Stop à la sexualisation des enfants!

2 ans./
2 ans./

Mardi, j’étais chez la pédiatre (avec qui j’ai eu cette sympathique conversation), et je m’ennuyais ferme en l’attendant. Son assistante m’avait déjà fait mettre Miss Swing en culotte pour pouvoir la peser et la mesurer, et celle-ci, insensible au petit courant d’air froid (ai-je déduit lorsqu’elle m’a jetée au visage la veste que j’avais osé poser sur ses épaules) buvait sa brique de lait à la paille assise sur le petit matelas réservé aux auscultations.

Je l’observais donc, et j’ai dégainé mon portable, toujours à l’affût d’une belle photo de ma progéniture. Ladite photo est parfaite de « mignonnité » : ma belle est perdue dans ses pensées, assise en culotte sur le matelas froid, les lèvres pincées autour de la petite paille de sa briquette. Sur son ventre, un filet de lait échappé de la bataille dégouline. J’ai envoyé cette photo à son papa. Et puis à ses grands-parents. J’ai pensé à sa tante, et puis à mon amie A. avec qui j’échange souvent des photos de nos bébés respectifs. Je l’ai aussi transmise à ma copine M., qui me demande parfois des photos choues de ma fille. Et puis la nounou m’a envoyé un message et je lui ai renvoyé la photo en lui disant « devine où on est?? » Je la trouvais tellement cool cette photo que je l’ai mise en fond d’écran de mon cellulaire.

Et puis ce matin je suis là, assise à la pharmacie. Je contemple d’un oeil des magazines en tête de gondole, tout en surveillant mon cellulaire. Machinalement j’appuie et ma fille apparaît. A mes côtés, une dame regarde aussi ma photo. Une seconde je suis fière, résistant à l’envie de lui glisser « C’est mon bébé, vous savez, la mienne, elle a eu 20 mois, et hier… », et puis la seconde d’après, mes yeux tombent sur un titre de magazine, un titre qui proclame « Des parents sommés d’habiller leur fillette de 2 ans qui courait sans t-shirt le long du bord de mer ». C’était aux USA, en Italie, en Espagne, je ne sais pas où. C’était au Canada. Ou ça aurait pu être au Canada. Après tout, cet été, une mère a été sommée de mettre un haut de maillot à sa fille de trois ans. Et qu’importe ce qu’on a dit de la réaction de la mère, le fait est là : on lui a demandé – et c’était le point de départ – de recouvrir les seins de sa fille. Les seins. A 3 ans.

Et puis très vite, j’ai repensé à cette maman américaine, qui s’est vue retirer ses enfants parce qu’elle avait publié des photos où ses trois enfants, en sous-vêtements, jouaient avec leur mère dans le lit de celle-ci. On a jugé les photos obscènes. C’est tellement stupéfiant qu’on a envie d’en rire. D’un rire niais, un peu emprunté, marqué d’un vague « je ne comprends pas ». Car c’est exactement ça. Je ne comprends pas comment on peut sexualiser le corps d’un enfant de deux ans. Si je coupe la photo de ma fille au niveau des épaules, on serait incapable de savoir qu’elle est une XX, sauf eut égard à cet attribut relativement « petit-féminin » que constitue… sa culotte à pois! Mais le ramdam est tel et les justiciers des moeurs tellement aux abois que pour la première fois, en regardant ma fille, je n’ai pas vu une petite fille de 20 mois. J’ai vu une poitrine nue, un filet de lait le long du ventre, une culotte à pois. J’ai vu l’artifice, j’ai sexualisé ma fille malgré moi, obnubilé par les bien-pensants et leur vindicte virtuelle implacable.

J’ai eu envie de vomir d’avoir vu ça.

Ma fille n’est qu’un bébé de 20 mois. Bientôt elle sera une enfant. Un jour, elle sera une ado, puis une adulte. Elle aura une poitrine, que la société lui recommandera de dissimuler, ce qu’elle fera dès qu’elle aura constaté l’apparition de ses seins naissants, parce que les jeunes filles sont ainsi et que la société, les copines, les amoureux, les conduisent par la main vers cette dissimulation, qui est aussi, le moment venu, une forme d’émancipation.

Mais laissez ma fille n’être qu’un bébé, qu’un enfant, sexuée par ses couettes et ses robes qui volettent, plutôt que par d’hypothétiques attributs, dont l’apparence ne peut se conjuguer qu’au futur.

-Lexie Swing-

PS She’s soooo cute, m’a finalement dit la femme à côté de moi. Forcément, je me suis sentie obligée de dire que, puisqu’elle m’en parlait, ma fille avait eu 20 mois et…

7 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Pomdepin dit :

    Tu n’imagines pas a quel point c’est un plaisir de lire ça! Parceque les filles ont plus de 20 mois (6 et 9 ans) , et ça ne s’arrangent pas en grandissant. Ça m’angoisse, laissez les être des enfants, elles ont le temps!

    1. lexieswing dit :

      Est-ce que ta grande de 9 ans est déjà vue comme une preado par certain(e)s?

  2. petiteyaye dit :

    Pfff… totalement decouragée… on va où ? Je prends plein de photos de michoco tout nu car il fait chaud et on vit tout nu, tout simplement ! Je suis partagée entre les montrer car un bébé de 21 mois qui joue les fesses à l’air dans sa mason c’est vraiment naturel et ne pas les montrer pour ne pas me prendre des commentaires, c’est vraiment vraiment nul. Je me fais du souci pour le rapport que nos enfants auront au corps dans 15, 30 ans…

    1. lexieswing dit :

      Et bien… Moi je n’envoie plus jamais de photos de la miss dans le bain (enfin si mais ça s’arrête aux épaules), ridicule non? Par contre je lutte contre cette histoire de maillot, j’ai toujours trouvé ça ridicule. De toute façon l’été je lui mets presque tjs un t-shirt pour se baigner car je crains le soleil. Mais je ferais pareil avec un petit gars, ça ne m’était jamais venu à l’esprit avant toutes ces histoires…

  3. Euphrosyne dit :

    A reblogué ceci sur Je me disperseet a ajouté:
    Un sujet qui me tient particulièrement à cœur.

  4. Ma fille a 12 ans, pas de seins et une morphologie encore de petite fille… Cet été j’ai ramé pour lui trouver un maillot 2pieces sans coques … Qui lui aurait fait les seins qu’elle n’a pas encore et ne voulait pas avoir … en faux! Ton article est intéressant : finalement les enfants n’ont plus le droit d’être des enfants !

    1. lexieswing dit :

      Je trouve ça assez atroce comme idée… Le marketing donne vraiment une image particulière des petites filles et de l’enfance. Il décide de la couleur des jouets, de ce à quoi doit jouer une petite fille, et un petit garçon, en prenant bien soin de ne pas les mélanger, il propose des strings aux fillettes de 8 ans et du maquillage soit disant « adapté »… C’est assez « épeurant » comme on dit au Québec

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