Deux ans de course

Il y a quelques semaines, j’ai fêté mes deux ans de course à pied. J’avais une vision très linéaire de la course à pied, convaincue qu’il s’agissait simplement de s’y mettre, de se tenir aux entraînements prévus, de se donner la peine, et que le reste suivrait forcément. J’allais courir 1 km, et puis 5 et puis 10, et puis un jour j’aurais couru un marathon et j’aurais instagrammé mon arrivée, l’air fatigué mais accomplie, genre.

Spoiler alert : ça ne s’est pas passé comme ça. J’ai bien commencé par le 1er kilomètre. Et contrairement aux idées reçues, ce n’était guère facile. Quand on part de -10 000 en dessous du niveau de la mer, la pente est rude et le coin de la rue vertigineusement loin. Mais je me suis accrochée, suivant scrupuleusement le programme de 5 km débutant initié par ma montre flambant neuve. Marche – course – marche – course et puis un jour, la course seulement. A la fin de l’automne, j’accomplissais péniblement mon premier 5 km avec la grâce d’une baleine en fin de vie. Mais j’étais ravie, j’avais mené mon projet à bien, le reste allait être une partie de plaisir.

Queneuni.

Le froid est arrivé et j’ai continué à courir, mais mollement. Au lieu d’avancer vers une certaine progression, j’ai regressé. J’avais relancé un deuxième programme de 5 km, pour coureurs intermédiaires cette fois, mais mon entraînement ne suivait guère. Je lisais les récits de coureuses qui s’étaient lancées pour la première fois quelques mois auparavant sur les pistes de courses et accomplissaient désormais leur premier demi-marathon et je rageais. Mon corps ne suivait pas, mon souffle était toujours aussi court et malgré la répétition des entraînements, courir restait une lutte de chaque instant.

Mon chum me parlait de cet état de pleine conscience qu’il parvenait à atteindre en courant, perdu dans ses pensées ou écoutant les bruits alentour. Dans mon esprit à moi, c’était la cacophonie, entre soupirs de fatigue et rage de vaincre. Je faisais écran aux petites voix en écoutant de la musique à plein volume, espérant être portée par le rythme des musiques pops des années 2000 que j’écoutais en boucle.

En juin, j’ai couru mon premier 5 km en course. Tranquille. J’avais enfin atteint ce stade d’une certaine facilité, d’un niveau suffisant pour accomplir le parcours pour lequel je m’étais inscrite. Grisée par la réussite, j’ai parcouru de multiples sites, comparé des dizaines de courses, j’allais faire du sentier, des 10k route et peut-être un semi un jour.

L’été est arrivé et j’ai cessé de courir.

En septembre, j’ai recommencé. Un peu de marche, un peu de course. La forme est revenue plus vite, le souffle aussi. Nous avons planifié notre voyage à Vancouver et j’ai découvert qu’un 10 km avait lieu dans la ville pendant notre séjour. Quoi de mieux que de réaliser une nouvelle étape dans un endroit différent, lors d’un voyage ? Est-ce qu’on ne devrait pas toujours faire ça dans une vie de coureur ?

J’ai programmé ma montre et j’ai repris la route. J’ai couru tout l’hiver, améliorant ma forme et mon temps. J’écoutais des podcasts d’histoire et j’allongeais mes courses. Trois semaines avant Vancouver, l’envie a disparu. Tout à coup, faire plus de quatre kilomètres me paraissait insurmontable et je n’étais plus capable de courir sans dédier un temps de marche.

Le jour de la course est arrivé, sous une pluie battante. On conseille toujours aux coureurs de courir par temps de pluie durant les entraînements parce que les courses peuvent se produire sous tous les temps. Je déteste la pluie, j’avais toujours soigneusement évité de sortir sous les gouttes. J’ai couru 10 kilomètres, sous la pluie, sans faillir. Avant chaque ravitaillement, j’avalais des bonbons énergisants. Je suis arrivée au bout, dans un temps honorable. Je me suis vue abattre des montagnes. Le lendemain est arrivé, et puis le retour au Québec, et puis la semaine suivante, et je n’ai plus recouru.

Quelques semaines plus tard, je courais le même 5 kilomètres que l’année précédente, il faisait une chaleur accablante et mon temps était moins bon que l’année précédente. J’avais une expérience d’une année de plus, j’étais arrivée au bout d’une course qui faisait le double de kilomètres mais le résultat était en deçà de toutes mes attentes. Quelques jours après la course, j’ai commencé à avoir une douleur au genou qui ne m’a plus quitté.

L’été est arrivé et j’ai cessé de courir.

En août j’ai fait deux choses importantes : j’ai vu ma physio pour mon genou et ma nutritionniste pour lui dire que j’étais incapable de courir plus de 5 kilomètres sans un support de glucides. Elles m’ont remis le genou et les idées en place. Un mois plus tard, je recommençais l’entraînement avec un régime alimentaire adapté.

Alors voilà, ça fait deux ans que je cours. Je suis un entraînement marche-course pour réhabituer mon genou. Je sais quoi manger quand je m’entraîne et aussi quand je ne m’entraîne pas. Je cours 4 fois par semaine dont 3 avec mon chien. C’est souvent le petit matin et il fait de plus en plus froid. Je n’écoute plus toujours des podcasts et je regarde les oiseaux balbutiants dans le jour qui s’installe. Lorsque j’aurais atteint mes 5 kilomètres de course, je repartirais sur un programme de 10 kms de coureur intermédiaire. Et dans un an, à l’automne 2024, si mon genou tient le coup, je prendrais le départ de mon premier demi marathon. En attendant, j’aurais une année pleine de challenges. Il y aura l’hiver et le froid marqué, la baisse de forme et de motivation qui s’invite après chaque accomplissement, les kilomètres atteints et puis ceux qui semblent hors de portée. Il y aura peut être des semaines où je ne courrais pas et où abattre deux kilomètres me paraîtra impossible. Mais deux ans, c’est aussi une meilleure connaissance de soi, et la certitude qu’au bout du compte et en dépit des baisses de régime, tout revient, tout recommence, et chaque fois un peu plus facilement. Et qu’il faut se donner le droit de faillir, et la chance de recommencer.

-Lexie Swing-

3 réflexions sur “Deux ans de course

  1. Bravo pour ta persévérance ! J’ai toujours été nulle en course, je me traîne, je n’avance pas, je suis lente. Après m’être entraînée avec des collègues pour une course inter-entreprise et un résultat nullissime, j’ai arrêté les frais et je me suis mise… au vélo ! J’ai enfin l’impression de progresser, et je peux multiplier les occasions d’en faire : pour aller au travail, faire les courses, le week-end…
    Avec le recul je crois que mon entraînement à la course était largement insuffisant, mais je ne crois pas que j’aurais été capable d’y consacrer plus de temps tellement je trouve ça ennuyeux. Chapeau bas en tout cas pour ta motivation, mais sois prudente avec ton genou !

    • Bravo pour le vélo, je me dis que l’important c’est de mobiliser son corps d’une façon ou d’une autre. J’étais franchement nulle en partant et je sens que ce n’est pas un sport assez facile pour moi pour réaliser des exploits. C’est ça aussi la partie difficile : remettre ses perspectives à son heure à soi et non au regard des performances d’autres personnes sur les réseaux sociaux par exemple

  2. Félicitations pour ta persévérance car on sent bien à te lire que tu n’as pas les prédispositions physiques comme tant d’autres et pourtant tu t’accroches et progresses. Sincèrement, bravo !

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