Les enfants, les repas et mon avis sur les coffrets ChefClub

On revient de la chasse aux bonbons d’Halloween. Comme chaque année, il y a plus de bonbons sur la table que de jours dans l’année, et le calcul est facile : on ne les finira pas d’ici l’année prochaine. On ne les a jamais privées de bonbons, il y en a d’ailleurs souvent qui traînent d’une fête à l’autre dans nos placards, mais elles n’en mangent pas sans autorisation et chez nous c’est plus souvent non que l’inverse.

On a tous nos façons de naviguer avec l’alimentation des enfants, et il n’y a pas de recette magique – c’était le minimum que de la placer, celle-ci – en matière de bonbons comme pour le reste. Il y a ceux qui refusent tout bonnement d’en avoir et d’en recevoir, ceux qui les autorisent à tous les repas et piochent eux mêmes allègrement dans le pot d’Haribo, et au milieu, tous ceux qui naviguent à vue. Ils disent oui pour un, pour deux, pour dix et finalement la famille passe à travers le paquet et les parents jurent leurs grands dieux qu’on ne les y reprendra pas. Les bonbons sont bannis jusqu’à la prochaine fête, et puis ça recommence. C’est aussi comme ça qu’on éduque, en posant des limites qu’on sait transgresser quand l’occasion – sous la forme d’un Kinder Schoko-Bons – se présente.

La même habitude prévaut pour les repas et nourrir des enfants n’est pas plus facile aujourd’hui qu’il y a 30 ans. Probablement moins, même, parce que les parents vivent plus de culpabilité et se sentent moins libres de devenir des tortionnaires, brandissant les haricots verts sous le nez de leurs rejetons en invoquant ces pauvres enfants qui n’ont rien a mangé en Somalie et toi tu gâches tu n’as pas honte. Aujourd’hui, on se félicite d’avoir fait manger des courgettes cachées dans du gâteau au chocolat et on découpe des cœurs à l’emporte pièce dans des rondelles de concombres. C’est inventif mais ça ne résout malheureusement pas le problème initial : comment apprendre à son enfant à se nourrir avec moins de frites et plus d’épinards ?

Parfois je mentionne à des copines ou collègues un plat nouveau préparé la veille ou le week-end d’avant, disons un mélange hummus, haricots rouges, poivrons, feta, épinards, œuf et avocat dans une tortilla, et les questions sont toujours les mêmes : mais tes enfants, elles mangent quoi ? Suivies de l’invariable : moi mes enfants, ils mangent pas les trucs rouges, pas les légumineuses, pas les poivrons crus, pas les œufs coulants, name it. On sent le désespoir quand elles me le disent. Et en même temps l’espoir de parvenir à changer les choses, de devenir une de ces familles qui peut profiter d’un repas de famille agréable durant lequel le niveau conversationnel ne met pas en péril l’audition et le plat de lentilles est savouré sans menaces.

Ce n’est pas la première fois que je le mentionne mais j’ai été un de ces enfants hyper difficiles. Et dans les années 90 en plus alors que ça n’existait presque pas. On dissimulait ceux de mon espèce, qui boudaient les plats en sauce et le poisson au four, faisaient fi des préceptes selon lesquels tous les enfants aiment le fromage, les patates et le chocolat (enfin perso moi j’aimais ça, c’était la base de toute négociation, donne-moi du Pavé d’affinois et je finis ta viande trop cuite). Les aliments ne devaient pas se toucher entre eux dans l’assiette – le comble de l’horreur étant le jus d’une viande qui aurait glissé du fait d’une table mal balancée et serait venu épouser le flanc des trois vaillants haricots verts négociés par la trivialité parentale. Je ne supportais pas la présence d’une herbe quelconque, comme un malheureux basilic sur une pizza margherita ou pire encore : un brin de persil sur un monticule soigné de pâtes blanches bien beurrées.

Bref, le cauchemar des enfants culinairement difficiles je connais : j’ai été l’un des despotes les plus en vus de sa génération dans mon cercle particulier. On gardait des crêpes surgelées à mon attention dans les congélateurs des habitués, de peur que je renie père et mère pour éviter un poisson pané qui n’aurait pas eu la rectanglitude habituelle. (Vous riez peut-être mais c’est vrai : il y a les bons Croustibat, fins avec une forme allongée, et les infâmes panés larges que prenaient parfois mon père. Le summum de la défiance étant ceux qui incluaient une fine couche de sauce tomate entre la panure et le poisson. Voici comment on gâche un classique de la cuisine industrielle française : en créant des rectangles qui n’en sont plus et en innovant sur la matière.)

Ceci étant écrit, je dois vous avouer quelque chose : mes parents ont été très complaisants à l’égard de mes caprices alimentaires mais comme tout bon enfant des années 90, j’ai eu le loisir de rester devant mon assiette pendant de longues minutes alors que la table était de longue date débarrassée. J’ai eu aussi à mâcher des morceaux de viande qui me semblaient toujours plein de nerfs et que je tentais d’avaler tout ronds avec une gorgée d’eau. J’ai été à la cantine et on m’a sommée de goûter le plat du jour : foie de veau et choux de Bruxelles bouillis. Et je n’en ai pas gardé trace ni rancune. Je n’ai pas créé de rapport particulier avec la nourriture que l’âge adulte ne m’est pas permis de défaire. Mieux encore : je mélange aujourd’hui allègrement les saveurs, le sucré-salé et même les textures. Alors défaites vous de cette culpabilité qui vous empêche d’imposer à vos enfants de goûter un peu du plat que vous avez mis une heure à préparer ou qui vous force à prévoir trois plats au menu parce que vous êtes sûrs qu’ils n’aimeront pas votre poisson frais. On n’a pas besoin d’être autoritaire pour guider ses enfants, on peut simplement être à l’écoute des vrais dégoûts, en minimisant les rejets d’habitude. Après tout, on a tous été enfants et on sait que les rognons, c’est pas bon.

Nous avons cette richesse en France d’avoir fait de la cuisine une affaire de famille. Elle se transmet, elle se prépare et se savoure à plusieurs. Un plat préparé avec amour devrait être honoré ensemble, qu’importe les considérations de chacun. On se trompe, je crois, à vouloir faire un plat pour les enfants et un autre pour les adultes, à créer un chacun pour soi. Un enfant est capable de tout goûter, et surtout de tout aimer. Et même si son palais n’est pas encore mature, selon ce que j’ai lu, il est aussi en développement, ce qui signifie que chaque nouveau goût proposé enrichi la palette des possibles. Je trouve que cette idée est d’une incroyable richesse.

Mon salut personnel est venu de la cuisine. Lorsque j’ai commencé à choisir moi-même mes produits et mes recettes, et surtout lorsque je me suis mise à la cuisine, ma perspective a complètement changé. Les épices n’étaient plus des goûts étranges dans un plat commun, elles étaient un monde joyeux et coloré sur la tablette de l’épicerie. Les textures se mariaient parce que je les avais pressenties ainsi et les plats étaient appétissants parce que présentés selon l’idée que je m’en étais fait.

Pour beaucoup d’enfants, refuser des aliments précis relève d’un besoin de contrôle. Pas pour tous bien sûr, certains ont des sensibilités particulières qui provoquent un véritable chaos sensoriel lorsqu’ils sont confrontés à des odeurs ou textures spécifiques. Mais pour de nombreux enfants, avoir un droit de regard ponctuel sur les repas, mettre la main à la pâte pour confectionner les plats ou avoir le loisir d’essayer une épice plutôt qu’une autre, est suffisant pour les remettre sur le chemin de la découverte, gustativement parlant.

Dans cet esprit, j’ai découvert il y a quelque temps les coffrets pour enfants ChefClub et j’en ai offert un à ma fille lorsque j’en ai eu l’opportunité. Je craignais qu’ils soient destinés à des enfants plus petits – elle a 8 ans – mais sa sœur de 10 ans et elle ont finalement eu le loisir de l’utiliser en toute autonomie. A l’âge qu’elles ont, elles choisissent leurs recettes, font leur liste d’épicerie et même leurs courses, parfois ! J’ai offert le livre de recettes en même temps que le jeu de tasses à mesurer, à l’effigie de différents animaux. Les recettes qu’elles suivent les amènent donc à mettre un cochon de farine et deux poules de sucre, à casser un œuf et à ajouter un chat de lait. C’est amusant et tellement facile à manipuler. Je ne me lasse pas de ce kit, de vrais instruments de cuisine mais de taille suffisante pour être manipulés par des enfants. Pour moi, c’est une autre façon de s’approprier la nourriture et la cuisine. C’est un chemin aisé vers les sauces, qu’on aimera parce qu’on les aura préparées soi-même, et peut être même les herbes dans les pâtes beurrées, surtout s’ils viennent du potager que l’on a nous-meme arrosé.

-Lexie Swing-

6 réflexions sur “Les enfants, les repas et mon avis sur les coffrets ChefClub

  1. Coucou
    Encore un article que j’adore, notamment le petit clin d’œil à ton cher pavé d’affinois ! Je rajouterais la complémentarité avec ton frère quand l’un mangeait les paniers de Yoplait framboise et l’autre ceux à la mûre : chez nous c’est plutôt la complicité pour laisser l’arôme banane quand on daigne acheter des petits suisses à l’effigie de la patte patrouille !
    Bises
    Clo

  2. J’ai été une enfant des années 80 donc le bout de viande froide qu’on t’oblige à mâcher encore et encore en restant une heure à table en train de pleurer, ça m’a pas mal traumatisée. Je n’ai jamais aimé la viande rouge à cause de ça d’ailleurs, je ne la consomme qu’en version hachée dans les burgers ou les lasagnes.
    J’ai toujours été difficile et c’est pour ça que je fais le menu, les courses et la bouffe, le seul moyen pour être sûre de manger au prochain repas. Être invitée chez des gens a été un enfer longtemps, je m’asseyais toujours à côté de ma mère, puis plus tard de mon chum, pour leur refiler les trucs que j’aimais pas discrétos. Une fois il y a quelques années des amis avaient fait des pâtes au saumon, j’ai réussi à ne me servir que des pâtes sans le saumon discrètement pour ne pas les froisser. Encore cet été j’ai mangé difficilement un taboulé maison en enlevant tout ce que je pouvais de persil, que je suis incapable d’avaler. Mes amis en débarrassant la table ont cru que c’était l’assiette de leur fils du coup avec tout le persil mis sur le bord… et je n’ai pas démenti ^^.

    • C’est une vraie difficulté lorsque l’on ne mange pas grand chose. J’ai appris à aimer suffisamment de choses pour rendre ça plus simple avec les amis et la famille mais oui, je craignais toujours moi aussi le menu. Je me souviens de repas où je ne mangeais que le pain et le melon 😅

  3. Les enfants et la nourriture, tout un poème!
    Je n’ai jamais connu ce « problème », j’ai toujours apprécié la nourriture et mon fils tout autant. Mais je sais que pour ma soeur, ça a longtemps été le passage obligé compliqué. Et parfois ça peut vraiment gâcher la vie.
    Intéressant ces coffrets ChefClub!

      • Et bien les deux Lexie.
        Je la revois petite sur sa chaise pendant des heures à contempler sa soupe ou sa viande. Je ne sais pas à quoi c’était lié mais aujourd’hui elle mange de tout et apprécie.
        Et pour son fils, c’est compliqué. Il ne mange que les aliments qu’il connait. Toute nouveauté est rejeté catégoriquement.

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