Mon pays d’immigrés

On rit en roumain, on s’énerve en espagnol, on s’émeut en arabe, on ironise en français et on fait des affaires… en anglais. On croise des jeunes qu’on devine asiatiques et l’on s’agace de ne pas reconnaître la spécificité de leur langue, par méconnaissance. On dit bonjour en arabe à la gardienne marocaine et l’on s’excuse d’un sourire de ne pas savoir en dire plus.

Les CV affichent les spécificités, des troisièmes langues venues d’autres contrées. Ici on parle français, anglais et souvent quelque chose de plus. Les familles continuent, avec raison, à chérir ces langues familiales, culturelles, traditionnelles. Garder ses racines pour en faire une force, une compétence supplémentaire.

La diversité nous rend riche. La diversité a rendu le Canada riche.

Nous la vivons au quotidien. Au travail, à l’épicerie, à la garderie. Beaucoup d’immigration. Juste pas toujours la même génération. Nous sommes l’immigration récente. La fille de notre première gardienne, Roumaine, a le même âge que moi. Mais c’est ici qu’elle a grandi. Les arrières-grands-parents de la blonde d’un ami, une Irlandaise, sont arrivés il y a fort longtemps et ont fait du Canada leur patrie.

Notre terreau c’est le monde mais les nouvelles racines font leur chemin dans cette terre-ci. On a transplanté nos semis dans ce pays qu’on a choisi. Et l’on ne tergiverse pas avec quelqu’un sur l’origine de son nom ou la couleur de sa peau. Car dans cette société là, celle qui se construit, nous sommes égaux. Il est mon coiffeur, elle est ma banquière, il est mon agent immobilier, elle est la caissière de mon épicerie, ils sont les amis de mes filles et de futures personnes indispensables au Québec de demain.

Cette diversité-là est physique, elle est de langue, elle est d’origine, elle est de religion, elle est de nuances de peau. Elle est visuelle, palpable, chantante. Elle est gourmande, tellement gourmande, quand elle se traduit par un potluck entre collègues et que chacun apporte un plat qu’il maîtrise. Elle est de mémoire, elle est un puzzle d’histoires, lorsque des événements surgissent, qui nous poussent à remonter le fil du temps et à comprendre le quotidien d’alors, au-delà de ce que nous ont appris nos livres d’histoire. Elle est de curiosité. Apprivoiser les habitudes des autres, plisser le nez devant des odeurs inconnues et s’amuser que tout le monde – ou presque – aime le pain.

Elle est nécessaire. Elle apporte tellement, en termes d’ouverture au monde, et de confrontation. Savoir qu’il n’existe pas une universalité mais un champ infini de possibilités.

Elle est secondaire, quand l’intérêt commun prime. Quand il faut venir en aide, quand il faut s’indigner, et quand il faut se réjouir.

Hier j’ai vu une jeune entrepreneure faire la promotion de ses nouvelles robes d’intérieur. L’une des photos principales met en scène deux magnifiques femmes. L’une blonde, aux cheveux longs et bouclés rejetés en arrière, la seconde aux yeux brillants superbes, avec un voile noué sur les cheveux. Les deux regardaient au loin, dans la même direction. Ça m’a émue, joyeusement émue, parce que c’est ça, c’est ce genre de monde auquel je crois. Une cohésion, un esprit d’équipe, une richesse faite de diversité et d’individus avec leur propre histoire, leur propre voix et leur propre visage.

On ne gagne rien à rester dans un entre-nous, mais l’on a tout à gagner à s’ouvrir au reste du monde, qui a tant à offrir.

-Lexie Swing-

Le Bullet Journal : ce bordel organisé

Je suis une as du rangement en pile : pile de «à trier», pile de «à ranger», pile de «c’est quoi déjà ce truc? Oh je vérifierai plus tard». Je connais également le rangement en montagne – quand je vide la panière de linge propre sur le lit pour y trouver une paire de chaussettes (minuscules, forcément) pour la petite dernière, et le rangement en tourelle : les bottes d’hiver à nettoyer, les bottes de pluie dernier cri et les baskets font des merveilles sur le tapis de l’entrée.

J’aime beaucoup lorsque quelqu’un justifie son bordel avec un «mais je sais où se trouve chaque chose», parce que ce n’est pas du tout mon cas. Multi-quotidiennement, je retourne la maison à l’affût de la chose manquante. Recherche qui commence désormais par un habituel : «Chérie, tu n’as pas vu le trucmuche de maman?». Miss Swing n’a pas son pareil pour se souvenir des endroits incongrus où je pose mes affaires.

Reste que, quand j’ai découvert le principe du Bullet Journal au détour d’un article de ma Qatari préférée, j’ai eu cette même petite excitation que lorsque je copiais le cahier super-propre-parfaitement-tenu de mes copines de classe. Écriture ronde, titres soulignés, points importants mis en exergue par un encadré avantageux ou une couleur attrayante. Mes propres notes, raturées à la va-vite sur une feuille partiellement froissée, faisaient triste mine à côté.

Les Bullet Journal sont un véritable orgasme ophtalmique : de jolies courbes, des traits bien droits, des pleins et des déliés, de belles calligraphies, des dégradés de couleurs… J’ai su aussi, tout de suite, que ce n’était pas pour moi. J’ai l’expérience de l’âge (31 longues années) et je me connais parfaitement : avec moi le Bullet Journal allait se transformer en un cahier de brouillon, malmené par la pluie et les tasses de café que je ne manquerais pas de poser sur lui.

J’ai commenté en disant «trop beau mais jamais chez moi, ah ah» et j’ai acheté un cahier le lendemain matin. Appelez-moi versatile. J’ai pris ma plus belle plume, mon crayon de papier, j’ai tiré la langue et je me suis appliquée comme jamais. «Journal» j’ai écrit. Le L cognait un peu à droite parce que j’avais mal calculé – as usual – mais l’ensemble était correct. J’ai repassé le tout au feutre et me suis lancée dans l’idée saugrenue de faire des dessins autour de mon titre.

De la part de la fille qui ne sait faire que de la peinture au numéro – quels beaux chevaux j’ai réalisés alors – l’initiative était mal engagé. Après quelques fleurs aux courbes callipyges, et un soleil surprenant, j’ai abandonné l’affaire avec la promesse – à voix haute, sinon elle ne compte pas – d’y revenir plus tard. Demain peut-être (ça fera 8 mois).


Je suis passée à l’index, à la table des matières, puis j’ai numéroté les premières pages. J’ai voulu faire un premier calendrier, mes lignes n’étaient pas droites, je suis donc passée aux choses sérieuses : j’ai affiché Pinterest et pris un modèle pour faire ma page Octobre, mois qui s’en venait.

Ensuite j’ai minutieusement écrit les chiffres de 1 à 30, j’ai coincé le 31 où j’ai pu (j’avais oublié, forcément)… Et puis j’ai écrit «liste d’octobre» sur la page suivante. J’ai reporté le nom de mes pages dans la table des matières. Je me suis ouvert une bière, on m’a appelé, j’ai dit à Journal «je reviens Journal», et je suis revenue. En avril donc.

Ce que j’ai vraiment fait

J’ai vite laissé tomber les calendriers annuels et les présentations en déliés. Je reste une incurable maladroite-aux-deux-mains-gauches et tenter de copier les talentueuses dessinatrices de Pinterest était pire que mieux. À la place, j’ai fait des pages de listes, des pages de projet, des pages de choses dont j’ai besoin souvent : taille de vêtements, tour de tête, identifiants pour la bibliothèque.

J’ai fait des pages de souhait, tracé (merci l’amoureux) un carré pour inscrire les plantes à planter dans le potager, inscrit des choses à faire pour des voyages à venir.

J’ai aussi inscrit des recettes que nous faisons souvent, et que nous sommes lassés de chercher sans cesse sur Internet.

Ce que je vous conseille

D’adopter Journal. Pas le mien hein, mais le vôtre. Allez dans la papeterie que vous aimez bien, faites fi des recommandations, choisissez le modèle qui vous correspond, avec une couverture plaisante, rassurante. Couverture souple, avec ou sans anneaux, lignes, petits carrés, whatever. Regardez quelques modèles, pour avoir une idée du principe, et ne prenez que ce qui vous intéresse. Vous vous trompez? On s’en fout! Vous pourrez toujours coller autre chose par-dessus.

Je ne sais pas si le Bullet Journal m’a permis d’être mieux organisée (en même temps, je partais de très bas, je creusais encore même), mais il a eu deux avantages considérables : il m’a aidé à synthétiser certaines idées, et il m’a permis de détenir tout au même endroit. Listes de choses à faire avant de partir en vacances, dimensions diverses et variées, idées cadeaux, plan du potager, j’en passe et des meilleurs. D’aucuns diront que c’est dangereux, pas de backup, rien.

Mais tsé, je suis née avant la dernière pluie. C’était le printemps, il neigeait et l’on croyait que les véhicules urbains de 2020 se téléporteraient. Fait que, lâche moi la page blanche pis attache ta tuque, le futur n’attend pas. Mais si tu me permets, moi je vais rester là, sur ma table en bois, avec mon café trop chaud et mon BIC bleu. Je vais me demander encore une fois si je plante des tomates cerises ou des Cœurs-de-bœuf, je vais griffonner, raturer. Je vais préparer la page que je collerai par-dessus parce que c’est rendu trop moche et puis je vais laisser mon regard se perdre par la fenêtre et accompagner les oiseaux. («s’ozio, s’ozio, r’gad s’ozio» qu’elle dit)…

-Lexie Swing-

20

CadetteDans quelques jours, Tempête aura 20 mois. 20 mois! C’est presque la maturité, pour un bébé!
Tempête… Elle a des joues de brioche, et toujours une couette sur le haut de la tête. Lorsqu’il pleut dehors, ses petits cheveux de derrière tressautent, insolents, et remontent en des anglaises qui s’étiolent en fonction du temps. Elle a des petits bras musclés, des cuisses rondes et deux pieds bien campés. Dans le bain, le soir, elle regarde attentivement et imite sa sœur. Elle croise maladroitement les bras pour laver ses toutes petites aisselles qui n’ont pas transpiré. Elle sort un pied, puis l’autre, pour les savonner. Elle frotte ses cheveux, elle frotte ses yeux, puis crie au supplice du shampooing-qui-pique et qui ne devrait pas. Tempête, et ses trois sucettes, qu’elle tient dans chaque poing, pour les échanger la nuit venue, en fonction de ses envies et du goût qu’elles n’ont plus. Sucettes qu’elle appelle « sussss » en faisant traîner la fin, à l’affût de ses précieuses dans toute la maison. Et tous ces mots qu’elle dit, ses petites phrases courtes. Ses « papa est pa’ti? » et « il est où Loulou? » La première fois qu’elle a appelé sa sœur, et mon émotion… La première fois qu’elle a répondu « C’est à mééé » quand j’ai voulu lui prendre son ourson…
Tempête mon inépuisable, parfois fatiguée mais jamais rassasiée. Qui court, grimpe, saute en comptant « un, deux ». Son impatience, sa gourmandise, son rire contagieux, son entêtement, ses cris rageurs et son désespoir quand on lui interdit quelque chose qu’elle souhaitait ardemment.

Mon bébé soubresaut, réveillé au moindre souffle, au moindre bruit. Mon bébé que j’ai veillé il y a quelques nuits, quand le sommeil refusait de venir, et qui a attrapé ma main à travers les barreaux du lit, pour y lover sa tête. Mon bébé d’émotion, si plein d’émotions, qui les alignent comme autant de billes dans son quotidien. Si l’amour était en accusation, Tempête serait ma preuve irréfutable qu’il existe. Il vit, il vibre, il crie à pleins poumons, rit à gorge déployée et pleure à chaudes larmes. Il a bientôt 20 mois et une couette sur la tête. Et il s’appelle Tempête.

-Lexie Swing-

Crédit photo : Lexie Swing

Cuisiner avec un enfant de dix-huit mois

Les premières années de B., ma grande fille, j’étais dévouée corps et âme à son développement. Je lui faisais faire des puzzles, je m’interrogeais sur la pertinence des légos, je lui faisais réaliser des collages et de la peinture… C’était un plein enthousiasme qui a malheureusement fondu avec l’arrivée de ma deuxième, débarquée en combo gratuit avec fatigue et surmenage.

Preuve en est, lorsque j’ai voulu lui offrir une petite chose pour sa fête (la Saint E.), je n’ai juste pas su quoi lui prendre. A mes yeux, elle a déjà tout, hérité des enfants avant elle, et je ne sais trop vers quoi l’orienter.

Mais voilà, Tempête la malicieuse est aussi bien souvent Tempête l’enfant malade. Et un enfant malade capable de retourner une maison avec 40° de fièvre et une toux à décorner un caribou. Deux jours – non consécutifs, malicieuse je vous dis – de maladie cette semaine m’ont obligée à ressortir mon enthousiasme et mes vieilles idées. Alors après avoir dessiné, collé des gommettes et plié (fait des boules avec) le linge, on est passé aux choses sérieuses.

Tempête est gourmande. Ses joues sont là pour le prouver. Quelques bananes en fin de vie étaient donc le prétexte idéal pour la faire passer en cuisine. Mais ça cuisine-tu vraiment un enfant de dix-huit mois? Impossible de me souvenir à ce stade.

Je l’ai plantée dans sa chaise haute, j’ai mesuré tous les ingrédients et j’ai lancé l’offensive. Je craignais les débordements et la pâte en mottons sur le plancher du salon, mais ma toute petite était bien trop absorbée par ce bol de nourriture odorant pour le pitcher par terre.

Elle a éternué dans la farine, crié quand j’ai voulu mélanger moi-même le beurre et a attaqué goûlument les bananes avec la fourchette destinée à les écraser. Chose étonnante : elle n’a pas voulu – de prime abord, tenez les chevaux, on parle de mon affamée cadette – goûter la pâte. Par contre elle a passé sa langue d’un côté à l’autre du moule fraîchement beurré. Normal. Bref, il n’a pas fallu longtemps pour la convaincre. A la faveur d’un index trempé dans la pâte enfin prête, Tempête a goûté au meilleur : le fond du bol du mélange à gâteau. Un peu plus, et elle y plongeait les deux mains et la tête avec. Je l’ai repêchée quelque temps après avoir enfourné le gâteau, occupée qu’elle était à nettoyer avec les dents la cuillère en bois.

Et vous savez quoi? Il était délicieux ce cake. Les éternuements et le moule fraîchement léché, sans doute (ah ah je perçois d’ici vos mines dégoûtées). La recette originelle, réalisée sans PLV, avec du beurre végé Becel et du lait d’amande. Il a cuit tellement longtemps que j’ai pu me faire un marathon de séries, pendant ce temps, mais le jeu en valait la chandelle!

Et puis avez-vous déjà eu votre maison embaumée par une odeur de pain aux bananes? Seriously?

-Lexie Swing-

Crédit photo : Lexie Swing

Ravie de faire ma connaissance

Je suis curieuse. Tellement curieuse, vous ne pouvez pas savoir. J’aime connaître les gens, les comprendre, fouiller leur âme pour voir ce qu’il y a de caché en dedans. Je suis capable de poser des questions comme « et qu’as-tu ressenti au moment où ton boss a dit ça? ».

Plus que tout j’aime connaître la vie des gens, me la représenter. Rien ne m’émeut plus que de découvrir que quelqu’un que je côtoie mais connais peu a eu une vie riche et dont je n’aurais pu imaginer le premier paragraphe.

Cette curiosité, je la porte en moi et pour moi aussi. J’adore poser des questions sur qui j’étais, ce que j’ai dit et à quel moment. Ce que j’aimais porter enfant, qui était ce petit garçon dont je tenais la main sur cette photo et faire valider un souvenir que je pense avoir mais qui me paraît flou.

Je suis chanceuse, mes parents ont toujours répondu à mes questions. Ma mère s’est appliquée à me raconter ma naissance, à m’expliquer mon enfance. J’ai eu longtemps mes grands parents et arrières grand parents. J’ai fait des arbres généalogiques et me suis représentée sur papier ces vies qui avaient conduit à la mienne. J’ai entrepris de faire de même ensuite avec la famille de mon conjoint, de reconstituer les puzzles et de combler les morceaux manquants. J’ai extorqué des informations qu’on ne voulait pas toujours me donner mais que j’estimais légitime de posséder. Car si moi je reste une étrangère, mes filles portent ce nom, et elles portent ce sang. Elles ont sur leurs épaules le poids de ces histoires, elles sont une résultante, une conséquence, et une continuité.

Je veux pouvoir leur tracer un chemin et leur mettre entre les mains tout ce que j’aurais glané, ce qui est important et ce qui paraît ne pas l’être. Les lieux, les anecdotes, les surnoms, les bravades, et le reste aussi.

J’ai mon propre bagage. Il est paqueté, ficelé. J’ajoute toujours des choses dans les poches, mais pas trop. J’ai fait le plus gros, le plus pesant. J’ai déjà déterré le pire, j’ai aussi révélé le meilleur. Et si d’autres informations surprenantes finissaient par apparaître, alors j’ouvrirais la valise, je réorganiserais et tasserais dans les coins avant de refermer le tout et de repartir sur le chemin.

Je suis allée à ma rencontre. Depuis toute petite. Je méritais toutes ces informations, elles m’étaient dues, elles m’appartiennent. Et personne n’était en droit de juger de ce qu’il avait la possibilité de me délivrer.

Aujourd’hui, alors que je me faisais manipuler par l’ostéopathe, il m’interrogeait sur ma naissance. A-t-on utilisé des forceps ? Es-tu née avec facilité ? J’ai remercié silencieusement ma mère de m’avoir fait cadeau de mon histoire, de m’avoir donné ces informations, même si elles lui ont parfois peut-être parues futiles.

Quand je me retourne, je vois une route dégagée. Cahoteuse mais dégagée. Et j’en connais les moindres recoins.

-Lexie Swing-

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Parentalité : ces vérités bien cachées

parent-enfantEn devenant parent, on découvre des choses incroyables. Je pourrais vous parler de l’amour fou – qui pour la moitié du monde n’arrive pas au premier regard malgré ce que la liqueur de certains articles vous déverse dans le gosier – et surtout un peu surréel qui finit par vous lier à cette petite chose que vous avez créée puis mise au monde. Je pourrais… Mais ce dont je voudrais vous parler, c’est du reste, de ces vérités qui persistent une fois le store d’Instagram baissé.

La première d’entre elle, la plus évidente, mais aussi la plus méconnue… C’est que le grand amour filial ne connaît pas de barrières. Pas même celle de la porte des toilettes. LE GRAND AMOUR BAVEUX ET PLEURNICHANT VA VOUS SUIVRE JUSQUE DANS LA SALLE DES BAINS. Et aucune menace, promesse ou gastro ne l’arrêtera.

Vous allez devenir un actionnaire majoritaire de Sopalin. La Société du Papier-Linge – c’est le nom à l’origine du mot Sopalin – ne vous remerciera jamais assez pour la quantité de vos achats. Et vous découvrirez alors avec stupéfaction que cela se vend par paquet de 30… paquet qui ne vous fera qu’une petite semaine. Que deviennent-ils? Le mystère demeure entier (mais il est probable qu’ils aient fondé un club avec les sucettes, également réputées introuvables après deux heures de succion intensive).

Les 8 heures de sommeil réputés indispensables par le comité des médecins bien intentionnés ne sont qu’hérésie. Un parent, ça peut fonctionner avec 4 heures de sommeil dans le cornet dont deux en position assise avec un nouveau-né coincé au creux du bras. CQFD.

Avoir un enfant d’une semaine autorise à se proclamer expert es-bambins difficiles. Tout le monde vous le prouvera. A commencer par votre voisine, votre boulangère et même cette parfaite inconnue croisée au détour d’une crise de terrible two sur le stationnement de Toys’r’us.

On ne comprend pas la moitié de ce que disent les mômes de moins de trois ans. Et on ne les comprend pas mieux lorsque ce sont les nôtres. Souriez, hochez la tête, dites « mais oui bien sûr chéri », sauf si l’enfant se trouve debout sur la commode de l’entrée. Méfiez-vous surtout, l’enfant se vexe vite et il a le lancer – de petites voitures – franc.

Le supermarché est un vrai lieu de villégiature. Pas de cri, pas de réclamation, la solitude, le bonheur total.

Il est physiquement possible d’avoir une conversation avec un autre adulte en présence d’enfants au restaurant si et seulement si trois conditions sont réunies : un parent tiers s’est dévoué pour surveiller la marmaille, il y a des frites au menu, vos voisins de table sont sourds.

Contrairement à l’idée reçue, vos noms de code ne seront pas Papa et Maman, mais Papapapapapapapapapapapa et MamanMamanMamanMamanMamanMamanMamanMamanMaman.

Le multitasking parental n’est que pure légende. On a tous contemplé, émerveillé, un parent occupé à discuter à bâtons rompus avec son aîné au sujet de la forme de crotte la plus répandue chez le chien adulte, tout en dansant la capucine avec fillette-du-milieu, la main droite berçant le cadet, tandis que la gauche débarrasse la table du dîner. ATTENTION – REVELATION. Il ne s’agit pas de multitasking. Il s’agit d’une méthode d’autodéfense du cerveau se déclarant en burn-out après avoir entendu le mot crotte lancé au milieu de Dansons la capucine, scandé pour la 29e fois en 3 minutes montre-en-main. Tel un écran de veille performant, le cerveau parental se met alors en zone grise, chantant du Nina Simone avec un fond de cigales en Provence. La face visible, elle, est parfaitement rodée, elle dialogue, elle essuie, elle évite la chute au petit dernier. Mais posez-lui une question, pour voir, une question TRICKY. Un truc comme « Quel est le prénom de fiston numéro 1 » et vous verrez, vous verrez… Dix contre un qu’il donne le nom du chien.

On donne toujours le nom du chien.

Il y a bien d’autres vérités que vous découvrirez en temps voulu, ou que je vous dévoilerai le moment venu. Ne pas trop en dire, c’est le secret de la perpétuation de l’espèce.

-Lexie Swing-

Pourquoi avez-vous choisi votre ville comme maison?

Une bonne recette de burgers végétariens – j’adore les burgers végétariens – voilà ce que je cherchais lorsque je suis tombée sur le blog anglophone de Two Blue Lemons. Son article commençait par une interrogation : « pourquoi avez-vous choisi la ville où vous vivez ? » Mais surtout, pourquoi vous y sentez-vous « à la maison »?

Il y a toujours, lorsqu’on revient d’un long voyage, cette urgence, cette envie pressante de rentrer « à la maison ». C’est un sentiment que l’on retrouve parfois, aussi, lorsque l’on rentre chez ses parents et/ou dans la ville où l’on a grandi.

Mais revenons à la question initiale, je suis curieuse : pourquoi avez-vous choisi votre ville comme maison? Opportunités de travail? Coup de cœur? Bonnes écoles ? Est-ce que tout y est merveilleux ? Vous verriez vous mieux ailleurs?

Je vis au Québec. J’ai choisi le Québec pour une somme de différentes choses. Du positif (vie professionnelle, développement de mes enfants, paysages incroyables) et du négatif (climat social français, morosité, et absence d’opportunités professionnelles à ce moment là).

J’ai choisi Montréal parce que je m’y suis sentie chez moi dès le tout premier instant. J’avais vécu la même chose à Dublin. Il a suffi de quelques battements de cœur, et de quelques trottoirs foulés pour que ces villes deviennent mes villes.

Je vis à Montréal. J’y ai eu de belles opportunités professionnelles. J’ai un sentiment de confiance à y voir grandir mes enfants. J’en apprécie la culture, l’état d’esprit. Je me sens bien en manteau d’hiver en mars. J’en ai appris la culture, je continue chaque jour, et je suis même des cours! J’aime ses facettes multiples, ses événements. J’aime que ce soit une grande ville sans jamais m’y sentir étouffée.

J’ai choisi de vivre en dehors, dans une ville pour laquelle j’ai eu aussi un coup de cœur. Il a suffi d’une traversée en voiture pour que l’on sache que c’était LA ville. Parfois l’amoureux regarde de belles maisons dans des villes adjacentes, des maisons à étages, des maisons plus récentes. Mais je ne peux séparer mon habitation de ma ville. Et c’est cette ville que j’aime. La proximité de la garderie. Le petit café délicieux (et son chocolat chaud qui l’est encore plus!). La boutique pour enfants qui développe des produits écolos. Le café des parents et ses jeux pour enfants. Les fêtes de village autour du lac. Le Resto bar où je retrouve mes (nouvelles) amies mamans lorsque les enfants sont couchés. La patinoire intérieure et le patin sur le lac lorsqu’il est gelé. Le parc naturel. Le domaine skiable.

Je pourrais ajouter des points négatifs mais il n’y en a pas vraiment. Pour la première fois depuis que je suis adulte, l’endroit n’est plus une question. Aujourd’hui, dans ma vie présente et actuelle, il est une certitude. D’autres choses, parfois, sont remises en cause. Mais les racines, elles, font définitivement leur chemin.

-Lexie Swing-

Une journée dans mes souliers

J’ai récemment vu une vidéo du genre. Une semaine dans les chaussures de quelqu’un. C’était une vidéo de boulot (au Québec on dit UN vidéo, je vous le dis pour pas que vous soyez mêlés si un jour vous entendez ça) et la personne avait un travail qui s’y prêtait (beaucoup de déplacements) mais j’ai aimé le concept et j’aimerais ça en voir et lire d’autres sur le sujet.

Une journée dans mes souliers ? C’est parti!

Le réveil sonne chez nous à 5h30. Beaucoup trop tôt pour être honnête. 5h30 c’est un peu comme le milieu de la nuit. C’est donc au milieu de la nuit que notre réveil sonne, et comme tout bon humain du 21ème siècle, nous snoozons. Le vrai réveil, c’est 5h50. Toujours le milieu de la nuit, mais déjà l’aube, les prémices de l’histoire. Alors l’un de nous file sous la douche tandis que l’autre se rend à la cuisine préparer le petit-déjeuner. Ça c’est la théorie. En pratique, l’autre plonge la tête sous la couette, se déplace au milieu du lit et se rendort les bras en croix, profitant de la chaleur des draps et de l’espace libéré. #life

Généralement, c’est le moment que choisit Tempête pour se réveiller. En criant. Et réveiller sa soeur. Qui crie aussi. Une bonne journée commence donc. Parfois, comme ce matin, l’une des filles n’est pas à l’endroit indiqué dans le manuel, aka son lit. Elle est dans le nôtre. Comment est-ce arrivé ? On ne sait plus vraiment. J’ai bien rêvé d’elle me disant qu’elle n’était plus fatiguée et voulait monter dans notre lit – youpi, mais je me souviens avoir alors marmonné « noooon, va dans ton liiiit ». Visiblement ce n’était pas un rêve. Et ma fille est sourde.

Time for breakfast. Facile de s’en rappeler, Tempête arpente la maison en grondant « maaaangeeeer ». Souvent c’est pain et beurre et confiture, ou fromage. Rarement pâte à tartiner maison. Des fois c’est gâteaux du Costco. Bref, pour le côté « healthy » on repassera.

Le temps se fait pressant à mesure que les minutes s’égrènent sur l’horloge du four. Bientôt il est 6h53, toujours il est 7h02 et je me sens stressée de voir ainsi une nouvelle heure entamée alors qu’il reste tant à faire!

On jette le chien dehors et les miettes dans l’évier, et on annonce « les vêtements, pipi, les dents, non dans l’autre sens ». Mais en vrai c’est toujours dans ce sens là, parce qu’il est bien connu que c’est toujours plus agréable de baver sur son chandail propre et de dégrapher son pantalon pour faire pipi sitôt après l’avoir enfilé. Des fois je suis maquillée, des fois par encore, mais dans tous les cas j’ai toujours les cheveux moitié secs et pas de temps pour les sécher.

On met les tuques, les mitaines (moufles). On enlève la tuque pour passer le cache-cou. On remet la tuque. Les bottes sont déjà mises depuis dix minutes et ont arpenté plusieurs fois le salon laissant dans leur sillon des cailloux tel le Petit Poucet. On enfile les manteaux, on force pour passer les mitaines de ski dans l’ouverture du poignet. On zippe mais pas jusqu’en haut parce que dedans il fait trop chaud. On ouvre la porte, on trimballe, on bringuebale, on attache dans la voiture, on revient chercher ce qu’on a immanquablement oublié (lunch/peluche du jour/couches pour la garderie) et on s’en va à trois cents mètres de là. On défait les ceintures, on prend les enfants sous le bras et on court dans la garderie. 5 minutes montre en main et on ressort, pour courir à la voiture et prendre la direction de la gare, en bas de la ville. Il est 7h32, 7h33 à l’horloge de la voiture qui a trois minutes de retard, toujours. Faire chaque matin l’addition dans sa tête et se rendre compte qu’on est en retard. On déboule au carrefour en priant pour qu’il soit dégagé. On a une théorie et un chemin bis. La théorie veut que certains jours soient moins achalandés que d’autres, et le chemin bis passe en contrebas. Lorsqu’on le prend, on peut être sûr qu’en arrivant au dit carrefour, il n’y aura personne sur notre route habituelle. Preuve que la théorie ne tient jamais! Mais pourquoi n’y a-t-il soudainement plus de voitures à 7h36 alors qu’il y a un bouchon à 7h38?

Retour à nos moutons. Nous nous engageons sur le chemin de campagne qui mène à la gare. Ne pensez même pas y aller à pied, c’est un vrai no man’s land excentré de tout. On se gare toujours tout au fond, 4 minutes pour arriver sur le quai. À l’horizon le train fume, en se découpant dans les premiers rayons du soleil. C’est une vision magnifique.

Embarquement. 25 minutes de trajet. Le temps d’un bouquin, d’un échange de messages textes, de quelques courriels ou d’un texte à écrire. Le temps de regarder dehors aussi, et de profiter de la traversée magique du Saint-Laurent, avec les buildings en arrière-plan.

Nous sortons sur le quai, à la gare Bonaventure. Le monde est endormi et il y a peu de portes. Alors en file, nous progressons doucement, tranquillement, péniblement même, les mauvais jours. Comme quoi tout dépend toujours de comment l’on voit les choses.

Je travaille juste au dessus, à un souffle et quelques marches à peine. La journée s’enligne, je profite de la pause de midi pour avancer mes MOOC du moment et lire la presse en ligne. Quand j’ai le temps, je sors. Une petite marche, même au milieu des boutiques, est toujours utile pour se sortir la tête du seau.

Les heures de l’après-midi filent en un clin d’œil. Certains soirs, je reste tard, histoire de coordonner un événement, ou une soirée. Mais le plus souvent, à 16h31 je suis dans l’ascenseur. Je traine un peu dans la gare, maintenant que je suis à deux escalators du train, et c’est comme une invitation au voyage.

Un jour, un jour… Je monterai dans le train pour Toronto, pour Chicago. Mais ce soir, je pars pour Saint-Bruno. Je monte dans le premier wagon, et je m’assois en haut, à gauche, pour avoir une vue sur les quais. Je suis une fille d’habitude, immuable. Tellement que l’amoureux n’a plus besoin de me texter pour savoir où je me trouve. Je suis là, première porte, en haut de l’escalier. Le retour est tranquille, jamais trop long. C’est une vraie bulle d’oxygène, une pause nécessaire entre deux vies qui se marchent sur les pieds.

Voiture (tout au fond du stationnement, une gageure les jours de tempête de neige), garderie, maison. Le chien fait la fête, Tempête réclame « de l’eau » (du lait en fait) et Miss Swing tente prendre le dessus sur la mêlée générale en criant plus fort que les autres.

Les jours bénis, le repas a été cuit la veille au soir et attend sagement sous son cellophane. Souvent ce sont alors des lasagnes et dans le train qui me ramène chez moi je pense à elles avec la même intensité qu’à un nouvel amour à la fin de l’été. Les autres jours, c’est préparation rapide, un riz aux champignons, des pâtes aux légumes ou un quinoa touski. Les filles crient à l’inanition, en se lançant un ballon à travers la pièce. À intervalles réguliers, Tempête se roule par terre et Miss Swing lui dit qu’elle ne l’aime plus.

Heureusement, la nourriture arrive finalement sur la table. La plus petite engouffre son assiette avec tous les outils que la Providence a pu lui fournir (fourchette, cuillère, main droite grande ouverte) tandis que la grande chipote cet avocat dont elle jurait la veille que c’était son légume préféré pour toute sa vie durant.

L’heure du bain donne le signal de fin. Un peu de barbotage, des dents lavés et hop, en pyjama. On lit l’histoire, on se fait les lettres de l’alphabet au complet, on dit quels prénoms d’amis commencent par quelle lettre, quel nom de chose commence par quelle lettre, quels animaux commencent par quelle lettre. On essaye de sauter des pages mais ce n’est pas possible car Miss Swing connaît son alphabet sur le bout des doigts et de son entêtement. On arrive à s’arracher au livre, on éteint la lumière, on fait un dernier câlin et on sort de la chambre.

On revient sur nos pas. On dit « oui tu peux faire pipi ». On rallume la lumière. On attend. On attend encore parce que c’était plus-que-pipi. On essuie. On tient fermement par l’épaule son aînée qui se découvre soudainement un amour démesuré pour le rangement du salon. On reconduit au lit. Et on demande de bien-vouloir-se-coucher-vite-sinon-je-te-previens-je-ferme-la-porte-attention-je-compte-jusqu’à-3.

Et puis vient le moment de débauche, la pure, la vraie. On s’octroie cinq minutes pour lire une page de livre ou regarder le début d’une série. Ensuite la vie nous rappelle à l’ordre, il y a des lasagnes à préparer, une table à débarrasser, un lave vaisselle à remplir et une machine à faire tourner. Les souliers deviennent un peu pesants, un peu étroits. Un instant on se voit loin, pieds nus, sur une plage désertée de tout enfant, de tout travail, de toute contrainte et de tout lave-vaisselle à remplir.

Et puis on remet ses souliers. La vie n’attend pas.

Et vous, quelle est votre journée ?

-Lexie Swing-

 

Credit photo : Lexie Swing

Sus au pouce

This is the end… Entendez-vous la musique lorsque je vous écris ça? This is the end of the thumb. On Saturday, we decided we had had enough.

Rendu à ce stade de sa vie, le pouce de Miss Swing a probablement passé la moitié de son existence à végéter entre des dents, une langue et des mâchoires roses. Il en est ressorti un peu abimé, un peu aplati. Ce n’est pas une vie pour un pouce.

Avant qu’elle naisse, j’avais pourtant cette vision fort clairvoyante de l’éducation : mes enfants n’auraient pas de sucette, ce machin dégueulasse provoquant des mots mi-mâchouillés mi-bavés, et rendus totalement inintelligibles par l’entrave du bouchon de plastique. Le pouce me semblait une option tellement romantique. Et c’est vrai que c’est cute à souhait, un poupon de quelques mois, son petit poing fiché tout contre ses lèvres.

Toujours surprenant comme les perspectives sont différentes lorsqu’on ajoute quelques années au compteur et des heures à dire « enlève ton pouce de ta bouche ».

By the way, « enlève ton pouce de ta bouche », phrase numéro 1 chez nous, concourt carrément hors compétition pour cause de surabondance et de concurrence déloyale, loin devant « range ta chambre », « ne crie pas » et « arrête de taper ta sœur ».

Mais il est impossible de forcer son enfant à cesser de sucer son pouce (même si je fais des rêves la nuit dans lesquels scotch épais et mitaines de four jouent un rôle de premier ordre). On a essayé la menace, on a essayé la carotte, on a essayé l’explication, on a essayé la peur, on a essayé de lui faire confiance, on a essayé de se faire confiance. Sans succès. Alors il y a quelques semaines, lorsque son pouce est devenu un truc suintant dégueulasse parce qu’il est bien connu que doigt mouillé et froid polaire ne font pas bon ménage, nous avons crémé et bandé le tout. La situation nous l’imposait et elle l’a bien supporté. Mais voilà que, loin de se cantonner au repos du soir, le pouce a retrouvé sa place habituelle dans sa petite bouche… Hier, nous l’avons donc pansé de nouveau. Après avoir menacé de tout enlever – l’enfant de 4 ans aime imposer sa volonté – elle a oublié qu’elle avait un pouce.

Les mitaines ne sont pas très pratiques, ceci dit, quand on a le pouce bandé. Alors on verra, le printemps vraiment venu, si l’on peut opérer une vraie transition et faire revenir le pouce de Miss Swing a son usage normal pour un pouce de 4 ans.

Reste que, c’était une idée de merde, on peut le dire, de penser que sucer ses doigts était une solution préférable à la sucette.

Enfin on verra, je vous redis ça quand il faudra retirer son bouchon à Tempête, la fille aux mille sucettes (perdues).

-Lexie Swing-

 

Crédit photo : France Soir