Tout ce que j’ai oublié de te dire

./ Photo Klausdie

./ Photo Klausdie

Ce serait le titre parfait pour un roman (quoiqu’un peu long), pour une lettre d’adieu ou un mot de souvenir. Mais c’est autre chose. Ce sont les silences du quotidien, le téléphone auquel on ne répond pas car on est trop occupé. Ce sont les mots auxquels je pense alors qu’il est déjà couché. Ce sont les textos que je n’écris pas car cela me paraît trop long avant même d’avoir commencé. Ce sont les phrases laissées en suspens au milieu du souper parce que le bébé a jeté sa purée et que la grande en profite pour crier. Ces mots d’adulte, ces phrases de couple, ces idées folles, ces pensées fuyantes, ces liens internet que je lui transmets sans annotation. Ce sont ces envies, ces rêves mais surtout ces infos du quotidien que je lui confie parfois des jours après, à la faveur d’une promenade en voiture où nous sommes les seuls à résister au sommeil. Ces phrases, ce sont :
– Il faut acheter des couches
– T’as regardé les promos pour Cuba?
– T’en penses quoi de cette robe?
– J’ai lu un truc sur l’éducation bienveillante, sur le temps passé avec nos enfants, il faudrait faire un peu comme ça, mais pas complètement, je ne suis pas d’accord avec tout, je voudrais que tu me donnes ton avis.
– T’as vu pour les femmes en Russie?
– Il faut que j’arrive à sortir la blague sur Francesca.
– J’ai vu un gars hier, un monsieur âgé, il draguait une jeunette, 40 ans de moins au bas mot. Il m’aurait poussée pour se retrouver face à elle. Si je te jure. Elle avait 20 ans. Ben oui, dix de moins que moi…

Il y a des jours où les idées m’échappent, où je voulais lui dire que… et je ne me souviens déjà plus. Ma pensée me revient en pleine nuit, pendant une insomnie. Ou dans le bain, tandis que je clapote les oreilles à l’abri pour faire obstacle aux cris rageurs de notre fille chérie. Parfois j’ai envie de lui laisser des mots. Parfois, en plein milieu de la nuit, je commence des textos. Je les efface après. C’est un peu ridicule. Je lui dirai demain. Je lui dirai tout. Je ne lui dirai probablement rien, en fait. J’aurais oublié. B. nous appellera. E. tentera « papa? » debout contre les barreaux, l’œil larmoyant et le nez qui coule. On se tiendra à l’essentiel, comme on fait souvent.

Bonjour, je t’aime. Bonne journée, je t’aime. Bonne nuit, je t’aime. Je t’aime depuis longtemps, je t’aime pour toujours. Le reste, je te le dirai plus tard, à l’oreille, dans le train, sur une note glissée dans la cuisine, sur ton téléphone, par courriel, entre deux cris, au dessus de leurs têtes, dans une autre vie peut-être. Mais sache que je t’aime et que c’est la seule chose que je n’oublierai jamais de te dire.

-Lexie Swing-

 

Mon bébé intolérant

Un biberon et trois kilomètres de cils./ Photo Kris Kesiak

Un biberon et trois kilomètres de cils./ Photo Kris Kesiak

Je l’ai glissé de temps en temps : «intolérante», «éviction des PLV», sans vraiment y revenir. Tempête est notre deuxième bébé. Quand on a découvert son intolérance, nous n’avons ressenti aucun coup de massue, aucune panique. On a appelé des copains concernés. On est revenu avec eux sur le je peux donner / je ne peux pas. On est passé une fois sur la liste de mots à traquer dans les ingrédients. Et puis on s’est lancé.

C’est l’effet deuxième enfant, probablement. C’est aussi dû au fait que le résultat n’est pas tombé comme un cheveu sur la soupe après une prise de sang. Aucun résultat n’est jamais tombé, d’ailleurs.

L’histoire de Tempête le bébé no PLV, c’est celle d’un bébé de deux mois qui éructe sans vomir, qui ne peut dormir que le torse relevé, un bébé un peu grognon, un peu énervé. C’est aussi celle d’un bébé de cinq mois qui est toujours malade, qui fait une otite, puis une rhinite, puis une otite de nouveau. Un bébé qui, rendu à 8 mois, avait pris des antibiotiques au moins deux semaines sur 4 pendant la moitié de sa vie. C’est aussi celle d’un bébé qui, a 6 mois, s’est mis cette fois à rejeter. Un peu, souvent, tout le temps. Des petites quantités, des plus grosses.

Bébé, nous lui avons donné du lait épaissi, pour bloquer ce que nous avions fini par identifier comme un RGO interne (allo médecin m’entends-tu?) (Ceux qui ont eu un bébé avec un RGO interne savent à quel point on se heurte à l’incompréhension des médecins dans ce cas). Puis nous avons cessé sur les coups de 4 mois. Elle est tombée souvent malade mais cela semblait moins la gêner. Et puis elle s’est mise à vomir pour de vrai et là nous avons forcé la main du médecin.

Oui c’est vrai. Pour la cinquième fois depuis la naissance de Tempête, on a dit «ce n’est pas normal». Pour la cinquième fois on m’a répondu «mais tous les bébés régurgitent c’est une histoire de clapet». C’était la fois de trop, il y avait eu trop de vomissements, trop de médicaments, trop de bébé barbouillé qui ne dormait que surelevé. J’ai demandé si c’était dangereux de donner du lait avec des protéines hydrolisées à un bébé peut-être pas intolérant. On m’a dit non, non mais c’est cher par contre, et c’est pas bon.

On a pris le pari. Elle a fait la gueule au premier biberon. Elle a englouti le deuxième. Et tous ceux qu’elle prend depuis 4 mois. Le lait était cher. Mais pas plus que celui qu’on achetait déjà, parce qu’on a des goûts de luxe. Maintenant, il nous est remboursé. Parce que… oui, le médecin a dû se rendre à l’évidence : au bout de trois semaines (on dit que c’est environ le temps pour que les PLV soient évacués du corps), elle n’était plus malade, elle ne vomissait plus et elle dormait à plat.

Il y a quelques jours, elle s’est remise à vomir en revenant de la garderie. Qu’avez-vous changé? Vous n’aviez pas cette compote là avant si? Lexie inspectrice au rapport. «On repasse aux préparations maison». Retour en arrière.

Tempête était au lait maternisé alors la transition a finalement été simple. On a supprimé le beurre, on n’a jamais commencé les yogourts comme le faisaient les amis du même âge, on a oublié le fromage. Peu à peu, on a introduit le soja, et puis les fromages de brebis et chèvre. Pas de problème.

La prochaine étape, c’est la visite des un an, et la réintroduction lente, en espérant que ça disparaisse tranquillement. En attendant, on mijote des recettes véganes et on cuisine aux laits végétaux. Elle a mangé son premier gâteau, fait maison. Et pour la maman d’un bébé intolérant… c’est un grand moment.

-Lexie Swing-

Deuxième enfant : de la théorie à l’usage

Jour de peinture./ Photo Thomas Hawk

Jour de peinture./ Photo Thomas Hawk

Le premier enfant, c’est l’apprentissage. A pas mesurés, on manipule le nouveau-né comme s’il était une bombe à désamorcer. Faux-pas sur le parquet, orteils écrasés, chapeau trop enfoncé et la sirène se met en branle avec une puissance qui pousse à fermer les fenêtres avec toujours, cette interrogation récurrente : « Les gens vont finir par penser qu’on lui fait du mal ».

Avec un premier enfant, tout est réfléchi, tout est inquiétant. Le pain, les prises, le sommeil, le nombre de biberons ou de tétées. Un enfant, c’est du bonheur et de l’insomnie. En gros.

Deux enfants, c’est du bonheur et je-dors-quand-je-peux-deux-heures-par-nuit. Fini l’insomnie, on n’a plus le temps. Deux enfants, ça apprend la relativité aussi. L’enfant arrivera à la prise à la vitesse de la lumière (je suis sûre qu’Enstein a tout pris de ses enfants). L’enfant a toujours envie de faire pipi lorsque le panneau « plus de station service avant 40 kilomètres » vient d’être dépassé. Et il est possible de trouver le même bonheur  aujourd’hui à faire l’épicerie en étant seul-sans-enfants, qu’hier, quand vous alliez clubber à la boîte du coin de Pétanche-les-Alouettes.

Quand arrive le deuxième enfant, on est devenu un vieux sage, et on sait donc que :

  •  Il est correct de donner du pain pour acheter la paix pendant les courses.
  •  Et de faire miroiter l’achat d’un Kinder surprise au passage à la caisse.
  •  Laver les cheveux une fois par semaine est suffisant.
  • On peut à peu près tout faire avec un enfant de dix mois à condition d’avoir le cœur bien accroché et un parquet qui ne craint pas, comme la peinture, la pâte à sel et jouer aux dominos.
  • Et oui, un bébé de dix mois ça lèche la peinture, ça mange la pâte à sel et ça jette les dominos.
  • La réponse à la question «mais comment tu fais pour ne pas qu’il se salisse» est «je garde les yeux fermés».
  • On peut redonner un gâteau pour bébé jeté par terre, il suffit d’enlever les quelques poils collés.
  • Occuper son bébé avec les clefs de la voiture est une mauvaise idée. Tout comme les mouchoirs en papier, le sopalin, le carton du sopalin, les sacs plastiques. Une bouteille d’eau presque vide fait un jeu idéal le temps d’occuper le bébé pendant qu’on appelle le mécanicien pour qu’il vienne crocheter la portière ou arrêter le mode «panique».
  • Un bébé n’aime pas les jeux de bébé. Un bébé aime les chaussures crottées, les poils de chien, les tiroirs, les placards, les toilettes, la baignoire, les prises, les sacs à main, les perles et autres petits accessoires microscopiques des jeux de ses aînés. Les bébés aiment les emballages mais pas le jeu dedans. Le jeu dedans, c’est juste pour le bonheur des parents.
  • Une pochette glissée dans le sac à dos remplie d’une couche, de lingettes et d’un biberon fait un sac à langer idéal.
  • Un body manches courtes est un bon pyjama d’été.
  • Les robes ne fittent pas avec la marche à quatre pattes.
  • Les robes ne fittent pas avec le bac à sable, les jeux d’escalade, la course, la bagarre et les pique-nique. En bas de 8 ans, les robes ne fittent pas, c’est tout. Mais on leur met quand même parce que c’est full cute.
  • Un bisou guérit un bobo. L’arnica guérit un bobo, surtout sous forme de petites granules sucrés.
  • Un enfant peut volontairement se cogner pour avoir de l’arnica.
  • Un bébé a besoin de sortir, même à trois mois. Pour le bien de tous : enfants, adultes, oreilles, patience, baladez-vous le plus souvent possible.
  • Un bébé confond volontiers caresse et morsure/pincement/griffure/tout ça en même temps. A petit bébé, gros animal donc, au risque sinon de voir votre chihuahua transformé en putching-ball pour nouveau-né. Contrairement à ce que croit le peuple, un gros chien est souvent plus calme et doux qu’un petit. Et il fait un excellent poney.
  • Du papier-bulle peut amuser un groupe d’anniversaire entier. Pendant une heure.
  • Inutile de commander un plat enfant au restaurant en bas de trois ans. Une assiette suffit. Avec des fruits dedans.
  • Il y a des habits pour la maison et des habits pour la garderie (l’école). Un t-shirt Mickey décoloré fait un excellent vêtement de garderie. Les vêtements que votre mère offre doivent être cantonnés au week-end.
  • Le blanc n’est pas une couleur. Toutes les cours d’école savent ça et se chargent d’en mettre sur les vêtements offerts par votre mère.
  • Les lessives ont inventé le «plus blanc que blanc», l’enfant a choisi le «plus gris que gris».
  • Lorsqu’un enfant dort, il ne faut pas privilégier les machines, la vaisselle ou le repas. Il faut privilégier le sommeil, la décompression ou le plaisir entre adultes consentants. Un enfant dort peu alors il faut agir vite.
  • Le moment où l’on ressent le plus d’amour pour son enfant est lorsqu’il dort à poings fermés. Le sommeil est donc vecteur d’amour. CQFD.

La liste est longue et non-exhaustive… Qu’ajouteriez-vous?

-Lexie Swing-

L’enfant intense

 

A l'affût de l'aspirateur./ Photo DR Lexie Swing

A l’affût de l’aspirateur./ Photo DR Lexie Swing

Tu connais le bébé intense? Pas comme dans besoins intenses (le BABI) mais comme dans « tu clignes de l’oeil, je suis à l’autre bout de la pièce en train de manger ton cordon d’ordinateur ». On a ce genre de bébé là nous. On ne connaissait pas. On avait le modèle « je te pose et je reviens dans une heure ». J’aurais pu cligner des yeux une nuit entière elle aurait été assise dans la même exacte position, concentrée sur un puzzle Djeco quatre pièces. Maintenant elle fait des 30 pièces et quelque et elle ne bouge pas beaucoup plus. Elle est juste dérangée de temps à autre par le diable de Tasmanie qui envoie voleter les bouts de ciel des petites pièces bien alignées et file s’essayer à une autre bêtise avant que sa soeur ait eu le temps de relever la tête.

Tu connais-tu ce genre d’enfant là? Tu peux le poser dans sa chambre 50 fois, quand tu reviens dans la cuisine, il t’a devancé et grimpe déjà dans le lave-vaisselle que t’essayes patiemment de remplir. C’est le Lucky Luke du déplacement à quatre pattes, et en plus il n’est jamais à court d’idées dangereuses.

B. dédaignait les prises, la javel et les trucs à escalader. Mettre ses doigts dans une prise est la première chose que E. a fait lorsqu’elle a su se déplacer d’un demi-centimètre sur les fesses. Ensuite elle a approché la mousse d’isolant toxique d’un mur encore nu de plâtre puis elle a  – de nouveau – mangé le fil de mon ordinateur.

C’est le genre d’enfant devant lequel t’oses pas fermer les yeux, au cas où il disparaitrait pendant que tu te reposes l’oeil droit. Le dimanche à 8H30, t’es déjà épuisé d’avoir dû le surveiller, lui qui vient de découvrir la dangerosité des commodes Ikea en même temps qu’Ikea lui-même, qui rappelle ses commodes « parce qu’elles sont tombées sur quelques enfants ». Rassurant.

Tempête avait de l’énergie, mais guère de techniques. Les genoux étaient fuyants et les pieds mal assurés. Un dimanche elle a réussi à glisser un genou sous son ventre, puis un deuxième. Le lendemain elle marchait à quatre pattes, et deux jours plus tard elle se mettait debout. Dix jours plus tard, elle pique mes pantoufles et s’enfuit avec, va rendre visite à son père qui clapote dans le bain et lui lance de l’eau, et puis repart, attirée par cette mousse toxique qui lui fait toujours de l’oeil.

Elle est infatigable… jusqu’à 19h. A 19h elle hurle comme une sirène, c’est le signal qu’il est temps de la coucher. Le lapin a besoin de recharger ses batteries. Elle hurle deux, trois fois dans la nuit, histoire d’être certaine que je ne dors pas trop profondément, et puis repart du bon pied, vers 6h05, avec l’énergie  de ceux pour qui le monde n’est jamais assez grand.

Et vous, vous avez un bébé du genre? DITES-MOI QUE ÇA CHANGE UN JOUR.

-Lexie, épuisée-

Bye Instagram!

./Photo Wokandapix

./Photo Wokandapix

J’ai lu ce matin cet article de Courrier international sur la place des réseaux sociaux dans nos vies et, j’avoue… J’ai souri. Souri parce que, il y a quelques jours ou semaines, j’ai quitté Instagram, par la petite porte. J’ai cessé de publier, puis de commenter, et finalement de consulter les photos des autres. J’y ai toujours un compte et je consulte parfois en sous-marin. Mais la suppression de l’application sur mon téléphone rend la chose beaucoup plus difficile.

Mon usage était devenu anxiogène. Je publiais finalement peu mais je me surprenais souvent à penser « ça ferait une belle photo Instagram ». J’avais souvent l’impression de stalker mes amis, tout en me demandant où ils étaient, et avec qui.

Je ne veux plus prendre des photos de mon enfant de dos, le jour de son anniversaire, pour pouvoir la publier sur les réseaux sociaux.

Je ne veux plus ouvrir un œilleton grand comme un écran de cellulaire et observer la vie des autres, sans leur contexte, sans leurs coulisses, et sans sous-titres.

Je ne veux plus attendre pour commencer mon plat ou une activité d’avoir instagrammé son contenu.

Quel sens a tout ça? Pour qui sont ces photos que l’on partage par milliers, rarement brutes, souvent retouchées, toujours travaillées.

Quel est la logique d’une mère comme moi qui voit sa fille faire ses premiers pas et, loin d’apprécier le moment, s’empare de son téléphone en disant « vas-y recommence chérie! ». #instababy #mamanfiere #premierspas

Combien de fois avons-nous partagé à des milliers de gens, à travers les réseaux sociaux, des photos qui n’étaient à l’origine destinées qu’à un seul? Et puis quid des visages de nos enfants, mille fois exposés contre leur propre volonté. Le consentement n’a de valeur que lorsqu’il est éclairé, formulé par des enfants suffisamment âgés, est-ce pour cela qu’on doit s’en moquer? Je ne crois pas.

Je prendrais toujours des photos pour les autres, je filmerais toujours mes enfants pour partager leurs apprentissages. Mais je le fais dans un but précis, pour partager à ceux que ça intéresse, à ceux qui les aime et ont un rôle dans leur vie. Des personnes que l’expatriation a rendu distantes de fait et avec qui nous avons besoin d’échanger des images pour donner des couleurs et du son à ce qu’elles savent de nos enfants. D’autres qui sont géographiquement proches, ces oncles et tantes d’adoption qui leur tiennent la main au quotidien. Je ne veux plus de ce système auquel je ne trouve plus de logique. Et je ne veux jamais, plus jamais, interrompre un jeu avec ma fille pour partager sa photo – de dos – à des milliers d’inconnus.

Tout le monde l’aura oubliée un instant plus tard, dans un battement de cils. Restera seulement le souvenir de ma fille, sa mère derrière ce maudit écran, et ses yeux absents.

-Lexie Swing-

 

PS Et désolée pour mes amis qui penseront que j’ai vu leurs photos alors que mon compte est en veille. Mais je reste friande de toutes vos photos, de vos nouvelles, de vos vidéos. Mon cellulaire et mon courriel vous sont ouverts, noyez-moi sous les photos de bébés, de belles vues et de jolis plats. Parce que j’aime toujours ça.

Welcome to my mind

Mind./ Photo Devanath

Mind./ Photo Devanath

A la fin de chaque mois, aux alentours du 20, mon opérateur m’annonce d’un ton terriblement détaché (par texto, c’est dire à quel point il s’en fout) que je n’ai plus de mega et que je ne peux donc plus utiliser mon internet en dehors des bornes wifi, à moins de vouloir filer un rein pis la rate pour payer mon forfait.

Je suis donc contrainte à faire autre chose que traîner sur mon cellulaire à Googler des trucs improbables et mettre à jour mes courriels aux 5 secondes. Généralement, la fin du mois concorde avec mon oubli de reprendre des livres à la bibliothèque. Fait que… Je me retrouve à devoir regarder autour de moi et me distraire par moi-même. L’angoisse. Comment on fait déjà ?

Bon ça m’a pris un peu de temps mais j’ai fini par me rappeler. Il faut dire que j’ai une imagination débordante. Quand j’étais ado, je vivais dans ma tête des moments incroyables où j’étais l’héroïne d’aventures amoureuses trépidantes incluant beaux acteurs et rencontres impromptues. Normal.

Mon jeu préféré n’a pas perdu en intensité mais les beaux acteurs ont été remplacés par des amis perdus de vue ou des personnages importants que je rencontre donc dans ma tête en imaginant des conversations où je brille par mon intelligence. C’est tout moi. Je vous ai déjà dit que j’avais la repartie d’un poulpe à l’agonie? Et bien dans ma tête, non. D’ailleurs quand la phrase ne sonne pas bien, je la recommence. C’est parce que c’est moi le chef.

La rencontre se fait toujours au coin d’une rue. Généralement vers mon boulot. Parce que quand j’y pense je suis sur le chemin, partant de mon bureau. Faque mon esprit divague et, oh boy, incroyable, toi ici? Si loin de ce patelin de France où nous sommes connues (ou « connus », je ne suis pas contre une rencontre avec quelques gars qui m’ont plaquée et que je pourrais désormais éblouir de mon charme de trentenaire accomplie) il y a de cela un siècle environ je sais je n’ai pas vieilli d’un poil. (Toi si par contre mais même dans ma tête je suis pleine de tact alors je souris et je fais fi de rien).

Là, la conversation se déroule. Souvent, je suis accompagnée de mon amoureux (rasé mais pas trop, avec les cheveux attachés à moitié, une chemise, de beaux jeans et sa cadette en porte-bébé façon papa impliqué mais naturellement stylé) et de mes filles donc.

Et je parle de mes filles. Et puis de mon chum. Et je dis chum d’ailleurs. Et j’explique, l’air faussement désolée « c’est le mot québécois désolée j’oublie ». Et puis je ris. Dans mon imaginaire j’ai le rire pointu, bref et satisfait. Dans la vraie vie j’aurais assorti cette remarque d’un rire niais mais héroïne de l’histoire je suis, rire appropriée j’ai donc!

Je parle de Montréal. Ça fait rêver Montréal, l’expatriation, toussa. Surtout quand tu viens de France et que tu pourris sur pied dans le climat qui se détériore (et la météo aussi d’ailleurs). Je dis « Justin » en parlant du premier ministre et je roule des yeux condescendants quand on me répond « qui, Bieber? »

Et je porte une robe ajustée. Genre moi qui vais à un 5 à 7 réseautage journalistes. J’ai mes filles, pis mon chum mais je vais à un 5 à 7 et j’ai la robe parfaite et les talons fashion mais confortables. Logique. D’ailleurs, quand je me perds dans mes pensées, je refais mille fois la scène jusqu’à avoir la bonne tenue, la bonne coiffure et le bon timing. « Je pourrais croiser machine… » Mon esprit s’emballe et puis la raison lui met le holà : « Non mais si tu croises machine la fille-qui-a-tout-réussi à 16h. T’as le temps de jaser ok, parce que ton train est qu’à 50 mais là elle te voit avec ton sac Dollarama avec tes bougies pas chères pis ta nappe à 3 dollars. Ok, on remonte le film. Tu passes pas à Dollarama ce jour-là. Tu sors plus tôt. Tu croises machine la fille-qui-a-tout-réussi à 16h. T’as mis ta super robe et tes escarpins. Ah non pas les escarpins, tes ongles sont moches. Bon on remonte le film. Hier t’es allée te faire faire les ongles pis ce midi t’es PAS passée au Dollarama… »

Fait que oui, j’me dis tu et j’rentre chez moi (chez nous) fatiguée. Ma fille parle du pont d’Avignon et fait le chat qui miaule et on dirait qu’ensuite je serais un oiseau et je me demande bien d’où elle tient tout ça, cette imagination. C’est fou les enfants non?

-Lxie Swing-

Bonne fête de la Saint-Jean!

 

Balloune aux couleurs de la fête./ Photo DR Lexie Swing

Balloune aux couleurs de la fête./ Photo DR Lexie Swing

La Saint-Jean, ou Saint-Jean-Baptiste, est la fête des Québécois. Si j’en crois Wikipedia, c’était initialement une fête religieuse célébrant la naissance de Saint Jean le Baptiste, récupérée depuis 1834 comme fête des Canadiens Français. C’est un jour férié pour nous.

Tempête qui bronze d'un seul pied./ Photo DR Lexie Swing

Tempête qui bronze d’un seul pied./ Photo DR Lexie Swing

Chaque année, ma ville organise son lot de festivités gratuites autour du lac de Saint-Bruno : ballons, jeux gonflables (au moins 5 ou 6 cette année), carrousel de poneys (mais pas pour nous), animaux de la ferme dont des lapins que les animateurs permettaient de caresser, canoé, maquillage, démonstrations sportives, concerts de l’école… C’est festif, les files ne sont pas longues pour accéder aux jeux et la limonade est bonne. Que demander de plus? Ah oui, un enfant accompagnant, histoire que Miss Swing ne nous fasse pas faire la file 40 fois pour finalement renoncer à monter dans les jeux! L’an prochain avec Tempête peut-être?

Les jolis lapins./ Photo DR Lexie Swing

Les jolis lapins./ Photo DR Lexie Swing

Et vous, votre Saint-Jean?

-Lexie Swing-

Grande soeur de rêve

Entre soeurs./ Photo DR Lexie Swing

Entre soeurs./ Photo DR Lexie Swing

Si  j’avais eu une grande soeur, j’aurais voulu que ce soit Miss Swing. Je ne connais personne d’aussi prévenant et d’aussi patient qu’elle. Le matin débarque, et avec lui son lot d’habitudes et de choses à faire. Elle crie « bonjour petite soeur! » à Tempête qui, bien souvent, s’est réveillée avant elle. La petite bat des mains et secoue ses genoux, tentant vainement d’imiter son aînée qui s’affale sur le sol, empêtrée dans ses propres pieds.

Elle voudrait l’emmener par la main mais l’âge du bébé le contraint à l’immobilité. Alors elle me presse : « Prends la maman », et puis « donne lui un gâteau elle a faim ». Le gâteau tombe de la chaise haute, Miss Swing se jette au bas de son banc, abandonnant tartines et conversations pour se saisir du gâteau et le reposer sur la tablette de sa cadette.

Il y a les chaussures qu’elle n’oublie jamais, le chapeau qu’elle enfile quelque peu brutalement sur sa tête et qui est souvent source de chicanes car Tempête n’aime guère que l’on mette un chapeau sur sa tête… Il y a la peluche, la sienne, qu’elle prête sur le chemin car sa soeur n’en a pas, et les baisers qu’elle revient faire par trois fois, avant de laisser sa soeur à son éducatrice et de rejoindre son groupe.

Il y a surtout ses conseils, ses expressions, son scepticisme. Ses « mais non, ma soeur n’aime pas ça » et ses « tu as oublié son gilet ». Il y a ces jouets dont elle l’ensevelit de peur que sa soeur s’ennuie et son air grave, lorsqu’elle se tient contre la chambranle d’une porte en déclarant « je reste là, comme ça elle me voit, sinon elle pleure quand elle ne me voit pas. Ici je peux parler avec toi maman, mais je n’avance pas sinon elle ne me verra plus ».

Il y a cet amour, incroyable, débordant. Ses affirmations « je l’aime ma soeur, pour toute la vie ». Ses raisonnements « Je suis sortie de ton ventre en premier, et elle en deuxième, c’est pour ça que je suis plus grande, j’étais un bébé, et puis j’ai grandi et maintenant c’est elle le bébé ». Elle ne se souvient pas comment c’était avant, elle ne sait plus qu’elle a été seule, enfant unique. Et elle ne veut pas se souvenir. Elle est une soeur, avant d’être une seule. La meilleure des soeurs.

-Lexie Swing-

Un petit tour avec moi dans le Vieux-Montréal

Pour mon travail, je pointe parfois le nez hors de mon bureau et parcourt la ville. Ma destination la plus fréquente reste à ce jour le palais de justice et ses environs. J’ai décidé de vous emmener avec moi. Vous êtes prêts? Tenez-moi bien la main et méfiez-vous, j’ai tendance à marcher sur la route…

Il est 11h45, je reviens du boulevard Saint-Laurent, angle Rue Notre-Dame Est. Je passe non loin du palais de justice dont je connais bien la façade. Un gars me croise, il dit à son chum que les menottes qu’il portait aux poignets lui ont fait mal. Des types en costume les dépassent, la robe d’avocat de l’un d’eux glissée sous un bras.

Devant le palais de justice de Montréal./ Photo DR Lexie Swing

Devant le palais de justice de Montréal./ Photo DR Lexie Swing

Je repasse devant le Starbucks dont j’aime la façade. J’y suis entrée il y a une demi-heure pour reprendre quelques notes coincées dans ma mémoire et que je craignais d’oublier.

Le joli Starbucks./ Photo DR Lexie Swing

Le joli Starbucks./ Photo DR Lexie Swing

Je remonte Saint-Laurent vers le nord. Je m’arrête un instant devant un café. Des articles en devanture annoncent que c’est un incontournable, bien connu des juristes. Je glisse le nez à l’intérieur et les odeurs de sandwichs chauds me happent alors qu’il est l’heure de luncher.

Le café des avocats./ Photo DR Lexie Swing

Bistro Mon plaisir, le café des avocats./ Photo DR Lexie Swing

A l’angle de la Rue Saint-Jacques, je fais face aux gens qui s’apprêtent à traverser et à l’horloge du journal La Presse. Il est 11h54.

L'horloge du journal La presse./ Photo DR Lexie Swing

L’horloge du journal La presse./ Photo DR Lexie Swing

Pour les journalistes montréalais, La Presse est une belle place. Lorsque j’étais encore en France, l’un des chefs de la rédaction était venu témoigner de leur fonctionnement. Le web y tenait une place importante, il avait la primauté sur l’actualité, le journal papier jouant le rôle de suiveur. En France, la tendance a longtemps été inversée, le web se ramassant les clopinettes et les textes trop longs pour le print. Ce n’est que de trop longues années après, pour certains journaux en tout cas, que l’on a pris conscience que le web nécessitait des investissements importants et des techniques de rédaction particulières.

Les bureaux de La Presse./ Photo DR Lexie Swing

Les bureaux de La Presse./ Photo DR Lexie Swing

Ensuite j’ai croisé un poulet sur un mur, un coq pardon mais j’aime bien le mot poulet, et j’ai eu la chanson une poule sur un mur pendant une partie du trajet.

Stationnement sur Saint-Jacques./ Photo DR Lexie Swing

Stationnement sur Saint-Jacques./ Photo DR Lexie Swing

J’aime toujours me retrouver dans le Vieux-Montréal à cause des bâtiments qui me rappellent l’Europe. Ce n’est pas de la nostalgie, c’est simplement que j’aime les vieilles pierres qui semblent abriter sous leur surface effritée une histoire.

Rue Saint-Jacques./ Photo DR Lexie Swing

Rue Saint-Jacques./ Photo DR Lexie Swing

De l’autre côté de la rue, derrière le coq, il y avait ce bâtiment plus petit, attirant, unique et qui abritait des cours de yoga et un restaurant. J’aurais eu le goût de m’asseoir sur la terrasse et de regarder le flot des voitures qui passaient.

Resto et yoga./ Photo DR Lexie Swing

Resto et yoga./ Photo DR Lexie Swing

J’ai traversé au milieu de la route comme une poule abandonnée parce que j’avais vu le soleil apparaître au dessus des immeubles et que je voulais le photographier. Bien sûr, une fois que mon mètre 20 et moi nous sommes retrouvés sous le bâtiment, je n’ai plus rien vu, mais comme j’aimais la façade et son arbre devant, j’ai sorti l’appareil.

Belles façades./ Photo DR Lexie Swing

Belles façades./ Photo DR Lexie Swing

Quelques dizaines de mètres plus loin, les cloches sonnaient et les touristes affluaient devant la Basilique Notre-Dame. Je n’ai pas d’attirance particulière pour l’intérieur des bâtiments religieux alors je suis restée à distance, tentant d’embrasser du regard et de l’objectif toute la Place d’Armes. Je n’ai pas réussi.

Basilique Notre-Dame./ Photo DR Lexie Swing

Basilique Notre-Dame./ Photo DR Lexie Swing

A côté de moi il y avait le musée de la Banque de Montréal et des employés qui sortaient pour le lunch. Dans leur dos, le drapeau du mouvement LGBT était en berne.

Musée de la Banque de Montréal./ Photo DR Lexie Swing

Musée de la Banque de Montréal./ Photo DR Lexie Swing

Je suis descendue sur la rue Saint François-Xavier puis j’ai traversé Saint-Antoine Ouest, à l’endroit où le Vieux cède la place à la modernité. Je me suis arrêtée au milieu du passage pour prendre la photo.

Rue Saint-Antoine Ouest./ Photo DR Lexie Swing

Rue Saint-Antoine Ouest./ Photo DR Lexie Swing

J’étais bien sûre allée trop loin, perdue dans mes pérégrinations alors j’ai fait demi-tour. Remontant Saint-Antoine, j’ai débouché à l’angle de la rue Saint-Urbain. Dans mon dos, la Côte Place d’Armes affichait sa pente, caractéristique du Vieux-Montréal. J’ai regardé un instant l’eau couler dans la fontaine et j’ai tourné les talons. Le métro se dressait devant moi.

Côte Place d'Armes./ Photo DR Lexie Swing

Côte Place d’Armes./ Photo DR Lexie Swing

Avez-vous apprécié la balade? On repart bientôt?

-Lexie Swing-

L’avortement, c’est un droit (pis ça doit le rester)

./ Pixabay

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J’ai lu encore hier un article sur un aspect fondamental de l’avortement : c’est un droit, no matter what. Et comme d’ordinaire, ce sujet a déclenché des vagues de commentaires passionnés des pros contre les anti, l’auteure – qui avait d’ailleurs amorcé son texte en soulignant qu’elle était lassée des débats continuels à ce sujet – se retrouvant cernée au milieu d’une bataille qui n’aurait jamais de vainqueur, ni de vaincu, car c’est la bataille de la science et du droit contre celle de l’émotion.

L’avortement a toujours été un droit à mes yeux. Depuis aussi loin que je me rappelle, parce que j’ai été élevée comme ça, les femmes autour de moi, ma mère, mes tantes, leurs amies, leurs collègues, avaient le droit d’avorter, et c’était correct de même. Elles ne l’avaient pas toujours eu ce droit, mais lorsque je suis née en 1986, en France, elles l’avaient conquis depuis 11 ans de haute lutte. La lutte continuait d’ailleurs et n’a jamais cessé, tel un bastion perpétuellement en danger. Au Canada, il est permis sous conditions depuis 1969 et dépénalisé depuis 1988.

Lorsque j’étais lycéenne puis étudiante, je me disais que, si d’aventure je devais tomber enceinte, j’avorterais. Et puis notre couple a eu quelques années au compteur et mon choix m’est apparu moins tranché. Ma grande est née, nous allions partir pour le Canada, nous sommes partis, j’étais en poste depuis quelques mois à peine et parfois mon stérilet me faisait des frayeurs. La question me taraudait de nouveau : quel choix ferais-je? Quel choix ferions-nous?

Lorsqu’un signe + sur un bâtonnet prend les traits d’un enfant que l’on connaît, il devient plus difficile de renoncer à une grossesse, qu’importe les bonnes raisons que l’on a. Ce à quoi l’on s’accroche, ce n’est pas à un amas de cellules mais à un possible, à un futur potentiel. Et l’on veut sans cesse ramener le débat vers cette idée d’un coeur qui bat alors que c’est le possible futur d’une vie qui nous émeut.

On mélange souvent, je trouve, nos propres souhaits et les droits des autres. Parce que l’on ne se verrait pas avorter, on trouve des raisons pour lesquelles les autres ne devraient pas le faire. Des raisons pour les priver d’un droit. Selon les époques, j’ai vu l’avortement comme une option possible en cas de grossesse non-désirée ou comme une impossibilité parce que mon coeur était déjà bien trop impliqué dans l’affaire. Mais jamais, absolument jamais, je ne me suis demandée si les autres femmes avaient le droit de faire ce choix ou non.

Et il est rassurant de penser que, si je tombais enceinte un jour et que je ne souhaitais ou ne pouvais pas mener cette grossesse, je pourrais légalement et en toute sécurité y mettre un terme. C’est un droit qui devrait être inaliénable, eut égard aux considérations scientifiques, légales et sanitaires que l’on connaît.

Il existe des milliers de raisons pour lesquelles les femmes doivent avoir la possibilité légale d’avorter, et ce sont ces raisons qui ont conduit les pays modernes à adopter ce droit. Mais je suis lasse de voir des femmes se justifier d’utiliser ce droit, et lasse de voir le débat de l’émotion prendre le pas sur celui de la santé, du droit et de la science.

Ce n’est pas que l’argument «moi je n’en serais pas capable» n’est pas recevable, c’est simplement qu’il ne colle pas avec ce débat là. C’est une autre histoire, la vôtre, la mienne, et une autre discussion. Capable ou pas? Et pourquoi? On peut en discuter, échanger nos émotions et notre vécu. Mais de grâce, laissez le droit à l’avortement rester inaliénable, indestructible, une forteresse imprenable. Ne laissez pas vos désirs se prendre pour des droits universels. N’essayez pas d’altérer ce droit en lui trouvant des compromis et des conditions. Il a été conquis de haute lutte et reste encore à conquérir dans plus de pays que mes doigts et les vôtres ne pourraient en compter. Il est un droit de société, un droit de reconnaissance et de progression de la condition féminine, un droit à disposer de son corps. C’est un droit important pour nous les femmes, et pour la société toute entière.

-Lexie Swing-

Pour l’avortement en pratique, deux sites clairs : celui de la Fédération du Québec pour le Planning des naissances, au Québec donc, et celui du Planning familial, pour la France.