Les femmes fortes

Hier, sur son blogue, Magali Bertin recommandait de visionner «Je ne suis pas un homme facile». Un film français, avec Marie-Sophie Ferdane et Vincent Elbaz. Le pitch est assez simple : le héros du film, personnage parfaitement misogyne, entre en collision avec un poteau après avoir regardé de trop près quelques paires de jambes féminines, et s’évanouit. Il se réveille dans un monde physiquement identique, mais dominé par les femmes.

J’écris volontairement «physiquement identique» et non «en miroir» car il s’agit là, selon moi, d’un parti pris du film, sinon d’une lacune, auquel je n’adhère pas. Car si la domination a changé de camp, ses attributs restent bien ceux qu’on se plaît à identifier généralement comme masculins : les poils, les vêtements larges, le langage châtié, la force. Au sexe dominé – les hommes ici – les vêtements courts, voire les robes mêmes, les ongles vernis, les préoccupations d’ordre physique (et non métaphysiques), les émotions à fleur de peau… C’est parfaitement cocasse, oui. Les hommes parlent chiffon et fondent en larmes à la moindre contrariété. Les femmes se baladent torse nu, fument comme des pompières, jurent comme des charretières, jouent au poker et se tapent sur la gueule.

Il y a des idées réellement intéressantes qui sont soulignées : le fait que de nombreux métiers sont souvent représentés comme masculins – pompiers, policiers, directeurs, éboueurs…, l’indulgence dont nous faisons preuve à l’égard de l’infidélité masculine, le regard général sur le rapport à la parentalité et la charge mentale. La scène d’accouchement est à elle seule un moment à voir.

Reste que, l’ensemble m’indispose. Dans ma volonté de tendre à l’égalité, il y a toujours eu en filigrane ce sentiment que les deux sexes étaient complémentaires. Si nous sommes de compétence égale, nous ne sommes pas similaires. Faut-il, pour atteindre ce Graal que semble être l’égalité, imiter les hommes? La reconnaissance doit-elle passer par le port de costumes, par l’adoption d’un langage particulier, et de la condescendance comme manière de traiter les autres? Pourquoi l’accès à la liberté individuelle doit-elle toujours se faire au détriment des autres. Ne pourrait-on pas espérer être libres, ensemble?

Si je trouve le personnage joué par Marie-Sophie Ferdane, une belle femme relativement androgyne, dédaigneuse, mangeuse d’hommes, tête brûlée mais très libre, particulièrement intéressant et bien joué, je n’ai jamais imaginé les femmes fortes comme des femmes masculines. Pourquoi pas masculine oui, mais pas masculine comme prérequis. La femme forte est pour moi une femme assumée. Une femme indépendante qui affirme ses choix et ne craint pas de se battre pour ce en quoi elle croit. Elle prend soin d’elle, physiquement et psychologiquement, car elle est son premier public et que cela lui donne confiance en elle. Elle n’a pas peur, non plus, de se livrer, et de montrer ses émotions. Elle comprend les autres, fait preuve d’empathie et de compassion, et sait utiliser ces qualités là pour mener à bien ses projets et son chemin dans le monde. Enfin, une femme forte, selon moi, sait que les poings sont liés mais la parole libre. Elle connaît le pouvoir d’un mot, elle le colore, l’édulcore et le maîtrise.

Je comprends cependant que le film est peut-être moins là pour donner à voir une représentation de la femme forte, que pour donner un exemple parlant aux hommes spectateurs et aux femmes encore dubitatives quant à l’existence d’une domination masculine dans la société occidentale moderne. Il y a fort à parier qu’un (mauvais) comportement masculin socialement accepté sautera aux yeux des spectateurs une fois interprété par une femme. Quoi, les hommes doivent s’occuper de tout à la maison ? Quoi, les femmes peuvent se permettre de siffler des hommes dans la rue ? Quoi, on ne peut plus mettre un short sans se faire emmerder par une gonzesse ? Quoi, on ne peut pas avoir accès à des postes importants parce que l’on est un homme ? Quoi, on ne peut pas avoir, à compétences égales, un salaire équivalent à celui des femmes ?

En fait, ce film n’est pas une représentation d’une domination féminine fantasmée. C’est une satire de la domination masculine et sur ses clichés les plus parlants. Je reviens sur mes propos, je commence à le trouver intéressant …

Reste que, je suis vraiment curieuse. Quelle est pour vous la représentation de la femme forte ? Comment auriez-vous exploité cette idée de femme dominante ? Et d’ailleurs, avez-vous ce film sur Netflix? Bref, #onjase

-Lexie Swing-