Le secondaire, et puis après ?

« Tu imagines ? Dans un an et demi, c’est le secondaire, et il va falloir tout recommencer. Et après ça va s’enchaîner : le Cegep, l’Université et après je vais devoir travailler au moins 35 ans. Franchement, je regrette d’être une humaine, j’aurais préféré être une tortue de compagnie. »

Elle a dit ça la bouche pleine d’un dôme chocolat blanc-pistaches qu’elle était en train de dévorer. Une tortue de compagnie. Je n’ai pas pu m’empêcher de m’esclaffer. Mais j’ai senti le bref désespoir de ces grands de l’école primaire qui n’ont que trop conscience de tout ce qui s’en vient après. En savais-je autant, à son âge ? Je ne crois pas, j’étais trop dans mon monde, trop dans l’instant. Mais elle n’a pas tout à fait tort, dans quelques mois, elle devra faire le choix de l’école secondaire. Un choix pas nécessairement définitif, mais pas anodin non plus. Quelques années plus tard, elle devra choisir son Cegep avant de déterminer ensuite si elle souhaite étudier à l’Université, et surtout ce qu’elle souhaite y étudier.

Je lui ai dit que travailler n’avait pas nécessairement besoin d’être un sacrifice, qu’on n’était pas obligés de passer 8 heures par jour dans un métier que l’on exècre, que l’on pouvait choisir une profession qui nous allume. Est-ce que je me leurre ? Est-ce que même le plus enthousiasmant des boulots fini par nous emplir de lassitude ?

« Oui mais je ne veux pas faire quelque chose comme vous ! Vous passez vos journées sur vos ordinateurs, ça doit être affreux ! »

Son jugement fait écho à des pensées que nous avons nous-mêmes déjà eues, lorsque nos corps engourdis par de longues journées passées à demi-pliés sur nos écrans nous faisaient nous interroger sur les chemins que nous avions pris. Je ne sais pas s’il existe des gens qui, aujourd’hui, traversent leurs années professionnelles sans jamais remettre en cause le choix qu’ils ont fait. Autrefois, c’était commun : on entrait dans une entreprise à une position donnée, on y gravissait – ou non – les échelons, et la meilleure nouvelle que l’on pouvait donner à ses proches, c’était que l’entreprise avait pour ambition de nous garder jusqu’à la mort. On pouvait décrire sa vie par l’intermédiaire de la profession que l’on avait exercée, puisqu’il y avait de fortes chances que celle-ci soit la seule.

Aujourd’hui, on demande à nos enfants de se commettre à des études pour apprendre un métier qu’ils n’exerceront peut-être qu’une poignée d’années. Un métier qu’ils doivent déterminer en fonction de leur personnalité. Mais est-ce que le métier qui nous correspond à 15 ans est-il vraiment le même que celui qui nous conviendra à 40 ? Si j’en crois les candidats à qui je parle au quotidien, probablement pas.

« Alors je fais comment, moi, pour savoir quel métier est vraiment fait pour moi ? » m’a-t-elle finalement demandé. Je lui ai dit qu’elle pouvait imaginer, essayer, se renseigner, poser des questions et peut-être nous faire confiance, un peu.

« Et si je me trompe ? »

« Tu ne pourras jamais te tromper », lui ai-je dit, forte de tous ces parcours que je croise dans mon propre métier. « Tu recommenceras seulement à apprendre, quelque chose de plus, quelque chose de neuf, et il ne sera jamais trop tard ».

Mais nos enfants connaîtront-ils un jour de nouveau la certitude tranquille d’être à la bonne place, dans le bon métier, d’être sur leur X (en bon québécois) ? Peut-être pas, et c’est probablement ça, notre mal du siècle. La perpétuelle possibilité d’un ailleurs plus approprié qui sème les graines d’un doute qui n’en finit plus de fleurir.

-Lexie Swing-

3 réflexions sur “Le secondaire, et puis après ?

  1. J’ai exercé le métier que j’avais choisi à 15 ans jusqu’à ma retraite. Je me suis donnée les moyens à cet âge là, pour y arriver le plus vite possible c’est à dire en disant vive la pratique et la théorie ce n’est pas pour moi. J’ai dû me battre contre les profs et autres conseillers d’éducation pour choisir ma voie. Je ne l’ai jamais regretté. Oui j’ai exercé ce métiers choisi pendant 40 ans mais en variant les postes et 2 fois je me suis rendu compte que j’avais fait une erreur et les deux fois j’ai pu rebondir. Peut-on parler de vocation ?

    • Je réalise que je ne vous ai pas répondu ! Je trouve ça hyper intéressant, car il y a quelque part dans votre parcours une continuité que l’on ne retrouve plus aujourd’hui. Avez vous eu envie, à un moment, de faire complètement autre chose ?

      • J’ai juste essayé d’être formatrice pour l’ouverture d’une école d’auxiliaire de puériculture mais je n’avais pas assez pris de renseignements sur les éventuelles autres missions du poste et j’ai jeté l’éponge au bout de 10 mois. Je ne me sentais pas à ma place dans l’équipe enseignante. J’ai pu reprendre avec bonheur mon métier de puéricultrice à un autre poste. Que voulez-vous j’étais faite pour m’émerveiller sur les compétences infinies du petit enfant.

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