
Samedi. 9h16. Cette semaine, j’ai changé de café. Point de danse mais un cours de « gardiens avertis », une formation pour apprendre à garder des enfants, délivrée au sein de notre ville. Ce mois-ci aura été changeant et fort occupé, comme souvent de notre côté en raison des courses et anniversaire(s).
Malgré mon envie, je n’ai pu mener à bien aucun article la semaine passée; à la place B. et moi avons pris le départ de la Classique Tremblant, un trail de 10km dans la montagne. C’était le point d’orgue de notre entraînement de cette année, celui qui me faisait écrire sur Instagram « Comment s’entraîner avec un ado? Conseil numéro 1 – ne pas le faire ». Mon meilleur conseil fut finalement un entraînement combiné / séparé. Séparé parce que je m’entrainais de mon côté, combiné parce que je me joignais à ses entraînements mais en vélo, le plus souvent, pour éviter le stress de la performance de mon côté. Cahin caha, nous sommes venus à bout de ces semaines d’entrainement, qui pourraient paraître anecdotiques considérant la distance, mais en trail l’effort est différent (1h50 au final ici en raison des conditions compliquées et du dénivelé) et la longueur nécessite donc une progression particulière.
À une semaine du départ, j’ai été contrainte de m’arrêter lors d’un jogging : la douleur qui s’était installée dans ma voûte plantaire n’avait rien de rassurant et j’ai commencé à me demander si j’allais pouvoir courir. De retour à la maison, Internet ne me rassure guère et ChatGPT est catégorique : je dois lever le pied, au sens propre comme au figuré, éviter les stations debout et arrêter la course pour la semaine, en espérant un petit miracle. Le jour de la course, la douleur a disparu et elle ne se réveillera pas. Malgré la pente, les roches, les racines et tout ce qui fait qu’une voûte plantaire peut être sollicitée dans une course. J’ai eu beaucoup de chance, car même si l’enjeu était moindre, il y avait derrière la course un engagement particulier. C’était le premier 10k de ma fille et elle n’aurait probablement pas pris part à la course sans moi. Dans ma tête, cette semaine-là, beaucoup de choses se sont jouées soudainement. Je me sentais limitée, vieillie, soudainement à la merci de mon propre corps. J’étais effrayée par le néant d’un départ qu’on ne prend pas.
Et pourtant. Deux semaines avant, l’un de mes proches a dû arrêter son marathon à une dizaine de kilomètres de l’arrivée. DNF (Do not finish). On l’avait accompagné au départ, on l’avait encouragé à différents endroits du parcours, on avait des pancartes, et peut-être des espoirs, quelque part. S’arrêter a été pour lui vraiment difficile, je crois, mais son corps ne lui laissait plus le choix. Il trouvait moche d’abandonner alors que les filles étaient venues l’encourager. « Ce n’est pas un bon exemple », m’a-t-il dit. Alors ça m’est venu comme une évidence, et pas comme une manière de le rassurer. J’ai répondu quelque chose comme : « Bien sûr que c’est un bon exemple, tu leur montres qu’on a le droit d’échouer, le droit de dire qu’on ne peut pas continuer. Je trouve que ça prend énormément de courage d’accepter de renoncer. » Les filles ont fait écho à mes mots en répétant le crédo précieusement transmis par les professeurs : « Soit je gagne, soit j’apprends ». Et il y a beaucoup à apprendre de l’échec.
Au même moment, un balado que j’écoute souvent, Safe Pace, par Hugo Clément, sortait un épisode dédié aux DNF et DNS (Do not start, pour ceux qui doivent renoncer à prendre le départ). Autour de la table, des gens qui ont dû s’arrêter, des sportifs de haut niveau qui ont dû mettre leur carrière entre parenthèses, et leurs témoignages, honnêtes et éclairants, sur leurs sentiments. L’un des intervenants y a d’ailleurs ces mots importants : l’échec, ça permet d’apprendre sur soi, repenser son entraînement, en identifier les failles et améliorer les choses, ultimement. Le succès est essentiel, mais il ne permet pas de s’améliorer. Si on a une gestion de course catastrophique mais que le jour J, par chance, « ça passe » et qu’on gagne, alors on ne repensera pas à sa course ou à son entraînement. On savourera juste sa victoire – à raison – sans se demander ce qu’on aurait dû faire différemment.
Mais l’échec, ce n’est pas juste une question sportive, c’est la vie de tous les jours. Ce sont les boulots, les écoles et les diplômes que l’on n’obtient pas, les choses pour lesquelles on travaille et qui n’aboutissent pas. Pendant longtemps, on entendait seulement parler des succès. On voyait « ces personnes qui ont réussi » (on nous les brandissait au visage, plutôt) sans voir ce qui s’était passé avant, ou ce à quoi ils avaient renoncé pour en arriver là. Désormais, l’échec aussi est mis de l’avant. Il est le socle d’apprentissage sur lequel on se construit plutôt que les failles que l’on cherche à combler.
Lorsque j’échange avec des candidats et que je leur demande ce que serait leur job idéale, il arrive que l’on plaisante sur le fait qu’on ne sait toujours pas ce que l’on veut vraiment (je m’inclus dedans) mais que l’on sait exactement ce que l’on ne veut plus. J’ai dit à ma cheffe récemment que j’avais, de mon point de vue, le parcours LinkedIn parfait. J’ai eu deux carrières, puis quand j’ai fait le saut en recrutement, j’ai réussi à grandir les échelons à différents endroits pour donner tout à la fois une impression de confiance et d’apprentissage.
J’étais engagée dans un rôle A, après un an ou deux j’étais promue au rôle B. Je partais au bout de 4-5 ans pour un rôle B-bis, puis était promue pour un rôle C, etc. Sur le papier, c’est constant. Dans la réalité, ce sont des dents que je me suis cassées sur des projets parfois compliqués, des environnements de travail parfois délétères où j’ai appris autant, si ce n’est plus, que là où tout se passait harmonieusement. Ce sont ces passages-là qui m’ont donnés les outils qui me servent aujourd’hui. Pas les prix, pas les promotions.
Partout, on découvre maintenant les échecs qui ont conduit aux succès, les entreprises qui n’ont pas fonctionné, les idées auxquelles personne n’a cru et les efforts qui ont semblé vain. Ils pavent le chemin, fragilisent temporairement mais viennent ultimement créé de nouvelles connections, de nouvelles racines. Ils rendent humble, aussi.
Alors dites-moi, quels sont les échecs qui vous ont façonnés?
-Lexie Swing-
PS : je me suis engouffrée dans une vague de nostalgie en regardant les publicités de John Lewis, par exemple de celle-ci d’une fille qui cherche un cadeau pour sa sœur, ou celle du 150e anniversaire. J’aime aussi particulièrement The other half, un parallèle entre 1925 et 2012 – les années 20 sont si belles, graphiquement parlant.








