Les trois autrices irlandaises de « chick lit » à lire

C’était probablement dans un Chapters, peut-être sur Parnell St. À l’époque, je parlais un anglais hasardeux, à peine aidé par le cider pression que je dégustais certains soirs au pub avec quelques amies. Je cherchais à bonifier ma connaissance de la langue anglaise et je suis tombée, au détour d’un rayon, sur l’une des autrices de chick lit les plus prolifiques de l’Irlande : Marian Keyes. Il s’agissait, je m’en souviens encore, d’un roman publié au tout début des années 2000 : Sushis for beginners.

Je n’ai aucun souvenir de l’histoire – j’ai relu le résumé et je pourrais probablement relire le livre entièrement demain sans qu’aucun passage ne me revienne en mémoire. Je devinais plus que je ne comprenais l’histoire. Mais l’autrice, elle, est restée dans mon coeur, au même titre que tout ce qui touche à cette période particulière qu’ont été mes quelques mois là-bas.

Et puis il y a un an, alors que j’avais momentanément épuisé ma pile de livres à découvrir, Marian Keyes m’est revenue en mémoire. Je venais de retrouver ma Kobo au fond d’un tiroir, c’est donc tout naturellement que j’y ai acheté au hasard un roman de cette autrice. Et puis deux autres. Et puis ma Kobo m’a proposé des autrices qu’elle jugeait similaire. De fil en aiguille, j’ai découvert des romans parmi les plus chouettes de la chick lit irlandaise. J’y ai parcouru Dublin mille fois, j’ai fait des détours par Kerry, j’ai pris le vent de plein fouet dans les plaines du Connemara. Actuellement, mes coups de coeur vont vers trois autrices. Les voici.

Marian Keyes. Je ne pouvais pas ne pas commencer par elle. Puisque c’est par elle que tout a commencé. Lorsque, 15 ans après mes mois à Dublin, je me suis plongée dans l’un de ces romans, j’ai été baignée d’un sentiment étrange. Avec l’héroïne, j’ai remonté Grafton et tourné sur King, il y avait St Stephens et puis j’étais un peu étourdie. Marian Keyes possède cette capacité rare de décrire les lieux avec précision, une précision qui n’est pas chirurgicale mais humaine. Elle fera fi du panneau sur le mur mais mentionnera ce qui accroche le regard, cette pierre déplacée que l’on a tous remarqué, cet accroc sur un mur banal. Elle a l’oeil neuf du touriste et le regard doux des habitués. Ses héroïnes, toujours des femmes, sont hautes en couleurs mais toujours crédibles. Elles sont timides, grandes gueules, effacées, excentriques, croient au grand amour ou au sexe entre amis. Elles sont souvent insupportables, mais toujours attachantes. Elles sont crédibles et on savoure chaque page qui les romance.

J’ai lu : The woman who stole my life / The break / The mystery of Mercy Close/ The brightest star in the sky/ Anybody out there / The other side of the story / This charming man / Angels / Last chance saloon / Rachel’s holiday / Sushi for beginners…

Cecelia Ahern. C’est une figure connue de la littérature irlandaise, et si vous ne connaissez pas son nom – bien qu’elle soit également la fille d’un ancien Premier Ministre – vous connaissez peut-être celui de son premier best-seller, qui a inspiré le film du même nom : P.S., I love you. Cette histoire, celle de deux amoureux que la mort finit par séparer, a connu un beau succès. L’autrice l’a par ailleurs écrit alors qu’elle n’avait que 21 ans. Je ne peux rien dire du livre, qu’on dit superbe, parce que je ne peux pas lire une histoire où deux amoureux dans la fleur de l’âge sont séparés par la mort. Il y a beaucoup de choses que je ne peux pas lire ou regarder, et ce type de récit dramatique en fait partie. Si vous même êtes fan du premier opus, sachez que depuis, Cecelia Ahern a sorti un sequel.

J’ai connu Cecelia Ahern par le biais d’un autre roman : The marble collector, l’histoire d’une femme de mon âge, dont le père souffrant de sénilité est hébergé en maison de repos. Alors qu’elle vide ses affaires, elle découvre un sac de billes, une découverte somme toute anodine mais qui ne cadre en rien avec l’homme qu’était son père. Vous comprenez l’intrigue : de fil en aiguille la fille découvre que son père était un homme très différent de celui qu’elle côtoyait tous les jours, mais les troubles de mémoire de celui-ci ne lui permettent pas de trouver les réponses… J’ai adoré ce roman – notamment pour les descriptions fascinantes qui entourent les billes et leur fabrication, ainsi que pour l’amour que la protagoniste porte à son père – un roman complètement différent de tout ce que j’avais pu lire jusqu’alors. Alors j’en ai lu d’autres, encore et encore, toujours avec le même plaisir. A noter que, sur le site internet sur lequel elle relaie ses romans, Cecelia Ahern évoque chaque fois ce qui a nourri l’histoire.

J’ai lu : The marble collector / The year I met you / How to fall in love / Thanks for the memories / If you could see me now / Where rainbows end…

Cathy Kelly. C’est ma plus récente découverte. Celle que ma liseuse m’a proposé alors que je cherchais un nouveau roman à dévorer. Nous étions à la mi-avril, confinés depuis près d’un mois et j’avais désespérement besoin de m’évader dans une lecture. Après avoir lu quelques avis, j’ai lu un premier roman de Cathy Kelly: It started with Paris. Comme souvent dans les romans que j’ai lu par la suite de cette autrice, les destins s’y entrecroisent. Ici, ce sont des femmes, toutes affectées à un moment ou un autre par une demande en mariage faite par un jeune homme très amoureux à sa petite amie de longue date, en haut de la Tour Effeil. Dans un autre lu récemment, ce sont trois femmes, aux histoires très différentes, qui partagent la même date d’anniversaire. Mon préféré d’elle reste pour le moment « The family gift », l’histoire d’une femme, chef cuisinière dans une émission de télévision, qui se renferme sur ses angoisses après avoir été attaquée dans un stationnement souterrain.

J’ai lu : The family gift / The year that changed everything / It started with Paris / Someone like you…

Ce que j’aime dans ces romans, c’est l’esprit de sororité qui s’en dégage. Ce n’est pas si étonnant, lorsque l’on sait que le genre estampillé chick lit, a été qualifié de « romans écrits par des femmes, pour des femmes ». Si vous êtes accro au genre, comme moi, je vous invite à les découvrir.

-Lexie-

Crédit photo : Samantha Hurley

Éduquée dans l’athéisme, scolarisée à l’école catholique

Il y a quelques mois, j’avais lu le témoignage d’une maman catholique, elle expliquait son quotidien et quelle place prenait la religion dans sa vie et celle de sa famille. J’avais trouvé ça courageux de sa part, d’écrire cet article à une époque où la reliion n’a plus vraiment la côte.

De la primaire à la 3e (équivalent du Secondaire 3), j’ai été scolarisée à l’école catholique. Un choix qui peut paraître surprenant, quand on sait que mes parents sont farouchement athées. Si je n’ai aucune opinion sur ce choix, qui relevait probablement plus du souhait de choisir une école adaptée à ma scolarité (j’étais globalement en avance et les profs de maternelle avaient recommandé que je sois en double niveau pour faciliter un passage rapide dans la classe supérieure), j’en ai une sur le fait d’avoir été à l’école catholique : ça a eu un impact majeur dans mon ouverture au monde. Mais avant de vous dire pourquoi, il faut d’abord que je vous raconte…

J’ai commencé ma scolarité de primaire dans une toute petite école. Elle était comme une succession de petite et grande maison de ville et le dernier étage était condamné par une chaine qui ne cessait d’attiser notre curiosité. La rumeur disait que le bâtiment avait abrité jadis un pensionnat et que les lits avaient été laissés en l’état. Il y avait une entrée, et puis une courette, la grande maison et puis une autre cour, plus grande. Il y avait un espace quelque peu délabré, qu’on appelait la cour du foot, et une sorte d’ancien garage sans porte, dont on utilisait les murs comme support pour nos pieds d’apprenti gymnastes. On montait dans les classes par une multitude d’escaliers, après s’être lavé les mains dans des lavabos de ferme qu’on s’arracherait, aujourd’hui, chez les meilleurs antiquaires. Il y avait ce savon jaune et rond, sur son axe en métal et puis les toilettes avec la porte courte sous laquelle on glissait le pied pour assurer les amis de notre présence. C’était une petite école de ville qui fermerait quelques années plus tard, à la faveur des redistributions d’élèves dans les secteurs scolaires ou menacée d’expulsion par une régie de bâtiment quelconque qui jugerait d’un mauvais oeil les escaliers de guingois et les portes grinçantes. On y serait peu, à peine de quoi remplir des classes entières. On serait des classes à demi-niveau, un CP-CE1, un CE2-CM1 et puis un CM2. Il y aurait d’autres découpages, des CM1 parfois divisés, des voyages en Auvergne et des classes vertes même au CP. Il y aurait peu d’enfants mais beaucoup de bonheur et c’est à peu près tout ce qu’il vous faut retenir pour comprendre ce qui s’en vient ensuite.

Puisque c’était une école catholique, les cours qu’ont aujourd’hui mes enfants et qui portent le nom d’Education Civique et Religieuse (ici, au Québec) se résumaient pour nous à des cours de pur catéchisme. Nous y apprenions tout ce que l’on peut apprendre à des enfants sur une religion et sa pratique. Nous priions tous les matins, mains jointes ou en coupole, debout dans les allées qui séparaient nos petits bureaux. Nous récitions alors le Notre-Père et le Je Vous Salue Marie, avec la fierté des enfants qui maîtrisent sur le bout des doigts une poésie maintes fois répétée. Nous apprenions aussi de nombreuses chansons, que je répétais à l’envi à mes parents, avec un enthousiasme tout enfantin. Ceux-ci ne pipaient mot, peut-être vaguement consternés alors du choix qu’ils avaient fait. S’ils ont pu l’être en termes d’apprentissage religieux, ils n’ont pu cependant que s’incliner devant ce que l’école m’offrait par ailleurs : un accompagnement réel et individualisé – jusqu’à des cours de rattrapage en maths qui nous ont permis, à mon amie et moi, de passer dans la classe supérieure au courant de l’année – et une admiration non feinte pour les bonnes élèves que nous étions alors. Nous étions scolaires, appliquées, premières de la classe. Nous rentrions dans un moule qui nous allait comme un gant et cela fonctionnait parfaitement.

En CE2, lorsqu’une élève de ma classe – A., une CM1 – s’est faite baptiser, j’ai découvert ce qu’était le baptême, et aussi que j’étais la seule, désormais, à ne pas être baptisée dans ma classe. J’ai le souvenir confus des déclarations parentales, celles de ses parents et puis celles des miens, à qui j’avais posé la question plus tard. Nous n’avions pas été baptisées car nos parents respectifs voulaient nous « laisser le choix » de nous convertir à une religion ou de se définir athée, le moment venu. Dans l’esprit de la plupart des parents d’aujourd’hui, cela signifie vaguement « à l’âge adulte », au plus tôt à l’adolescence. On devient mûr pour choisir une religion comme on l’est pour le sexe, finalement. Je vais vous avouer quelque chose : je pense qu’il faut avoir vécu pour faire ce choix-ci. Aujourd’hui, je ferais un choix éclairé. À l’époque, je ne connaissais que le monde agréable mais étriqué de ma petite école de ville.

Je suis donc restée l’élève non baptisée de mon école, mais j’ai découvert qu’il existait un monde catholique en dehors des murs de celle-ci. Mes amies allaient au catéchisme en dehors des heures de classe, aux Jeannettes le week-end et à la messe, parfois, le dimanche. Elles avaient des choses en commun en dehors de l’école, et pour ça, je les ai souvent enviées. Elles n’ont cependant jamais boudé leur plaisir de m’apprendre toutes les chansons et jeux auxquels je n’avais alors pas accès. Des jeux et des chansons que j’apprends encore à mes enfants aujourd’hui.

Lorsque je suis entrée au collège (au secondaire), j’ai choisi de rejoindre une institution réputée catholique, mais qui n’en avait, pour toute honnêteté, que le nom. Les allées et venues y étaient peu surveillées et les cours de catéchisme absolument optionnels. Je me suis éloignée d’un monde que je ne connaissais finalement que marginalement pour verser dans ma passion du moment : penser des heures durant aux garçons que je rêvais de séduire. J’avais cessé de faire ma rapide prière du soir pour me bercer d’histoires à l’issue toujours très romantique, quoique répétitive, et je me suis définitivement éloignée du monde de l’enfance.

Mon retour à la religion catholique s’est faite avec fracas, à l’hiver 1999, lorsque ma famille a déménagé dans une autre ville, au milieu de mon année de 3e (Secondaire 3). Au jeu des écoles, j’avais pioché la mauvaise carte. L’institution, perchée dans un cadre idyllique, était dirigée d’une main de fer par une directrice âpre, flanquée de Soeurs lieutenantes qui jugeaient bon de plonger la face des adolescentes trop fardées sous l’eau glacée des lavabos. J’étais perdue de ce changement soudain. Alors en pleine adolescence, j’étouffais dans ce carcan étroit. Mes journées se résumaient à des altercations avec la Soeur responsable de notre niveau et à des tentatives vaines d’échapper au cours de physique où la professeure prenait un malin plaisir à me ridiculiser, au vu de mes certes maigres notes. J’étais une fois encore la seule non-baptisée, mais dans l’école entière cette fois, et la Soeur ne manquait pas de me le rappeler comme si j’étais une hérétique. Elle a d’ailleurs failli en avaler son voile, alors qu’en voyage scolaire en Espagne, lors d’une immense messe donnée dans une église renommée, elle m’a vue me lever pour aller recevoir l’ostie. Bloquée dans un rang sans fin, incapable d’intervenir sans s’attirer les foudres de l’audience, elle n’a pu qu’assister, impuissante, à la scène. J’en ris encore aujourd’hui…

C’est avec un soulagement affiché que j’ai passé la porte du collège pour la dernière fois, quelques jours avant le brevet. Ledit diplôme était ensuite remis à la direction de l’école, avec charge pour nous de le récupérer auprès d’eux. Inutile de dire qu’ils l’ont – théoriquement – toujours en leur possession aujourd’hui, puisqu’il n’était pas question que je repasse un jour les portes de l’institution.

Cette étape malheureuse de ma vie m’a permis d’atterrir, alors que je commençais le lycée (secondaire 4), à l’école publique! Douze classes de seconde, des élèves issus de tous les collèges des environs, des jeunes de ma ville et mon futur amoureux, parmi eux. J’étais à l’aube du meilleur, des années incroyables qui m’ont permis de rencontrer des amis toujours très chers à mon coeur aujourd’hui. Des amis qui ont compté et sur qui je pouvais compter. La moitié d’entre eux avait un point commun, en dehors de notre lycée public. Vous devinez? Ils allaient tous à l’aumônerie du quartier. L’endroit était ouvert au monde, aux autres, aux non-catholiques, ou du moins est-ce ainsi que je l’imagine, moi qui y ait fait tant de rencontres et tant de belles soirées. Leur monde n’était plus un espace à part qui les séparait de moi, c’était une richesse, une part pleine de leurs êtres qui éclairait leur éducation, leur quotidien et leurs réflexions différemment.

Je ne regrette pas un seul instant d’avoir été scolarisée à l’école catholique, moi l’enfant d’athées, non baptisée. J’y ai appris la religion, les croyances et les dogmes. Je n’ai pas appris à croire mais j’ai appris à comprendre et ça m’a ouvert au monde. Car le risque, avec l’athéisme, est de s’enfermer dans un monde où les croyances sont vaines et les religions le fruit de la folie humaine. Or les religions sont là, elles existent. Des hommes et des femmes s’y plient, dans toutes les sphères de notre monde. Les connaître, les savoir, ne veut pas dire qu’on les valide, mais nous permet de voir, d’analyser et de comprendre.

Par ailleurs, l’Histoire des hommes est étroitement liée à celle des religions. Prétendre connaître l’Histoire si l’on ne comprend pas un minimum le fonctionnement des religions, est vain, selon moi.

Mettrais-je demain mes enfants à l’école catholique si j’en avais la possibilité? Absolument pas. Car ce n’est pas la religion qui m’a construit, ou détruite à l’occasion, mais ce que les gens qui la portent en ont fait. Leur ferais-je connaître les religions, découvrir les édifices, raconterais-je les croyances? Définitivement. Pour nourrir leur tolérance et leur faire découvrir un monde riche de cultures et d’histoires, un monde de chants et de valeurs.

Et puis un monde qui a inventé le Scofa aussi. Et juste pour le Scofa, l’école catholique, je ne regrette pas.

-Lexie Swing-

Crédit photo : Matthew Henry

L’école en temps de pandémie

L’école a repris au Québec il y a déjà quelques semaines. Une adaptation à bien des égards compte tenu de la Covid mais qui a le mérite de voir les enfants retrouver les bancs de l’école et leurs copains. Des retrouvailles, de rythme et de camaraderie, qui semblent faire le plus grand bien à la plupart…

Plongés en mode pandémie depuis 6 mois maintenant, nous nous sommes tous globalement bien adaptés – et pliés – aux règles en vigueur. En pratique, celles-ci signifient :

  • Qu’on n’a plus le droit, en tant que parent, de rentrer dans l’école. Les parents de maternelle, comme nous, n’ont donc pas eu droit à la traditionnelle visite de l’école au printemps, pas plus que les enfants n’ont eu l’occasion de voir l’école en amont. Peu d’impacts pour nous, déjà parents de l’école depuis deux ans, ou même pour Tempête, qui l’avait maintes fois visitée. Mais pour les jeunes parents de nouveaux maternels, le pas à franchir est important.
  • Autonomie totale pour les enfants. Fini le temps où nous les aidions à enfiler leurs manteaux ou vérifions qu’ils avaient pensé à leurs cahiers. Cette année, c’est l’apprentissage de l’autonomie en version accélérée, et ce, dès la maternelle. Tempête m’impressionne, avec ses retours triomphants « Regarde Maman, cette fois j’ai pensé à tout ramener » et B. ne traîne plus sans cesse dans les vestiaires, à enfiler ses vêtements à la vitesse d’une tortue neurasthénique.
  • Port du masque pour tous les adultes, et pour les élèves de plus de 10 ans dans les couloirs. Trois niveaux d’élèves sont concernés par le port du masque : les 4e, 5e et 6e année (le primaire québécois compte une année de plus que le primaire français), le port du masque pour eux est heureusement réduit à la portion congrue : les couloirs. Ainsi qu’à l’autobus scolaire, pour ceux qui le prennent. Côté adultes, ça se corse : tous les profs et éducat(eurs)rices (les surveillant(e)s, en France) doivent porter masques et visières en tout temps. De façon très personnelle, je trouve que cette mesure n’a pas vraiment de sens à l’intérieur même de la classe, considérant qu’ils font partie prenante de celle-ci, ils devraient pouvoir retirer leurs équipements en présence de leurs élèves, et les remettre lors de leurs déplacements. Mais encore une fois, c’est un point de vue personnel.
  • Le désinfectant à tout va. Purell fait fortune au Québec, il est partout. Les élèves se lavent les mains en entrant, en sortant, avant et après la récréation, les collations, le repas, les toilettes, le sport, name it. Je vois arriver avec terreur l’hiver et ses petites gerçures mal placées.

Dès cette nuit (mercredi), la région du Grand Montréal bascule en zone rouge. Les restaurants (et bars) ferment les portes de leurs salles à manger, les gens sont priés de ne pas recevoir d’amis ou de famille chez eux. On entre en plan de lutte contre ce qui semble être la deuxième vague de la pandémie. Les écoles restent ouvertes, les interventions en cas de suspicion de Covid se faisant selon les fameuses bulles-classes. Aucun cas n’a pour le moment été recensé dans notre école, mais des apparitions de cas ont lieu un peu partout autour de nous, dans plusieurs écoles de la ville, dans certaines garderies, etc. Autant dire que le virus se rapproche et que la question n’est plus de savoir si le virus se déclarera dans l’une de nos classes, mais bien « quand ».

Si l’une de nos classes ferme, nous devrons garder celle de nos filles qui sera concernée durant 14 jours à la maison, et la faire tester. Rien qui nous fasse rêver outre mesure mais il faut vivre avec son temps, même quand ce temps est une tempête.

J’espère que vous vous portez tous bien et que vous tenez le cap.

On s’en sortira! Le soleil n’est plus très loin. (Mais avant ça, y’a l’hiver – et il dure 5 mois icitte).

Beau mois d’octobre!

-Lexie Swing-

Crédit photo : Samantha Hurley

Profiter comme un enfant

C’était notre dernier jour de vacances hier. Leur dernier jour de vacances, du moins. Le dernier de cette parenthèse particulière, ouverte en mars, et qui, bon gré mal gré, s’est poursuivie sur une demi-année.

Bien sûr, depuis juin, la vie avait suivi un cours plus normal : la garderie avait repris, puis quelques semaines plus tard, les camps d’été avaient rouvert. Mais le retour en présenciel au travail ayant été repoussé pour nous, c’est à la maison que nous avons passé l’été, prenant nos pauses café sur la terrasse en construction et lunchant tous les jours ensemble.

Il n’était écrit nulle part que cette dernière journée devait être spéciale. « Pique-niquons sur la terrasse » a pourtant demandé ma cadette. Ce n’était pas prévu, bien sûr. Il n’y avait pas de pain, il n’y avait pas de chips, il n’y avait pas de ces petits cakes salés qu’on aime bien préparer. Il y avait seulement du couscous au menu de midi. Mais vous savez quoi? Il n’y a rien comme une nappe de pique-nique, du soleil et de jolis bols colorés pour égayer un repas. C’est donc en rond que nous nous sommes assis, le visage baigné de lumière, plongeant nos fourchettes dans la semoule moelleuse. Et pour une fois, ce n’était pas si grave qu’elle dégringole des fourchettes maladroites, parce que les oiseaux et puis les fourmis s’en régaleraient, de ces grains égarés.

Elles ont joué dehors une partie de la journée, inventant un fort entre les pierres de notre ancien muret, entreposées temporairement le long de l’allée. Elles sont rentrées à 15h tapantes, les joues terreuses et les yeux affamés. « C’est l’heure de faire des cakes pops! » ont-elles clamé. J’avais cuit dans la matinée un quatre-quart dont j’avais déjà boulotté une part en cachette, le privilège des prévoyants. Après un long passage à la salle de bains pour se délivrer de toute la boue logée sous leurs ongles, elles ont plongé avec délice les mains dans le bol du gâteau. L’exercice est plaisant, avec les cakes pops : le gâteau est à réduire en miettes. Sitôt cette étape réalisée, elles l’ont malaxé joyeusement avec du mascarpone, avant d’en former des boules imparfaites. Quelle pâte à modeler au monde peut se vanter de se dévorer entre les doigts ? Le résultat étant à la hauteur de leurs attentes enfantines : chocolaté et plein de sprinkles croquants et pailletés. A peine secs, ils ont disparu dans leurs gosiers affamés, et dans ceux des chiens, qui savent toujours se tenir à l’endroit exact où les enfants échappent le morceau de gâteau volage.

Lorsque je suis rentrée d’une dernière virée à l’épicerie – l’école venait de prévenir que « finalement si, il fallait amener une boîte de conserve taille famille nombreuse pour faire un pot à crayons » – elles sautaient dans la trampoline (ici on dit LA trampoline). « Tu viens sauter avec nous Maman? » ont-elles crié en m’apercevant. Je dis souvent non, l’absence de soutien-gorge, mon périnée et ladite trampoline ne font pas bon ménage. « Bien sûr! », ai-je répondu sans réfléchir en abandonnant ma conserve au sol. Alors on a sauté, et on a joué à la tag et on a fait le cheval et puis des acrobaties. Et quand elles sont tombées sur moi dans un enchevêtrement de bras joyeusement tatoués et de jambes dorées de soleil, j’ai ri à gorge déployée. Étendue là, sur ce sol instable, j’ai regardé le ciel constellé de nuages lointains, j’ai épousé le temps immobile et l’été qui s’achève. Et puis quelqu’un a crié « encore le cheval », et ça a recommencé, et on est retombé, et on a ri encore, jusqu’à ce que l’heure du bain s’annonce et que le temps soit venu de préparer les affaires du lendemain.

Nous passons notre vie d’adulte à oublier que la vie ne nous attendra pas. Ne vous méprenez pas : j’adore la vie d’adulte et les libertés qui y sont associées. Mais pourquoi ces nouveaux acquis semblent tant se faire au détriment des plus anciens? De l’insouciance ? Comme si on était incapables de cumuler la responsabilité d’une maison à payer et la liberté de s’asseoir sur une balançoire pour s’envoler… un peu. On s’entête à photographier des instants que l’on contemple ensuite dans le creux glacé de sa main, à la nuit tombée. On est spectateurs, toujours.

On peut courir sous le soleil et payer des factures, ce n’est pas incompatible. On peut faire du repas du mardi un souper de fête. Ou décider que l’on est assez grand pour le toboggan. Que l’on court assez vite pour gagner à chat. Que l’on a le droit de se salir les mains en faisant la roue. On tente par tous les moyens de se réapproprier des morceaux d’enfance, comme s’ils nous avaient été dérobés. On fait du coloriage pour adultes et du scrapbooking. On peint aux numéros et on fait des couronnes au tricotin.

L’enfance n’est pas partie. Elle est tapie, elle patiente, elle est dans nos pas de danse et les facéties que l’on s’autorise après deux verres de vin. Elle est dans le bouquet que l’on hume et le gratin que l’on noie sous le fromage râpé. On la contient comme une folie dont on aurait honte, en lui refusant la lumière. Il suffirait, pourtant, de la laisser danser, pour alléger bien des maux.

Voilà ce que je vous propose : levez-vous du banc des parents, au parc, descendez de votre terrasse, glissez-vous derrière le ballon, empoignez cette corde à sauter, escaladez ce gros rocher, étreignez votre chien comme s’il était la dernière personne sur terre. Dansez pour vous, pas juste pour eux, pas parce que vous êtes un bon parent, pas pour les amuser, juste pour sentir l’air sur vos joues et le vent dans vos cheveux.

Vous le méritez.

-Lexie Swing-

Clap de fin pour la garderie

Au Québec, l’école commence à 5 ans, les enfants passent donc plusieurs belles années à fréquenter la garderie. Tempête, qui avait commencé au sein d’une garderie proche de chez nous, a changé il y a trois ans pour ce que l’on qualifie de Centre de la Petite Enfance (CPE). Elle y a été une Galaxie, un Spoutnik, avant de passer Astronaute, il y a un an. Elle y a fréquenté des dizaines d’enfants, un bon nombre d’éducateurs et d’éducatrices, des super-héros – en figurines ou en costumes, des ateliers maquillage, des châteaux gonflables, des déjeuners de Noël, des journées pyjamas. Elle a amené un jouet de la maison tous les vendredis, a ramassé des pommes à l’automne et observé le bal des outardes au printemps. Elle a joué à cache-cache dans le parc immense qui encercle le CPE et « à la tag » au milieu des jeux d’eau.

Demain, nous la déposerons pour une toute dernière fois devant la garderie, vêtus de nos masques, en respectant la distanciation. La pandémie a changé ce qu’on avait imaginé de ses derniers mois à la garderie, alors que nous n’aurons plus jamais l’occasion d’en passer la porte et que ses affaires se résument désormais à des vêtements de rechange fourrés dans un sac Ziplock à son nom.

La chance a voulu que la cérémonie traditionnellement organisée pour les « finissants » de la garderie tombe pile demain, le dernier jour. C’est donc en beauté, avec châteaux gonflables, cupcakes, burgers et toges de rigueur que Tempête mettra un point final aux trois années passées là-bas. Nous dirons au revoir à ceux et celles qui l’ont accompagnée, entourée, guidée, réprimandée parce qu’elle chahutait, encouragée parce qu’elle butait et félicitée chaque fois qu’elle réussissait. On y a découvert son énergie sans fin, sa fougue, sa facilité à aller vers les autres, mais aussi l’étendue de ses connaissances et son extraordinaire capacité d’apprentissage. On ne l’a jamais enfermée dans une case, dans une cage, qui n’aurait jamais été assez grande pour la grandeur de ses ailes.

Quelle que soit l’envie d’aller de l’avant, le besoin d’autre chose, il y a toujours, au moment de sauter le pas, cette petite retenue. En avançant, notre cadette referme un chapitre, un livre entier peut-être. Il y a 7 ans, les jeunes parents que nous étions laissaient pour la première fois leur premier poupon à une gardienne du quartier. Cette histoire-ci se clôt, pour que la suite puisse s’écrire. Il n’y a point de mur, point de falaise, juste un pont et notre petite fille qui disparaît déjà dans l’horizon, avide de nouvelles aventures.

-Lexie Swing-

Ton absence

Tu verrais ça. La deuxième vague qui se profile. Til-Tok interdit aux Etats-Unis. L’espoir d’un premier vaccin bien avancé. Tu ne verras jamais le Liban qui brûle. Que je crie ou que je chuchote, je ne pourrais plus jamais rien te demander, plus jamais rien te confier.

Depuis trois jours, mes monologues restent sans réponses. Tu as lu mes derniers encouragements, mon « à plus tard ». Depuis l’échange est vain et notre conversation perpétuelle dégringole dans la liste à mesure que d’autres s’actualisent

Quelques notifications douloureuses sonnent encore, au rythme des publications que tu aimées il y a peu encore. Les réseaux sociaux sont en actualisation permanente, sauf au regard de la mort. On tarde à mourir, sur les réseaux sociaux. On reste suspendu à son dernier entrefilet, au dernier clic achevé, encore un peu en vie, dans les combats qu’on rejoint, les musiques qu’on partage ou les plats qu’on projette.

Il n’y aura plus de plats, il n’y aura plus de musique. Des questions absurdes me viennent alors que je me demande si des commandes de maquillage t’attendent sur ton palier ou que je m’interroge sur l’évier, le lit défait ou la gamelle des chats, que tu as laissés en partant. Je sais que ton amoureux, tes proches, ont déjà remis de l’ordre, trié des affaires et pris des décisions, mais perdure dans mon esprit cette impression insolente qu’il n’y avait pas de logique à ton départ. Il aurait dû y avoir un nouveau matin, un nouveau mois d’août, une nouvelle chance.

Je ne me fais pas à ton absence. J’ai l’impression de vivre à reculons. Je regarde vers l’arrière en sillonnant vers l’avant. Je ne me convainc pas d’un présent où tu n’es plus.

Je te souhaiterais bientôt un bon voyage, un bon après, et la paix surtout, toi qui as tant souffert. Mais pas tout de suite. Tout de suite je ferme un peu les yeux, et j’oublie que tu ne les as pas ouverts, ce matin-là. Je clique sur ton profil, et je lis quelques mots, j’approuve quelques partages, je m’enivre du désuet, de l’immobile, du temps suspendu, entre ce qui a été et ce qui n’est pas encore.

-Lexie Swing-

Les enfants, le confinement et nous

Alors qu’il y a suspicion de Covid-19 à la garderie, notre fille cadette est de retour à la maison. Depuis juin, nous avions en effet repris une vie plus normale, en tout cas plus facile : nous déposions notre fille aînée à un camp de tennis pour la matinée, notre deuxième fille à la garderie pour la journée, et nous retournions travailler de la maison. Le lunch se faisait en trio, avec le retour de B., et l’après-midi se passait globalement agréablement, avec les avantages que représente le fait d’avoir désormais une fille aînée de 7 ans et demi qui sait en partie s’occuper seule (surtout avec #pandacraft).

Ces deux derniers jours sonnent donc comme un retour en arrière. Il faut jongler entre les demandes des enfants, et celles du travail, entre les cris et les appels, entre le goûter et la visio-conf’ quotidienne, etc.

Malgré tout, après tous ces mois de slow-life, à vivre beaucoup tous les quatre, je ne peux que remarquer tout ce que cette parenthèse a eu de positif :

– J’ai eu le temps… de prendre le temps! Lorsque je termine à 16h30, je m’engouffre dans le train, rejoint ma ville, saute dans ma voiture, fais un crochet par la garderie, roule jusqu’à l’école, m’arrête à la boulangerie, sors les chiens, etc. Avec tout ça, je peux espérer déposer mon sac et mon manteau vers 18h. Or, depuis quelques mois, lorsque je termine à 16h30, je ferme mon ordinateur et … c’est terminé! Les filles sortent juste du goûter, les chiens ont été promenés plus tôt, la boulangerie a été visitée dans la matinée. 16h30, c’est généralement le temps où je lance « Mettez vos sandales, on va faire un tour au parc » (à la piscine, aux jeux d’eaux, en vélo, chez le glacier, etc.). La vie est moins rythmée, et on en profite!

Les filles se sont rapprochées. Quand ta soeur est le seul compagnon de jeu pendant trois mois, le choix est mince : soit ça s’entend, soit ça s’étripe! Si elles se sont souvent étripées, elles ont finalement aussi appris à jouer ensemble.

– J’ai beaucoup marché. Je conduis B. au camp de tennis à pied, je sors les chiens trois fois par jour, on rejoint les amis au parc, etc. Alors que Tempête sautillait devant moi sur le chemin du retour, après avoir déposé sa soeur au tennis, la réalité m’a sauté aux yeux : il fut un temps – et ce temps reviendra – où l’on jetait nos enfants au devant de tout, du camp, de l’école, de la garderie, de la playdate chez les amis. Jamais à l’heure, toujours en vitesse. Cela fait quelques mois que je n’ai plus vécu cette sensation, et elle ne me manque pas!

– J’ai découvert les gens que je côtoie sous un autre jour. Quand vous prenez des cours virtuels, que vous vous entretenez avec vos collègues alors que tout le monde travaille de la maison, ou que vous vous rendez au domicile de votre coiffeuse parce qu’elle a renoncé au bail de son local pour un temps, vous découvrez les gens différemment, sans costume, quoi que cela puisse signifier selon le contexte. Ça entraîne des discussions différentes et j’adore ça!

– J’ai profité de ma terrasse (neuve mais pas finie). Mon chum blague souvent sur le fait que je ne sors jamais dans le jardin, et c’est vrai. Rester dans la cour à ne rien faire, très peu pour moi. Désormais, je prends mes pauses sur la terrasse, je dévore quelques pages d’un bouquin allongée sur le transat ou je sirote un café les fesses vissées aux lames à peine posées, en regardant les geais bleus qui ont fait leur nid dans l’arbre au dessus de moi.

– J’ai passé du temps avec mon amoureux. Puisque nous travaillons désormais tous les deux de la maison, c’est lui désormais le collègue que je croise à la machine à café (et il en boit beaucoup). La bonne nouvelle, c’est qu’on s’entend bien (et en plus, on ne travaille pas au même étage).

– J’ai lu plus de livres en quatre mois que durant les 12 qui ont précédé. Je retrouve cette boulimie de lecture que j’ai connu enfant, quand je lisais partout, tout le temps, et surtout jusqu’à tard dans la nuit.

Et vous, ça vous a apporté quoi, cette drôle d’époque?

– Lexie Swing-

P.S. À l’heure où je publie – enfin – ces lignes, la suspicion est écartée et la môme de retour à la garderie!

Trois romans français à (re)découvrir

Je lis follement ces jours-ci. Mon conjoint me regarde faire avec circonspection, alors que j’ouvre un livre le matin pour ne le refermer complètement que le soir venu.

Je lis assise, debout, en cuisinant, en rangeant, dans le bain (et parfois même dans la douche, tendant le bras qui tient le livre par la porte entrouverte), sur le canapé, dans le lit, sur la terrasse pas finie, dans l’herbe du jardin, au bord du trampoline, et même en marchant, souvent.

À cette allure-là, j’ai donc dévoré ces derniers jours trois livres qui m’ont vraiment plu. J’ai commandé le premier à ma librairie montréalaise préférée, la librairie Monet; le second est arrivé par la Poste, cadeau maternel; quant au dernier, il a été lu sur ma Kobo, choisi via la page des livres recommandés (deux clics et je l’avais sous les yeux).

La femme révélée, de Gaëlle Nohant : la claque magistrale

La femme révélée par Nohant

J’avais lu que l’histoire avait pour personnage principal une femme qui abandonnait derrière elle son fils et j’avais craint de retrouver un roman du type de « La femme qui fuit », d’Anaïs Barbeau-Lavalette, un livre nécessaire mais dérangeant. Cette héroïne-ci est différente, elle n’est pas complètement libre, attachée à l’enfant qu’elle a laissée. On suit alors Eliza, américaine immigrée dans le Paris des années 50, qu’elle parcourt Rolleiflex (un appareil photo) en mains. Résolument tournée vers l’autre, elle noue des amitiés improbables, en tout cas singulières. Née d’un père militant qui l’emmenait enfant dans les banlieues de Chicago, elle porte en elle l’éclosion d’un monde différent. C’est un roman social, où l’on noue fiction et événements militants, où l’on découvre une Amérique qui n’en finit plus d’évoluer, et qui, quelque part, n’en finit plus de stagner. Une très jolie découverte.

La ballade de l’enfant gris, de Baptiste Beaulieu : l’histoire poétique

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Je n’avais jamais lu ce roman, pourtant souvent plébiscité dans mon fil Instagram. Arrivé jusqu’à moi par la grâce de ma mère qui m’en a fait cadeau, j’en ai lu les premières lignes au parc, entre deux « Maman, regarde-moi » et trois « je veux de l’eau ». Dès les premières lignes, j’ai retrouvé ce sens de l’humain et cette poésie propre à Baptiste Beaulieu qui manie les mots comme peu d’auteurs, je trouve, savent réellement le faire. « La ballade de l’enfant gris » est l’histoire d’une rencontre entre Jo’ et No’. Jo’ est interne dans le service pédiatrique d’un hôpital, No’ est un petit garçon de 7 ans atteint d’une maladie incurable qui lui donne le teint grisâtre. C’est aussi l’histoire de Maria, la mère souvent absente du petit No’. C’est l’histoire d’une fuite, et d’une quête, de plusieurs quêtes. Les personnages sont magnifiquement attachants et parfaitement croqués. Et surtout, surtout, il y a cette poésie et ce sens de la formule qui m’ont fait ouvrir le livre en plein milieu pour lire un passage au hasard à mon chum et lui prouver que l’auteur avait une maîtrise incroyable des mots, même dans ses descriptions les plus rudimentaires.

Les étincelles, de Julien Sandrel : le roman d’actu

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C’est l’un des livres que j’ai choisis sur ma Kobo en suivant les recommandations d’autres lecteurs. De Julien Sandrel, j’avais déjà lu « La chambre des merveilles » et « La vie qui m’attendait ». J’aime son imagination et la richesse de ses histoires, mais je suis parfois moins sensible à sa plume. Dans ce roman-ci, elle devient plus précise et plus juste (je trouve) à mesure que le roman progresse. L’histoire, elle, s’inscrit parfaitement dans les actualités de ces dernières années. À 20 ans, Phoenix perd son père dans un tragique accident. Trois ans plus tard, encore marquée par le drame, elle navigue entre ses études de biologie et son petit boulot d’agente d’entretien. Elle a tourné le dos à sa vie d’avant, à son amour pour le piano, et surtout aux souvenirs de son père, qu’elle soupçonne d’avoir trompé sa mère et de s’être tué dans un accident alors qu’il partait pour rejoindre sa maîtresse. Sous la pression de sa grand-mère, Phoenix accepte de dépoussiérer ses souvenirs et le vieux Walkman que son père trimballait sans cesse. Mais lorsqu’elle l’ouvre, elle y découvre un nom – celui d’une femme – et un code secret. Avec son jeune frère, qu’elle a mis dans la confidence, elle part sur les traces des recherches de son père, des secrets qu’il avait découverts, et de son accident de voiture, peut-être pas si accidentel que ça.

Et vous, avez-vous quelques recommandations à me faire de votre côté?

-Lexie Swing-

 

Séjourner dans les Zoobox du Vertendre

Il y a un peu plus d’un an, les hasards d’Internet m’avaient menée sur une page aux photos bucoliques : le site web du Vertendre, un domaine des Cantons-de-l’Est abritant une poignée de chalets et une dizaine de « Zoobox ».

Ces Zoobox, sortes de maisons-cabanes nichées dans la forêt, ont été pensées comme un lieu d’observation privilégié de la nature environnante et de sa faune. Nos vacances en France ayant été annulées ce printemps, nous avons réorienté nos congés vers une destination locale. À une heure de chez nous, c’est donc au Vertendre que nous avons pris nos quartiers pour quelques jours.

Sitôt garés dans le stationnement prévu à cet effet,  nous avons été accueillis par une employée du Vertendre qui a pris en charge nos bagages (gratuit et sur simple demande). Tandis qu’elle rejoignait notre demeure temporaire en voiture, nous avons pris en marchant la direction du Sentier des Courageux, chemin facile sillonnant la forêt et menant aux Zoobox.

Après une bonne vingtaine de minutes de marches – notre Zoobox faisait partie des plus éloignées – nous avons découvert un cube, surplombant le lac des Castors dont on pouvait distinguer le flot, en contrebas. Côté forêt, une immense baie vitrée rétractable. Côté chemin, un mur solide et quelques fenêtres pourvues de rideaux occultants.

À l’intérieur, tout a été également soigneusement pensé: lits mezzanines (4 personnes), lit king suspendu au plafond, table et baignoire sur roulettes – pour les déplacer à l’envie. Côté surprises, on découvre le vélo stationnaire – parce qu’il faut pédaler pour réalimenter ces logements autonomes en énergie, autrement pourvus de panneaux solaires – le mur d’escalade, ou encore la barre de pompiers, qui permet de descendre rapidement de la mezzanine.

Nous avions acheté toute notre nourriture à notre épicerie locale avant de rejoindre le Vertendre. Si nous sommes arrivés fort chargés, cela nous a néanmoins permis de ne pas quitter le domaine durant les presque 5 jours passés sur place. La cuisinette est bien équipée et l’emplacement de feu de camp extérieur nous a permis de faire griller patates, poivrons, Babybels et surtout guimauves, pour le très grand plaisir de nos enfants.

Côté activités, nous avons profité des sentiers aménagés autant que possible, et d’un temps clément malgré les menaces d’orages qui ponctuaient régulièrement les mises à jour de notre application météo. Les propriétaires du Vertendre mentionnent que le domaine possède presque son propre microclimat, et si j’en crois notre expérience, c’est probablement vrai.

Entre sorties baignades au lac « La Source », balades dans les sentiers aménagés et grimpette jusqu’au Mont Sylvio-Lacharité – 10 km dans les pattes de nos filles, elles ont bien dormi cette nuit-là – nous avons complètement déconnecté de la vie quotidienne.

À noter la présence d’une souris qui nous a tenus éveillés la première nuit – la regarder lécher les assiettes qu’on avait eu la flemme de nettoyer était cependant assez fascinant (j’aime les rongeurs et elle était minuscule). Nous avons pris la peine de tout garder propre et enfermé les nuits suivantes et nous n’avons plus eu de visites. Nous avons pu aussi observer à loisir de très jeunes écureuils, des suisses, des geais bleus et même un renard (seulement moi, je suis choyée).

Nous avions emmené avec nous notre chienne Poppy – les chiens sont bienvenus dans plusieurs Zoobox – qui a pu nous suivre dans toutes nos pérégrinations et se baigner pour la première fois sous les cris ravis des enfants.

En pratique : 

Localisation : le domaine du Vertendre est situé à Eastman, en Estrie (Cantons-de-l’Est), à environ 1h15 de Montréal et 2h40 de Québec.

Fréquentation : à l’année

Tarif : 239$ à 298,75$ la nuit selon les tarifs affichés présentement pour l’été, escomptes spéciaux (3 à 4 nuits, 5 nuits et +).

Chiens : acceptés dans certaines Zoobox et sur l’ensemble du domaine (tenus en laisse).

Réservations : Site internet du Vertendre

-Lexie Swing-

 

 

 

La vie reprend

Le soleil était déjà haut lorsque l’on s’est rejoint sur l’enchevêtrement de planches savamment fixées qui nous tient lieu de terrasse. Je me suis assise, les jambes tutoyant le vide, parenthèses mouvantes d’un lundi différent.

Aujourd’hui, Tempête a repris la garderie. Pour la première fois depuis trois mois, nous n’étions que trois, justement, dans ces murs. Il n’y avait pas de cris, guère de demandes, point de disputes. Notre aînée viendrait bientôt nous poser mille questions, crotterait l’entrée de ses pieds sales et joncherait le sol de mille papiers gribouillés, mais dans cette matinée déjà bien avancée, elle profitait de sa solitude toute neuve en se roulant dans l’herbe au milieu des chiens, dans une vaine tentative d’enseignement par l’exemple.

Tempête me manquait. L’esprit a cette insolence propre, qui lui fait regretter les mots qui naguère le rendaient fou, les petits riens qui incommodent deviennent autant de souvenirs disséminés, les baisers mouillés ont séché et le cœur oublie qu’il fut tellement plein qu’il déborda.

C’est une nouvelle page dans cette histoire. Le chapitre qui s’est clos est comme une phrase proustienne : alors que j’arrive à son terme, j’ai oublié jusqu’aux premiers mots. Dans ces premiers silences, je redécouvre la douceur de l’absence, le plaisir d’un chemin qu’on emprunte et de retrouvailles ensoleillées. En espérant que la légèreté dure, que l’été s’installe et l’inquiétude s’étiole, que l’insouciance nous gagne et que les gardes se baissent, lorsque l’ennemi ne sera qu’un point hors de vue, dans un horizon bleu.

-Lexie Swing-