Profiter comme un enfant

C’était notre dernier jour de vacances hier. Leur dernier jour de vacances, du moins. Le dernier de cette parenthèse particulière, ouverte en mars, et qui, bon gré mal gré, s’est poursuivie sur une demi-année.

Bien sûr, depuis juin, la vie avait suivi un cours plus normal : la garderie avait repris, puis quelques semaines plus tard, les camps d’été avaient rouvert. Mais le retour en présenciel au travail ayant été repoussé pour nous, c’est à la maison que nous avons passé l’été, prenant nos pauses café sur la terrasse en construction et lunchant tous les jours ensemble.

Il n’était écrit nulle part que cette dernière journée devait être spéciale. « Pique-niquons sur la terrasse » a pourtant demandé ma cadette. Ce n’était pas prévu, bien sûr. Il n’y avait pas de pain, il n’y avait pas de chips, il n’y avait pas de ces petits cakes salés qu’on aime bien préparer. Il y avait seulement du couscous au menu de midi. Mais vous savez quoi? Il n’y a rien comme une nappe de pique-nique, du soleil et de jolis bols colorés pour égayer un repas. C’est donc en rond que nous nous sommes assis, le visage baigné de lumière, plongeant nos fourchettes dans la semoule moelleuse. Et pour une fois, ce n’était pas si grave qu’elle dégringole des fourchettes maladroites, parce que les oiseaux et puis les fourmis s’en régaleraient, de ces grains égarés.

Elles ont joué dehors une partie de la journée, inventant un fort entre les pierres de notre ancien muret, entreposées temporairement le long de l’allée. Elles sont rentrées à 15h tapantes, les joues terreuses et les yeux affamés. « C’est l’heure de faire des cakes pops! » ont-elles clamé. J’avais cuit dans la matinée un quatre-quart dont j’avais déjà boulotté une part en cachette, le privilège des prévoyants. Après un long passage à la salle de bains pour se délivrer de toute la boue logée sous leurs ongles, elles ont plongé avec délice les mains dans le bol du gâteau. L’exercice est plaisant, avec les cakes pops : le gâteau est à réduire en miettes. Sitôt cette étape réalisée, elles l’ont malaxé joyeusement avec du mascarpone, avant d’en former des boules imparfaites. Quelle pâte à modeler au monde peut se vanter de se dévorer entre les doigts ? Le résultat étant à la hauteur de leurs attentes enfantines : chocolaté et plein de sprinkles croquants et pailletés. A peine secs, ils ont disparu dans leurs gosiers affamés, et dans ceux des chiens, qui savent toujours se tenir à l’endroit exact où les enfants échappent le morceau de gâteau volage.

Lorsque je suis rentrée d’une dernière virée à l’épicerie – l’école venait de prévenir que « finalement si, il fallait amener une boîte de conserve taille famille nombreuse pour faire un pot à crayons » – elles sautaient dans la trampoline (ici on dit LA trampoline). « Tu viens sauter avec nous Maman? » ont-elles crié en m’apercevant. Je dis souvent non, l’absence de soutien-gorge, mon périnée et ladite trampoline ne font pas bon ménage. « Bien sûr! », ai-je répondu sans réfléchir en abandonnant ma conserve au sol. Alors on a sauté, et on a joué à la tag et on a fait le cheval et puis des acrobaties. Et quand elles sont tombées sur moi dans un enchevêtrement de bras joyeusement tatoués et de jambes dorées de soleil, j’ai ri à gorge déployée. Étendue là, sur ce sol instable, j’ai regardé le ciel constellé de nuages lointains, j’ai épousé le temps immobile et l’été qui s’achève. Et puis quelqu’un a crié « encore le cheval », et ça a recommencé, et on est retombé, et on a ri encore, jusqu’à ce que l’heure du bain s’annonce et que le temps soit venu de préparer les affaires du lendemain.

Nous passons notre vie d’adulte à oublier que la vie ne nous attendra pas. Ne vous méprenez pas : j’adore la vie d’adulte et les libertés qui y sont associées. Mais pourquoi ces nouveaux acquis semblent tant se faire au détriment des plus anciens? De l’insouciance ? Comme si on était incapables de cumuler la responsabilité d’une maison à payer et la liberté de s’asseoir sur une balançoire pour s’envoler… un peu. On s’entête à photographier des instants que l’on contemple ensuite dans le creux glacé de sa main, à la nuit tombée. On est spectateurs, toujours.

On peut courir sous le soleil et payer des factures, ce n’est pas incompatible. On peut faire du repas du mardi un souper de fête. Ou décider que l’on est assez grand pour le toboggan. Que l’on court assez vite pour gagner à chat. Que l’on a le droit de se salir les mains en faisant la roue. On tente par tous les moyens de se réapproprier des morceaux d’enfance, comme s’ils nous avaient été dérobés. On fait du coloriage pour adultes et du scrapbooking. On peint aux numéros et on fait des couronnes au tricotin.

L’enfance n’est pas partie. Elle est tapie, elle patiente, elle est dans nos pas de danse et les facéties que l’on s’autorise après deux verres de vin. Elle est dans le bouquet que l’on hume et le gratin que l’on noie sous le fromage râpé. On la contient comme une folie dont on aurait honte, en lui refusant la lumière. Il suffirait, pourtant, de la laisser danser, pour alléger bien des maux.

Voilà ce que je vous propose : levez-vous du banc des parents, au parc, descendez de votre terrasse, glissez-vous derrière le ballon, empoignez cette corde à sauter, escaladez ce gros rocher, étreignez votre chien comme s’il était la dernière personne sur terre. Dansez pour vous, pas juste pour eux, pas parce que vous êtes un bon parent, pas pour les amuser, juste pour sentir l’air sur vos joues et le vent dans vos cheveux.

Vous le méritez.

-Lexie Swing-

Clap de fin pour la garderie

Au Québec, l’école commence à 5 ans, les enfants passent donc plusieurs belles années à fréquenter la garderie. Tempête, qui avait commencé au sein d’une garderie proche de chez nous, a changé il y a trois ans pour ce que l’on qualifie de Centre de la Petite Enfance (CPE). Elle y a été une Galaxie, un Spoutnik, avant de passer Astronaute, il y a un an. Elle y a fréquenté des dizaines d’enfants, un bon nombre d’éducateurs et d’éducatrices, des super-héros – en figurines ou en costumes, des ateliers maquillage, des châteaux gonflables, des déjeuners de Noël, des journées pyjamas. Elle a amené un jouet de la maison tous les vendredis, a ramassé des pommes à l’automne et observé le bal des outardes au printemps. Elle a joué à cache-cache dans le parc immense qui encercle le CPE et « à la tag » au milieu des jeux d’eau.

Demain, nous la déposerons pour une toute dernière fois devant la garderie, vêtus de nos masques, en respectant la distanciation. La pandémie a changé ce qu’on avait imaginé de ses derniers mois à la garderie, alors que nous n’aurons plus jamais l’occasion d’en passer la porte et que ses affaires se résument désormais à des vêtements de rechange fourrés dans un sac Ziplock à son nom.

La chance a voulu que la cérémonie traditionnellement organisée pour les « finissants » de la garderie tombe pile demain, le dernier jour. C’est donc en beauté, avec châteaux gonflables, cupcakes, burgers et toges de rigueur que Tempête mettra un point final aux trois années passées là-bas. Nous dirons au revoir à ceux et celles qui l’ont accompagnée, entourée, guidée, réprimandée parce qu’elle chahutait, encouragée parce qu’elle butait et félicitée chaque fois qu’elle réussissait. On y a découvert son énergie sans fin, sa fougue, sa facilité à aller vers les autres, mais aussi l’étendue de ses connaissances et son extraordinaire capacité d’apprentissage. On ne l’a jamais enfermée dans une case, dans une cage, qui n’aurait jamais été assez grande pour la grandeur de ses ailes.

Quelle que soit l’envie d’aller de l’avant, le besoin d’autre chose, il y a toujours, au moment de sauter le pas, cette petite retenue. En avançant, notre cadette referme un chapitre, un livre entier peut-être. Il y a 7 ans, les jeunes parents que nous étions laissaient pour la première fois leur premier poupon à une gardienne du quartier. Cette histoire-ci se clôt, pour que la suite puisse s’écrire. Il n’y a point de mur, point de falaise, juste un pont et notre petite fille qui disparaît déjà dans l’horizon, avide de nouvelles aventures.

-Lexie Swing-

Ton absence

Tu verrais ça. La deuxième vague qui se profile. Til-Tok interdit aux Etats-Unis. L’espoir d’un premier vaccin bien avancé. Tu ne verras jamais le Liban qui brûle. Que je crie ou que je chuchote, je ne pourrais plus jamais rien te demander, plus jamais rien te confier.

Depuis trois jours, mes monologues restent sans réponses. Tu as lu mes derniers encouragements, mon « à plus tard ». Depuis l’échange est vain et notre conversation perpétuelle dégringole dans la liste à mesure que d’autres s’actualisent

Quelques notifications douloureuses sonnent encore, au rythme des publications que tu aimées il y a peu encore. Les réseaux sociaux sont en actualisation permanente, sauf au regard de la mort. On tarde à mourir, sur les réseaux sociaux. On reste suspendu à son dernier entrefilet, au dernier clic achevé, encore un peu en vie, dans les combats qu’on rejoint, les musiques qu’on partage ou les plats qu’on projette.

Il n’y aura plus de plats, il n’y aura plus de musique. Des questions absurdes me viennent alors que je me demande si des commandes de maquillage t’attendent sur ton palier ou que je m’interroge sur l’évier, le lit défait ou la gamelle des chats, que tu as laissés en partant. Je sais que ton amoureux, tes proches, ont déjà remis de l’ordre, trié des affaires et pris des décisions, mais perdure dans mon esprit cette impression insolente qu’il n’y avait pas de logique à ton départ. Il aurait dû y avoir un nouveau matin, un nouveau mois d’août, une nouvelle chance.

Je ne me fais pas à ton absence. J’ai l’impression de vivre à reculons. Je regarde vers l’arrière en sillonnant vers l’avant. Je ne me convainc pas d’un présent où tu n’es plus.

Je te souhaiterais bientôt un bon voyage, un bon après, et la paix surtout, toi qui as tant souffert. Mais pas tout de suite. Tout de suite je ferme un peu les yeux, et j’oublie que tu ne les as pas ouverts, ce matin-là. Je clique sur ton profil, et je lis quelques mots, j’approuve quelques partages, je m’enivre du désuet, de l’immobile, du temps suspendu, entre ce qui a été et ce qui n’est pas encore.

-Lexie Swing-

Les enfants, le confinement et nous

Alors qu’il y a suspicion de Covid-19 à la garderie, notre fille cadette est de retour à la maison. Depuis juin, nous avions en effet repris une vie plus normale, en tout cas plus facile : nous déposions notre fille aînée à un camp de tennis pour la matinée, notre deuxième fille à la garderie pour la journée, et nous retournions travailler de la maison. Le lunch se faisait en trio, avec le retour de B., et l’après-midi se passait globalement agréablement, avec les avantages que représente le fait d’avoir désormais une fille aînée de 7 ans et demi qui sait en partie s’occuper seule (surtout avec #pandacraft).

Ces deux derniers jours sonnent donc comme un retour en arrière. Il faut jongler entre les demandes des enfants, et celles du travail, entre les cris et les appels, entre le goûter et la visio-conf’ quotidienne, etc.

Malgré tout, après tous ces mois de slow-life, à vivre beaucoup tous les quatre, je ne peux que remarquer tout ce que cette parenthèse a eu de positif :

– J’ai eu le temps… de prendre le temps! Lorsque je termine à 16h30, je m’engouffre dans le train, rejoint ma ville, saute dans ma voiture, fais un crochet par la garderie, roule jusqu’à l’école, m’arrête à la boulangerie, sors les chiens, etc. Avec tout ça, je peux espérer déposer mon sac et mon manteau vers 18h. Or, depuis quelques mois, lorsque je termine à 16h30, je ferme mon ordinateur et … c’est terminé! Les filles sortent juste du goûter, les chiens ont été promenés plus tôt, la boulangerie a été visitée dans la matinée. 16h30, c’est généralement le temps où je lance « Mettez vos sandales, on va faire un tour au parc » (à la piscine, aux jeux d’eaux, en vélo, chez le glacier, etc.). La vie est moins rythmée, et on en profite!

Les filles se sont rapprochées. Quand ta soeur est le seul compagnon de jeu pendant trois mois, le choix est mince : soit ça s’entend, soit ça s’étripe! Si elles se sont souvent étripées, elles ont finalement aussi appris à jouer ensemble.

– J’ai beaucoup marché. Je conduis B. au camp de tennis à pied, je sors les chiens trois fois par jour, on rejoint les amis au parc, etc. Alors que Tempête sautillait devant moi sur le chemin du retour, après avoir déposé sa soeur au tennis, la réalité m’a sauté aux yeux : il fut un temps – et ce temps reviendra – où l’on jetait nos enfants au devant de tout, du camp, de l’école, de la garderie, de la playdate chez les amis. Jamais à l’heure, toujours en vitesse. Cela fait quelques mois que je n’ai plus vécu cette sensation, et elle ne me manque pas!

– J’ai découvert les gens que je côtoie sous un autre jour. Quand vous prenez des cours virtuels, que vous vous entretenez avec vos collègues alors que tout le monde travaille de la maison, ou que vous vous rendez au domicile de votre coiffeuse parce qu’elle a renoncé au bail de son local pour un temps, vous découvrez les gens différemment, sans costume, quoi que cela puisse signifier selon le contexte. Ça entraîne des discussions différentes et j’adore ça!

– J’ai profité de ma terrasse (neuve mais pas finie). Mon chum blague souvent sur le fait que je ne sors jamais dans le jardin, et c’est vrai. Rester dans la cour à ne rien faire, très peu pour moi. Désormais, je prends mes pauses sur la terrasse, je dévore quelques pages d’un bouquin allongée sur le transat ou je sirote un café les fesses vissées aux lames à peine posées, en regardant les geais bleus qui ont fait leur nid dans l’arbre au dessus de moi.

– J’ai passé du temps avec mon amoureux. Puisque nous travaillons désormais tous les deux de la maison, c’est lui désormais le collègue que je croise à la machine à café (et il en boit beaucoup). La bonne nouvelle, c’est qu’on s’entend bien (et en plus, on ne travaille pas au même étage).

– J’ai lu plus de livres en quatre mois que durant les 12 qui ont précédé. Je retrouve cette boulimie de lecture que j’ai connu enfant, quand je lisais partout, tout le temps, et surtout jusqu’à tard dans la nuit.

Et vous, ça vous a apporté quoi, cette drôle d’époque?

– Lexie Swing-

P.S. À l’heure où je publie – enfin – ces lignes, la suspicion est écartée et la môme de retour à la garderie!

Trois romans français à (re)découvrir

Je lis follement ces jours-ci. Mon conjoint me regarde faire avec circonspection, alors que j’ouvre un livre le matin pour ne le refermer complètement que le soir venu.

Je lis assise, debout, en cuisinant, en rangeant, dans le bain (et parfois même dans la douche, tendant le bras qui tient le livre par la porte entrouverte), sur le canapé, dans le lit, sur la terrasse pas finie, dans l’herbe du jardin, au bord du trampoline, et même en marchant, souvent.

À cette allure-là, j’ai donc dévoré ces derniers jours trois livres qui m’ont vraiment plu. J’ai commandé le premier à ma librairie montréalaise préférée, la librairie Monet; le second est arrivé par la Poste, cadeau maternel; quant au dernier, il a été lu sur ma Kobo, choisi via la page des livres recommandés (deux clics et je l’avais sous les yeux).

La femme révélée, de Gaëlle Nohant : la claque magistrale

La femme révélée par Nohant

J’avais lu que l’histoire avait pour personnage principal une femme qui abandonnait derrière elle son fils et j’avais craint de retrouver un roman du type de « La femme qui fuit », d’Anaïs Barbeau-Lavalette, un livre nécessaire mais dérangeant. Cette héroïne-ci est différente, elle n’est pas complètement libre, attachée à l’enfant qu’elle a laissée. On suit alors Eliza, américaine immigrée dans le Paris des années 50, qu’elle parcourt Rolleiflex (un appareil photo) en mains. Résolument tournée vers l’autre, elle noue des amitiés improbables, en tout cas singulières. Née d’un père militant qui l’emmenait enfant dans les banlieues de Chicago, elle porte en elle l’éclosion d’un monde différent. C’est un roman social, où l’on noue fiction et événements militants, où l’on découvre une Amérique qui n’en finit plus d’évoluer, et qui, quelque part, n’en finit plus de stagner. Une très jolie découverte.

La ballade de l’enfant gris, de Baptiste Beaulieu : l’histoire poétique

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Je n’avais jamais lu ce roman, pourtant souvent plébiscité dans mon fil Instagram. Arrivé jusqu’à moi par la grâce de ma mère qui m’en a fait cadeau, j’en ai lu les premières lignes au parc, entre deux « Maman, regarde-moi » et trois « je veux de l’eau ». Dès les premières lignes, j’ai retrouvé ce sens de l’humain et cette poésie propre à Baptiste Beaulieu qui manie les mots comme peu d’auteurs, je trouve, savent réellement le faire. « La ballade de l’enfant gris » est l’histoire d’une rencontre entre Jo’ et No’. Jo’ est interne dans le service pédiatrique d’un hôpital, No’ est un petit garçon de 7 ans atteint d’une maladie incurable qui lui donne le teint grisâtre. C’est aussi l’histoire de Maria, la mère souvent absente du petit No’. C’est l’histoire d’une fuite, et d’une quête, de plusieurs quêtes. Les personnages sont magnifiquement attachants et parfaitement croqués. Et surtout, surtout, il y a cette poésie et ce sens de la formule qui m’ont fait ouvrir le livre en plein milieu pour lire un passage au hasard à mon chum et lui prouver que l’auteur avait une maîtrise incroyable des mots, même dans ses descriptions les plus rudimentaires.

Les étincelles, de Julien Sandrel : le roman d’actu

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C’est l’un des livres que j’ai choisis sur ma Kobo en suivant les recommandations d’autres lecteurs. De Julien Sandrel, j’avais déjà lu « La chambre des merveilles » et « La vie qui m’attendait ». J’aime son imagination et la richesse de ses histoires, mais je suis parfois moins sensible à sa plume. Dans ce roman-ci, elle devient plus précise et plus juste (je trouve) à mesure que le roman progresse. L’histoire, elle, s’inscrit parfaitement dans les actualités de ces dernières années. À 20 ans, Phoenix perd son père dans un tragique accident. Trois ans plus tard, encore marquée par le drame, elle navigue entre ses études de biologie et son petit boulot d’agente d’entretien. Elle a tourné le dos à sa vie d’avant, à son amour pour le piano, et surtout aux souvenirs de son père, qu’elle soupçonne d’avoir trompé sa mère et de s’être tué dans un accident alors qu’il partait pour rejoindre sa maîtresse. Sous la pression de sa grand-mère, Phoenix accepte de dépoussiérer ses souvenirs et le vieux Walkman que son père trimballait sans cesse. Mais lorsqu’elle l’ouvre, elle y découvre un nom – celui d’une femme – et un code secret. Avec son jeune frère, qu’elle a mis dans la confidence, elle part sur les traces des recherches de son père, des secrets qu’il avait découverts, et de son accident de voiture, peut-être pas si accidentel que ça.

Et vous, avez-vous quelques recommandations à me faire de votre côté?

-Lexie Swing-

 

Séjourner dans les Zoobox du Vertendre

Il y a un peu plus d’un an, les hasards d’Internet m’avaient menée sur une page aux photos bucoliques : le site web du Vertendre, un domaine des Cantons-de-l’Est abritant une poignée de chalets et une dizaine de « Zoobox ».

Ces Zoobox, sortes de maisons-cabanes nichées dans la forêt, ont été pensées comme un lieu d’observation privilégié de la nature environnante et de sa faune. Nos vacances en France ayant été annulées ce printemps, nous avons réorienté nos congés vers une destination locale. À une heure de chez nous, c’est donc au Vertendre que nous avons pris nos quartiers pour quelques jours.

Sitôt garés dans le stationnement prévu à cet effet,  nous avons été accueillis par une employée du Vertendre qui a pris en charge nos bagages (gratuit et sur simple demande). Tandis qu’elle rejoignait notre demeure temporaire en voiture, nous avons pris en marchant la direction du Sentier des Courageux, chemin facile sillonnant la forêt et menant aux Zoobox.

Après une bonne vingtaine de minutes de marches – notre Zoobox faisait partie des plus éloignées – nous avons découvert un cube, surplombant le lac des Castors dont on pouvait distinguer le flot, en contrebas. Côté forêt, une immense baie vitrée rétractable. Côté chemin, un mur solide et quelques fenêtres pourvues de rideaux occultants.

À l’intérieur, tout a été également soigneusement pensé: lits mezzanines (4 personnes), lit king suspendu au plafond, table et baignoire sur roulettes – pour les déplacer à l’envie. Côté surprises, on découvre le vélo stationnaire – parce qu’il faut pédaler pour réalimenter ces logements autonomes en énergie, autrement pourvus de panneaux solaires – le mur d’escalade, ou encore la barre de pompiers, qui permet de descendre rapidement de la mezzanine.

Nous avions acheté toute notre nourriture à notre épicerie locale avant de rejoindre le Vertendre. Si nous sommes arrivés fort chargés, cela nous a néanmoins permis de ne pas quitter le domaine durant les presque 5 jours passés sur place. La cuisinette est bien équipée et l’emplacement de feu de camp extérieur nous a permis de faire griller patates, poivrons, Babybels et surtout guimauves, pour le très grand plaisir de nos enfants.

Côté activités, nous avons profité des sentiers aménagés autant que possible, et d’un temps clément malgré les menaces d’orages qui ponctuaient régulièrement les mises à jour de notre application météo. Les propriétaires du Vertendre mentionnent que le domaine possède presque son propre microclimat, et si j’en crois notre expérience, c’est probablement vrai.

Entre sorties baignades au lac « La Source », balades dans les sentiers aménagés et grimpette jusqu’au Mont Sylvio-Lacharité – 10 km dans les pattes de nos filles, elles ont bien dormi cette nuit-là – nous avons complètement déconnecté de la vie quotidienne.

À noter la présence d’une souris qui nous a tenus éveillés la première nuit – la regarder lécher les assiettes qu’on avait eu la flemme de nettoyer était cependant assez fascinant (j’aime les rongeurs et elle était minuscule). Nous avons pris la peine de tout garder propre et enfermé les nuits suivantes et nous n’avons plus eu de visites. Nous avons pu aussi observer à loisir de très jeunes écureuils, des suisses, des geais bleus et même un renard (seulement moi, je suis choyée).

Nous avions emmené avec nous notre chienne Poppy – les chiens sont bienvenus dans plusieurs Zoobox – qui a pu nous suivre dans toutes nos pérégrinations et se baigner pour la première fois sous les cris ravis des enfants.

En pratique : 

Localisation : le domaine du Vertendre est situé à Eastman, en Estrie (Cantons-de-l’Est), à environ 1h15 de Montréal et 2h40 de Québec.

Fréquentation : à l’année

Tarif : 239$ à 298,75$ la nuit selon les tarifs affichés présentement pour l’été, escomptes spéciaux (3 à 4 nuits, 5 nuits et +).

Chiens : acceptés dans certaines Zoobox et sur l’ensemble du domaine (tenus en laisse).

Réservations : Site internet du Vertendre

-Lexie Swing-

 

 

 

La vie reprend

Le soleil était déjà haut lorsque l’on s’est rejoint sur l’enchevêtrement de planches savamment fixées qui nous tient lieu de terrasse. Je me suis assise, les jambes tutoyant le vide, parenthèses mouvantes d’un lundi différent.

Aujourd’hui, Tempête a repris la garderie. Pour la première fois depuis trois mois, nous n’étions que trois, justement, dans ces murs. Il n’y avait pas de cris, guère de demandes, point de disputes. Notre aînée viendrait bientôt nous poser mille questions, crotterait l’entrée de ses pieds sales et joncherait le sol de mille papiers gribouillés, mais dans cette matinée déjà bien avancée, elle profitait de sa solitude toute neuve en se roulant dans l’herbe au milieu des chiens, dans une vaine tentative d’enseignement par l’exemple.

Tempête me manquait. L’esprit a cette insolence propre, qui lui fait regretter les mots qui naguère le rendaient fou, les petits riens qui incommodent deviennent autant de souvenirs disséminés, les baisers mouillés ont séché et le cœur oublie qu’il fut tellement plein qu’il déborda.

C’est une nouvelle page dans cette histoire. Le chapitre qui s’est clos est comme une phrase proustienne : alors que j’arrive à son terme, j’ai oublié jusqu’aux premiers mots. Dans ces premiers silences, je redécouvre la douceur de l’absence, le plaisir d’un chemin qu’on emprunte et de retrouvailles ensoleillées. En espérant que la légèreté dure, que l’été s’installe et l’inquiétude s’étiole, que l’insouciance nous gagne et que les gardes se baissent, lorsque l’ennemi ne sera qu’un point hors de vue, dans un horizon bleu.

-Lexie Swing-

Journal d’un confinement – Semaine 12

Par la grâce d’une faille spatio-temporelle, nous voici de retour en semaine 12 du confinement après avoir joué les absents en semaine 8, 9, 10 et 11. Il faut savoir qu’en semaine 8, alors que l’Europe et les régions (québécoises) amorçaient leur déconfinement, nous restions royalement empêtrés dans notre propre réalité. Faute d’amélioration probante, le Grand Montréal – dont nous faisons partie, en tant qu’habitants de la Rive-Sud de Montréal – a choisi de repousser d’éventuelles réouvertures, qu’il s’agisse de magasins ou d’écoles. Courant mai, nous avons appris que l’école resterait fermée jusqu’en septembre et devant les mesures d’hygiène et de ratio annoncées, nos camps d’été – ceux auxquels nous étions inscrits – ont annoncé l’un après l’autre leur annulation. Les garderies ont dû elles aussi repousser leurs ouvertures.

Le moral était donc, comme vous pouvez le deviner, au beau fixe.

Nous revoilà donc quelques semaines plus tard. La garderie a rouvert et accueillera, dès la semaine prochaine, Tempête, qui n’en peut plus de tout ce temps libre dont elle dispose et l’utilise à loisir pour faire des bêtises dans la maison.

L’école reste bel et bien fermée. Après plus de 10 semaines de quasi-silence, à inventer des cours et à en quémander aux copines noyées sous les devoirs de CP français, les équipes pédagogiques ont suivi les recommandations gouvernementales et nous donnent désormais des exercices de façon hebdomadaire. Chaque prof enregistre chaque semaine une vidéo pour expliquer l’exercice à faire ce qui permet à notre fille de faire ses exercices de façon relativement autonome, le tout agrémenté de rencontres Zoom deux fois par semaine… que demander de mieux?

Les chiffres baissent enfin sous ces cieux-ci, et les annonces vont donc bon train. Fin juin, les restaurant du Grand Montréal pourront ainsi rouvrir… vous entendez la macarena qui danse dans mon coeur?

Les grandes vacances devraient commencer fin juin, ce qui signifie qu’il n’y aura plus de classes zoom ni de devoirs pour rythmer nos journées. Le désoeuvrement est à nos portes! Grâce aux annulations de camps, nous allons pouvoir profiter de notre première née durant deux mois supplémentaires, avant que l’école reprenne (dites-moi que l’école va reprendre?).

Et vous, ça s’annonce comment ces congés d’été?

-Lexie Swing-

#Blacklivesmatter : dénaturons-nous le combat?

Je devine que je vais déclencher l’ire des foules.

En partant, je ne suis pas légitime dans le combat des #blacklivesmatter. Je suis blanche, je vis dans un pays à majorité blanche, je n’ai jamais été traitée différemment pour ma couleur de peau.

J’ai été élevée avec l’idée que chaque personne était égale à une autre, quel que soit son sexe, sa couleur de peau, sa religion, son orientation sexuelle, sa classe sociale. Ma principale réponse au racisme était que moi, je ne voyais pas de différences entre les gens. Et si c’est une belle idée, en théorie, l’âge adulte m’a confronté à d’autres visions. J’ai cessé de m’intéresser à la voix des Blancs qui soutenaient les Noirs, pour m’intéresser à celles des Noirs eux-mêmes. J’y ai ainsi appris bien des choses, mais notamment que faire comme si « tout le monde était pareil » revenait à nier les différences, et donc à nier les inégalités. À nier le racisme, par exemple. Si tout le monde est pareil, alors le racisme est un mensonge. Cela revenait à nier les groupes dans leurs spécificités, et à nier par exemple que les personnes noires sont maltraitées, rejetées, discriminées, en raison de leur couleur de peau.

Lentement (mais sûrement), j’ai changé. Je ne voulais pas m’emparer de voix qui n’étaient pas la mienne, alors je les ai relayées. Je voulais comprendre, alors j’ai lu, beaucoup. Je voulais faire ma part, alors j’ai fait ce qui était le plus à ma portée : j’ai transmis ce que je savais à mes enfants. J’ai acheté des livres avec des personnages noirs, plein, pour que ça devienne une réalité, pour que leur monde ne s’arrête pas à la blancheur de leur peau, pour que dans leur monde, il soit possible, aussi, d’être noir. Ça, c’était la base. Une fois que j’ai estimé que le processus de (dé)construction était bien entamé, je me suis attelée à la prise de conscience. Je leur ai parlé de l’histoire des Noirs, et je leur ai parlé de leur quotidien. Je leur ai montré cette vidéo, celle dans laquelle des parents noirs enseignent à leurs enfants comment se comporter s’ils font face à la police. Elles ne comprenaient pas bien les mots employés, mais elles ont compris les visages, elles ont compris les pleurs, elles ont compris la peur aussi. Quand la plus petite a finalement dit « Mais je ne comprends pas, elle est noire ma meilleure amie, et c’est ma meilleure amie, et c’est la plus gentille fille que je connaisse. Si quelqu’un un jour lui fait du mal je lui mettrais un coup de poing », j’ai su que l’on s’engageait sur le bon chemin.

Lorsque George Floyd a été assassiné par ce policier, alors que les États-Unis se sont embrasés, les réseaux sociaux ont été pris d’assaut par les déclarations de soutien aux personnes noires. Rapidement, d’autres messages s’y sont opposés, venant cette fois-ci de militants noirs eux-mêmes, qui dénonçaient cette mobilisation sur les réseaux sociaux qu’ils estimaient être une sorte de faux soutien, et qui dissimulaient le vrai message, la véritable lutte.

Est-ce le cas? Je pense que oui, partiellement en tout cas. Je fais partie de ceux qui ont peint de noir leur profil en soutien. Je fais partie de ceux qui parlent de ce qui se passe et affichent des messages d’encouragement. Est-ce une manière de récupérer l’attention?

Je crois que lorsqu’on soutient un combat, il faut avoir l’humilité d’écouter ceux que l’on soutient. Alors je suis allée lire encore, et j’ai relayé des mots sans les reformuler. Je voulais porter la parole sans jamais la dénaturer.

Mais je refuse de plaider coupable. Vous savez, il y a cette phrase qui commence par « ça partait d’une bonne intention ». La suite de cette phrase, c’est l’explication de l’erreur. Je refuse de croire que c’est se tromper que d’afficher un soutien (sauf quand on utilise le mauvais hashtag et qu’on noie le message, j’ai compris la leçon). Pour moi, ce n’est pas hypocrite, ce n’est pas « je fais juste ça, et puis ça suffit ». C’est une ouverture au dialogue, un premier pas vers l’apprentissage. C’est une façon de dire qu’on prend conscience.

J’ai déjà vu avec d’autres combats le lynchage qui ne manque pas d’accompagner toute réaction de masse. « Vous dites ça aujourd’hui mais demain vous oublierez », « ce n’est pas votre combat », « ne ramenez pas tout à vous ». Rappelez-vous, on le disait aux hommes lorsqu’ils parlaient des violences faites aux femmes. Et après on leur a dit « ça serait bien que vous souteniez les femmes ».

On ne laisse pas aux gens la chance de changer. Or dans le lot des gens qui affichent leur soutien pour la première fois, quel est le pourcentage réel de ceux qui se diront « c’est bien assez comme ça »? Pour combien cela représentera-t-il plutôt « un premier pas »?

Moi, ce matin, j’ai vu mes réseaux devenir noir, amplement noir, et ça m’a apporté un peu de bonheur. J’y ai vu un support.

Maintenant, il va falloir agir.

-Lexie Swing-

PS Je suis ouverte aux débats, éduquez-moi.

 

Ta mère!

Aujourd’hui, c’est la Fête des mères au Canada, aux Etats-Unis et en Belgique, et ce sera le mois prochain en France.

Les mères – les parents en général – n’ont jamais été autant exposées que durant ce confinement. Les enfants ne sont plus « l’autre partie de notre vie », celle que l’on retrouve lorsque la journée de travail se termine. Ils sont désormais partie intégrante et physiquement présente de nos réunions de boulot et de nos appels clients, prenant la sonnerie du téléphone pour le signal suprême: celui qui indique que le temps est venu de s’écharper en lançant des « maman » à tout bout de champ et en injuriant son prochain comme le vieil oncle alcoolo à 14h25 une journée de mariage.

Aujourd’hui, ici, c’est notre fête. Et d’ailleurs c’est un peu notre fête tous les jours mais pas que pour des bonnes raisons. C’est notre fête quand c’est le jour des courses, quand c’est samedi et qu’il y a du linge en retard, quand il est 11h28 et que l’école appelle parce que le petit a le nez qui coule. C’est notre fête quand les nuits sont courtes et les journées trop longues. Heureusement c’est aussi notre fête aujourd’hui donc, et les filles ont prévu que je resterais dans mon lit pendant qu’elles dévastent la cuisine et me préparent un déjeuner-pas-au-lit (je ne sais pas comment on peut aimer ça, c’est comme laisser le chien coucher sur le lit pour moi) (dire que certains choisissent de prendre le petit déjeuner au lit AVEC le chien) (je ne sais pas s’il y a que moi qui fait une fixette sur le fait que mes chiens s’essuient les fesses avec leur langue).

C’est notre fête donc. A nous les mères de ce monde. A celles qui font du télétravail-trois-enfants-inclus, à celles qui ont perdu leur job, à celles qui font partie des métiers essentiels et qui déposent chaque matin depuis deux mois leurs enfants à l’école pour aller s’occuper des autres. A celles qui sont seules pour tout faire, et à celles qui aimeraient bien l’être, parfois. À celles qui en ont trop sur les bras. A celles qui ont des enfants étoiles à qui elles auraient tellement aimé pouvoir chuchoter à l’oreille que « tout ira bien » et qu’elles se retrouvent à implorer de protéger les siens, les yeux levés au ciel. A celles qui créent des parcours dans la cuisine et des glissades dans le salon, qui cuisinent matin, midi et soir, en chantant des chansons. Qui assurent les devoirs, qui racontent des histoires et effacent des cauchemars. Et à toutes celles qui n’en peuvent plus, qui n’ont plus envie, qui n’ont plus le goût, qui se demandent de quoi demain sera fait et comment septembre sera, pour nos tout petits.

À toutes celles qui sont mères, depuis dix minutes ou quarante ans, je vous souhaite une belle fête en ce temps de confinement. Puissiez-vous vous gâter de pancakes plein de levure et de fleurs écrabouillés. On ne l’aura jamais autant entendu que ces jours-ci mais : prenez soin de vous.

-Lexie Swing-