Gérer les aléas de la petite vie enfantine

Il y a quelques jours, ma fille aînée – 6 ans et demi au compteur – est revenue du camp d’été pleine de désarroi. Le bracelet qu’elle portait au poignet, un élastique à cheveux en tortillon (c’est la mode par chez nous), avait été égaré par la susmentionnée puis retrouvé… au bras d’un autre enfant.

«Je lui ai demandé de me le rendre», a clamé la dépossédée.

       Et puis?

       Il a refusé et il est parti. Je lui ai couru après, mais il continuait à refuser. Moi je savais que c’était le mien, mais il a fait comme si c’était le sien.

Quand on n’a pas 7 ans, la perte d’un bracelet bleu en tortillon, ça vaut bien quelques larmes. Et comme c’était aussi un élastique à cheveux, j’aurais eu de quoi lui mettre la police scientifique aux fesses, à ce petit empêcheur de tourner en rond.

Sauf qu’on n’appelle pas la police scientifique pour une affaire d’élastique à cheveux volé. Même pas volé volé, mais pas rendu.

Alors on appelle qui? Facile : on appelle papa. C’est ce qu’a fait ma grande fille, après avoir constaté que les éducateurs faisaient peu de cas de sa requête (selon ses dires). Papa, gonflé de cette responsabilité toute enfantine, est donc allé réclamer le précieux bracelet à l’ami indélicat. Croyez-le ou non, mais il a dû insister, et le môme a fini par lui jeter aux pieds, avant de s’enfuir en courant.

(Là c’est le moment nostalgique où le monde soupire : «Décidément, les mômes d’aujourd’hui…»)

Reste que ma fille était peinée. Ce n’était pas une vraie victoire, de faire intervenir son papa. Elle se serait préférée autonome et capable de mener ses propres batailles. Mais que faire quand un camarade refuse ainsi de rendre un objet? Quelle position tenir lorsque la meilleure copine depuis toujours (depuis dix minutes donc) refuse de lui adresser la parole? Que conseiller, à celle ou celui qui se fait rejeter d’un groupe, qui est tenu à l’écart d’un secret, à qui on a chipé un crayon préféré?

La parentalité, c’est faire face aussi au désarroi de notre enfant et se trouver parfois en mal d’actions à mener. C’est devoir se mettre sur le côté et observer la débâcle, la culpabilité et l’impuissance décuplées. On serait prêts à prendre les armes, pour aller botter nous-mêmes les p’tits culs agaçants. On dévoilerait des merveilles de tact, pour faire accepter notre enfant. Mais on sait que cette bataille n’est pas la nôtre.

«Je fais quoi, moi, Maman, si un ami ne veut pas me rendre quelque chose?»

       Tu insistes, tu te fâches, tu demandes l’aide d’un adulte?

       Et si tout ça, ça ne marche pas?

Et là j’ai eu une révélation :

« Tu peux aussi décider que tu acceptes la situation.»

Et puis j’ai expliqué cette leçon apprise de l’expérience : «Tu ne peux pas contrôler toutes les choses mais tu peux décider de quelle manière tu veux y réagir. Tu peux choisir de ne penser qu’à ce garçon qui t’a pris ton bracelet, ou tu peux décider que tu acceptes de ne plus l’avoir en ta possession, et te concentrer sur autre chose. Ça ne veut pas dire que tu ne vas jamais récupérer ton bracelet, que tu ne saisiras pas l’opportunité de lui faire remarquer qu’il est à toi et qu’il doit te le rendre. Ça veut seulement dire que tu as pris note que ce garçon avait ton bracelet, et qu’il devra te le rendre, mais qu’en attendant tu vas profiter de ta belle soirée d’été pour faire des choses que tu aimes plutôt que de te concentrer sur ce problème-là.»

Ce choix, j’aurais aimé savoir que je l’avais à toutes les étapes de ma vie, de la plus insignifiante à la plus importante. J’aurais aimé me souvenir que toute galère deviendrait une histoire sympa à raconter devant un verre, que toute rupture serait source de leçons, que tout obstacle pouvait être synonyme d’opportunité. J’aurais agi, et quand je n’aurais plus pu en faire plus, j’aurais pris acte et je me serais consacrée à autre chose.

Il y a mille façons de faire cela : en écrivant, en se racontant les choses comme si l’on était le protagoniste d’une comédie dramatique, en faisant quelque chose d’improbable et nouveau, pour changer le cours de l’histoire, en se déconnectant, pour quelques heures.

Et j’espère que ma fille trouvera la sienne.

-Lexie Swing-

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10 réflexions sur « Gérer les aléas de la petite vie enfantine »

  1. En voilà une belle leçon de vie ! Je tâcherai d’y repenser lorsque l’occasion se présentera. Merci à toi :-)

    1. On essaye de se le dire, dans notre couple, quand l’un de nous deux commence à capoter pour un détail

  2. C’est le dur apprentissage de la dépossession, du sens de la propriété aussi, des priorités dans la vie… Pas facile pour un enfant. Très juste aussi, ce que tu réponds à Cécilia, dans le couple ! On a toujours le choix de ne pas se pourrir la vie. J’ai mis cela en pratique cet été et cela a considérablement allégé nos vacances :-)

    1. Ce n’est pas forcément facile à mettre en application mais au quotidien je trouve que cela relâche pas mal de pression. C’est tellement facile de s’en mettre des tonnes sur les épaules, avec les exigences de la vie d’aujourd’hui…

  3. Très juste Lexie!
    Tout cela est l’apprentissage de la vie et en tant que parents – je crois que c’est ce que j’aime dans la parentalité – on apprend aussi de ces moments, de ces questions auxquelles nous n’avons pas toujours les réponses, mais qui nous permettent de réfléchir et d’arriver à des conclusions pleines de sagesse.

    1. C’est certain que ça nous fait aussi avancer en tant qu’humain. Entrée au cp pour ton escargot ?

      1. Oui!
        Grande étape!
        Pour ta puce aussi?

  4. la conclusion parfaite! que je vais garder en tête pour l’appliquer à moi-même ;)

    1. J’essaye de l’appliquer moi aussi ;)

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