
Ce week-end, nous menons à bien un projet, mon habituel moment au café a donc pris le bord. Je n’ai guère le temps de m’interroger sur le temps qui passe et la vie qui nous chahute, même si je me suis abreuvée cette semaine des informations, témoignages et sentiments des hommes et femmes qui, comme moi, découvraient encore une fois à quel point certains hommes sont malveillants et certains systèmes complaisants, et ce grâce à l’histoire des Cornell (5)7.
Je profite des quelques minutes grapillées par ci par là pour vous dévoiler (vomir) mes pensées.
Déjà, parlant des hommes, justement, j’écoutais une vidéo de La Véto Tabasco qui date un peu et dans laquelle elle raconte qu’au parc à chiens, malgré son chandail portant son titre de vétérinaire épinglé sur la poitrine, un gars qui n’avait rien sauf l’expérience d’avoir possédé plusieurs chiens, est venu poser un diagnostic après avoir observé sa chienne faire pipi fréquemment. L’anecdote est hilarante mais la véto assène une vérité qui serait drôle si elle n’était pas navrante : si une femme, brillante de surcroît, avait ne serait-ce qu’une goutte de l’audace d’un mec moyen, elle dominerait le monde. Ça m’a fait penser à cet appel, vécu un peu plus tôt, durant lequel un candidat m’a assuré qu’il possédait la compétence principale dont nous faisions mention dans l’affichage. Alors que je lui pose des questions techniques, il botte en touche et me répond « vous me prenez par surprise, là, mais bien sûr que je sais, si vous me mettez dans un contexte professionnel, avec de vraies personnes, je saurais amener mon expertise ». Je pense qu’on ne réalise pas à quel point certaines personnes (hommes, entre autres) noient leur manque d’expertise dans un bagout à toute épreuve. Et nous prennent pour des con(ne)s.
Sans crier gare, je change de sujet : début de journée occupée dès l’aurore grâce à un cours d’équitation judicieusement placé à 8h du matin. B. monte une jument que l’on connaît pour l’avoir vue mettre à terre une amie de ma fille cadette quelques semaines auparavant. Belle entrée en matière, donc, avec juste ce qu’il faut de stress pour jauger l’animal de loin. En fait de diablotin, la jument est un cœur sur pattes, modèle apprentie. Soit elle est très jeune, soit elle n’a rien appris, mais monter dessus revient à conduire une manuelle quand tu n’as connu que le mode automatique. Tu tires à droite, ça part à gauche. Avec un tonneau à la place du corps. En trois mots : je l’aime. Je la trouve magnifique. Pas fourbe pour deux sous mais complètement inconsciente de son propre corps. Dans le boxe, au moment de la sangler, je me rends compte que B. et moi serrons les dents. Alors, mon grand âge aidant, je prends du recul. J’identifie la source de stress. La jument. La jument si gentille mais qui ne tient pas une seconde en place. Elle avance, elle recule, elle baisse la tête, la remonte, gratte du sabot, se déplace vers la droite, nous colle vers la gauche. Ce n’est pas un cheval, c’est un tourbillon. Un gros paquet de chaleur en mode hyperactif. Cinq minutes pour ajuster la selle qui ne cesse de bouger, tonneau oblige. Avez-vous déjà remarqué comme on se sent parfois stressé sans raison particulière, jusqu’à identifier la raison, souvent subtile : un bruit de fond perpétuel, un « maman » prononcé toutes les 5 secondes, une odeur de constipation qui plane dans l’air, un pantalon trop serré ou un pull qui démange. Rien pour craquer complètement mais tout pour nous mettre les nerfs en pelote. Parfois il suffit de retirer l’élément perturbateur pour apaiser son sentiment (ou de l’envoyer au pré).
Ce week-end, j’étais chauffeur désigné pour notre périple dans les Laurentides (voir photo!). Les minutes perdues furent rares mais elles m’ont quand même permis de scroller sur Facebook et Instagram (because … what else?). Je suis tombée sur cette publicité d’Intermarché, une belle réminiscence des dimanches en famille des années 70 en France. À défaut de dimanches, ça m’a rappelé des vacances, des anniversaires de mariage, des Noël. La table toujours plus longue, les convives qu’on en finit plus de saluer, les clins d’œil de connivence et les rires attendris. Ça, c’est pour la photo, le livre de souvenirs sur l’étagère droite. Celui qui prend la poussière, les sourires et les odeurs, mais qui n’a rien gardé des émotions réelles et des mots cachés. Pas d’encre invisible sur les pages qui révélerait après coup ce que c’était vraiment, pour la plupart des familles, que ces dimanches-là. Les plats trop riches, la torpeur d’un dimanche après-midi, la balade d’après-repas que l’on faisait à contrecœur. La vaisselle, apanage des femmes. L’odeur du tabac, partout. Les remarques, les questionnements, les vies qu’on ne mène jamais comme les autres penseraient, comme les autres souhaiteraient. Les conseils que l’on distille, moins par intérêt pour l’autre que par précaution de soi. C’est qu’il ne faudrait pas se mettre à mal, point passer en second. Il faut rester en contrôle. Nous, on n’a pas passé le bachot mais ça a bien été quand même, regarde-nous. Et puis dans l’intimité, reprocher. S’observer dans le miroir du soir et dire que l’on est déçu. Et pourquoi pas nous. C’est pas dur, le bachot. La nostalgie oublie tout, et surtout le triste, le douloureux, le moche. La nostalgie gomme les aspérités pour ne garder que le doux. Et je comprends qu’on manque de ce lien social qui semble si distendu, à notre époque. Mais je sais aussi ce que c’était, que ces dimanches-ci, pour les familles d’alors. Cette main-mise des aïeuls, ces bénédictions sous conditions, et ce village si propre à déverser son fiel si d’aventure on sortait du rang. Je crois fermement que l’on se bâtit hors des murs, dans un entre-soi qui n’appartient qu’à nous. Couper le cordon permet de grandir et de devenir soi, grâce et en dépit de ceux qui nous ont porté et précédé. Je donnerais cher pour revivre un dimanche ou deux, pour leurs rires, pour leur odeur, pour ses mains calleuses, pour les repas inimitables. Mais le bonheur s’est aventuré dans tant d’autre endroits, depuis, qu’il serait dommage de ne s’accrocher qu’à ces époques révolues.
Nous sommes lundi. Aujourd’hui c’est jour d’élections provinciales. Pour la première fois, la politique a animé nos conversations de famille. Tempête y a pris goût à l’école, simulation d’élections oblige. B. s’est découvert une passion pour le sujet depuis quelque temps et a insisté pour écouter l’ensemble des débats, tout en analysant les programmes de chaque parti. C’est même elle qui m’a guidée sur l’échiquier politique, quand je n’arrivais pas à donner du sens à un système dans lequel je n’ai pas baigné. Ça me rassure sur cette génération qui changera peut-être le monde, finalement. En attendant, mes amis, allez voter! Qu’à notre petite échelle, nous changions un peu les choses, nous aussi.
-Lexie Swing-








