouchon à 7h38?

Retour à nos moutons. Nous nous engageons sur le chemin de campagne qui mène à la gare. Ne pensez même pas y aller à pied, c’est un vrai no man’s land excentré de tout. On se gare toujours tout au fond, 4 minutes pour arriver sur le quai. À l’horizon le train fume, en se découpant dans les premiers rayons du soleil. C’est une vision magnifique.

Embarquement. 25 minutes de trajet. Le temps d’un bouquin, d’un échange de messages textes, de quelques courriels ou d’un texte à écrire. Le temps de regarder dehors aussi, et de profiter de la traversée magique du Saint-Laurent, avec les buildings en arrière-plan.

Nous sortons sur le quai, à la gare Bonaventure. Le monde est endormi et il y a peu de portes. Alors en file, nous progressons doucement, tranquillement, péniblement même, les mauvais jours. Comme quoi tout dépend toujours de comment l’on voit les choses.

Je travaille juste au dessus, à un souffle et quelques marches à peine. La journée s’enligne, je profite de la pause de midi pour avancer mes MOOC du moment et lire la presse en ligne. Quand j’ai le temps, je sors. Une petite marche, même au milieu des boutiques, est toujours utile pour se sortir la tête du seau.

Les heures de l’après-midi filent en un clin d’œil. Certains soirs, je reste tard, histoire de coordonner un événement, ou une soirée. Mais le plus souvent, à 16h31 je suis dans l’ascenseur. Je traine un peu dans la gare, maintenant que je suis à deux escalators du train, et c’est comme une invitation au voyage.

Un jour, un jour… Je monterai dans le train pour Toronto, pour Chicago. Mais ce soir, je pars pour Saint-Bruno. Je monte dans le premier wagon, et je m’assois en haut, à gauche, pour avoir une vue sur les quais. Je suis une fille d’habitude, immuable. Tellement que l’amoureux n’a plus besoin de me texter pour savoir où je me trouve. Je suis là, première porte, en haut de l’escalier. Le retour est tranquille, jamais trop long. C’est une vraie bulle d’oxygène, une pause nécessaire entre deux vies qui se marchent sur les pieds.

Voiture (tout au fond du stationnement, une gageure les jours de tempête de neige), garderie, maison. Le chien fait la fête, Tempête réclame « de l’eau » (du lait en fait) et Miss Swing tente prendre le dessus sur la mêlée générale en criant plus fort que les autres.

Les jours bénis, le repas a été cuit la veille au soir et attend sagement sous son cellophane. Souvent ce sont alors des lasagnes et dans le train qui me ramène chez moi je pense à elles avec la même intensité qu’à un nouvel amour à la fin de l’été. Les autres jours, c’est préparation rapide, un riz aux champignons, des pâtes aux légumes ou un quinoa touski. Les filles crient à l’inanition, en se lançant un ballon à travers la pièce. À intervalles réguliers, Tempête se roule par terre et Miss Swing lui dit qu’elle ne l’aime plus.

Heureusement, la nourriture arrive finalement sur la table. La plus petite engouffre son assiette avec tous les outils que la Providence a pu lui fournir (fourchette, cuillère, main droite grande ouverte) tandis que la grande chipote cet avocat dont elle jurait la veille que c’était son légume préféré pour toute sa vie durant.

L’heure du bain donne le signal de fin. Un peu de barbotage, des dents lavés et hop, en pyjama. On lit l’histoire, on se fait les lettres de l’alphabet au complet, on dit quels prénoms d’amis commencent par quelle lettre, quel nom de chose commence par quelle lettre, quels animaux commencent par quelle lettre. On essaye de sauter des pages mais ce n’est pas possible car Miss Swing connaît son alphabet sur le bout des doigts et de son entêtement. On arrive à s’arracher au livre, on éteint la lumière, on fait un dernier câlin et on sort de la chambre.

On revient sur nos pas. On dit « oui tu peux faire pipi ». On rallume la lumière. On attend. On attend encore parce que c’était plus-que-pipi. On essuie. On tient fermement par l’épaule son aînée qui se découvre soudainement un amour démesuré pour le rangement du salon. On reconduit au lit. Et on demande de bien-vouloir-se-coucher-vite-sinon-je-te-previens-je-ferme-la-porte-attention-je-compte-jusqu’à-3.

Et puis vient le moment de débauche, la pure, la vraie. On s’octroie cinq minutes pour lire une page de livre ou regarder le début d’une série. Ensuite la vie nous rappelle à l’ordre, il y a des lasagnes à préparer, une table à débarrasser, un lave vaisselle à remplir et une machine à faire tourner. Les souliers deviennent un peu pesants, un peu étroits. Un instant on se voit loin, pieds nus, sur une plage désertée de tout enfant, de tout travail, de toute contrainte et de tout lave-vaisselle à remplir.

Et puis on remet ses souliers. La vie n’attend pas.

Et vous, quelle est votre journée ?

-Lexie Swing-

 

Credit photo : Lexie Swing

Sus au pouce

This is the end… Entendez-vous la musique lorsque je vous écris ça? This is the end of the thumb. On Saturday, we decided we had had enough.

Rendu à ce stade de sa vie, le pouce de Miss Swing a probablement passé la moitié de son existence à végéter entre des dents, une langue et des mâchoires roses. Il en est ressorti un peu abimé, un peu aplati. Ce n’est pas une vie pour un pouce.

Avant qu’elle naisse, j’avais pourtant cette vision fort clairvoyante de l’éducation : mes enfants n’auraient pas de sucette, ce machin dégueulasse provoquant des mots mi-mâchouillés mi-bavés, et rendus totalement inintelligibles par l’entrave du bouchon de plastique. Le pouce me semblait une option tellement romantique. Et c’est vrai que c’est cute à souhait, un poupon de quelques mois, son petit poing fiché tout contre ses lèvres.

Toujours surprenant comme les perspectives sont différentes lorsqu’on ajoute quelques années au compteur et des heures à dire « enlève ton pouce de ta bouche ».

By the way, « enlève ton pouce de ta bouche », phrase numéro 1 chez nous, concourt carrément hors compétition pour cause de surabondance et de concurrence déloyale, loin devant « range ta chambre », « ne crie pas » et « arrête de taper ta sœur ».

Mais il est impossible de forcer son enfant à cesser de sucer son pouce (même si je fais des rêves la nuit dans lesquels scotch épais et mitaines de four jouent un rôle de premier ordre). On a essayé la menace, on a essayé la carotte, on a essayé l’explication, on a essayé la peur, on a essayé de lui faire confiance, on a essayé de se faire confiance. Sans succès. Alors il y a quelques semaines, lorsque son pouce est devenu un truc suintant dégueulasse parce qu’il est bien connu que doigt mouillé et froid polaire ne font pas bon ménage, nous avons crémé et bandé le tout. La situation nous l’imposait et elle l’a bien supporté. Mais voilà que, loin de se cantonner au repos du soir, le pouce a retrouvé sa place habituelle dans sa petite bouche… Hier, nous l’avons donc pansé de nouveau. Après avoir menacé de tout enlever – l’enfant de 4 ans aime imposer sa volonté – elle a oublié qu’elle avait un pouce.

Les mitaines ne sont pas très pratiques, ceci dit, quand on a le pouce bandé. Alors on verra, le printemps vraiment venu, si l’on peut opérer une vraie transition et faire revenir le pouce de Miss Swing a son usage normal pour un pouce de 4 ans.

Reste que, c’était une idée de merde, on peut le dire, de penser que sucer ses doigts était une solution préférable à la sucette.

Enfin on verra, je vous redis ça quand il faudra retirer son bouchon à Tempête, la fille aux mille sucettes (perdues).

-Lexie Swing-

 

Crédit photo : France Soir

Le coup de fil de la garderie

Vendredi après-midi. L’heure est à la détente, les courriels ont été mis à jour huit fois et les collègues ont pris d’assaut la machine à café sans que personne ne daigne regagner son poste après les trois minutes d’ordinaire small talk. Ça fait dix fois que j’entends qu’il fera -15 samedi – la chance d’avoir un bureau si près de la salle des repas – et personne ne semble être à court d’adjectifs pour qualifier cette température peu ordinaire alors même que chacun avait remisé son manteau après le 11 degrés du début de semaine.

De notre côté, la soirée s’annonce douce : la pâte à pizza est au frais, les légumes ne demandent qu’à être coupés et Netflix a récemment mis à jour sa banque de films. Tempête se gratte les oreilles depuis quelques jours et l’on s’interroge sur la pertinence de l’amener ou non chez le médecin samedi matin, mais rien que de très ordinaire finalement …

Il est 15h33 et le téléphone sonne. Je n’ai pas le temps de prendre l’appel mais c’est la garderie. Ce n’est jamais bon que la garderie appelle en après-midi. Ce n’est jamais bon que la garderie appelle tout court. Je rappelle mais le téléphone sonne occupé. Le numéro suivant, sur la liste des personnes à contacter, c’est celui du papa. J’enfile mon manteau et préviens que je pars. Je ne sais pas ce que c’est mais c’est forcément urgent. La garderie appelle rarement pour parler du temps, elle.

Dans l’escalator, le téléphone sonne de nouveau. Mr Swing a pris l’appel, il n’est pas inquiet, le pied de Miss Swing est seulement un peu enflé.
J’enrage un peu d’être partie si vite, pour un coup ou une foulure peut être, mais je n’ai guère le temps de m’interroger plus : le train démarre.

Quand j’arrive à la garderie, ma grande fille est debout, le pied droit nu. Elle claudique mais à peine. Le pied est gonflé, un peu dur, un peu bleu. Mais juste un peu.

Je la porte sur une chaise, l’habille, la laisse. Au signal, l’éducatrice de la cadette ouvre la porte du fauve, qui s’ébroue comme un petit cheval en courant pour ne pas mettre son manteau. Une Miss Swing sous le bras, une Tempête par la main – pas exactement le schéma habituel – nous rejoignons la voiture.

En attendant à la gare le train de l’amoureux, je me contorsionne depuis le siège avant en levant plus haut le pantalon de ma belle assise dans mon dos. Tandis que je la manipule, elle déclare soudain : « mon autre jambe pique maman ». Alors je soulève la jambe du pantalon. Dix tâches. Peut être plus. Je n’ose pas compter. Je bloque ma respiration. Déclare d’une voix que je veux enjouée qu’on va attendre Papa.

A la maison, on déshabille l’enfant et on compte les points. Un pour le pied enflé, deux pour l’hématome, cinq pour les tâches qui s’étendent de minute en minute. Dix sur dix pour l’angoisse.

Rapidement, la question des urgences n’est plus un « si » mais un « où ». La balance penche en faveur du Children’s. Neuf, dédié aux enfants, qualifié pour reconnaître les maladies purement infantiles, parmi les plus étranges. Je tremble beaucoup alors Papa se dévoue. En embrassant ma toute petite de 4 ans, je la regarde droit dans les yeux en m’imprégnant de la profondeur des siens. Je lui dis que tout va aller pour le mieux en faisant taire ma trouille qui me dit « et si tu te trompais? »

C’est la tempête dehors et ma cadette n’y est pour rien. Samedi sera bientôt là, la machine à café avait raison et le baromètre flirte déjà avec les -10. Coincé devant la pont Champlain, l’amoureux angoisse. A l’arrière, notre fille répond tout doucement, si doucement, qu’il se demande même parfois si elle répond vraiment.

Stationnement au Children’s, 20 dollars en moins sur le compte en banque – après une heure et demi, mais reste-t-on vraiment moins d’une heure et demi aux urgences ? Le sas, le premier guichet, le bracelet de l’hôpital – y compris pour le Loup – le deuxième guichet, le pré-triage. Rappel au pré triage, on l’envoie en zone jaune.

Ce sont les mots qui s’affichent de mon côté, sur le texto qu’il parvient à m’envoyer. Je suis déjà allée au Children’s, je suis toujours pognée dans la zone verte. Le jaune, c’est la chambre directe. Un monde jusqu’ici inconnu (sauf la fois où je me suis trompée dans la dose d’un médicament alors qu’elle était bébé). Aux urgences, ce soir-là, il est le seul papa « tout seul ».

De mon côté, je capote. Ces boutons, tous ces boutons. Une araignée ? Une colonie de fourmis? Les bibittes ont le don de me rendre dingue. Armée de l’aspirateur, et de javel, je passe au peigne fin la maison, et nettoie à fond sa chambre, sans succès.

Méningite, maladie de Lyme, l’interne égrène les possibilités et raye ses conclusions. Maladie de Schoenlein-Henoch. Ding ding ding, nous avons un gagnant.

Quelques examens plus tard et Schoenlein est désigné grand vainqueur. Entre temps, les membres inférieurs de Miss Swing ont viré au pourpre. Ça tombe bien, purpura rumathoide, c’est son deuxième nom, à cette maladie. Une réaction auto-immune du corps à la suite d’une maladie type otite, d’un vaccin, d’une prise d’antibiotiques.

A la maison, le cellulaire vibre au gré des amis prévenus qui s’inquiètent. A quelques rues de là, une amie maman me propose de poser Tempête. Une heure plus tard, elle me promet finalement de venir la garder à la maison si je décide de rejoindre le Children’s sur un coup de tête. Un soutien précieux, à cette heure et en ce lieu, quand la famille est à 6000 km de là et que l’angoisse nous étreint.

Un pipi dans le pot (et sur les doigts de Papa) et une prise de sang plus tard, Miss Swing s’est endormie. Il est plus de minuit. Ibuprofène sera son seul traitement, ainsi qu’une surveillance des reins et des selles pendant quelques mois.

Le lendemain, elle marche à peine. Quelques heures plus tard, elle claudique jusqu’au canapé, puis annonce après le dîner (de midi) son envie d’aller se promener. Elle aura gagné un chocolat chaud en tête à tête et un Rocky dont elle est ravie. Et son père toute ma fierté, pour être un roc aussi fort et avoir gardé le cap avec elle toute la nuit, même avec un début de grippe.

Je ne verrais plus jamais les vendredis soirs de la même façon…

Et vous, avez-vous passé un bon week end?

-Lexie Swing-

 

Credit photo : Lexie Swing

Monologue à ma fille

Regarde, chérie, regarde le monde. Un monde tout neuf, une vie à construire. Tu es une fille, tu es ma fille. Tu es mon royaume, et je t’aiderais à en construire un à ton image. La vie que tu mérites, sans barrières, et sans obstacles. Dussé-je les déchiqueter à mains nues, je ne laisserai personne intervenir pour te dire que tu ne peux pas, que tu ne sais pas, que ce n’est pas ta place. Tu porteras les vêtements qui te plaisent, tu joueras aux jeux qui t’amusent et tu auras les amis que tu veux. Tu feras le sport qui t’allume, l’activité qui te transporte. Tu étudieras ce qui t’intéresse et tu feras le métier que tu t’es choisie. Tu en changeras, tu te tromperas peut-être, tu avanceras, tu iras ailleurs, et personne ne te jugera pour ça. Tu vivras où tu veux. Tu vivras seule, ou avec une bande d’amis. Avec une amoureuse, un amoureux. Avec des gens que j’aurais le goût de connaître puisqu’ils seront importants pour toi. Tu pourras tout me dire, toutes tes joies, toutes tes peines, toutes tes erreurs, toutes tes errances.

Je te promets de ne pas juger, d’essayer de comprendre, d’essayer de t’aider. Je te promets de ne pas te changer, de ne pas te façonner et de te laisser être la personne que tu souhaites et non celle que j’espère. Je te promets aussi de te protéger, parce que toutes les erreurs ne méritent pas d’être commises, et que j’en ai commis aussi, pour que tu n’aies pas à les faire à ton tour. Je te promets de t’informer, de t’expliquer, pour que tu puisses faire chacun de tes choix en connaissance de cause. Et je te promets de te les laisser, ces choix. De te laisser les portes ouvertes. Toutes les portes.

Je continuerai à me battre, pour que tu les aies. Je continuerai à répondre vertement à ceux qui te minimisent parce que tu es une fille. Je continuerai à sourire lorsque tu affirmes à qui veut l’entendre que ta couleur préférée est le bleu, et que tu arbores fièrement, au milieu de tes amies en robes de princesse, une tunique noire, sur un legging noir, «parce que c’est beau le noir Maman». Je te laisserai être cette petite fille un peu gauche, mais tenace, et à applaudir tes exploits sur le trampoline, parce que je me souviens que ce qui est important ce n’est pas que tu sois la meilleure mais que tu donnes ton meilleur, et fasse un peu mieux, à chaque fois. Et quand on voudra te comparer, je garderai en tête qui tu es, que ce n’est pas parce qu’un domaine n’est pas ta force, qu’il est nécessairement une faiblesse, et que c’est la somme de tes faiblesses, ajoutées à celle de tes forces, qui ont construit la jeune femme que tu deviendras.

Je te promets de ne laisser personne me dire qui tu es. Si tu promets de ne laisser personne te dire qui tu es toi-même, même pas moi.

-Lexie Swing-

Crédit photo : Lexie Swing

Le Grand Nord québécois, ça vous parle?

imageJe suis là, devant mon écran. Tour à tour je trépigne, je m’émeuts, je m’afflige, je note et j’interpelle ma collège : est-ce que tu savais que…?

Est ce que tu savais d’où venaient les premiers peuples qui se sont installés au Québec? Sais-tu à quoi ressemble la nature du secteur? As-tu entendu parler en détail de l’assimilation ? Ils ont tué leurs chiens. Oui, tous leurs chiens, ou presque. Alors que le chien était à la fois un moyen de transport et un membre de la communauté, de la famille, qui portait le nom d’une personne décédée récemment. Quelques tirs d’avion et il n’y avait plus rien que des cadavres… Est-ce que tu sais, aussi qu’on a déplacé plusieurs communautés ? Dont une tout au nord, tellement au nord que le nom était presque caché par le haut de l’écran. Un voyage en brise-glace, une séparation entre les familles, et hop, ils ont débarqué tout ce petit monde sur une plage déserte. Lost, mais en version polaire. Et par la grâce du seul gouvernement. En 1953, tu te rends compte? En 1953… C’était il y a un battement de cœur à peine.

Depuis quelques semaines, je suis un cours en ligne, un MOOC gratuit, sur le Grand Nord québécois. Ses origines, son histoire, etc. Proposé par l’Université Laval, il est l’un des mieux que j’ai pu suivre à date. De belles photos, des infographies, des vidéos, du multi-contenu interactif et des liens vers des articles ou vidéos supplémentaires, pour enrichir le cours et nos connaissances.

Chaque midi ou presque, je visionne, j’apprends, et je cherche à en savoir encore un peu plus. Aujourd’hui c’est le dernier jour où il est possible de vous inscrire pour le suivre. Vous venez?

https://www.ulaval.ca/les-etudes/mooc-formation-en-ligne-ouverte-a-tous/le-quebec-nordique-enjeux-espaces-et-cultures.html

-Lexie Swing-

PS en raison d’une grève du personnel de l’université, le module 4 n’est pas accessible et la formation durera donc un peu plus longtemps que prévu. De fait, il n’est pas impossible que des inscriptions soient encore possibles au cours de la semaine.

Ces commentaires dérangeants

Machine à ecrireIl y a longtemps, j’ai vu une blogueuse préciser qu’elle ne supprimait aucun commentaire par respect de la liberté d’expression. Et qu’elle répondait à tous, même aux trolls. Suivaient alors des débats sans fin avec des personnes conflictuelles dont les arguments solides du type « grosse salope mal baisée » et « connasse de féministe », deux expressions synonymes par ailleurs, intervenaient fréquemment.

Je me souviens m’être trouvée un peu poche, à l’époque, moi qui n’hésitais pas à supprimer les commentaires que je jugeais déviants, voire insultants.

Aujourd’hui, lorsque je vois trois chroniqueuses québécoises de renom abandonner certaines de leurs chroniques par fatigue des attaques répétées sur les réseaux sociaux, je réalise que je souhaitais seulement préserver mon espace vital.

Je suis journaliste de formation. La liberté d’expression est ma clé de voûte. Mais la liberté d’expression a, pour moi, un caractère noble. Elle a dans mon esprit – et peut être dans mon esprit seul – pour but premier d’être utilisée pour défendre la veuve, l’orphelin et l’opprimé. Dénoncer la puissance, souligner les incohérences d’un système qui nous écrase comme de vulgaires bibittes entre ses grosses mâchoires. La liberté d’expression, son concept, n’est pas à mes yeux un fourre-tout dans lequel devraient se côtoyer la dénonciation de la condition de vie des Syriens et le « grosse pute » adressé par un énervé du clavier à une jeune femme qui met à mal sa vision machiste de la société actuelle dans laquelle ses testicules et lui se sentaient jusqu’ici parfaitement à l’aise.

Chez moi donc, je supprime. Pas souvent, je n’ai probablement pas un ton assez polémique. Mais je supprime. Je supprime le type qui me dit que je rigolerais moins quand, avec mes histoires de poupées noires achetées à mes filles, je leur aurais donné le goût d’aller se marier au bled avec un Arabe (?!).

Je supprime quand une lectrice m’avise qu’à trop vouloir proposer des jouets non-genrés, je vais faire de mes filles des petites lesbiennes. Alors que rien ne dit que mes filles seront petites.

Je supprime quand on me traite de chialeuse de Française.

Je supprime quand on m’insulte. Je supprime quand on m’attaque gratuitement. Et plus que tout, je supprime quand on adopte sur ma page des propos sexistes ou racistes. C’est mon opinion à moi de considérer que le racisme et le sexisme ne sont pas des opinions. Et que je ne suis donc pas tenue de les respecter.

Je ne suis pas une personne de conflit. Ça me prend beaucoup de temps d’esprit d’argumenter valablement dans un débat. Mais il n’y a pas débat, pour moi, avec quelqu’un qui m’annonce d’emblée « ils sont tous tarés ces Chinetoques » ou « Allez, entre nous, admets qu’une lesbienne c’est juste une fille qui n’a jamais connu un vrai coup de bite? »

Oui je suis grossière. Et ce n’est pas seulement parce que je rêve d’attirer le gratin de la pornographie moderne sur mon blog grâce à quelques mots clés subtilement glissés. Les gens sont grossiers. Le monde est grossier. Caché derrière son écran, le monde oublie sa politesse, ses bonnes manières. Il s’exprime avec moult injures, et moult fautes souvent. Et au nom de quoi? On se le demande franchement. Pensent-ils changer la face du monde en exprimant des avis aussi solides ? Se couchent-ils plus détendus ? Plus heureux ? Racontent-ils leurs derniers mots mal orthographiés autour de la machine à café le lendemain matin?

Je refuse tout bonnement de changer le monde un abruti à la fois. Je ne peux pas. Je n’ai pas envie. Et ça ne sert à rien. On sent tout de suite, dans la vie, quand une conversation sera stérile et un débat sans fin. Je ne veux pas entrer dans ce jeu.

Je crois en un monde ouvert, de discussion. Je crois aussi fermement que les gens devraient être égaux, que la couleur de peau, les origines ou la religion sont seulement des caractéristiques, et que l’on peut être et aimer qui l’on veut. Si ces principes de base ne sont pas les tiens, passe ton chemin. J’ai la suppression facile.

-Lexie Swing-

J’ai un enfant préféré

monteregieJ’ai un enfant préféré. J’ai vu le sujet passer sur un blogue boutique et je me suis dit « pince moi dont ben fort si c’est pas vrai ». Un truc comme ça. Parce que c’est la vérité, j’ai un enfant préféré.

Là, tout de suite (20h), je les préfère pareil. Les deux. Parce qu’elles dorment. Les deux dorment, oui. Mais d’habitude, à c’t’heure, mon enfant préféré c’est le chien. Parce que quand je crie « MAIS VA TE COUCHER, BORDEL » c’est le seul qui m’obéit.

Bon en vrai je ne dis pas bordel devant mes enfants. Pas que je sois précieuse, non, mais si tu crois que c’est pas grave de dire des gros mots devant tes enfants, c’est que ta fille a jamais crié « hey maman, fais pas chien! » devant les autres parents de la garderie. Non pas chier, CHIEN. Moi non plus je sais pas d’où ça vient mais soit un de ces petits amis de la garderie est dyslexique, soit une des éducatrices a tenté de rattraper malencontreusement un gros mot qui lui avait échappé.

Fin de la parenthèse éducationnelle.

Je les aime donc autant, à défaut de les aimer pareil (vu qu’elles ne sont pas pareilles), mais je préfère l’une de mes filles à l’autre.

Pas toujours la même d’ailleurs.

Les jours de brunch, je préfère Miss Swing, parce qu’à quelques dérapages près – le verre de lait inexplicablement attiré par le tapis – elle sait se tenir convenablement pendant une heure 10. Tempête non. Tempête préfère prélever quelques fruits dans l’assiette de la petite vieille de la table à côté, pendant la diversion offerte par la serveuse. Avant de s’extirper avec force grognements de sa chaise haute et de filer à l’anglaise. Elle se ramasse généralement contre la vitre donnant sur l’exterieur, vitre qu’elle nettoie de part en part armée de sa seule langue. C’est aussi dégoûtant en vrai que dans le texte.

Les jours de gym, je préfère Tempête. Parce que Tempête est un vrai bonheur d’enfant toujours prête à voltiger et escalader le moindre obstacle. A l’entrée de la salle, elle est comme un cheval fou dont il faudrait bien tenir la bride. Heureusement, depuis qu’elle sait que le cours commence par une chanson avec des maracas à l’aide desquels on peut assommer sa mère, elle est nettement plus calme en entrant.

Miss Swing, elle, aime la gym. En théorie. Et lorsqu’elle en sort. C’est elle qui a choisi d’en faire d’ailleurs. Et elle a souvent envie d’en faire. Mais un autre jour. Pas aujourd’hui, voyez-vous? Pas le jour J de la gym. Non ce jour là, le short est trop petit, la culotte mal mise, il fait froid, les chaussettes grattent. Dans la voiture, elle tressaute d’impatience, raconte comme elle a été la première la dernière fois et tout ce qu’elle y fera. Et puis on arrive devant la salle et elle se contorsionne, suspendue à mon cou, pour que ses pieds ne touchent pas le sol. Les tapis lui font tout à coup nettement moins envie, et si l’on pouvait repartir là, maintenant, tout de suite, elle serait sage pour toute la journée elle le promet. Constance est son deuxième prénom.

Elles sont mes enfants préférées. Les miennes. Celles que j’aime plus que tout. Parfois je les préfère ensemble. Parfois à tour de rôle.

Souvent, quand même, mon enfant préféré reste le chien. Comprenez-moi… Il ne parle pas!

-Lexie Swing-

 

Crédit photo : Lexie Swing

Deux mois avec toi {Liseuse mon amour}

LiseuseJe ne pourrais jamais avoir de liseuse, j’aime trop les livres. J’aime les toucher, j’aime leur odeur, j’aime m’abîmer dans la contemplation de leurs couvertures et choisirent uniquement ceux dont les premières pages m’inspirent. J’aime l’objet, j’aime le corner, l’entasser, en faire des petits toits pointus qui jonchent mon parquet, à mesure que je les commence et les abandonne en chemin. Je n’aimerais pas ça avoir une liseuse. Mais je me trompais.

Il y a quelque temps, Hélène a mentionné en passant sa vieille Kobo. Hélène aime les livres. Hélène lit beaucoup. J’ai trouvé ca étonnant, que quelqu’un comme ça traine depuis des lustres un machin aussi terne qu’une liseuse. Alors pour la première fois je me suis posée vraiment la question : qu’est ce que ça pouvait m’apporter ?

Au Noël suivant, j’ai demandé à ma tante une Kobo. Une Kobo parce que je ne voulais pas faire d’Amazon mon fournisseur particulier. Le soir même, j’ai acheté le second livre de Baptiste Beaulieu « Et vous ne serez plus jamais triste ». Je n’avais jamais pris la peine de me l’offrir.

Je l’ai lu dans la nuit.

Alors le lendemain matin, depuis ma Kobo, une nouvelle fois, j’ai commandé un second livre, La vie secrète de Zelda Zonk. Et je l’ai égrené, chapitre par chapitre, au rythme de nos étapes dans les hôtels. La liseuse était là, dans son habit rouge offert par ma mère, glissée dans une petite poche.

Une fois à la maison, j’ai téléchargé les deux logiciels proposés par la bibliothèque (j’ai trouvé l’étape pénible – sincèrement il n’existe rien de plus pratique à date? – mais parfaitement expliquée avec captures d’écran à l’appui sur le site de la biblio de Montréal). Et là, j’ai eu accès au Saint-Graal. Des bouquins par centaines, à un clic de moi.

J’ai choisi les couvertures qui me plaisaient – on ne se refait pas – et téléchargé autant de bouquins qu’autorisés. J’en ai aussi réservé d’autres. J’en ai lu un cette nuit là. Attaqué un autre dans mon bain le matin suivant. Je suis passée à travers les trois tomes de Bébé-Boum en une semaine et j’ai accumulé en parallèle quelques bouquins plus sérieux sur l’histoire du Québec.

Contrainte par l’offre de la bibliothèque – majoritairement tournée vers les bouquins québécois, je me suis plongée dans les œuvres d’icitte, ce que je n’avais encore jamais vraiment daigné faire. Et j’ai adoré! Je me suis habituée au style, j’ai découvert des petits bijoux, des romans qui me parlent de rues que je connais et d’un quotidien que je vis.

J’ai emprunté des romans et des livres plus sérieux aussi, des retours historiques et des bouquins thématiques.

Plus encore que la diversité, j’aime la quantité que la liseuse me permet d’avoir. Pour moi qui consomme les livres avec l’engouffrement d’un buveur névrosé pogné dans une bachelorette party, c’est la panacée. Sitôt un roman fini, je peux en ouvrir un deuxième, que je sois dans le train ou au milieu de la brousse. Je les charge par cinq et m’empiffre comme si mon cerveau n’était jamais rassasié.

Je n’ai pas abandonné les livres papier pour autant. J’en achète toujours. J’en offre aussi, des bouquins que j’ai découvert sur liseuse et que j’ai eu envie d’offrir par la suite.

Dans quelques années, je m’offrirai un appareil plus perfectionné car le mien est encore un peu lent, pas toujours intuitif. Mais il est petit, confortable pour l’usage que j’en fais. Sa batterie tient suffisamment pour m’accompagner durant mes heures de lecture. Et je ne suis pas de ceux qui demandent à la technologie d’offrir toujours plus.

C’est une compagne précieuse que je transporte avec moi désormais, avec un monde des possibles quasiment inépuisable.

Et de votre côté ?

-Lexie Swing-

 

Credit photo : Lexie Swing

Regrets

imageDe la neige douce sous les pieds, un sac à dos rempli de courses et un bébé solidement arrimé sur ma poitrine. C’était moi, hier, quand Tempête s’est levée fiévreuse et qu’il a fallu agiter le drapeau blanc le temps de la requinquer. Parce que justement, elle se remonte en un tour de clé et que la musique est vite repartie, j’ai profité de cette journée off pour la sortir un peu. Fièvre oblige – oui, E. est de ces enfants que rien n’arrête, même 40 de fièvre – je l’ai transportée dans le porte bébé afin de lui épargner le chemin plein de la neige qui s’était amoncelée la veille (25 cm si j’en crois la météo).

Nous sommes parties, cahin caha, moi titubant un peu dans la neige, elle, la tête renversée en arrière, bouche ouverte, tentant d’attraper au vol les quelques flocons qui flottaient encore dans l’air. J’ai déambulé dans les différentes boutiques de Saint-Bruno auxquelles je projetais de me rendre. À l’épicerie, la caissière m’a écartée d’un geste et a rempli avec bienveillance mon sac à dos, le transportant jusqu’à mes épaules pour m’éviter une rotation compliquée. Ainsi chargée, je me suis alors dirigée vers ce petit café dont j’avais entendu parler sans jamais y mettre les pieds. J’y ai croisé la vie de Saint-Bruno, des clients visiblement fidèles, sinon habitués, qui sirotaient leur dose quotidienne. Des gens plongés dans leur journal, dans leur livre, sur leur cellulaire ou dans leur conversation. J’ai aimé ce monde là – et le café était délicieux, ce qui ne gâche rien. Je suis repartie mon gobelet à la main, les yeux perdus dans le ciel bleu.

Je ne suis pas fille à avoir des regrets. Pas même de la nostalgie. Comme si le temps s’évanouissait dès lors qu’il se conjugue au passé. Mais les pieds dans la neige et le cœur léger, j’ai regretté. Regretter les premiers mois de ma deuxième née où mon esprit fugitif avait pris la décision de saborder ma vie de mère. Où j’aurais tout donné pour sortir de cette routine, de cette ville, de cet hiver là, et me retrouver entre les quatre murs d’un bureau. Un bureau que j’ai détesté, sitôt retrouvé, parce que je n’avais toujours pas fait la paix, et que mon esprit, mon cœur et mon corps se livraient une lutte sans merci.

J’ai regretté parce que j’aurais pu profiter. Les conditions étaient réunies et la neige était bonne. On aurait pu s’en donner à cœur joie, elle et moi. On aurait marché dans la neige un café à la main. On aurait fait l’épicerie, en s’appuyant sur la bienveillance du genre humain. On aurait eu du fun.

Bien sûr, ce n’est pas mon tout petit bébé que je traînais hier. Ce bébé ci fait presque 10 kilos et il parle. Il m’invective et me poursuit dans la maison en criant « Papeauuu » ma tuque à la main lorsque j’oublie de me coiffer pour sortir. Il dit bye d’une voix caverneuse à la sortie de tous les magasins. Il me pince le nez quand je le porte dans le porte bébé, quand il n’essaie pas de visiter une de mes narines. Il tient debout devant la porte, tandis que je me déharnache. Et une fois à l’intérieur, il envoie valser ses bottes et court vite se jeter sur le sofa du salon.

C’est un autre hiver, un nouvel hiver. Et qu’importe le temps qu’il fait dehors, il fera toujours moins froid dans mon cœur que l’hiver dernier. Je regrette d’être passée à côté de ces moments mais je ne voudrais pas y revenir. Le présent est bien plus beau. Mon bébé est devenu lourd à porter mais mon cœur est tellement plus léger que mon corps à trouver son équilibre.

Et puis je n’oublie plus de mettre ma tuque en sortant.

-Lexie Swing-

Et de quatre!

imageIl y a 4 ans je chantais. C’était The Voice à la télé, l’amoureux avait sorti sa guitare et on a braillé des chansons bien après que les candidats d’un soir aient quitté le plateau. Je me souviens surtout de Skinny Love, de Bon Iver, remis au goût du jour par Birdy, et qu’on a entonné une nouvelle fois ce soir-là.
J’ai toujours pensé que la détente de mon corps, provoquée par les mélodies et le bonheur tranquille de cette nuit de février, avait précipité sa venue.

Elle est née dans la matinée, à l’heure de la collation, quand le soleil est suffisamment haut pour qu’on se dise qu’on a fait une bonne grasse matinée. Je n’en ai guère eu, ce 10 février là, de grasse matinée. Et plus jamais depuis.

Par contre cela fait 4 ans que la vie a pris un chemin différent, 4 ans que, où qu’elle soit, près ou loin de moi, je me lève en étant maman, que l’on se lève en étant parents.

Et oui, c’est parfait. Et oui, c’est difficile. Et non, il n’y a pas de réalité toute lisse et parfaite comme un salon Pinterest. Il y a beaucoup d’amour, beaucoup de rires, beaucoup de cris, et pas toujours des cris de joie. Il y a aussi des pleurs, des poings rageurs, des crises sans fin. Il y a de l’admiration, des définitions sans cesse revues, des contours que l’on croit avoir apprivoisés, mais qui ondoient au gré des chutes et des accomplissements. Il y a tout ce qu’on sait désormais d’elle, et tout ce qu’on sait aussi de nous, maintenant.

On connaît désormais la résilience. On a appris à épeler très vite les noms interdits, les noms croches, les noms des aliments qu’elle n’aime pas mais qu’on a caché dans la purée et le nom des surprises qu’on aimerait garder encore un peu. On sait quand la crise va arriver, on sait quand elle ne va pas vouloir, on sait quand elle va dire non, on ne sait pas toujours éviter l’affrontement, cependant. On a ressorti nos vieilles chansons d’enfant, on est traumatisé de comprendre désormais les paroles, et de l’entendre scander « pour savoir qui qui qui serait manger », sous prétexte que c’est sa chanson préférée. On connaît par cœur l’enfilade du pantalon de neige, même si une fois sur deux on enfile les bottes avant de se rendre compte qu’on l’a oublié. On sait qu’il faut mettre les gants avant le manteau, sinon ils ne vont pas bien comme il faut.

On a appris notre job de parents. Avec amour, avec patience, avec emportement, avec fatigue et avec obstination. On a lu des bouquins, consulté des sites, on a posé des questions, oublié d’écouter les réponses, on s’est planté souvent, on s’est excusé parfois mais on l’a aimé tellement que ce n’est pas si grave. C’est peut être même ce qu’on a appris de mieux, en quatre ans. Qu’on pouvait aimer quelqu’un pour la vie, avec certitude. Ce n’est pas un contrat, ce n’est pas une option, juste un état de fait.

Demain c’est ton anniversaire ma croquette. Je t’aime pour toujours, et chaque jour plus qu’avant.

-Maman-