Charge mentale et partage des tâches : tous concernés?

La formidable Madame Sourire, Marie de son prénom, a lancé il y a quelques semaines la page Instagram @taspensea, et force est de constater que ça cartonne. Les commentaires sont significatifs, comme souvent lorsque quelqu’un met en lumière une réalité partagée mais longtemps passée sous silence : «c’est pareil chez moi», «j’aurais pu écrire ce texte mot pour mot», «ça me fait penser à la fois où…».

J’ai toujours deux pensées, lorsque je parcours ces partages. La première, c’est la pensée agréable de savoir que je ne suis pas vraiment concernée. La deuxième va à celles, et ceux, qui sont dans ce désarroi conjugal, celui qui fait que la personne qui partage votre vie, que vous avez choisie et que vous aimez, ne réalise pas le poids de la charge mentale et la lourdeur des tâches, qui menacent chaque jour d’engloutir son ou sa partenaire. Pire : certains en sont conscients mais refusent tout bonnement de redistribuer les cartes.

Je suis toujours un peu surprise par certaines réactions. Pas parce que certains et certaines ont, comme moi, la chance de partager leurs tâches et charge mentale avec quelqu’un, mais parce que certaines de ces personnes en profitent alors par nier la réalité des autres. C’est une réaction que l’on observe souvent sur d’autres sujets, notamment avec le sexisme. Celles qui ont eu le privilège – car c’en est un – d’évoluer dans un milieu relativement exempt de différenciation genrée, n’hésitent pas, pour certaines, à minimiser les propos des dénonciatrices, les paroles des victimes, l’importance des actes et des faits.

Je n’ai pourtant pas grande eau à apporter au moulin de la charge mentale, de l’équilibre précaire du partage des tâches ou du sexisme. Je suis née et ai grandi chanceuse. Élevée dans une famille où les tâches n’étaient pas genrées, j’ai construit une vie de couple avec quelqu’un qui agit avec et à côté de moi sur un pied d’égalité, derrière notre porte, et au dehors.

Mais mon cas particulier n’est pas une vérité universelle. Ma chance n’efface pas pour autant les luttes sociales de ce monde. Peut-être que ce n’est pas le cas dans nos entourages, peut-être sommes-nous mieux lotis, mais il y a encore de nombreux couples où les tâches et l’organisation reposent sur une seule personne. Sont-ils 1/3, la moitié, la majorité? Est-ce en mutation, est-ce conscient, inné, lié à l’éducation?

On ne rend service à personne en niant cette réalité. En niant qu’il existe encore des combats à mener pour rendre les sexes égaux, pour rendre les hommes égaux. Car dans nos univers parfaits, nous élevons les couples de demain. Des garçons, des filles, qui devront composer ensemble, trouver leur place seuls, à deux, peut-être à plus. Qui devront se répartir les tâches par practicité, ou par affinité, et non par division genrée. Qui devront, surtout, supporter ensemble la charge mentale : celle des finances, celle de l’organisation quotidienne, celle des repas et de l’épicerie, celle de l’éducation, bien entendu.

Sur le board de mon bureau, ce pin’s offert par une amie, qui claironne : «Féministe, tant qu’il le faudra». Car peu importe si mon combat personnel n’a de sens qu’au pluriel.

Écouter, lutter, dénoncer, changer, tant qu’il le faudra.

-Lexie Swing-