10 années de toi

Dans quelques jours, tu fêteras tes dix ans. C’est tant et si peu à la fois. Dix ans, c’est un âge charnière, le début de quelque chose d’intangible. Soudain, la compréhension se fait plus acérée, les idées plus précises; c’est une balance, suspendue entre deux réalités, entre l’insouciance et la connaissance lucide du monde qui nous entoure. Très lucide, trop lucide.

Tu es ma toute petite fille, aux grands yeux interrogateurs, qui assise au milieu des foules dévisageait et détaillait, imperturbable. Quelque temps après ta naissance, une infirmière qui t’auscultait nous a dit qu’elle n’était pas certaine que tu aies conscience d’être venue au monde. Comme si ta naissance s’était faite avec tellement de douceur et si peu de bruit, que peut-être tu ne savais pas que tu n’étais plus dans ton cocon fragile. Dix années ont passé et régulièrement, nous nous demandons si tu ne voyages pas entre notre réalité et une dimension qui n’appartient qu’à toi. Le geste suspendu, les yeux à mille lieux, le pas arrêté, à la marelle on dirait que tu aurais sauté à pieds joints dans le ciel, et disparu. Alors on te rappelle, on te fait des signes, reviens avec nous, où étais-tu rendue, je te parlais tu sais, je te montrais tu vois, et regarde ta fourchette, les pâtes en sont tombées, et de l’encre de ce crayon, il n’en reste plus rien. Si tu étais un poème, tu serais du Prévert, redevenu oiseau par la grâce des mots.

Sur cette planète-ci, tu es ma fille à moi, notre fille à nous, notre première née, mystérieuse et magnifique, avec ton nez mutin et tes yeux de chat ourlés de velours. Avec tes kilomètres de cheveux dorés, tu n’aurais rien à envier à Raiponce, mais tu ne voudrais guère, indifférente aux belles parures, ennuyée par les mondes de princesses. Tu prendrais le petit animal, ça oui. Et puis tu t’attacherais la tignasse en une choucroute malhabile, parce qu’on s’en fiche d’être beau, qu’est-ce qu’on s’en fiche après tout, pourquoi c’est important? Railleuse de la beauté humaine, charmée par la beauté florale et animale. Je te croyais hors du cadre, quand je m’aperçois grâce à toi que c’est tout un pan de nos pairs qui posent sur le monde ce même regard. Et grâce à toi à mes yeux se découvre une nouvelle multitude. Il est de ceux qui dansent dans des endroits anonymes et dépeuplés, et disent chut aux autres quand ils parlent en forêt, chut, tais-toi, je n’entends pas le chant des oiseaux.

Ton talent pour le dessin se distingue de plus en plus, à mesure que tu remplis la maison de tes productions. Du sol au plafond s’entassent pêle-mêle tes oeuvres et tes projets en devenir. Le royaume des créatifs est une déchetterie pour les autres. Ton trésor est la poubelle de recyclage, que tu vides de son contenu à mesure que nous la remplissons. Les boites en carton deviennent des maisons élaborées, des enclos de zoos ou des aquariums sur mesure. S’y côtoient des peluches élimées et des animaux de plastique, figés dans leur ballet, derrière une vitre de film étirable.

Le monde est ton terrain de jeu. Là où mes yeux s’arrêtent sur la prochaine pancarte, les tiens fouillent l’horizon, à la recherche de quelques héros ailés nichés en haut des arbres. Tes oreilles, aux aguets, perçoivent des bruissements qui te convainquent qu’il existe bien une vie par-delà la barrière de nos sens. Ils sont ton royaume, ton réel et ton imaginaire, tout à la fois. Dans ton espace à toi, il n’y a guère de place pour les personnages fantastiques. Seuls comptent ceux qui sont, ou ont été. Ceux dont on perçoit les traces, tangibles et dont tu découvres l’existence à travers des livres, des documentaires, des expositions, dont tu retiens tout, comme s’il s’était agi d’une comptine mille fois répétée. Bien sûr que je savais que les ours n’hibernent pas vraiment.

Je n’aurais jamais imaginé mettre au monde quelqu’un comme toi, tu n’es ni mon reflet, ni mon prolongement. Tu es un être unique, qui me montre chaque jour une facette de l’existence que je ne soupçonnais pas. Merci mon chat, d’être si différente de moi. Trinquons alors, avec du champagne dans lequel tu n’aurais que le droit de plonger les lèvres et pour lequel tu nous demanderais mille fois si tu as bien le droit, mais vous êtes sûrs, mais vous êtes fous, vous êtes de drôles de parents quand même. A ses dix années de ton existence, et à toutes celles à venir, très, très nombreuses. Joyeux anniversaire ma bulle de savon multicolore, je t’aime.

-Maman-

Enfant qui dort mal : tests et astuces

Il y a quelques années, je prenais le clavier pour relayer une situation qui pesait sur nos vies depuis la naissance de notre petite dernière : son sommeil en grand-huit et nos nuits erratiques. J’avais décrit, dans un article sur le manque de sommeil, combien mes nuits étaient difficiles alors. J’ai relu cet article, il a la poésie de ceux qui espèrent encore. Tempête avait alors un an. Elle en a 7 et croyez-le ou non, rien n’a changé.

Ou presque. Il faut quand même être honnête. L’enfant de 7 ans n’est pas celui d’un an, et son autonomie joue un rôle fondamental. Le bébé qui pleurnichait a laissé la place à une enfant sachant trouver seule son chemin jusqu’à la salle de bains, ou retrouver la peluche dans laquelle elle espérait pouvoir enfouir son nez. Mais dans ce texte, je me demandais alors comment c’était, les nuits sans réveil, parce que j’avais comme oublié. Et je ne sais toujours pas.

Tempête n’est jamais rentrée dans les cases des enfants au sommeil difficile. Aucune recherche google ne donnait de recette magique, aucune fiche du médecin n’avait de solution toute trouvée. Elle a très vite eu une facilité à sombrer dans le sommeil que certains nous enviaient. Nul besoin de faire le pied de grue à la tête du lit en marmonnant quelques incantations. Aucune volonté de sa part de se glisser entre nous, au beau milieu de la nuit, en raison de quelques cauchemars un peu trop remuants. Le bal commençait alors que son sommeil était déjà bien avancé : les incontournables cris, la tête qui heurte un montant du lit lors d’un retournement plus abrupt, des jeux ou disputes entre amis rejoués à l’infini, les pleurs soudains, les « non, non, non ». Nous avons eu une brève période de terreurs nocturnes – une chose assez terrifiante, entre nous – mais surtout sept années de sommeil haché. Pour elle comme pour nous. L’expression « avoir le sommeil agité » aurait pu être inventée pour elle.

Plus surprenante encore, reste la légèreté de son sommeil. Il suffit d’entrer dans sa chambre pour qu’elle nous demande si ça va, il suffit de l’embrasser pour qu’elle en profite pour demander de l’eau, et il suffit de passer devant sa chambre sur la pointe des pieds pour qu’elle nous interpelle au profit d’un détour par la salle de bains. Ou d’un mouchoir. Ou d’une peluche tombée au sol. Quand elle dormait une minute avant à poings fermés. Mais, aussi fou que cela puisse paraître, je connais cette capacité, et ma mère avant moi. Dormir d’une seule oreille est un atout (tout autant qu’une malédiction) génétique. Si un enfant entre dans ma chambre, je lui demande ce qu’il a. Même s’il est 3h du matin. Si une porte s’ouvre, je sais de quelle chambre il s’agit et j’interpelle la concernée. Même si je dors depuis deux heures. La différence est que je n’ai pas le sommeil agité. Enfin si, depuis sept ans.

Alors, pourquoi ai-je intitulé cet article « Trucs et astuces »? Car en sept ans, nous avons eu l’occasion d’essayer une panoplie de choses, qui généralement ont du succès pour certains, et ont parfois fonctionné pour nous, pour un temps donné du moins.

Le microkiné

Au lendemain d’une nuit particulièrement difficile, nous avons empoigné notre téléphone et cherché, une fois encore, des pistes de solutions pour permettre à Tempête de vivre des nuits moins agitées. L’une des réponses trouvées mentionnait le recours à un microkiné. Cette profession, désormais assez répandue en Europe, se fait rare ici au Québec. C’est donc au détour d’un voyage en France, quelques mois après, que nous avons pris rendez-vous avec un professionnel. Nous connaissions déjà le principe, pour l’avoir expérimenté en tant que jeune adulte. De la même façon, le microkiné a ainsi commencé par nous poser différentes questions sur Tempête, sa personnalité, ses défis, etc. Il lui a ensuite expliqué qu’elle allait devoir s’allonger et qu’il allait passer les mains au dessus d’elle, sur l’ensemble du corps, mais sans jamais la toucher. Après s’être attardé, selon mon impression, au niveau du ventre puis du crâne, il est revenu s’asseoir et nous a expliqué comment il la percevait, ponctuant son discours des termes « stress » et « anxiété de performance », si ma mémoire est bonne. Je me souviens avoir pensé qu’il semblait parler d’une adulte et non d’une enfant qui venait juste de finir son année de maternelle (6 ans), et je le trouvais un peu à côté de la plaque, pour être honnête. Il a dit qu’il avait tenté des interventions afin de changer un peu cette dynamique. Durant un mois, il n’y a eu aucun changement. Et puis soudainement, Tempête s’est mise à dormir. Bien. Et longtemps. Sans se réveiller, sans crier, plus apaisée. Combien de temps l’accalmie a-t-elle duré? Un ou deux mois peut-être? Ensuite, le mauvais sommeil est revenu, accompagné de ses batailles et autres cris. Aurait-on dû y retourner? Dans un monde idéal, oui. Dans notre réalité et les 6000 km nous séparant du microkiné, nous avons fait sans.

L’hypnothérapeute

Lorsque les nuits sont redevenues vraiment très difficiles, il y a quelques mois, nos nouvelles recherches Google nous ont menées vers l’hypnose. La technique est réputée avoir de bons résultats sur les problèmes de stress et d’anxiété, et les enfants sont souvent de bons patients puisqu’ils n’ont pas d’a priori sur la méthode. L’hypnothérapeute que nous avons consultée pour Tempête est réputée dans son milieu et plusieurs personnes de mon entourage avaient fait appel à ses services. Lors de la première séance, trente minutes ont été consacrées à l’explication des difficultés rencontrées, puis la personne nous a décrit le processus qu’elle allait mettre en place et comment notre fille et elle allaient cheminer. Elle l’a interrogée sur ses nuits, ses angoisses, etc. Une fois que j’eus rejoint la salle d’attente, elle lui a demandé de fermer les yeux, lui a expliqué comment elle pouvait se détendre la nuit, sur quoi elle pouvait s’appuyer lorsqu’elle avait des angoisses, lui a fait visualiser un endroit apaisant, un animal protecteur, etc. Elle devait aussi, lorsqu’elle se sentait en situation d’apaisement, effectuer une pression entre le pouce et l’index, pression qui, la nuit venue, donnerait à son corps le signal qu’il pouvait s’apaiser. Nous avons recommencé le processus deux semaines plus tard. Des résultats ? Absolument aucun, pas le moindre, aucune réceptivité de la part de notre fille, pourtant réputée imaginative. Je pense que l’écueil est venu du fait que pour être réceptif, l’enfant doit faire preuve d’un certain calme, ce qui n’est que rarement le cas de Tempête. Autre difficulté : les fameux cauchemars, décrits à l’hypnothérapeute par notre fille comme étant des ogres, des monstres, etc. Or, pour bien la connaître, ses cauchemars sont presque toujours tournés vers le très réel. Petite fille dotée d’une grande maturité émotionnelle, Tempête a toujours anticipé des situations précises et réalistes, loin des monstres sous le lit parfois décrits par les enfants. Est-ce un échec complet ? Pas si sûr. Une combinaison des astuces données, avec les techniques transmises par la professionnelle suivante pourrait peut-être donné des résultats intéressants.

La massothérapeute

Je patientais un jour chez ma massothérapeute lorsque j’ai lu sur un petit document d’informations que les massages pouvaient être bénéfiques pour les enfants anxieux, très actifs, etc. J’ai donc pris rendez-vous pour Tempête, gageant qu’elle allait apprécier le concept. Elle a dit qu’elle avait vécu le meilleur moment de sa vie (à égalité avec sa visite à la pizzéria et sa sortie au centre d’amusement) et a donc souhaité y retourner très vite. Depuis, elle a droit à quelques séances, par-ci par là, lorsque le besoin de détente se fait sentir. Outre de relâcher les tensions, la masso lui apprend à respirer, à se recentrer, à trouver l’apaisement par certaines palpations, etc. Point de miracles mais quelques techniques fort appréciables qui contribuent aujourd’hui au meilleur déroulement des nuits.

La psycho-éducatrice

Puisque l’anxiété semblait l’un des principaux enjeux, nous avons profité de l’une de nos visites à la psycho-éducatrice qui suit Tempête dans un cadre davantage scolaire pour aborder le sujet. Avec elle, notre fille décortique ses inquiétudes, les dessine et les réinterprète. Elle en fait des brouillons qu’elle jette et des mots qu’elle déchire, afin d’apprendre à naviguer à travers tous ces sentiments qui prennent tant de place. L’impact à court terme est moindre mais gageons que savoir appréhender son stress ne pourra être que bénéfique à long terme.

Et puis le reste…

Il y a nombre de choses que l’on peut essayer pour aider un enfant qui dort mal. Parmi elles, nous en avons testé certaines : la veilleuse, la petite musique apaisante, la porte ouverte, la porte fermée, les repas pris tôt, la limitation du sucre, l’exercice poussé, les sorties au grand air, l’absence d’écrans. Nous avons très ponctuellement eu recours à la mélatonine, quand ses difficultés à rester endormie ne lui permettaient plus de se reposer. Nous aurions pu tester la couverture lestée, pour laquelle les avis sont partagés, et des médicaments spécifiques bien entendu, mais nous n’en sommes pas là.

Aujourd’hui, nous errons toujours à la recherche de la bonne réponse, avec de moins en moins de certitudes. Est-ce qu’il existe une réversibilité à tout ça ? Alors à défaut d’une solution véritable, on procède par petites touches : la coucher plus tôt car la fatigue importante provoque toujours des difficultés, souper également plus tôt, ne pas regarder la télé en fin de journée, la faire sortir le plus possible. Est-ce qu’un jour on testera une solution en la présentant par la suite comme miraculeuse ? Qui sait ?

Est-ce que vous, vous l’avez déjà trouvée ?

-Lexie Swing-

Crédit photo : John Kline

Que s’est-il passé en 2022 ?

En 2021, à peu près à la même époque qu’aujourd’hui, je mettais la main aux derniers détails relatifs à mon article en quatre chapitres sur la reconversion professionnelle. Le sujet, qui mêlait à la fois mon nouveau métier (la chasse de têtes) et mon ancien (le journalisme) m’a permis de redonner un coup de fouet à ce blog tombé en quasi-désuétude durant la pandémie. J’ai bien cru à un rebond… et puis non ! L’inspiration venait désormais à manquer cruellement et l’expérience a tourné court au printemps 2022.

Que s’est-il passé alors, depuis que l’on s’est quitté ?

Les vacances (le plus important)

Faisant fi de nos habitudes, nous avons fait le choix de retourner en France pour l’été une fois encore. Je bénéficiais de la possibilité de travailler à distance de façon relativement illimitée, que j’avais donc prévu d’utiliser autant que possible. Grossière erreur. Travailler à distance ne ressemblait en rien aux quatre semaines de vacances que l’on avait connues l’année précédente (oui, je nourris toujours beaucoup d’espoir dans la vie). Mes plans ont vite pris le bord quand je me suis retrouvée à travailler de midi à 22h alors que mes amis étaient disponibles à compter de 17h. Sans compter les allées-retours, parce que voir une seule fois des proches que l’on n’a pas vus depuis une année ou plus, ce n’est guère envisageable. Résultats : nous n’avons vu presqu’aucun de nos amis – y compris ceux qui résidaient dans le village voisin – et avons couru de bout en bout. Exception notable : une semaine dans le Périgord, un coin que l’on adore, avec famille, couloir de nage et adorable village en contrebas. Bref, en 2023, nous comptons bien tenir compte des expériences passées et notre année devrait être riche, entre quelques jours au Lac Taureau, une petite semaine en amoureux à Vancouver, la découverte de la Gaspésie en famille, et puis un retour en France pour les fêtes, sans travailler cette fois.

Les enfants (la dimension inoubliable, surtout le dimanche matin à 7h)

Je me rappelle encore lorsque j’annonçais sur le blog, à la fin de l’hiver 2015, l’arrivée prochaine de notre deuxième enfant. Ce petit pois-là a fêté ses sept ans en 2022. Sa grande sœur, la Miss B. qui a accompagné ces écrits depuis le tout début, s’apprête pour sa part à célébrer ses dix ans. Revoir leurs petites faces de bébés me fait toujours autant fondre le cœur mais je dois avouer que leurs âges actuels sont bien plus funs ! Moins de contraintes, plus de découvertes, et plus de plaintes aussi, tant qu’à faire ! Les deux sont désormais à l’école primaire ensemble, ce qui sera encore le cas pour les deux années et demi à venir. On en profite !

Les animaux (qui nous apportent autant de fun que de contraintes)

Ça a été le grand changement de 2022 : nous avons accueilli un nouvel animal avant de dire au revoir à un autre. En février, nous nous sommes ainsi proposés pour devenir famille d’accueil pour lapin, un animal que B. souhaitait ardemment et que j’adore, pour en avoir eu plusieurs dans ma vie. Après quelques échanges d’informations, le beau Chester est entré dans notre vie. Lapin errant, probablement né d’une femelle lapin nain relâchée dans la nature alors qu’elle était gestante, il avait été attrapé quelques jours plus tôt par une bénévole. Il n’avait jamais connu la vie en intérieur. Il s’y est fait comme s’il avait toujours connu ça, courant dans la maison, faisant ses besoins dans une litière et terrorisant les chiens de la maisonnée. Ce joyeux trio a ainsi rempli la maison de baves, courses-poursuites et poils durant plusieurs mois. A l’automne, les articulations de notre vieux chien étant devenues trop douloureuses pour le porter, nous avons pris la décision de mettre fin à ses jours. Depuis deux mois, nous avons donc de nouveau deux animaux et sommes convaincus que nous nous arrêterons ici. Nous les aimons plus que tout mais il est difficile d’oublier les contraintes qu’ils représentent également, surtout lorsque vient le temps de partir en vacances, ou même juste pour une soirée. Bientôt, nous prévoyons emmener ce duo ensemble au chalet, histoire de voir s’ils ont le goût de l’aventure !

Le travail (parce que les vacances, les enfants et les animaux, ça coûte cher)

En 2022, rien n’a changé côté travail, ce qui n’est déjà pas si mal ! En pratique, nous avons continué dans nos rôles actuels, prenant graduellement plus de responsabilités. Au printemps, la collègue avec qui je collaborais est partie, laissant un grand vide mais aussi un poste à combler. J’ai donc repris la gestion du département, rejointe bientôt par une nouvelle collègue. A ce niveau, 2023 devrait être une confirmation des stratégies entreprises et, on l’espère, de nouveaux succès. On croise les doigts donc !

Et puis le reste ?

En 2022, j’ai continué la course à pieds, commencée l’année d’avant, et j’ai même couru mon premier 5 km en compétition. Un beau challenge, quand on sait que je dépassais à peine le bout de la rue une année auparavant ! J’espère bien continuer sur ma lancée, en tentant d’accepter que la progression est lente et que les jours peuvent ressembler à aujourd’hui : une sortie avortée au bout de quelques minutes car le corps ne suit pas. L’objectif en 2023, c’est d’atteindre les 10 km.

Après un mois d’octobre difficile, j’ai dû me résoudre à changer des choses au bénéfice de ma santé mentale; des changements qu’il va falloir ancrer en 2023. Mais entre autres choses, désormais je dessine. Je me suis toujours extasiée de ce talent particulier chez les autres quand même mes dessins de errements téléphoniques (ces zigwiwis que l’on dessine pensivement en écoutant la conversation au téléphone) semblaient être l’œuvre d’un enfant de quatre ans. Depuis j’ai découvert les tutoriels YouTube et mes chiens ne ressemblent plus à des vaches de l’espace. Je m’oblige à ces quelques minutes qui me déconnectent du reste, pour le mieux.

J’ai aussi commencé une nouvelle pratique : le long board. Mon chum m’a offert une planche magnifique, servant pour le moment de déco dans la chambre – hiver oblige – mais qui m’a déjà permis quelques sorties dans la rue (et gamelles!). Inutile de dire que Tempête, qui a la sienne depuis déjà quelques années, en fait mieux que moi et me la pique régulièrement.

Et vous ?

Il manque des choses dans ce bilan, les joies profondes, les hésitations, ces moments où, les mains serrées sur le rebord du comptoir de cuisine, je me suis demandée si j’allais tenir le coup. Il ne dit pas l’espoir et la pression, mais il dit le cheminement.

Alors quel est le vôtre ? Que s’est-il passé pour vous en 2022, les menus plaisirs, les doutes, les accomplissements ? Et qu’attendez-vous de 2023 ?

Je suis heureuse de vous retrouver là pour une nouvelle année, je vous la souhaite joyeuse et tendre et excitante. Je vous souhaite de ne pas laisser le stress diriger vos journées et de savoir compartimenter vos vies. Je vous souhaite des « rides » sur ce que vous voulez, : un vélo, un poney, une planche à roulettes ou au volant d’une voiture, pour aller découvrir le meilleur de vos environs. Je vous souhaite des aventures. Prenez soin de vous, j’ai hâte de vous lire ! Bonne année 2023.

-Lexie Swing-

Crédit photo : Lexie S.

Clap de fin pour la garderie

Au Québec, l’école commence à 5 ans, les enfants passent donc plusieurs belles années à fréquenter la garderie. Tempête, qui avait commencé au sein d’une garderie proche de chez nous, a changé il y a trois ans pour ce que l’on qualifie de Centre de la Petite Enfance (CPE). Elle y a été une Galaxie, un Spoutnik, avant de passer Astronaute, il y a un an. Elle y a fréquenté des dizaines d’enfants, un bon nombre d’éducateurs et d’éducatrices, des super-héros – en figurines ou en costumes, des ateliers maquillage, des châteaux gonflables, des déjeuners de Noël, des journées pyjamas. Elle a amené un jouet de la maison tous les vendredis, a ramassé des pommes à l’automne et observé le bal des outardes au printemps. Elle a joué à cache-cache dans le parc immense qui encercle le CPE et « à la tag » au milieu des jeux d’eau.

Demain, nous la déposerons pour une toute dernière fois devant la garderie, vêtus de nos masques, en respectant la distanciation. La pandémie a changé ce qu’on avait imaginé de ses derniers mois à la garderie, alors que nous n’aurons plus jamais l’occasion d’en passer la porte et que ses affaires se résument désormais à des vêtements de rechange fourrés dans un sac Ziplock à son nom.

La chance a voulu que la cérémonie traditionnellement organisée pour les « finissants » de la garderie tombe pile demain, le dernier jour. C’est donc en beauté, avec châteaux gonflables, cupcakes, burgers et toges de rigueur que Tempête mettra un point final aux trois années passées là-bas. Nous dirons au revoir à ceux et celles qui l’ont accompagnée, entourée, guidée, réprimandée parce qu’elle chahutait, encouragée parce qu’elle butait et félicitée chaque fois qu’elle réussissait. On y a découvert son énergie sans fin, sa fougue, sa facilité à aller vers les autres, mais aussi l’étendue de ses connaissances et son extraordinaire capacité d’apprentissage. On ne l’a jamais enfermée dans une case, dans une cage, qui n’aurait jamais été assez grande pour la grandeur de ses ailes.

Quelle que soit l’envie d’aller de l’avant, le besoin d’autre chose, il y a toujours, au moment de sauter le pas, cette petite retenue. En avançant, notre cadette referme un chapitre, un livre entier peut-être. Il y a 7 ans, les jeunes parents que nous étions laissaient pour la première fois leur premier poupon à une gardienne du quartier. Cette histoire-ci se clôt, pour que la suite puisse s’écrire. Il n’y a point de mur, point de falaise, juste un pont et notre petite fille qui disparaît déjà dans l’horizon, avide de nouvelles aventures.

-Lexie Swing-

Journal d’un confinement – Semaine 12

Par la grâce d’une faille spatio-temporelle, nous voici de retour en semaine 12 du confinement après avoir joué les absents en semaine 8, 9, 10 et 11. Il faut savoir qu’en semaine 8, alors que l’Europe et les régions (québécoises) amorçaient leur déconfinement, nous restions royalement empêtrés dans notre propre réalité. Faute d’amélioration probante, le Grand Montréal – dont nous faisons partie, en tant qu’habitants de la Rive-Sud de Montréal – a choisi de repousser d’éventuelles réouvertures, qu’il s’agisse de magasins ou d’écoles. Courant mai, nous avons appris que l’école resterait fermée jusqu’en septembre et devant les mesures d’hygiène et de ratio annoncées, nos camps d’été – ceux auxquels nous étions inscrits – ont annoncé l’un après l’autre leur annulation. Les garderies ont dû elles aussi repousser leurs ouvertures.

Le moral était donc, comme vous pouvez le deviner, au beau fixe.

Nous revoilà donc quelques semaines plus tard. La garderie a rouvert et accueillera, dès la semaine prochaine, Tempête, qui n’en peut plus de tout ce temps libre dont elle dispose et l’utilise à loisir pour faire des bêtises dans la maison.

L’école reste bel et bien fermée. Après plus de 10 semaines de quasi-silence, à inventer des cours et à en quémander aux copines noyées sous les devoirs de CP français, les équipes pédagogiques ont suivi les recommandations gouvernementales et nous donnent désormais des exercices de façon hebdomadaire. Chaque prof enregistre chaque semaine une vidéo pour expliquer l’exercice à faire ce qui permet à notre fille de faire ses exercices de façon relativement autonome, le tout agrémenté de rencontres Zoom deux fois par semaine… que demander de mieux?

Les chiffres baissent enfin sous ces cieux-ci, et les annonces vont donc bon train. Fin juin, les restaurant du Grand Montréal pourront ainsi rouvrir… vous entendez la macarena qui danse dans mon coeur?

Les grandes vacances devraient commencer fin juin, ce qui signifie qu’il n’y aura plus de classes zoom ni de devoirs pour rythmer nos journées. Le désoeuvrement est à nos portes! Grâce aux annulations de camps, nous allons pouvoir profiter de notre première née durant deux mois supplémentaires, avant que l’école reprenne (dites-moi que l’école va reprendre?).

Et vous, ça s’annonce comment ces congés d’été?

-Lexie Swing-

Journal d’un confinement – Semaine 7

Je sors du week-end plus fatiguée que je n’y suis entrée. Tempête a jugé bon de se réveiller un peu près 5 fois (ressenti : 1000) dans la nuit de samedi à dimanche, faisant passer mon temps de sommeil espéré au temps de sommeil réel de 8h à 5h. Alors que je m’étais endormie à ses côtés, les jambes repliées (son lit est relativement large mais particulièrement court), sa grande soeur m’a soudainement appelée pour me préciser que la porte de sa chambre était fermée et qu’elle apprécierait que je la réouvre. J’en ai profité pour me recoucher dans un lit digne de ce nom – le mien. Il était 4h. J’aurais dû me douter que la soirée était mal engagée lorsque ma tentative d’épilation de la demi-jambe droite s’est soldée par un échec. Le combo cire + rasoir m’ayant fait perdre un (certes petit) morceau de peau, cela a pris les soins de mon conjoint, et son assurance – je lui ai fait promettre – que je n’allais pas me vider de mon sang durant la nuit, pour que je puisse enfin remarcher. Si j’avais su que j’aurais l’occasion de mettre mon pansement de fortune à l’épreuve quelques heures plus tard…

Humeur : consternée. Je ne suis pas certaine qu’une humeur puisse être consternée mais la consternation m’habite certainement. Nous profitons pleinement de ce huis clos en famille, nous n’avons jamais été aussi sereins, détendus et accomplis – familialement parlant- que ces jours-ci. Nos filles se sont davantage rapprochées, nos projets avancent, nos boulots respectifs nous laissent du temps, la belle saison arrive et nous autorise du temps en extérieur. Malgré tout, je suis consternée par le monde extérieur, cette impression d’immobilisme. J’ai eu vent toute la semaine des protocoles qui allaient être mis en place dans les écoles de ce monde dans les prochaines semaines et moins que la peur de la maladie, c’est la crainte d’un monde anxiogène qui me rattrape désormais. J’accepte volontiers de me plier à toutes les règles en place, à la distanciation, au lavage de mains à répétition de magasin en magasin, au port du masque pour protéger les autres. Découvrir que nos enfants devraient cohabiter en tout temps à X mètres les uns des autres, rester dans la même salle tout le long de la journée durant, qu’ils ne pourraient jouer qu’avec leurs propres jeux, et jamais ensemble, qu’ils n’auraient plus ni cours de musique, ni cours de sport, ni cours d’informatique, fut pour mon humeur une toute autre histoire, dont je peine, je crois, à me remettre.

Organisation : toujours bonne. Nous avions prévu cette semaine une « journée pédagogique », donc une journée de congé puisque j’avais moi-même congé. Je profiterai certainement des prochaines pour proposer quelque chose de spécial à mes filles, un peu à l’image des journées à thèmes de Deborah. Mais en attendant, nous en avons profité pour passer du temps dans le jardin, grâce à une météo particulièrement ensoleillée, et c’était déjà une bonne entrée en matière avec la belle saison.

Couple : uni. Je dois dire que l’on se sent chanceux de pouvoir compter l’un sur l’autre en cette période compliquée.

Point d’orgue : notre commande Décat’ est enfin arrivée, deux semaines après son avis d’expédition. Un panier de basket trône désormais dans notre cours, pour le plus grand plaisir des enfants. Nous y avons ajouté un hula-hoop et une corde à sauter, avons ressorti pour l’occasion les ballons de soccer et les frisbees. Tout pour s’occuper en attendant d’être déconfinés.

A la télé : on a fait découvrir à nos filles le dessin animé Pixar « Là-Haut » (Up). Elles étaient déjà très émues devant l’histoire accélérée du protagoniste et de sa femme. Sans surprise, j’ai enfanté des hypersensibles (comme moi).

Sous mes yeux : j’ai fait de la boulimie de lecture cette semaine, en commençant par J’aurais aimé être comme vous, d’Anne Bezon, suivi d’un autre Cecelia Ahern : How to fall in Love. J’ai terminé par un roman retrouvé dans ma bibliothèque et que je n’avais pas encore lu : Loin, d’Alexis Michalik (que j’ai adoré).

Vague à l’âme : tarifs exorbitants, fermetures des frontières… à l’heure du coronavirus, l’immigration prend tout son sens. On est celui qui est loin, et qui ne pourra pas passer « faire un coucou » lorsque le confinement sera terminé.

Point bonus : la météo de cette fin de semaine, qui apporte un peu de douceur à ces moments particuliers.

Les bonnes idées de la semaine : réduire sa consommation de l’actualité au strict minimum.

À l’aube de la semaine 8, nous avons déjà confirmé – via sondage – que notre fille aînée ne retournera pas à l’école le 19 mai. Du même fait, il est probable que sa soeur ne reprendra pas la garderie. Si l’ainée semble avoir adopté ce mode de vie un peu particulier, sa jeune soeur se plaint de plus en plus fréquemment de ne plus voir ses amis. Et si nous tâchons de lui promettre de faire notre possible pour qu’elle les retrouve avant de commencer la maternelle, l’incertitude quant à une date officielle de retour et, plus encore peut-être, l’inquiétude qui entoure les conditions dans lesquelles se feront ce retour, commencent à nous peser.

Je vous souhaite une belle 8ème semaine, puisse-t-elle nous apporter des réponses, des projets, ou quelques fou-rires, à tout le moins.

-Lexie Swing-

Journal d’un confinement – Semaine 6

Six semaines d’écoulées. Mon chum se demandait justement combien de semaines nous avions déjà passées ainsi confinés… Deux de plus et nous aurons fait l’équivalent des grandes vacances. Si l’on m’avait dit un jour que je travaillerais à la maison, tout en faisant des leçons et en proposant des activités à mes enfants, le tout en restant principalement chez moi, durant deux mois (et plus), j’aurais ri. Le cauchemar s’est avéré réalité et finalement il n’était pas si pire que ça.

Humeur : bonne. Sauf que j’ai pris (encore) un kilo. La faute à toutes ces recettes que je teste, juste pour vous préparer un article récapitulatif. « Juste » pour ça.

Organisation : avec le temps qui s’adoucit (ça arrive tard ici au Québec), les récréations se font désormais dehors. Elles s’allongent à mesure que notre avis de « faire cours » se réduit. Les devoirs à rallonge comme ont à gérer certaines de mes amies en France est une galère sans nom, mais le « pas de devoirs » quand tu veux que ton enfant garde un peu le niveau est difficile aussi. Bref, #jamaiscontents.

Couple : on a réparti aussi la préparation des repas et ça c’est le bonheur.

Point d’orgue : l’un de nos restos préférés – le Charlotte – a rouvert ses portes la semaine dernière pour permettre les commandes à emporter. On a soupé d’un fish & chips (ce n’est pas du tout végé j’en conviens), d’un aligot (oui oui ici au Québec) et d’une poêlée de légumes, et c’était (presque) doux comme une sortie de couple un soir d’été.

À la télé : deux de mes séries ont sorti des nouvelles saisons, soit Brooklyn 99 et After Life. On a commencé avec After Life parce que l’humour anglais m’émeut. On s’en est tenu à « seulement » deux épisodes et la scène entre Ricky Gervais et son amie prostituée autour d’un plat de pâtes (dégueulasse, apparemment) était juste parfaite de spontanéité. Insolemment juste, malgré le contexte improbable. J’ai aimé aussi le film Love the Coopers qui a récemment rejoint Netflix Canada. Le scénario est gentillet, mais ce sont surtout les scènes d’Olivia Wilde, absolument sarcastique, qui sont savoureuses.

Sous mes yeux : j’avais besoin d’une lecture douce, j’ai cherché un bon Cecelia Ahern, une romancière irlandaise (type Chick Lit) que j’aime beaucoup. J’ai donc choisi « Thanks for the memories » – je la lis en VO – et c’était juste parfait.

Vague à l’âme : j’ai lu un titre du Monde qui disait quelque chose comme « Foie, reins, etc. que touche la Covid-19? » et j’ai fermé l’ordinateur pour ne pas savoir.

Point bonus : j’ai une journée de congé cette semaine… je pense partir en voyage dans mon jardin, bien au fond. Là où je ne suis jamais allée.

Les bonnes idées de la semaine : mon futur article sur les bonnes recettes à tester, qui s’en vient, bientôt!

Au Québec, une reprise des écoles à compter du 11 mai, pour les régions, et du 19 mai pour la grande région de Montréal, vient d’être annoncée. Base volontaire, par petits groupes. On attend d’en savoir plus pour décider ce que l’on fera. Et de votre côté, qu’est-ce qui est prévu? Et que prévoyez-vous faire?

-Lexie Swing-

Journal d’un confinement – Semaine 5

Cinquième semaine et ils sont encore 4! Personne n’a été éliminé! Les votes du public sont unanimes et nous sommes dus pour rester. Impossible de savoir combien de temps cela durera, c’est le jeu le plus long de l’histoire de la télé.

Humeur : top shape! On a trouvé une vitesse de croisière. Plus rien n’est en vue : ni la Terre de départ, ni le lieu d’arrivée. En pleine mer, nous profitons du voyage. La houle est forte par moment mais puisqu’il n’y a pas d’issue, nous apprenons à composer avec le moment. J’ai du mal à m’imaginer reprendre là, demain. Je ne suis plus sûre de comment je faisais avant et pas certaine de comment je vais faire après. J’ai enfin atteint l’état d’acceptation (avant la tempête bien sûr, celle où l’on m’annoncera que je suis coincée avec les mouflets jusqu’en septembre).

Organisation : peaufinée. Désormais, je fais avec les enfants le shift 8h30 – 10h et mon chum le 11h-12h30 (repas inclus). Entre les deux, elles font du sport et jouent. Un appel? On lance une comptine éducative (et un peu neuneu) type « Petit Ours Brun apprend à faire ses lacets ». L’après-midi, on a convaincu notre cadette que la sieste était bonne pour elle, elle fait donc semblant, dans l’espoir de pouvoir regarder « un petit dessin animé en fin de journée ». Je m’en occupe le temps d’un bricolage ou d’une recette, elles sortent avec leur père pour un match de basket ou un entrainement des chiens (occuper les enfants en les faisant s’occuper des chiens, c’est vraiment le concept gagnant-gagnant chez nous), et le soir, quand il fait beau, on enfourche les vélos.

Couple : à l’unisson.

Point d’orgue : on parle peu de l’effet que ce confinement a chez nos enfants. Ils n’ont pas d’autre choix que de subir – comme nous, mais avec encore moins de contrôle sur la situation – et il est clair que ça ne se passe pas au mieux chez tout le monde, si j’en crois les interventions sur certains groupes que je suis. La grande gagnante de ce confinement est sans conteste ma fille aînée. L’anxiété a été divisée par trois, sa gestion des émotions est excellente et elle trouve beaucoup d’apaisement à la présence de ses chiens en permanence autour d’elle. Elle s’occupe de la nourriture des animaux, met la table du petit déjeuner, fait ses devoirs sans rechigner, s’occupe de sa petite soeur et fait des kilomètres à vélo sans se plaindre. Elle fait aussi le pitre et rit à l’unisson avec la famille. Bref, ce n’est plus le même enfant!

À la télé : c’est la dèche! J’ai épuisé ma liste de films pour enfants hypersensibles. Des idées?

Sous mes yeux : Le discours, de Fabrice Caro

Vague à l’âme : comment va -t-on faire pour reprendre une vie normale après tout ça?

Point bonus : les gozlems que j’ai cuisinés hier soir et pour lesquels ma fille a dit « Maman fait les meilleurs du monde ». Elle n’a pas de point de comparaison bien entendu, mais j’aime l’idée que mes enfants pensent qu’il y a des choses que leur mère fait mieux que personne.

Les bonnes idées de la semaine : le site éducatif ortholud.com, qui regorge d’idées d’exercices et l’utilisation des Smart Games pour le cours de maths.

Partout, la vie semble être entrée dans une certaine routine. Les initiatives éclosent moins, pour laisser la place à une sorte de normalité temporaire. C’est à la fois dommage et rassurant.

En France, certains ont pris la décision de suivre le calendrier scolaire et ainsi de passer en mode « vacances ». Il n’y a pas de vacances prévues ici entre mars et l’été, et je ne me sens pas prête à laisser aller notre précieuse routine. Nos week-ends sont pour moi les plus déroutants, et me demandent déjà à chaque fois une sorte d’ajustement. Et vous, qu’avez-vous prévu sous votre toit?

-Lexie Swing-

Parentalité : et parfois se choisir

Semaine 4 – la semaine dernière donc – j’ai commencé à éprouver physiquement les plaisirs du confinement : chaise mal ajustée et rares sorties. Mes muscles se dérobaient à mesure que mon dos se courbait. Laissez-moi enfermée un mois de plus et j’aurais pris dix ans.

A ceci s’est ajouté un ras-le-bol général de la maisonnée alors que mes filles ont commencé à se taper sur le ciboulot (littéralement), que la météo était maussade et les informations inquiétantes.

Est arrivé ce jour particulier où j’ai commencé à ne plus pouvoir maîtriser le volume de ma voix. J’ai lu quelque part que la rage maternelle existe, et je peux vous confirmer que c’est le cas. À chaque nouvelle bêtise, mes lèvres se mettaient à trembler et mes ongles à empaler mes paumes. Éducation bienveillante? Quel est ce mot? Il n’était même plus question d’éducation mais de contention. De mon énervement latent. Prêt à exploser.

Il y a dû y avoir un sifflement de trop car tout à coup, mon amoureux a réuni la petite troupe et il a poussé tout le monde vers la voiture. « Allons faire un tour », a-t-il dit. Et puis : « Maman a besoin d’être seule ». Les enfants se sont accrochés à moi, dans une confusion toute enfantine dans laquelle se mêlaient les « Excuse-moi maman », les « Mais je veux rester avec Maman », et les « Maman je ne veux pas partir sans toi ».

La culpabilité a embarqué. Je les mettais de côté, je leur refusais mes bras, je me choisissais moi.

Et puis, profitant du calme retrouvé, je me suis rendue compte que j’avais le droit, de me choisir parfois. Que leur avoir donné la vie me rendait responsable, mais pas redevable. Que notre génération de parents a bien compris que les enfants devaient être traités comme des individus, mais que la génération de nos enfants semble oublier que nous sommes, nous aussi, des individus, avec nos occupations, nos envies et nos humeurs. Que ce ne sont « que des enfants », mais qu’il n’y a pas d’âge pour inculquer le respect de l’autre. Et qu’il est inacceptable de déclarer « t’es méchante tu veux jamais rien faire avec moi » à sa mère qui se lève pour vérifier un courriel après avoir passé 45 minutes à découper des coeurs, coller des étoiles et gérer la colle scintillante. On a le droit d’être déçu mais pas désagréable, ni impoli. Et ça, c’est un apprentissage qui leur servira toute leur vie car on sait – ô combien le sait-on – que ça manque encore à certains.

Les profs sont unanimes : « Pas besoin de faire trop de travail scolaire, les petites choses de votre quotidien seront déjà une belle forme d’apprentissage ». C’est bien noté, je vais aller prendre un bouquin, faire couler un bain, fermer la porte à clé et les laisser apprécier cette leçon : « Dans la vie, il faut aussi savoir se choisir quand le besoin s’en fait sentir ».

-Lexie Swing-

Crédit photo : Sarah Pflug

L’âge de raison

img_4058Il y a un instant à peine, nous t’accueillions parmi nous. Dans mes souvenirs, se mêlent les chuchotements des sage-femmes, la tendresse de ton père, et puis tes pleurs, soudains, qui déchirent le silence.

La suite de notre aventure est un enchevêtrement d’instants et de ponctualité photographiée. Notre retour à la maison avec Led Zep en fond sonore. Notre aller retour à Bordeaux pour la visite médicale qui allait te permettre de partir au Canada – déjà. Mes tentatives pour te faire asseoir, alors que tu te retenais maladroitement sur tes poings. Nos premières vacances. Notre vol Toulouse-Montréal, en tête à tête, et ton calme olympien.

Ton histoire est celle du premier enfant, de la première née. Celle pour laquelle je posais tant de questions et souffrais de comparaison. Étais-tu en retard pour la marche ? Que penser de ta dextérité précoce avec les puzzles ? Aurais-tu dû connaître ton alphabet à 3 ans ? Est-ce tous les enfants qui comprennent si vite les calculs ?

Je me souviens du bébé que tu fus, de la petite fille que tu es devenue. De ce temps où l’orage grondait tellement dans ton cœur que je pensais que jamais plus je ne nous retrouverais, ensemble.

Je me suis trompée mon ange.

À tes maux, nous avons offert nos bras, et d’autres t’ont ouvert leur porte. Tu y as déposé ton bagage, tu y as livré tes douleurs. Pour repartir plus légère. Alors, nous t’avons retrouvée.

Tu as 7 ans et tu es incroyable. Ton intelligence est vive, ton sens du sarcasme infini. Ta sensibilité est à fleur de peau, tellement connectée aux autres que tu te fermes parfois à leur présence, comme pour te protéger. Je te l’ai dit hier, je me sens chanceuse de t’accompagner dans cette aventure. Ça ne sera pas la plus facile, nous le savons toutes les deux.

Il y aura des obstacles, il y aura des cris. On se plantera de chemin. C’est certain, tu le sais. Tu me le dis souvent. « Maman, tu t’es trompée de route ». Et tu sais ce que je te réponds toujours ? « Mais non, je sais où je vais ».

Je sais où je vais. Je ne sais pas encore comment. Mais je suis avec toi. Nous sommes avec toi.

-Lexie Swing-