Immigration : les petites habitudes 

./ Photo Hugo Chisholm

./ Photo Hugo Chisholm

Quand elle sera grande, Miss Swing dira peut-être que « chez (elle), on mangeait toujours à 18h ». Elle ajoutera qu’on allait souvent faire un tour de vélo les soirs de fin de semaine, l’été venu, et que ses grands-parents venaient plusieurs fois par année. Elle précisera que pour Papi et Mamie, c’était toujours aux alentours de fin septembre, proche du marathon de Montréal, et qu’elle loupait alors la garderie, et peut-être l’école, pour une journée ou deux, histoire de profiter d’eux. Elle se souviendra que chez elle on mangeait beaucoup de légumes, souvent du tofu et presque pas de viande. Que les dimanches d’hiver sentaient le gâteau maison et ceux d’été le barbecue. Et qu’il y avait souvent des amis pour le partager. Elle se rappellera du train de banlieue que ses parents prenaient le matin, et par lequel ils rentraient le soir. Celui qu’elle guettait parfois, à la gare, quand son papa rentrait un peu plus tard. Elle dira dans un rire que ses vacances, c’était souvent la France. Et à ceux que ça fera rêver elle rappellera que pour elle c’était plutôt les vacances en famille que la côte et son sable fin. Mais elle saura aussi que ses voyages à elle, c’était les Etats-Unis, le Québec, et le reste aussi.

Si la nouveauté devient routine, alors elle se souviendra aussi des vacances en Floride, chez son oncle, du potager de légumes dans le jardin, et des paysages de la région de Charlevoix, qui ont tant séduit son père.

Ce qu’elle ne saura pas, c’est l’avant, l’avant elle, les premiers nous. Le frigo plein de croque-monsieur Herta, et de pâtes farcies. Les repas à 20h. Les 4h de route pour rejoindre Clermont-Ferrand. Les vacances dans les capitales européennes. Le jambon sous vide et le foie gras un peu trop souvent. Le vin qu’on débouchait généreusement. La neige inexistante. Elle ne connaîtra pas certains visages, elle ne saura rien de ce que furent nos habitudes et notre quotidien. La télé qui tournait sans cesse, les séries dont on se gavait, la musique omniprésente. Le travail qui finissait à 19h et les week-ends de permanence. Elle devra faire un effort pour compter en euros, et ne pas rajouter de taxe. Elle sera très généreuse avec les serveurs, distribuant des pourboires avec obligeance et obligation. Elle aura l’accent chantant de ceux qui vivent de l’autre côté de l’Atlantique. Elle aura ses propres habitudes, les nôtres, bien loin de ce qu’elles furent alors.

-Lexie Swing-

{ Photos} Des vacances au Québec

Cette année, nous sommes partis en vacances au Québec. Une évidence? Pas forcément! Depuis notre arrivée, nous étions plutôt abonnés aux vacances en France (un classique) et aux Etats-Unis. Avec nos amis fraîchement débarqués de l’Hexagone, nous avons donc pris quelques jours pour visiter la belle Province. Les photos ont été prises par l’amoureux.

Après leur journée de visite à Québec, nous avons rejoint nos amis pour deux jours jours entre île d’Orléans (nous cherchions encore une carte SD) et chute Montmorency.

Pique-Nique sur l'Ile d'Orléans./ Photo DR Lexie Swing

Pique-Nique sur l’Ile d’Orléans./ Photo DR Lexie Swing

./ Photo DR Lexie Swing

Chute Montmorency./ Photo DR Lexie Swing

./ Photo DR Lexie Swing

Chute Montmorency et vue sur le pont de l’Ile d’Orléans./ Photo DR Lexie Swing

./ Photo DR Lexie Swing

Chute Montmorency./ Photo DR Lexie Swing

./ Photo DR Lexie Swing

Chute Montmorency./ Photo DR Lexie Swing

Après une traversée rapide du parc de la Jacques-Cartier, nous avons passé la nuit à Saguenay. Le lendemain, après s’être équipés de blousons imperméables au Parc National des Monts-Valin (la boutique est super, à découvrir!), nous avons fait une petite randonnée dans un cadre magnifique. L’heure de la sieste a été l’occasion de découvrir Sainte-Rose-du-Nord, et à la faveur d’un arrêt d’urgence sur un stationnement pour retrouver mon cellulaire perdu sous le siège, nos amis, partis en exploration de la ferme toute proche, ont découvert la splendide Ferme Cinq Etoiles avec tous ses animaux rescapés : ratons-laveurs, loups, lynx, daim, cerf du Canada, poules, lapins… Un passage de ferry plus tard, nous rejoignions Baie-Sainte-Catherine où nous avons passé la nuit.

Equipés de jumelles pour enfant dénichés par mon amie à la boutiqye./ Photo DR Lexie Swing

Equipés de jumelles pour enfant dénichés par mon amie à la boutique./ Photo DR Lexie Swing

Parc National des Monts-Valins./ Photo DR Lexie Swing

Parc National des Monts-Valins./ Photo DR Lexie Swing

Parc National des Monts-Valins./ Photo DR Lexie Swing

Parc National des Monts-Valins./ Photo DR Lexie Swing

Parc National des Monts-Valins./ Photo DR Lexie Swing

Parc National des Monts-Valins./ Photo DR Lexie Swing

Sur la route de Tadoussac./ Photo DR Lexie Swing

Sur la route de Tadoussac./ Photo DR Lexie Swing

Parc National des Monts-Valins./ Photo DR Lexie Swing

Sainte-Rose-du-Nord./ Photo DR Lexie Swing

Depuis le ferry./ Photo DR Lexie Swing

Depuis le ferry./ Photo DR Lexie Swing

Après une superbe nuit au Gite de la Chute et un incroyable petit déjeuner, nous avons rejoint l’embarcadère AML pour l’incontournable croisière aux baleines. Jeunes enfants obligent, nous avions opté pour le grand bateau. Des grilled-cheese et une soupe de la Bête à lunch sur le domaine Sagnah, que nous avons digérés sur l’itinéraire découverte avoisinant avant de s’arrêter à l’incroyable Baie des Rochers.

Gite de la Chute./ Photo DR Lexie Swing

Gite de la Chute./ Photo DR Lexie Swing

Gite de la Chute./ Photo DR Lexie Swing

Gite de la Chute./ Photo DR Lexie Swing

Croisière aux baleines avec AML./ Photo Dr Lexie Swing

Croisière aux baleines avec AML./ Photo Dr Lexie Swing

DSC_0292

./ Photo Dr Lexie Swing

./ Photo Dr Lexie Swing

Baie des rochers./ Photo Dr Lexie Swing

Baie des rochers./ Photo Dr Lexie Swing

Baie des rochers./ Photo Dr Lexie Swing

Baie des rochers./ Photo Dr Lexie Swing

Baie des rochers./ Photo Dr Lexie Swing

Baie des rochers./ Photo Dr Lexie Swing

Baie des rochers./ Photo Dr Lexie Swing

Baie des rochers./ Photo Dr Lexie Swing

Pour notre avant dernier jour, nous avons pris notre temps : plage près de notre maison de Saint-Irénée, spa privé et visite de Baie-Saint-Paul. Quelques heures dans la région de Charlevoix qui nous ont convaincus de revenir très vite…

Région de Charlevoix./ Photo DR Lexie Swing

Région de Charlevoix./ Photo DR Lexie Swing

Baie Saint-Paul./ Photo DR Lexie Swing

Baie Saint-Paul./ Photo DR Lexie Swing

Région de Charlevoix./ Photo DR Lexie Swing

Région de Charlevoix./ Photo DR Lexie Swing

Région de Charlevoix./ Photo DR Lexie Swing

Région de Charlevoix./ Photo DR Lexie Swing

Région de Charlevoix./ Photo DR Lexie Swing

Région de Charlevoix./ Photo DR Lexie Swing

Et vous, de belles vacances?

-Lexie Swing-

Un tour de Montréal une bière à la main

À l'Amère à Boire./ Photo Montreal Craft Beer Tours

À l’Amère à Boire./ Photo Montreal Craft Beer Tours

Avec 6 en fait, et principalement dans le quartier Latin. C’est ce que mon père, féru de bières, et moi, toujours prête à picoler à 13h un samedi, avons fait il y a quelques semaines, pour célébrer son anniversaire.

Pour ce faire nous avons rejoint l’organisation des Montreal Craft Beer Tours ou Visite des brasseries artisanales de Montréal, que je lorgnais depuis mon arrivée au pays de l’érable. Notre point de rencontre, le pub Le Saint-Bock, sur Saint-Denis.

Au menu, une famille québécoise, un guide diplômé en philo et en fin goût pour la bière et des tas de bonnes choses. La première étape a été l’occasion de découvrir deux bières artisanales et de les accompagner d’une poutine savoureuse avec sauce à la bière.

Après un arrêt devant la fresque dédiée au poète Borduas, et un autre au coeur de la Grande Bibliothèque pour évoquer la Révolution tranquille, nous avons repris la route pour étancher notre soif un peu plus haut sur Saint-Denis, à l’Amère à Boire.

Le gravlax de boeuf y accompagnait une Hefeweizen, puis le fromage s’est trouvé à l’honneur en compagnie d’une bière dont le secret et la levure ont été importés directement de la belle République Tchèque.

La suite de la balade permet de digérer ce petit plat de résistance. Place des Arts, le festival Juste pour Rire bat son plein et le soleil est écrasant. Et si on se faisait une petite bière? Ce n’est pas une, mais bien deux bières que l’on nous propose alors au Bénélux : une IPA et une Imperial Stout. Le (gros) plus, c’est l’accompagnement : des pistoles de chocolat Valrhona. Les Français apprécieront… J’ai ainsi pu saisir la saveur (me rouler par terre) du chocolat «blond». J’ai dû être suffisamment convaincante (me rouler par terre, encore) dans mon appréciation de ladite pistole car les autres convives m’ont laissé le dernier morceau.

Je n’attendais rien de particulier de ce tour, à part l’espoir que mon père, buveur de bières averti, apprécie. Non seulement ce fut un carton plein de ce côté mais j’ai moi aussi apprécié chacune des bières proposées, les explications et les histoires. Je n’aime rien tant que les anecdotes et mélanger Histoire, bières, poutine et chocolat blond restera pour moi une expérience mémorable.

Pour en savoir plus, rendez-vous sur le site du Montreal Craft Beer Tour.

-Lexie Swing-

 

Interférences : les irritants de la technologie

./ Photo FirmBee

./ Photo FirmBee

On parle souvent de la tartine tombée côté beurre, ce cliché qu’on pense hasard répété et qui n’est dû qu’à un calcul physique simple et établi. Le beurre pèse, c’est un fait. Mes hanches le savent. La tartine aussi, c’est pour ça qu’elle s’écrase de ce côté.

Mais il y a une foule d’autres choses qui sont au moins aussi irritantes qu’une tartine qui s’évertue à s’échouer toujours côté beurre. Le fait qu’elle tombe systématiquement le lendemain du jour de grand ménage par exemple (hasard de probabilités), ou toujours du fait de mon aînée (non hasard)(main gauche en double emploi).

La vie 2.0 a apporté son lot de complexités à un monde déjà bien rempli. Avec beaucoup de bonheur, et quelques artifices pénibles.

Parmi elles, je noterais :

  • la correction automatique de l’orthographe sur l’iPhone. Vous écrivez «schruk» au lieu de «sucre» (vous avez bien vu que c’était mal engagé mais vous avez tenté votre chance quand même en espérant que le cellulaire corrige seul). Vous effacez. Vous écrivez «sucre». L’iPhone corrige en «schruk». Trois fois.
  • les pop-ups. Par nature, c’est pénible un pop-up. Mais un pop-up qui s’affiche alors que t’essaies de visionner avec une loupe une page internet non adaptée au visionnage sur cellulaire, c’est quasiment un combat de pouces. Tu tentes naïvement de trouver la petite croix. La fenêtre se déplace en même temps que ton doigt. T’appuies enfin et… rien. Le pop-up te rit au nez.
  • les fautes. Juste, les fautes. Pas les trucs en passant, le conditionnel qui devient un futur, l’hésitation devant un accord grammatical complexe. Non, le jemenfoutisme. Pire : le désintérêt de gens supposément instruits, comme les personnalités publiques, pour cet empêcheur de tourner en rond qu’est l’orthographe.
  • le pas d’réseau. J’ai un fluide négatif avec les trucs électroniques. Avec moi, les appareils photos tombent en morceaux, le laptop bogue et, alors que tous les passagers du train semblent absorbés par leur téléphone, à commencer par mon chum qui a exactement le même cellulaire que moi, le mien reste désespérement en recherche de réseau, tournant avec mépris son rond de chargement dans un suspense haletant.
  • le pas d’charge. Je suis la fille connue pour son téléphone toujours en «low battery». Mr Swing ne compte plus le nombre de messages reçus en fin de journée qui disaient «N’essaie pas de m’appeler, je n’ai presque plus de charge…» La mienne est proportionnelle au risque : plus je cours de danger (haute montagne, heure indue…), moins j’en ai.
  • les commentaires. Les réseaux sociaux ont amené dans leur sillage le bon et le moins bon de l’être humain. Les commentaires en sont un bon exemple. 15 ans après mes débuts sur la Toile, je peux dire deux choses : je ne pensais pas que nous étions aussi joyeux, empathiques et généreux; je ne pensais pas que l’on était aussi bouchés, vils et cons. Le meilleur et le pire de l’homme peut être condensé en deux commentaires. L’un soutenant une personne dans sa différence, son courage, son combat; l’autre soulignant l’exposition de son intimité (ces parents qui partagent le quotidien de la maladie de leur enfant), ses choix (une professionnelle qui reprend le travail rapidement après un accouchement, une jeune femme qui fait une prise de judo à son agresseur), voire sa vie, juste (hétéro, homo, avec enfants, trop d’enfants, un seul enfant, pas d’enfants, adoptés, créés sur un coin de divan, conçus dans une éprouvette, avec un inconnu, avec un amoureux de trop longue date, mariés trop jeunes, pas encore mariés, mariés à une personne de même sexe, d’une couleau de peau différente, d’une religion différente, trop religieux, athées, féministes, sexistes, qui étalent leur richesse, qui étalent leur pauvreté, qui demandent de l’aide, qui veulent vivre en toute indépendance, qui parlent de leurs vacances, de leurs bêtes, de leurs amants, qui refusent de parler de quoi que ce soit, des snobs, des intellos, des fans de Marc Levy). Chacun en prend pour son grade, et son choix ne sera jamais le bon puisqu’il ne peut-être universel. Mais au lieu de s’en tenir au fait que chacun fait ses choix relativement à sa vie, sa culture et ses envies, et qu’il est normal que chacun fasse différemment, on critique ardemment les choix des autres, bien-pensants devant l’Eternel!

Et vous, qu’est-ce qui vous insupporte avec la technologie? Et les tartines?

-Lexie Swing-

PS Je n’aime guère Marc Levy je plaide coupable. Ceci dit je n’aime pas non plus les vidéos de chats. Mais je zappe, dans ce cas, je n’écris pas, sous anonymat «MAIS VOUS EN AVEZ PAS MARRE DE VOS VIDEOS À LA CON. Je respecte le manque de goût des autres, c’est tout😉 (en écoutant Taylor Swift)

PS again L’été est bien rempli, je me tiens donc loin de mes posts habituels. Mais j’en ai plusieurs sous la main, je reviens bientôt! Bon mois d’août!

{Photos} Escapade à Villeray – Montréal

Mardi, entrevue avec une nouvelle propriétaire d’un café tout neuf. Pour cela, direction Villeray, à une bonne demi-heure en métro de ma job et l’occasion d’avancer un peu dans mon bouquin du moment. A peine descendue du métro, je ploie sous les assauts du soleil, la main en visière parce que j’ai – as usual – oublié mes lunettes.

Ma première étape, à cinq minutes de la station Jarry, c’est donc le café Perko, un nouveau (bien)venu créé par une ex-avocate reconvertie en heureuse entrepreneure. Mamans, étudiants, travailleurs autonomes, gens du quartier, le monde se côtoie avec facilité dans ce petit café.

Le café Perko./ Photo Lexie Swing

Le café Perko./ Photo Lexie Swing

J’ai repris la route en direction de la station Jean-Talon, non loin du marché du même nom. Villeray, c’est ce quartier voisin de Rosemont  et pas trop loin du Plateau Mont-Royal. C’est le même genre, en moins cher et moins chic, mais en plein développement.

./ Photo DR Lexie Swing

./ Photo DR Lexie Swing

C’est un quartier situé au nord-est de Montréal. Jusqu’en 1905 il s’agissait d’un village à part entière qui a ensuite été annexé à la ville de Montréal.

./ Photo DR Lexie Swing

./ Photo DR Lexie Swing

Je marchais sur l’avenue de Chateaubriand et j’ai tourné rue Dufour, attirée par quelques jardinets prometteurs. Mais finalement, c’est en hauteur que mon regard s’est accroché.

./ Photo DR Lexie Swing

./ Photo DR Lexie Swing

Comme à Rosemont, le quartier Villeray se caractérise notamment par des triplex, des escaliers extérieurs et ces fameuses ruelles où les enfants jouent. J’ai lu que les escaliers avaient été construits à l’extérieur lorsque la population est allée grandissante et qu’il a fallu créer plus de logements sans perdre sur la surface habitable.

./ Photo DR Lexie Swing

./ Photo DR Lexie Swing

Je trouve jolis et typiques les triplex à escaliers mais j’ai toujours une préférence pour les « joliment refaits » avec belles briquettes et escaliers modernes. De la poudre aux yeux peut-être, si je vois avec quelle facilité un revêtement extérieur bien choisi donne un coup de peps à un logement (oui je suis fascinée par les bâtisses :))

./ Photo Dr Lexie Swing

./ Photo Dr Lexie Swing

Avenue de Chateaubriand j’ai aussi croisé un drôle de portail. C’est toute la richesse de ces quartiers là, ces rencontres improbables.

./ Photo DR Lexie Swing

./ Photo DR Lexie Swing

Fut un temps, sur Lajeunesse, où filles et garçons étaient séparés. Même bâtiment mais deux portes d’entrée. Aujourd’hui, c’est un centre pour la jeunesse, justement.

./ Photo DR Lexie Swing

./ Photo DR Lexie Swing

A l’approche de la rue Jean-Talon, j’ai vu un édifice religieux au discours inspirant. En ces temps, voir tous ces symboles affichés ensemble a quelque chose d’émouvant. La photo n’est pas belle mais je me devais d’immortaliser quand même le moment.

Vous connaissez Villeray? On repart en balade bientôt?

-Lexie Swing-

Nos adultes de demain

.Photo Bass_nroll

.Photo Bass_nroll

Elle est brutale, il parle sans discontinuer, elle est introvertie, il est timide, elle est jusqu’auboutiste, il est trop câlin, elle est trop calme, il court tout le temps… Nos enfants sont bien mais trop. Ils ont ces caractéristiques qui nous plaisent parce qu’elles correspondent au standard des livres ou qu’elles nous ressemblent, et ces autres qui nous plaisent moins, parce qu’elles débordent du cadre ou peinent à le remplir.

Mon aînée est calme. C’était tellement chouette d’avoir un bébé calme. Au resto, en avion, chez des amis, elle restait droite et immobile, alerte et silencieuse, assise sur nos genoux, sans un regard pour les enfants qui couraient entre les sièges ou autour des tables. Facile, toujours. Elle a trois ans et demi. Elle reste toujours droite et immobile, assise sur nos genoux. Mais voilà que ça nous dérange. Pourquoi tu ne vas pas jouer avec les autres enfants?, l’implorons-nous. Elle reste silencieuse.

Ce qui plaît à 12 mois ne colle pas aux standards de la prématernelle, ni à ceux du secondaire (du collège) ou de l’âge adulte. Quelle est cette norme que nous avons figée au point de la rendre étriquée? La preuve de son incohérence c’est sa non résistance à l’épreuve du temps.

J’ai lu un article qui louait – finalement – le fait que les enfants «répondent» à leurs parents, preuve de leur volonté de prendre leur vie en main, et de remettre en cause le monde et la société, les normes qui leur sont imposées. Mais à quatre ans, nous leur lançons «on ne répond pas à son père!», quand à 20 on les implorera de faire des choix et de penser un peu par eux mêmes au lieu de suivre comme des moutons les goûts de leur troupeau d’amis tout en végétant au fond de notre salon-sous-sol, incapable de voir le monde autrement qu’à travers nos yeux.

On ne fait pas toujours les mêmes erreurs plusieurs fois. Je dois le reconnaître, nous sommes sacrément plus bienveillants avec notre numéro 2. Elle court partout? La vivacité et la sportivité sont de belles qualités. Elle grimpe sur tout et met ses doigts dans les prises? C’est bien d’avoir le goût du challenge et du risque. Elle est froide de prime abord? C’est une bonne chose de savoir être sur ses gardes…

On devrait être plus indulgents. Avec eux. Avec nous aussi. Mon bébé immobile et ses grands yeux fixes ont mangé le monde et si elle reste souvent dans son coin, c’est pour mieux l’appréhender et le savourer. Cela lui a forgé un sens de l’observation incroyable et une mémoire qui me rend envieuse. Dans tout enfant il y a des qualités insoupçonnées, des superpouvoirs que l’on prend parfois pour des retards ou des incohérences. Il y a la norme, et il y a le reste. La vie, en fait.

-Lexie Swing-

Tout ce que j’ai oublié de te dire

./ Photo Klausdie

./ Photo Klausdie

Ce serait le titre parfait pour un roman (quoiqu’un peu long), pour une lettre d’adieu ou un mot de souvenir. Mais c’est autre chose. Ce sont les silences du quotidien, le téléphone auquel on ne répond pas car on est trop occupé. Ce sont les mots auxquels je pense alors qu’il est déjà couché. Ce sont les textos que je n’écris pas car cela me paraît trop long avant même d’avoir commencé. Ce sont les phrases laissées en suspens au milieu du souper parce que le bébé a jeté sa purée et que la grande en profite pour crier. Ces mots d’adulte, ces phrases de couple, ces idées folles, ces pensées fuyantes, ces liens internet que je lui transmets sans annotation. Ce sont ces envies, ces rêves mais surtout ces infos du quotidien que je lui confie parfois des jours après, à la faveur d’une promenade en voiture où nous sommes les seuls à résister au sommeil. Ces phrases, ce sont :
– Il faut acheter des couches
– T’as regardé les promos pour Cuba?
– T’en penses quoi de cette robe?
– J’ai lu un truc sur l’éducation bienveillante, sur le temps passé avec nos enfants, il faudrait faire un peu comme ça, mais pas complètement, je ne suis pas d’accord avec tout, je voudrais que tu me donnes ton avis.
– T’as vu pour les femmes en Russie?
– Il faut que j’arrive à sortir la blague sur Francesca.
– J’ai vu un gars hier, un monsieur âgé, il draguait une jeunette, 40 ans de moins au bas mot. Il m’aurait poussée pour se retrouver face à elle. Si je te jure. Elle avait 20 ans. Ben oui, dix de moins que moi…

Il y a des jours où les idées m’échappent, où je voulais lui dire que… et je ne me souviens déjà plus. Ma pensée me revient en pleine nuit, pendant une insomnie. Ou dans le bain, tandis que je clapote les oreilles à l’abri pour faire obstacle aux cris rageurs de notre fille chérie. Parfois j’ai envie de lui laisser des mots. Parfois, en plein milieu de la nuit, je commence des textos. Je les efface après. C’est un peu ridicule. Je lui dirai demain. Je lui dirai tout. Je ne lui dirai probablement rien, en fait. J’aurais oublié. B. nous appellera. E. tentera « papa? » debout contre les barreaux, l’œil larmoyant et le nez qui coule. On se tiendra à l’essentiel, comme on fait souvent.

Bonjour, je t’aime. Bonne journée, je t’aime. Bonne nuit, je t’aime. Je t’aime depuis longtemps, je t’aime pour toujours. Le reste, je te le dirai plus tard, à l’oreille, dans le train, sur une note glissée dans la cuisine, sur ton téléphone, par courriel, entre deux cris, au dessus de leurs têtes, dans une autre vie peut-être. Mais sache que je t’aime et que c’est la seule chose que je n’oublierai jamais de te dire.

-Lexie Swing-

 

Mon bébé intolérant

Un biberon et trois kilomètres de cils./ Photo Kris Kesiak

Un biberon et trois kilomètres de cils./ Photo Kris Kesiak

Je l’ai glissé de temps en temps : «intolérante», «éviction des PLV», sans vraiment y revenir. Tempête est notre deuxième bébé. Quand on a découvert son intolérance, nous n’avons ressenti aucun coup de massue, aucune panique. On a appelé des copains concernés. On est revenu avec eux sur le je peux donner / je ne peux pas. On est passé une fois sur la liste de mots à traquer dans les ingrédients. Et puis on s’est lancé.

C’est l’effet deuxième enfant, probablement. C’est aussi dû au fait que le résultat n’est pas tombé comme un cheveu sur la soupe après une prise de sang. Aucun résultat n’est jamais tombé, d’ailleurs.

L’histoire de Tempête le bébé no PLV, c’est celle d’un bébé de deux mois qui éructe sans vomir, qui ne peut dormir que le torse relevé, un bébé un peu grognon, un peu énervé. C’est aussi celle d’un bébé de cinq mois qui est toujours malade, qui fait une otite, puis une rhinite, puis une otite de nouveau. Un bébé qui, rendu à 8 mois, avait pris des antibiotiques au moins deux semaines sur 4 pendant la moitié de sa vie. C’est aussi celle d’un bébé qui, a 6 mois, s’est mis cette fois à rejeter. Un peu, souvent, tout le temps. Des petites quantités, des plus grosses.

Bébé, nous lui avons donné du lait épaissi, pour bloquer ce que nous avions fini par identifier comme un RGO interne (allo médecin m’entends-tu?) (Ceux qui ont eu un bébé avec un RGO interne savent à quel point on se heurte à l’incompréhension des médecins dans ce cas). Puis nous avons cessé sur les coups de 4 mois. Elle est tombée souvent malade mais cela semblait moins la gêner. Et puis elle s’est mise à vomir pour de vrai et là nous avons forcé la main du médecin.

Oui c’est vrai. Pour la cinquième fois depuis la naissance de Tempête, on a dit «ce n’est pas normal». Pour la cinquième fois on m’a répondu «mais tous les bébés régurgitent c’est une histoire de clapet». C’était la fois de trop, il y avait eu trop de vomissements, trop de médicaments, trop de bébé barbouillé qui ne dormait que surelevé. J’ai demandé si c’était dangereux de donner du lait avec des protéines hydrolisées à un bébé peut-être pas intolérant. On m’a dit non, non mais c’est cher par contre, et c’est pas bon.

On a pris le pari. Elle a fait la gueule au premier biberon. Elle a englouti le deuxième. Et tous ceux qu’elle prend depuis 4 mois. Le lait était cher. Mais pas plus que celui qu’on achetait déjà, parce qu’on a des goûts de luxe. Maintenant, il nous est remboursé. Parce que… oui, le médecin a dû se rendre à l’évidence : au bout de trois semaines (on dit que c’est environ le temps pour que les PLV soient évacués du corps), elle n’était plus malade, elle ne vomissait plus et elle dormait à plat.

Il y a quelques jours, elle s’est remise à vomir en revenant de la garderie. Qu’avez-vous changé? Vous n’aviez pas cette compote là avant si? Lexie inspectrice au rapport. «On repasse aux préparations maison». Retour en arrière.

Tempête était au lait maternisé alors la transition a finalement été simple. On a supprimé le beurre, on n’a jamais commencé les yogourts comme le faisaient les amis du même âge, on a oublié le fromage. Peu à peu, on a introduit le soja, et puis les fromages de brebis et chèvre. Pas de problème.

La prochaine étape, c’est la visite des un an, et la réintroduction lente, en espérant que ça disparaisse tranquillement. En attendant, on mijote des recettes véganes et on cuisine aux laits végétaux. Elle a mangé son premier gâteau, fait maison. Et pour la maman d’un bébé intolérant… c’est un grand moment.

-Lexie Swing-

Deuxième enfant : de la théorie à l’usage

Jour de peinture./ Photo Thomas Hawk

Jour de peinture./ Photo Thomas Hawk

Le premier enfant, c’est l’apprentissage. A pas mesurés, on manipule le nouveau-né comme s’il était une bombe à désamorcer. Faux-pas sur le parquet, orteils écrasés, chapeau trop enfoncé et la sirène se met en branle avec une puissance qui pousse à fermer les fenêtres avec toujours, cette interrogation récurrente : « Les gens vont finir par penser qu’on lui fait du mal ».

Avec un premier enfant, tout est réfléchi, tout est inquiétant. Le pain, les prises, le sommeil, le nombre de biberons ou de tétées. Un enfant, c’est du bonheur et de l’insomnie. En gros.

Deux enfants, c’est du bonheur et je-dors-quand-je-peux-deux-heures-par-nuit. Fini l’insomnie, on n’a plus le temps. Deux enfants, ça apprend la relativité aussi. L’enfant arrivera à la prise à la vitesse de la lumière (je suis sûre qu’Enstein a tout pris de ses enfants). L’enfant a toujours envie de faire pipi lorsque le panneau « plus de station service avant 40 kilomètres » vient d’être dépassé. Et il est possible de trouver le même bonheur  aujourd’hui à faire l’épicerie en étant seul-sans-enfants, qu’hier, quand vous alliez clubber à la boîte du coin de Pétanche-les-Alouettes.

Quand arrive le deuxième enfant, on est devenu un vieux sage, et on sait donc que :

  •  Il est correct de donner du pain pour acheter la paix pendant les courses.
  •  Et de faire miroiter l’achat d’un Kinder surprise au passage à la caisse.
  •  Laver les cheveux une fois par semaine est suffisant.
  • On peut à peu près tout faire avec un enfant de dix mois à condition d’avoir le cœur bien accroché et un parquet qui ne craint pas, comme la peinture, la pâte à sel et jouer aux dominos.
  • Et oui, un bébé de dix mois ça lèche la peinture, ça mange la pâte à sel et ça jette les dominos.
  • La réponse à la question «mais comment tu fais pour ne pas qu’il se salisse» est «je garde les yeux fermés».
  • On peut redonner un gâteau pour bébé jeté par terre, il suffit d’enlever les quelques poils collés.
  • Occuper son bébé avec les clefs de la voiture est une mauvaise idée. Tout comme les mouchoirs en papier, le sopalin, le carton du sopalin, les sacs plastiques. Une bouteille d’eau presque vide fait un jeu idéal le temps d’occuper le bébé pendant qu’on appelle le mécanicien pour qu’il vienne crocheter la portière ou arrêter le mode «panique».
  • Un bébé n’aime pas les jeux de bébé. Un bébé aime les chaussures crottées, les poils de chien, les tiroirs, les placards, les toilettes, la baignoire, les prises, les sacs à main, les perles et autres petits accessoires microscopiques des jeux de ses aînés. Les bébés aiment les emballages mais pas le jeu dedans. Le jeu dedans, c’est juste pour le bonheur des parents.
  • Une pochette glissée dans le sac à dos remplie d’une couche, de lingettes et d’un biberon fait un sac à langer idéal.
  • Un body manches courtes est un bon pyjama d’été.
  • Les robes ne fittent pas avec la marche à quatre pattes.
  • Les robes ne fittent pas avec le bac à sable, les jeux d’escalade, la course, la bagarre et les pique-nique. En bas de 8 ans, les robes ne fittent pas, c’est tout. Mais on leur met quand même parce que c’est full cute.
  • Un bisou guérit un bobo. L’arnica guérit un bobo, surtout sous forme de petites granules sucrés.
  • Un enfant peut volontairement se cogner pour avoir de l’arnica.
  • Un bébé a besoin de sortir, même à trois mois. Pour le bien de tous : enfants, adultes, oreilles, patience, baladez-vous le plus souvent possible.
  • Un bébé confond volontiers caresse et morsure/pincement/griffure/tout ça en même temps. A petit bébé, gros animal donc, au risque sinon de voir votre chihuahua transformé en putching-ball pour nouveau-né. Contrairement à ce que croit le peuple, un gros chien est souvent plus calme et doux qu’un petit. Et il fait un excellent poney.
  • Du papier-bulle peut amuser un groupe d’anniversaire entier. Pendant une heure.
  • Inutile de commander un plat enfant au restaurant en bas de trois ans. Une assiette suffit. Avec des fruits dedans.
  • Il y a des habits pour la maison et des habits pour la garderie (l’école). Un t-shirt Mickey décoloré fait un excellent vêtement de garderie. Les vêtements que votre mère offre doivent être cantonnés au week-end.
  • Le blanc n’est pas une couleur. Toutes les cours d’école savent ça et se chargent d’en mettre sur les vêtements offerts par votre mère.
  • Les lessives ont inventé le «plus blanc que blanc», l’enfant a choisi le «plus gris que gris».
  • Lorsqu’un enfant dort, il ne faut pas privilégier les machines, la vaisselle ou le repas. Il faut privilégier le sommeil, la décompression ou le plaisir entre adultes consentants. Un enfant dort peu alors il faut agir vite.
  • Le moment où l’on ressent le plus d’amour pour son enfant est lorsqu’il dort à poings fermés. Le sommeil est donc vecteur d’amour. CQFD.

La liste est longue et non-exhaustive… Qu’ajouteriez-vous?

-Lexie Swing-

L’enfant intense

 

A l'affût de l'aspirateur./ Photo DR Lexie Swing

A l’affût de l’aspirateur./ Photo DR Lexie Swing

Tu connais le bébé intense? Pas comme dans besoins intenses (le BABI) mais comme dans « tu clignes de l’oeil, je suis à l’autre bout de la pièce en train de manger ton cordon d’ordinateur ». On a ce genre de bébé là nous. On ne connaissait pas. On avait le modèle « je te pose et je reviens dans une heure ». J’aurais pu cligner des yeux une nuit entière elle aurait été assise dans la même exacte position, concentrée sur un puzzle Djeco quatre pièces. Maintenant elle fait des 30 pièces et quelque et elle ne bouge pas beaucoup plus. Elle est juste dérangée de temps à autre par le diable de Tasmanie qui envoie voleter les bouts de ciel des petites pièces bien alignées et file s’essayer à une autre bêtise avant que sa soeur ait eu le temps de relever la tête.

Tu connais-tu ce genre d’enfant là? Tu peux le poser dans sa chambre 50 fois, quand tu reviens dans la cuisine, il t’a devancé et grimpe déjà dans le lave-vaisselle que t’essayes patiemment de remplir. C’est le Lucky Luke du déplacement à quatre pattes, et en plus il n’est jamais à court d’idées dangereuses.

B. dédaignait les prises, la javel et les trucs à escalader. Mettre ses doigts dans une prise est la première chose que E. a fait lorsqu’elle a su se déplacer d’un demi-centimètre sur les fesses. Ensuite elle a approché la mousse d’isolant toxique d’un mur encore nu de plâtre puis elle a  – de nouveau – mangé le fil de mon ordinateur.

C’est le genre d’enfant devant lequel t’oses pas fermer les yeux, au cas où il disparaitrait pendant que tu te reposes l’oeil droit. Le dimanche à 8H30, t’es déjà épuisé d’avoir dû le surveiller, lui qui vient de découvrir la dangerosité des commodes Ikea en même temps qu’Ikea lui-même, qui rappelle ses commodes « parce qu’elles sont tombées sur quelques enfants ». Rassurant.

Tempête avait de l’énergie, mais guère de techniques. Les genoux étaient fuyants et les pieds mal assurés. Un dimanche elle a réussi à glisser un genou sous son ventre, puis un deuxième. Le lendemain elle marchait à quatre pattes, et deux jours plus tard elle se mettait debout. Dix jours plus tard, elle pique mes pantoufles et s’enfuit avec, va rendre visite à son père qui clapote dans le bain et lui lance de l’eau, et puis repart, attirée par cette mousse toxique qui lui fait toujours de l’oeil.

Elle est infatigable… jusqu’à 19h. A 19h elle hurle comme une sirène, c’est le signal qu’il est temps de la coucher. Le lapin a besoin de recharger ses batteries. Elle hurle deux, trois fois dans la nuit, histoire d’être certaine que je ne dors pas trop profondément, et puis repart du bon pied, vers 6h05, avec l’énergie  de ceux pour qui le monde n’est jamais assez grand.

Et vous, vous avez un bébé du genre? DITES-MOI QUE ÇA CHANGE UN JOUR.

-Lexie, épuisée-