
Nous sommes désormais au mois de novembre. Comment allez-vous?
Novembre est bien malgré lui un mois qu’on aimerait parfois oublier, avec sa grisaille passagère, ses journées courtes et les premiers frimas qui s’installent. C’est aussi une transition nécessaire, comme la torpeur qui nous prend avant l’accélération de décembre. Alors merci novembre d’être cette pause bienvenue.
Vous n’avez pas pu manquer la déferlante bleue qui s’est abattue sur les États-Unis, réduisant les Républicains à une portion plus digeste et leur président à un relatif silence. Relatif, toujours. Au lendemain de cette victoire, j’ai parcouru les posts de mes comptes habituels, enthousiasmée par le nombre des premières fois :
- Plus de 100 femmes démocrates siégeront à la Chambre des représentants
- Deb Haaland, femme politique du Nouveau-Mexique, devient la première femme autochtone élue gouverneure. Elle avait par ailleurs fait partie du gouvernement Biden. Sa consoeur Peggy Flanagan, également autochtone, fait de son côté son entrée au Sénat, pour le Minnesota.
- Abdul El-Sayed devient le premier sénateur de confession musulmane a obtenir un siège au Sénat
- Keisha Lance Bottoms remporte pour sa part le siège de gouverneure en Géorgie devenant du même fait la première femme noire élue à un tel poste aux Etats-Unis. Loin d’être une inconnue sur la scène politique américaine, elle avait fait partie du gouvernement de Biden.
- Chris Pappas devient le premier homme ouvertement gay à faire son entrée au Sénat, pour le New Hampshire.
- Au niveau des États eux-mêmes, on retrouve également deux victoires marquantes : le Républicain Byron Donalds devient le premier gouverneur noir de la Floride et le Démocrate Xavier Becerra le premier gouverneur hispanique a remporté la Californie.
Voilà, j’avais dit que je ne partirais pas dans une analyse de fond en douze paragraphes alors je vais m’arrêter là. Mais vous ne pouvez pas savoir à quel point ces victoires humaines, cette ouverture, me ravit. Lorsque j’étais à Sciences Po Toulouse, nous avions dû produire un montage qui entrecoupait des interviews de personnes engagées à distance dans les élections américaines et des prises de paroles de Barack Obama. Mon amoureux avait aidé avec le montage sonore, incorporant un morceau du Esbjörn Svensson Trio. Nous étions en 2008 et deux jours plus tard, Obama remportait de manière fracassante l’élection présidentielle. Je suis émue chaque fois que j’entends le crescendo de Goldwrap.
Si je peux intercaler ici un truc drôle, je suis sur les réseaux sociaux un compte appelé Huskies Tales and Trails de « Huskies qui écrivent leurs pensées » (c’est la meilleure façon que j’aurais de décrire le contenu) et c’est à mourir de rire. Les réseaux sociaux ont eu ceci de chouette de nous amener des petites bulles d’humour et pour moi qui aime les bons mots et le sarcasme, je me régale. Leur dernière publication sur les races de chiens, mettant en scène, entre autres, les Golden Retrievers, m’a ravi.
Dans un tout autre style, j’ai fait découvrir à B. l’humoriste Marc-Étienne Germain dont le créneau est d’exploiter un concept, par exemple les parcs de jeux pour enfants ou les sièges auto, et d’en souligner les absurdités de conception. Elle a visionné une dizaine de fois son sketch sur les abris d’auto (le dernier publié à l’heure où j’écris ces lignes) et ne se lasse pas.
Sans transition : l’IA. Et le fait de créer des choses par ce biais. Récemment, il y a deux moments qui m’ont fait réfléchir. Le premier est anecdotique : l’une des écoles de danse que nous connaissons use et abuse de l’IA pour ses affiches, courriels, etc. J’y prêtais peu attention jusqu’ici mais j’entends autour de moi que ça dérange. On parle ici d’une personne qui avait l’habitude de tout gérer par elle-même et qui se sauve désormais du temps en s’appuyant sur l’IA : choix du thème, texte d’arrière plan, affiches. Je crois que ce qui dérange davantage, au final, c’est qu’on privilégie ici l’IA à une réflexion collective. Pourquoi prendre le temps de travailler ensemble lorsque l’IA peut tout faire seul de son côté?
L’autre exemple, qui m’a fait personnellement tiquer, celui-ci, c’est un montage texte/images, créé par l’une de mes connaissances pour l’anniversaire de quelqu’un. Imaginez par exemple un mariage : le témoin s’avance, il prend le micro et lance le montage qu’il a mis sur pied pour l’occasion. Vous pensez voir défiler quelques photos et des anecdotes plus ou moins grand public glanées auprès de la famille et des amis, mais ce qui défile sous vos yeux est tout autre : c’est un montage ChatGPT. C’est bien le marié, mais en dessin IA. C’est sa vie, mais romancée. Avec ses lunettes, il ressemble davantage à Clark Kent qu’à Steve Urkel, et l’appareil dentaire honni de ses 13 ans a disparu. Le texte est vibrant, délicieusement entraînant, écrit avec la justesse d’un système qui peut pondre 18 rimes en trois secondes. Toujours résonne avec amour et nuit noire avec tendre soir – c’est un peu attendu mais qui s’en soucie? Le texte qui se déroule a la justesse d’une oraison funèbre déclamée par le maître de cérémonie dont l’horaire est trop chargé pour la saison; celui qui évoque pendant 30 minutes la vie bien occupée de Jean-Patrick en Martinique alors qu’on enterre Suzette qui, pauvre d’elle, n’avait jamais dépassé les frontières de sa petite ville natale. Les proches ne disent rien, content pour ce Jean-Patrick qui aura finalement vu le monde pour deux. Revenons à la réalité : de mon côté, l’anniversaire se termine et la fêtée est ravie de ce cadeau. Qui serais-je pour lui gâcher son plaisir? Mais mon inconfort reste et une question pseudo-philosophique comme je n’en ai que sous la douche vient s’inviter en filigrane : est-ce que le cadeau a la même valeur, qu’importe la façon, puisque le plaisir reste intact? Qu’est-ce qui fait vraiment la valeur d’un cadeau, me direz-vous? C’est probablement propre à chacun et les adeptes des sous et autres cartes cadeaux glissées dans le bas de Noël n’y verront probablement pas d’inconvénients. Pour ceux qui recherchent avant tout la pensée qu’on a eu pour eux et le soin qu’on a mis à choisir le cadeau afin que, même anecdotique, il corresponde à la personne à qui on l’offre et au lien qu’on entretient, cela risque de faire grincer quelques mâchoires déjà serrées par l’usage de Copilot à outrance.
Parlant de cadeaux, Noël arrive dans 49 jours. Êtes-vous prêts?
-Lexie Swing-








