Cuisine, Enfants

« J’aime pas ça » {repas et enfant}

A 4 ans, on aime un jour mais pas toujours. Surtout le riz et le brocolis, surtout si c’est vendredi et qu’on préférerait des pâtes avec des petites lettres pour faire des mots, hein, dis oui maman.

Tous les soirs, si seule elle choisissait, B. mangerait l’alphabet. Mais en parents contraignants, nous diversifions leur alimentation. Nous jouons la carte des légumes, du quinoa et fruits à tous les repas. On est pénibles, mais pas trop quand même. De la crème glacée deux repas de suite ne nous fait pas froid au gosier, et les bonbons, s’ils ne sont pas légion, ne sont pas pour autant bannis de la maison.

Mais nous avons des règles. On goûte, et on juge. On n’aime pas? On prend son yogourt, et on s’en va. Mais on goûte, c’est la règle. Et parce que B. a quatre ans, outrepasser la règle est devenu son objectif.

Ainsi certains soirs elle gémit, elle trépigne, elle se roulerait par terre de devoir goûter du maïs ou des tomates farcies. On insiste : « Une seule cuillère, pour goûter ». Et souvent ça marche. Elle goûte. Parfois même, elle en reprend un peu, pour voir si… Ça veut dire que la règle fonctionne et qu’elle a raison d’être. Aller au delà des appréhensions et découvrir le goût des choses.

Mais parfois, parce qu’elle a 4 ans et besoin d’asseoir sa volonté, la consigne se fait menaçante et la perspective du dessert ne suffit plus. L’engouement parental ne trouve pas écho et la crainte de quitter la table sans délai ne l’effraie pas du tout.

Ainsi, ce soir, elle a quitté la table. Elle a bu un verre d’eau, un verre de lait d’amande et elle a quitté la table. C’était la deuxième fois qu’elle tentait d’obtenir du sucré sans passer par le salé. Mais les consignes sont simples à la maison, elles sont souples aussi. Mais on n’y déroge pas.

Et si elles peuvent sembler un peu absconses, elles ont leur raison d’être. Elles trouvent leurs racines dans le souvenir d’une petite fille de 5 ans qui ne voulait pas manger. Une petite fille de 8 ans qui avait peur des œufs au plat. Une adolescente de 14 ans qui détestait le riz. Une adulte de 20 ans qui ne mangeait pas les aliments « qui se touchent dans l’assiette ».

Et même si tout le monde n’est pas cette petite fille là, et même si les enfants évoluent et font d’autres choix, moi je souris tranquillement quand mon amie me dit « bof il mange que des pâtes mais ça lui passera ». Parce que oui, c’est vrai peut être, peut être ça lui passera. Peut-être qu’il se découvrira un goût certain pour les épices, pour le fait maison, pour les légumes de saison. Peut-être qu’il aura un palais incroyable et deviendra critique culinaire. Et les journaux en feront leur anecdote, de ce gourmet-là qui ne mangeait que des pâtes, à 5 ans.

Mais sache que non, tout le monde ne change pas. Et que certains comportements sont vains, ancrés dans l’individu comme une routine bien huilée. Voir un nouveau plat, dire je n’aime pas au simple regard, réclamer des crêpes surgelées.

Tu me dis « tu es beaucoup trop dure, moi je le laisse manger ce qu’il veut, ça finira bien par lui passer ». Et je te crois. Mais sache que non, parfois, ça ne passe pas. Et l’on passe sa vie à déconstruire ce manque d’apprentissage, ce goût qu’on a pas forgé, cette appréhension de la nourriture qu’on a créé. On devient un poids pour sa famille, un vrai boulet de la vie en société. On rencontre l’homme de sa vie, on fait la moue au premier grain de riz, et on croise son regard incrédule. On a 20 ans, on fait la liste des choses que l’on n’aime pas, et on n’a pas assez d’une feuille A4 pour en venir à bout.

Ça m’a pris 25 ans pour aimer manger, ma belle amie. Alors sache que je ne passerai pas les 26 prochaines années à lui faire cuire des crêpes surgelées.

-Lexie Swing-

Enfants

Les rêver libres {Education}

On rêve son enfant astronaute, médecin, professeur. On l’imagine en couple, et puis parent. On le voit entouré. On le dessine heureux.

Quand on est parent, et pour peu que l’on ait un peu d’imagination, on s’invente volontiers toutes sortes d’histoires heureuses autour de nos enfants, des milliers de premières fois. On joue la scène à une seule voix, faute de connaître la leur, celle qu’ils auront plus tard, leur caractère, notre relation.

Elle sera la sportive, il sera l’artiste de la famille, elle aura toujours eu du goût pour la musique, il aura toujours aimé les sciences… On essaie de dresser un portrait, volontiers discordant. Qui sait ce que ce trublion en couche-culotte sera capable de faire avec deux chiffres et un crayon? Qui me dit que la finesse du trait de son bonhomme patate augure d’une artiste en devenir ? Que son goût pour la nourriture fera d’elle une cuisinière hors-pair?

Ce matin, les yeux mi-clos sous le soleil de printemps (une denrée rare ces jours-ci!) je les imaginais dans un des plus beaux rôles que la vie nous donne : celui de l’amoureux. Une porte qui s’ouvre, une main tendue, une autre qui s’agrippe à celle de ma fille. « Maman, je te présente… »

Il est brun, grande stature, sourire poli.

J’ouvre mon champ des possibles.

Elle est blonde, petite, yeux de biche.

Je tourne encore quelques clés.

Il est noir. Elle porte un voile.

J’ai poussé la porte. Je passe tout en revue. Il, elle, petit, grande, africain, asiatique, arabe, caucasien, religions diverses, origines diverses, gros, maigre, poilu, trapu, whatever.

Je me confronte aux possibles.

Je suis mauvaise en surprise. Les bonnes, comme les mauvaises. Je ne sais pas les accueillir. Je ne sais pas comment dealer avec. Je manque de spontanéité.

Mais il y a des situations où un « euh » et un regard fuyant ne passeront pas. Quand on a 15 ou 20 ans, qu’on a une belle relation avec ses parents, on veut l’approbation toute entière. Là tout de suite maintenant. Pas dans 5 ans, après des années de cris, de froid et d’hostilité. On veut lire la fierté, on veut lire l’amour, on veut l’absolution et la confirmation.

Je m’ouvre aux possibles car la grandeur de l’amour et les sentiments de mes filles sont les seules choses qui m’importent. Le visage de l’amour n’a aucune importance. Ou plutôt il en a mille: la grandeur de son sourire, le pétillant de ses yeux, la justesse de son humour, la bienveillance de ses propos. Je veux pouvoir m’attarder à mes essentiels, en faisant fi du superflu.

Alors pour ça comme pour le reste je me prépare, je réfléchis. Je ne veux pas mes belles paroles rester lettres mortes. Je ne veux pas du « partout mais pas chez moi ». Je veux que ce soit une possibilité. Des tas de possibilités. Je voudrais que dans leur bouche rien ne sonne comme une révélation, à notre égard. Je voudrais que ce soit une évidence. Que la simplicité prenne le pas sur la justification et sur les étiquettes. Qu’elles puissent me présenter leur « blonde » sans apposer d’étiquette à qui elles sont ou à leur relation. Qu’elles puissent me présenter un homme de confession musulmane sans s’excuser « il n’est pas pratiquant ». Je ne veux pas d’excuses. Je ne veux pas de cases, je déteste les cases. Elles seront et sont déjà bien trop plurielles pour être estampillées d’un label particulier et rangées dans une étagère. Au même titre qu’être artiste n’exclut pas d’être scientifique, qu’être littéraire n’empêche pas d’adorer les maths, qu’être une femme ne donne pas forcément l’envie d’être mère et qu’aucun homme ne vient au monde avec le petit manuel du bon plantage de clous.

Il n’y a que des préférences, des apprentissages et des expériences, ce sont les seules choses qui nous dessinent et nous définissent.

Mon point de résistance : l’âge. Un homme ou une femme (bien) plus âgé(e), plus proche de mon âge que du leur. Voilà un élément qui bloque dans mon imaginaire.

Qu’à cela ne tienne, j’ai dix ans pour travailler dessus !

-Lexie Swing-

Enfants, Littérature

Une héroïne chaque soir {Good night stories for rebel girls}

«On lit l’histoire de la dame?» Une semaine que ça commence de même. Routine du soir. Histoire pour la petite sœur. Et le moment venu, B. choisit une histoire pour elle, ma grande de 4 ans. L’histoire de la dame, donc.

En vrai, ce n’est pas toujours la même dame. Elles s’appellent Ada, Alfonsina, ou même Amelia (on est encore dans les A!). Elles sont de toutes sortes, parfois nos contemporaines – l’une d’elle est née en 89! Plus jeune que maman! – et d’autres ont vécu il y a quelques siècles.

Les histoires commencent à peu près toutes de la même façon : «Once (upon a time)…», et puis le texte se déroule. Et sous nos yeux apparaissent des filles brillantes, des femmes fortes, des scientifiques, des littéraires, des sportives, des humanistes, des modèles… Et dans ses oreilles à elle, les idées pleuvent : on peut être handicapée, noire, originaire d’un pays pauvre, grande, malingre… On peut être femme, surtout. Et réussir.

Good Night Stories for Rebels Girls. Un livre superbe, le genre qu’on met en avant dans sa bibliothèque. Un petit ruban rouge pour marquer la page. Des textes en anglais que l’on traduit par passage – d’abord l’anglais, puis sa traduction résumée en français – parfois une ligne sur deux, en fonction de ce qu’elle est capable de comprendre dans la langue de Shakespeare.

Le petit coup de pouce «les femmes aussi sont fortes» restent finalement en arrière-plan, parce qu’elle a 4 ans, beaucoup de certitudes et encore peu de désillusions. D’autres détails l’émeuvent. Comme l’histoire de cette ballerine cubaine devenue aveugle. «Mais c’est quoi aveugle?» (écoutant attentivement l’explication) «Je ne veux pas qu’elle soit aveuble!». Certaines parties l’amusent, tant je mets d’emphase à ma lecture. «And there she met a grumpy old mathematician!» . «Maman, c’est quoi grumpy?» «C’est bougon, grincheux, comme ça … » Et moi de plisser les yeux, la bouche et le nez, imitant une face que je crois être celle d’un «grumpy old man». Et elle de refaire ça, le lendemain, à son éducatrice anglophone…

Le livre l’intéressera-t-elle encore longtemps? Impossible de savoir. Ce soir, peut-être, aura-t-elle temporairement tourner la page. Mais au-delà de l’histoire, je pense qu’elle aime le partage que j’en fais et le cœur que j’y mets. Et les parallèles surtout : cette fille-là, tu vois, elle préférait être seule qu’au milieu de plein de gens, et comme elle dit, c’est bien correct d’aimer être seule, ça n’empêche pas de devenir quelqu’un de bien. Comme B., quoi…

Souligner l’évidence, renforcer les bases, afin que le moment venu, celui de l’adolescence, celui de la fin de l’enfance, et même tout au long de sa vie, elle ne fasse pas peser dans la balance de ses décisions le poids de son genre.

C’est quoi exactement? Un recueil de biographies joliment racontées. Côté gauche, le texte, côté droit un dessin représentant la femme dont il est question. Toutes sortes de femmes qui ont marqué l’histoire y sont évoquées, comme les sœurs Brontë, Ada Lovelace, mathématicienne hors pair, l’aviatrice Amelia Earhart, Amna Al Haddad, championne de lever de poids…

Comment je le commande? Facile, il suffit d’aller sur https://www.rebelgirls.co/. On y trouve toutes les infos concernant les auteures du livre et la façon de les commander.

Combien il coûte? Ça dépend! Le livre seul coûte 35 dollars US et sa livraison est gratuite si vous habitez aux USA. Côté Canada et France, des frais de port s’imposent. De notre côté, avec quatre copines, nous avons décidé d’acheter de manière grouper cinq livres, ce qui a fait baisser nos frais de port. Il y a des frais de douane à payer à l’arrivée (11 dollars CAD pour 5 livres). L’envoi pour nous s’est fait rapidement, une dizaine de jours tout au plus. À noter que c’est Penguin qui distribue le livre dans les certains autres pays anglophones.

C’est pour quel public? Pour les filles et les garçons, à partir de 4 ans environ.

Est-ce qu’il est traduit dans d’autres langues ? L’information se trouve sur le site internet mais les distributeurs de certains pays, notamment en Europe, devraient proposer au courant de l’année des traductions en portugais, norvégien, allemand… Pour le moment la version francophone n’est pas mentionnée mais je garde l’œil ouvert (et le bon!).

-Lexie Swing-

Enfants

La complainte des leggings à étoiles


Quand Miss Swing était petite j’avais un goût très sûr pour ses vêtements. Je ne voulais pas de rose, je voulais des petits détails mignons, je voulais du mignon mais pas cucul. Je refusais le Disney et adulais Petit Bateau, mon maître du genre.

Combishorts fancy, marinière et petit chapeau, elle avait du style et je l’assumais.

Et puis un jour elle a eu trois ans, elle a vu une robe et elle a dit non. Après elle s’est roulée par terre, elle a dit que j’étais méchante et elle a sacré son camp vite vite pour que l’horrible robe ne la rattrape pas.

Ce fut la fin de ma toute puissance sur sa garde robe. Car Miss Swing ne porte pas de robes, peu de jeans et surtout pas de pantacourt, ces choses infâmes qui s’arrêtent à mi-mollet et qu’elle tente vainement de tirer vers le bas comme le pantalon qu’elles devraient être. Un chandail manches trois-quarts? L’avez-vous bien regardé ? On ne peut pas tenir les manches pour les glisser dans le pull, on a froid aux avant-bras… Une hérésie ces affaires- là!

Miss Swing, elle, elle porte des leggings. De beaux leggings. Avec des étoiles dessus. Des leggings qu’on appelait caleçons avant. Avec le même effet : des p’tites fesses moulées, des jambes graciles, et du pas beaucoup d’allure. C’est bien simple, ces pantalons n’auront jamais fait couler autant d’encre d’impression que ces dernières années, quand chaque journaliste mode qui se respecte y est allé de sa charte du bon usage des leggings, déclarant l’usage-comme-un-pantalon immonde et l’usage-comme-des-collants impropre. Restait donc l’usage avec tunique, mon préféré, mon pas-si-mal. Mais force est de constater que mon achat de tuniques, difficiles à trouver, n’a pas tenu la cadence face aux leggings 7 jours semaine.

Miss Swing porte des leggings. Tous les jours ou presque. Avec des chandails. Des chandails larges, des chandails mignons, des débardeurs. Souvent sans gilet, car cette fille-là est une vraie Québécoise et se découvre par 10 degrés. Toujours avec plaisir.

Et je m’en fiche, en fait. Tellement… Bien sûr, je me bats encore, certains matins, pour lui faire mettre des jeans. Sursaut de convenance parentale ? Pas du tout. Je me bats car les leggings sèchent en bas et qu’il y a douze paires de jeans dans le tiroir de sa commode. Qu’il est 7h17 et que le train n’attendra pas. Je me bats pour des choses qui valent la peine, et je lui laisse gagner ses propres batailles.

Je sais que j’en gagnerai d’autres. Comme samedi, quand j’ai dit « oh mais non tu ne devrais pas mettre cette robe que je t’ai achetée, ce n’est pas bien les robes hein? » et qu’elle l’a mise. Pour me montrer, que c’est elle qui décide. Et oui, elle était superbe.

La vie est faite de petites victoires silencieuses…

-Lexie Swing-

Enfants, Lexie

20

CadetteDans quelques jours, Tempête aura 20 mois. 20 mois! C’est presque la maturité, pour un bébé!
Tempête… Elle a des joues de brioche, et toujours une couette sur le haut de la tête. Lorsqu’il pleut dehors, ses petits cheveux de derrière tressautent, insolents, et remontent en des anglaises qui s’étiolent en fonction du temps. Elle a des petits bras musclés, des cuisses rondes et deux pieds bien campés. Dans le bain, le soir, elle regarde attentivement et imite sa sœur. Elle croise maladroitement les bras pour laver ses toutes petites aisselles qui n’ont pas transpiré. Elle sort un pied, puis l’autre, pour les savonner. Elle frotte ses cheveux, elle frotte ses yeux, puis crie au supplice du shampooing-qui-pique et qui ne devrait pas. Tempête, et ses trois sucettes, qu’elle tient dans chaque poing, pour les échanger la nuit venue, en fonction de ses envies et du goût qu’elles n’ont plus. Sucettes qu’elle appelle « sussss » en faisant traîner la fin, à l’affût de ses précieuses dans toute la maison. Et tous ces mots qu’elle dit, ses petites phrases courtes. Ses « papa est pa’ti? » et « il est où Loulou? » La première fois qu’elle a appelé sa sœur, et mon émotion… La première fois qu’elle a répondu « C’est à mééé » quand j’ai voulu lui prendre son ourson…
Tempête mon inépuisable, parfois fatiguée mais jamais rassasiée. Qui court, grimpe, saute en comptant « un, deux ». Son impatience, sa gourmandise, son rire contagieux, son entêtement, ses cris rageurs et son désespoir quand on lui interdit quelque chose qu’elle souhaitait ardemment.

Mon bébé soubresaut, réveillé au moindre souffle, au moindre bruit. Mon bébé que j’ai veillé il y a quelques nuits, quand le sommeil refusait de venir, et qui a attrapé ma main à travers les barreaux du lit, pour y lover sa tête. Mon bébé d’émotion, si plein d’émotions, qui les alignent comme autant de billes dans son quotidien. Si l’amour était en accusation, Tempête serait ma preuve irréfutable qu’il existe. Il vit, il vibre, il crie à pleins poumons, rit à gorge déployée et pleure à chaudes larmes. Il a bientôt 20 mois et une couette sur la tête. Et il s’appelle Tempête.

-Lexie Swing-

Crédit photo : Lexie Swing

Cuisine, Enfants

Cuisiner avec un enfant de dix-huit mois

Les premières années de B., ma grande fille, j’étais dévouée corps et âme à son développement. Je lui faisais faire des puzzles, je m’interrogeais sur la pertinence des légos, je lui faisais réaliser des collages et de la peinture… C’était un plein enthousiasme qui a malheureusement fondu avec l’arrivée de ma deuxième, débarquée en combo gratuit avec fatigue et surmenage.

Preuve en est, lorsque j’ai voulu lui offrir une petite chose pour sa fête (la Saint E.), je n’ai juste pas su quoi lui prendre. A mes yeux, elle a déjà tout, hérité des enfants avant elle, et je ne sais trop vers quoi l’orienter.

Mais voilà, Tempête la malicieuse est aussi bien souvent Tempête l’enfant malade. Et un enfant malade capable de retourner une maison avec 40° de fièvre et une toux à décorner un caribou. Deux jours – non consécutifs, malicieuse je vous dis – de maladie cette semaine m’ont obligée à ressortir mon enthousiasme et mes vieilles idées. Alors après avoir dessiné, collé des gommettes et plié (fait des boules avec) le linge, on est passé aux choses sérieuses.

Tempête est gourmande. Ses joues sont là pour le prouver. Quelques bananes en fin de vie étaient donc le prétexte idéal pour la faire passer en cuisine. Mais ça cuisine-tu vraiment un enfant de dix-huit mois? Impossible de me souvenir à ce stade.

Je l’ai plantée dans sa chaise haute, j’ai mesuré tous les ingrédients et j’ai lancé l’offensive. Je craignais les débordements et la pâte en mottons sur le plancher du salon, mais ma toute petite était bien trop absorbée par ce bol de nourriture odorant pour le pitcher par terre.

Elle a éternué dans la farine, crié quand j’ai voulu mélanger moi-même le beurre et a attaqué goûlument les bananes avec la fourchette destinée à les écraser. Chose étonnante : elle n’a pas voulu – de prime abord, tenez les chevaux, on parle de mon affamée cadette – goûter la pâte. Par contre elle a passé sa langue d’un côté à l’autre du moule fraîchement beurré. Normal. Bref, il n’a pas fallu longtemps pour la convaincre. A la faveur d’un index trempé dans la pâte enfin prête, Tempête a goûté au meilleur : le fond du bol du mélange à gâteau. Un peu plus, et elle y plongeait les deux mains et la tête avec. Je l’ai repêchée quelque temps après avoir enfourné le gâteau, occupée qu’elle était à nettoyer avec les dents la cuillère en bois.

Et vous savez quoi? Il était délicieux ce cake. Les éternuements et le moule fraîchement léché, sans doute (ah ah je perçois d’ici vos mines dégoûtées). La recette originelle, réalisée sans PLV, avec du beurre végé Becel et du lait d’amande. Il a cuit tellement longtemps que j’ai pu me faire un marathon de séries, pendant ce temps, mais le jeu en valait la chandelle!

Et puis avez-vous déjà eu votre maison embaumée par une odeur de pain aux bananes? Seriously?

-Lexie Swing-

Crédit photo : Lexie Swing

Enfants

Parentalité : ces vérités bien cachées

parent-enfantEn devenant parent, on découvre des choses incroyables. Je pourrais vous parler de l’amour fou – qui pour la moitié du monde n’arrive pas au premier regard malgré ce que la liqueur de certains articles vous déverse dans le gosier – et surtout un peu surréel qui finit par vous lier à cette petite chose que vous avez créée puis mise au monde. Je pourrais… Mais ce dont je voudrais vous parler, c’est du reste, de ces vérités qui persistent une fois le store d’Instagram baissé.

La première d’entre elle, la plus évidente, mais aussi la plus méconnue… C’est que le grand amour filial ne connaît pas de barrières. Pas même celle de la porte des toilettes. LE GRAND AMOUR BAVEUX ET PLEURNICHANT VA VOUS SUIVRE JUSQUE DANS LA SALLE DES BAINS. Et aucune menace, promesse ou gastro ne l’arrêtera.

Vous allez devenir un actionnaire majoritaire de Sopalin. La Société du Papier-Linge – c’est le nom à l’origine du mot Sopalin – ne vous remerciera jamais assez pour la quantité de vos achats. Et vous découvrirez alors avec stupéfaction que cela se vend par paquet de 30… paquet qui ne vous fera qu’une petite semaine. Que deviennent-ils? Le mystère demeure entier (mais il est probable qu’ils aient fondé un club avec les sucettes, également réputées introuvables après deux heures de succion intensive).

Les 8 heures de sommeil réputés indispensables par le comité des médecins bien intentionnés ne sont qu’hérésie. Un parent, ça peut fonctionner avec 4 heures de sommeil dans le cornet dont deux en position assise avec un nouveau-né coincé au creux du bras. CQFD.

Avoir un enfant d’une semaine autorise à se proclamer expert es-bambins difficiles. Tout le monde vous le prouvera. A commencer par votre voisine, votre boulangère et même cette parfaite inconnue croisée au détour d’une crise de terrible two sur le stationnement de Toys’r’us.

On ne comprend pas la moitié de ce que disent les mômes de moins de trois ans. Et on ne les comprend pas mieux lorsque ce sont les nôtres. Souriez, hochez la tête, dites « mais oui bien sûr chéri », sauf si l’enfant se trouve debout sur la commode de l’entrée. Méfiez-vous surtout, l’enfant se vexe vite et il a le lancer – de petites voitures – franc.

Le supermarché est un vrai lieu de villégiature. Pas de cri, pas de réclamation, la solitude, le bonheur total.

Il est physiquement possible d’avoir une conversation avec un autre adulte en présence d’enfants au restaurant si et seulement si trois conditions sont réunies : un parent tiers s’est dévoué pour surveiller la marmaille, il y a des frites au menu, vos voisins de table sont sourds.

Contrairement à l’idée reçue, vos noms de code ne seront pas Papa et Maman, mais Papapapapapapapapapapapa et MamanMamanMamanMamanMamanMamanMamanMamanMaman.

Le multitasking parental n’est que pure légende. On a tous contemplé, émerveillé, un parent occupé à discuter à bâtons rompus avec son aîné au sujet de la forme de crotte la plus répandue chez le chien adulte, tout en dansant la capucine avec fillette-du-milieu, la main droite berçant le cadet, tandis que la gauche débarrasse la table du dîner. ATTENTION – REVELATION. Il ne s’agit pas de multitasking. Il s’agit d’une méthode d’autodéfense du cerveau se déclarant en burn-out après avoir entendu le mot crotte lancé au milieu de Dansons la capucine, scandé pour la 29e fois en 3 minutes montre-en-main. Tel un écran de veille performant, le cerveau parental se met alors en zone grise, chantant du Nina Simone avec un fond de cigales en Provence. La face visible, elle, est parfaitement rodée, elle dialogue, elle essuie, elle évite la chute au petit dernier. Mais posez-lui une question, pour voir, une question TRICKY. Un truc comme « Quel est le prénom de fiston numéro 1 » et vous verrez, vous verrez… Dix contre un qu’il donne le nom du chien.

On donne toujours le nom du chien.

Il y a bien d’autres vérités que vous découvrirez en temps voulu, ou que je vous dévoilerai le moment venu. Ne pas trop en dire, c’est le secret de la perpétuation de l’espèce.

-Lexie Swing-

Enfants, Montréal

Une journée dans mes souliers

J’ai récemment vu une vidéo du genre. Une semaine dans les chaussures de quelqu’un. C’était une vidéo de boulot (au Québec on dit UN vidéo, je vous le dis pour pas que vous soyez mêlés si un jour vous entendez ça) et la personne avait un travail qui s’y prêtait (beaucoup de déplacements) mais j’ai aimé le concept et j’aimerais ça en voir et lire d’autres sur le sujet.

Une journée dans mes souliers ? C’est parti!

Le réveil sonne chez nous à 5h30. Beaucoup trop tôt pour être honnête. 5h30 c’est un peu comme le milieu de la nuit. C’est donc au milieu de la nuit que notre réveil sonne, et comme tout bon humain du 21ème siècle, nous snoozons. Le vrai réveil, c’est 5h50. Toujours le milieu de la nuit, mais déjà l’aube, les prémices de l’histoire. Alors l’un de nous file sous la douche tandis que l’autre se rend à la cuisine préparer le petit-déjeuner. Ça c’est la théorie. En pratique, l’autre plonge la tête sous la couette, se déplace au milieu du lit et se rendort les bras en croix, profitant de la chaleur des draps et de l’espace libéré. #life

Généralement, c’est le moment que choisit Tempête pour se réveiller. En criant. Et réveiller sa soeur. Qui crie aussi. Une bonne journée commence donc. Parfois, comme ce matin, l’une des filles n’est pas à l’endroit indiqué dans le manuel, aka son lit. Elle est dans le nôtre. Comment est-ce arrivé ? On ne sait plus vraiment. J’ai bien rêvé d’elle me disant qu’elle n’était plus fatiguée et voulait monter dans notre lit – youpi, mais je me souviens avoir alors marmonné « noooon, va dans ton liiiit ». Visiblement ce n’était pas un rêve. Et ma fille est sourde.

Time for breakfast. Facile de s’en rappeler, Tempête arpente la maison en grondant « maaaangeeeer ». Souvent c’est pain et beurre et confiture, ou fromage. Rarement pâte à tartiner maison. Des fois c’est gâteaux du Costco. Bref, pour le côté « healthy » on repassera.

Le temps se fait pressant à mesure que les minutes s’égrènent sur l’horloge du four. Bientôt il est 6h53, toujours il est 7h02 et je me sens stressée de voir ainsi une nouvelle heure entamée alors qu’il reste tant à faire!

On jette le chien dehors et les miettes dans l’évier, et on annonce « les vêtements, pipi, les dents, non dans l’autre sens ». Mais en vrai c’est toujours dans ce sens là, parce qu’il est bien connu que c’est toujours plus agréable de baver sur son chandail propre et de dégrapher son pantalon pour faire pipi sitôt après l’avoir enfilé. Des fois je suis maquillée, des fois par encore, mais dans tous les cas j’ai toujours les cheveux moitié secs et pas de temps pour les sécher.

On met les tuques, les mitaines (moufles). On enlève la tuque pour passer le cache-cou. On remet la tuque. Les bottes sont déjà mises depuis dix minutes et ont arpenté plusieurs fois le salon laissant dans leur sillon des cailloux tel le Petit Poucet. On enfile les manteaux, on force pour passer les mitaines de ski dans l’ouverture du poignet. On zippe mais pas jusqu’en haut parce que dedans il fait trop chaud. On ouvre la porte, on trimballe, on bringuebale, on attache dans la voiture, on revient chercher ce qu’on a immanquablement oublié (lunch/peluche du jour/couches pour la garderie) et on s’en va à trois cents mètres de là. On défait les ceintures, on prend les enfants sous le bras et on court dans la garderie. 5 minutes montre en main et on ressort, pour courir à la voiture et prendre la direction de la gare, en bas de la ville. Il est 7h32, 7h33 à l’horloge de la voiture qui a trois minutes de retard, toujours. Faire chaque matin l’addition dans sa tête et se rendre compte qu’on est en retard. On déboule au carrefour en priant pour qu’il soit dégagé. On a une théorie et un chemin bis. La théorie veut que certains jours soient moins achalandés que d’autres, et le chemin bis passe en contrebas. Lorsqu’on le prend, on peut être sûr qu’en arrivant au dit carrefour, il n’y aura personne sur notre route habituelle. Preuve que la théorie ne tient jamais! Mais pourquoi n’y a-t-il soudainement plus de voitures à 7h36 alors qu’il y a un bouchon à 7h38?

Retour à nos moutons. Nous nous engageons sur le chemin de campagne qui mène à la gare. Ne pensez même pas y aller à pied, c’est un vrai no man’s land excentré de tout. On se gare toujours tout au fond, 4 minutes pour arriver sur le quai. À l’horizon le train fume, en se découpant dans les premiers rayons du soleil. C’est une vision magnifique.

Embarquement. 25 minutes de trajet. Le temps d’un bouquin, d’un échange de messages textes, de quelques courriels ou d’un texte à écrire. Le temps de regarder dehors aussi, et de profiter de la traversée magique du Saint-Laurent, avec les buildings en arrière-plan.

Nous sortons sur le quai, à la gare Bonaventure. Le monde est endormi et il y a peu de portes. Alors en file, nous progressons doucement, tranquillement, péniblement même, les mauvais jours. Comme quoi tout dépend toujours de comment l’on voit les choses.

Je travaille juste au dessus, à un souffle et quelques marches à peine. La journée s’enligne, je profite de la pause de midi pour avancer mes MOOC du moment et lire la presse en ligne. Quand j’ai le temps, je sors. Une petite marche, même au milieu des boutiques, est toujours utile pour se sortir la tête du seau.

Les heures de l’après-midi filent en un clin d’œil. Certains soirs, je reste tard, histoire de coordonner un événement, ou une soirée. Mais le plus souvent, à 16h31 je suis dans l’ascenseur. Je traine un peu dans la gare, maintenant que je suis à deux escalators du train, et c’est comme une invitation au voyage.

Un jour, un jour… Je monterai dans le train pour Toronto, pour Chicago. Mais ce soir, je pars pour Saint-Bruno. Je monte dans le premier wagon, et je m’assois en haut, à gauche, pour avoir une vue sur les quais. Je suis une fille d’habitude, immuable. Tellement que l’amoureux n’a plus besoin de me texter pour savoir où je me trouve. Je suis là, première porte, en haut de l’escalier. Le retour est tranquille, jamais trop long. C’est une vraie bulle d’oxygène, une pause nécessaire entre deux vies qui se marchent sur les pieds.

Voiture (tout au fond du stationnement, une gageure les jours de tempête de neige), garderie, maison. Le chien fait la fête, Tempête réclame « de l’eau » (du lait en fait) et Miss Swing tente prendre le dessus sur la mêlée générale en criant plus fort que les autres.

Les jours bénis, le repas a été cuit la veille au soir et attend sagement sous son cellophane. Souvent ce sont alors des lasagnes et dans le train qui me ramène chez moi je pense à elles avec la même intensité qu’à un nouvel amour à la fin de l’été. Les autres jours, c’est préparation rapide, un riz aux champignons, des pâtes aux légumes ou un quinoa touski. Les filles crient à l’inanition, en se lançant un ballon à travers la pièce. À intervalles réguliers, Tempête se roule par terre et Miss Swing lui dit qu’elle ne l’aime plus.

Heureusement, la nourriture arrive finalement sur la table. La plus petite engouffre son assiette avec tous les outils que la Providence a pu lui fournir (fourchette, cuillère, main droite grande ouverte) tandis que la grande chipote cet avocat dont elle jurait la veille que c’était son légume préféré pour toute sa vie durant.

L’heure du bain donne le signal de fin. Un peu de barbotage, des dents lavés et hop, en pyjama. On lit l’histoire, on se fait les lettres de l’alphabet au complet, on dit quels prénoms d’amis commencent par quelle lettre, quel nom de chose commence par quelle lettre, quels animaux commencent par quelle lettre. On essaye de sauter des pages mais ce n’est pas possible car Miss Swing connaît son alphabet sur le bout des doigts et de son entêtement. On arrive à s’arracher au livre, on éteint la lumière, on fait un dernier câlin et on sort de la chambre.

On revient sur nos pas. On dit « oui tu peux faire pipi ». On rallume la lumière. On attend. On attend encore parce que c’était plus-que-pipi. On essuie. On tient fermement par l’épaule son aînée qui se découvre soudainement un amour démesuré pour le rangement du salon. On reconduit au lit. Et on demande de bien-vouloir-se-coucher-vite-sinon-je-te-previens-je-ferme-la-porte-attention-je-compte-jusqu’à-3.

Et puis vient le moment de débauche, la pure, la vraie. On s’octroie cinq minutes pour lire une page de livre ou regarder le début d’une série. Ensuite la vie nous rappelle à l’ordre, il y a des lasagnes à préparer, une table à débarrasser, un lave vaisselle à remplir et une machine à faire tourner. Les souliers deviennent un peu pesants, un peu étroits. Un instant on se voit loin, pieds nus, sur une plage désertée de tout enfant, de tout travail, de toute contrainte et de tout lave-vaisselle à remplir.

Et puis on remet ses souliers. La vie n’attend pas.

Et vous, quelle est votre journée ?

-Lexie Swing-

 

Credit photo : Lexie Swing

Enfants

Sus au pouce

This is the end… Entendez-vous la musique lorsque je vous écris ça? This is the end of the thumb. On Saturday, we decided we had had enough.

Rendu à ce stade de sa vie, le pouce de Miss Swing a probablement passé la moitié de son existence à végéter entre des dents, une langue et des mâchoires roses. Il en est ressorti un peu abimé, un peu aplati. Ce n’est pas une vie pour un pouce.

Avant qu’elle naisse, j’avais pourtant cette vision fort clairvoyante de l’éducation : mes enfants n’auraient pas de sucette, ce machin dégueulasse provoquant des mots mi-mâchouillés mi-bavés, et rendus totalement inintelligibles par l’entrave du bouchon de plastique. Le pouce me semblait une option tellement romantique. Et c’est vrai que c’est cute à souhait, un poupon de quelques mois, son petit poing fiché tout contre ses lèvres.

Toujours surprenant comme les perspectives sont différentes lorsqu’on ajoute quelques années au compteur et des heures à dire « enlève ton pouce de ta bouche ».

By the way, « enlève ton pouce de ta bouche », phrase numéro 1 chez nous, concourt carrément hors compétition pour cause de surabondance et de concurrence déloyale, loin devant « range ta chambre », « ne crie pas » et « arrête de taper ta sœur ».

Mais il est impossible de forcer son enfant à cesser de sucer son pouce (même si je fais des rêves la nuit dans lesquels scotch épais et mitaines de four jouent un rôle de premier ordre). On a essayé la menace, on a essayé la carotte, on a essayé l’explication, on a essayé la peur, on a essayé de lui faire confiance, on a essayé de se faire confiance. Sans succès. Alors il y a quelques semaines, lorsque son pouce est devenu un truc suintant dégueulasse parce qu’il est bien connu que doigt mouillé et froid polaire ne font pas bon ménage, nous avons crémé et bandé le tout. La situation nous l’imposait et elle l’a bien supporté. Mais voilà que, loin de se cantonner au repos du soir, le pouce a retrouvé sa place habituelle dans sa petite bouche… Hier, nous l’avons donc pansé de nouveau. Après avoir menacé de tout enlever – l’enfant de 4 ans aime imposer sa volonté – elle a oublié qu’elle avait un pouce.

Les mitaines ne sont pas très pratiques, ceci dit, quand on a le pouce bandé. Alors on verra, le printemps vraiment venu, si l’on peut opérer une vraie transition et faire revenir le pouce de Miss Swing a son usage normal pour un pouce de 4 ans.

Reste que, c’était une idée de merde, on peut le dire, de penser que sucer ses doigts était une solution préférable à la sucette.

Enfin on verra, je vous redis ça quand il faudra retirer son bouchon à Tempête, la fille aux mille sucettes (perdues).

-Lexie Swing-

 

Crédit photo : France Soir

Canada, Enfants, Montréal

Le coup de fil de la garderie

Vendredi après-midi. L’heure est à la détente, les courriels ont été mis à jour huit fois et les collègues ont pris d’assaut la machine à café sans que personne ne daigne regagner son poste après les trois minutes d’ordinaire small talk. Ça fait dix fois que j’entends qu’il fera -15 samedi – la chance d’avoir un bureau si près de la salle des repas – et personne ne semble être à court d’adjectifs pour qualifier cette température peu ordinaire alors même que chacun avait remisé son manteau après le 11 degrés du début de semaine.

De notre côté, la soirée s’annonce douce : la pâte à pizza est au frais, les légumes ne demandent qu’à être coupés et Netflix a récemment mis à jour sa banque de films. Tempête se gratte les oreilles depuis quelques jours et l’on s’interroge sur la pertinence de l’amener ou non chez le médecin samedi matin, mais rien que de très ordinaire finalement …

Il est 15h33 et le téléphone sonne. Je n’ai pas le temps de prendre l’appel mais c’est la garderie. Ce n’est jamais bon que la garderie appelle en après-midi. Ce n’est jamais bon que la garderie appelle tout court. Je rappelle mais le téléphone sonne occupé. Le numéro suivant, sur la liste des personnes à contacter, c’est celui du papa. J’enfile mon manteau et préviens que je pars. Je ne sais pas ce que c’est mais c’est forcément urgent. La garderie appelle rarement pour parler du temps, elle.

Dans l’escalator, le téléphone sonne de nouveau. Mr Swing a pris l’appel, il n’est pas inquiet, le pied de Miss Swing est seulement un peu enflé.
J’enrage un peu d’être partie si vite, pour un coup ou une foulure peut être, mais je n’ai guère le temps de m’interroger plus : le train démarre.

Quand j’arrive à la garderie, ma grande fille est debout, le pied droit nu. Elle claudique mais à peine. Le pied est gonflé, un peu dur, un peu bleu. Mais juste un peu.

Je la porte sur une chaise, l’habille, la laisse. Au signal, l’éducatrice de la cadette ouvre la porte du fauve, qui s’ébroue comme un petit cheval en courant pour ne pas mettre son manteau. Une Miss Swing sous le bras, une Tempête par la main – pas exactement le schéma habituel – nous rejoignons la voiture.

En attendant à la gare le train de l’amoureux, je me contorsionne depuis le siège avant en levant plus haut le pantalon de ma belle assise dans mon dos. Tandis que je la manipule, elle déclare soudain : « mon autre jambe pique maman ». Alors je soulève la jambe du pantalon. Dix tâches. Peut être plus. Je n’ose pas compter. Je bloque ma respiration. Déclare d’une voix que je veux enjouée qu’on va attendre Papa.

A la maison, on déshabille l’enfant et on compte les points. Un pour le pied enflé, deux pour l’hématome, cinq pour les tâches qui s’étendent de minute en minute. Dix sur dix pour l’angoisse.

Rapidement, la question des urgences n’est plus un « si » mais un « où ». La balance penche en faveur du Children’s. Neuf, dédié aux enfants, qualifié pour reconnaître les maladies purement infantiles, parmi les plus étranges. Je tremble beaucoup alors Papa se dévoue. En embrassant ma toute petite de 4 ans, je la regarde droit dans les yeux en m’imprégnant de la profondeur des siens. Je lui dis que tout va aller pour le mieux en faisant taire ma trouille qui me dit « et si tu te trompais? »

C’est la tempête dehors et ma cadette n’y est pour rien. Samedi sera bientôt là, la machine à café avait raison et le baromètre flirte déjà avec les -10. Coincé devant la pont Champlain, l’amoureux angoisse. A l’arrière, notre fille répond tout doucement, si doucement, qu’il se demande même parfois si elle répond vraiment.

Stationnement au Children’s, 20 dollars en moins sur le compte en banque – après une heure et demi, mais reste-t-on vraiment moins d’une heure et demi aux urgences ? Le sas, le premier guichet, le bracelet de l’hôpital – y compris pour le Loup – le deuxième guichet, le pré-triage. Rappel au pré triage, on l’envoie en zone jaune.

Ce sont les mots qui s’affichent de mon côté, sur le texto qu’il parvient à m’envoyer. Je suis déjà allée au Children’s, je suis toujours pognée dans la zone verte. Le jaune, c’est la chambre directe. Un monde jusqu’ici inconnu (sauf la fois où je me suis trompée dans la dose d’un médicament alors qu’elle était bébé). Aux urgences, ce soir-là, il est le seul papa « tout seul ».

De mon côté, je capote. Ces boutons, tous ces boutons. Une araignée ? Une colonie de fourmis? Les bibittes ont le don de me rendre dingue. Armée de l’aspirateur, et de javel, je passe au peigne fin la maison, et nettoie à fond sa chambre, sans succès.

Méningite, maladie de Lyme, l’interne égrène les possibilités et raye ses conclusions. Maladie de Schoenlein-Henoch. Ding ding ding, nous avons un gagnant.

Quelques examens plus tard et Schoenlein est désigné grand vainqueur. Entre temps, les membres inférieurs de Miss Swing ont viré au pourpre. Ça tombe bien, purpura rumathoide, c’est son deuxième nom, à cette maladie. Une réaction auto-immune du corps à la suite d’une maladie type otite, d’un vaccin, d’une prise d’antibiotiques.

A la maison, le cellulaire vibre au gré des amis prévenus qui s’inquiètent. A quelques rues de là, une amie maman me propose de poser Tempête. Une heure plus tard, elle me promet finalement de venir la garder à la maison si je décide de rejoindre le Children’s sur un coup de tête. Un soutien précieux, à cette heure et en ce lieu, quand la famille est à 6000 km de là et que l’angoisse nous étreint.

Un pipi dans le pot (et sur les doigts de Papa) et une prise de sang plus tard, Miss Swing s’est endormie. Il est plus de minuit. Ibuprofène sera son seul traitement, ainsi qu’une surveillance des reins et des selles pendant quelques mois.

Le lendemain, elle marche à peine. Quelques heures plus tard, elle claudique jusqu’au canapé, puis annonce après le dîner (de midi) son envie d’aller se promener. Elle aura gagné un chocolat chaud en tête à tête et un Rocky dont elle est ravie. Et son père toute ma fierté, pour être un roc aussi fort et avoir gardé le cap avec elle toute la nuit, même avec un début de grippe.

Je ne verrais plus jamais les vendredis soirs de la même façon…

Et vous, avez-vous passé un bon week end?

-Lexie Swing-

 

Credit photo : Lexie Swing