Apprendre la couture avec une formation vidéo gratuite

(Pas intéressé(e) par la couture? File au dernier paragraphe!)

J’ai beaucoup évolué dans mon rapport à la couture. Alors que mon amie A. et moi avions appris à coudre toutes jeunes, à tout juste 5 ans, grâce à notre fabuleuse nourrice couturière, j’ai complètement oublié par la suite. Lorsque j’ai repris la couture, j’avais 29 ans et j’ai alors souffert d’une incompétence qui m’est propre : mon incapacité à me projeter dans l’espace et dans les étapes d’un projet. Impossible pour moi de deviner comment un assemblage de deux ou trois morceaux avait pu conduire aux résultats que j’avais sous les yeux. Rien n’était instinctif, ni le choix des tissus, ni le placement des bobines, ni le découpage du patron.

J’ai procédé de manière incertaine. J’ai tenté de réaliser sans patron une tuque – sans succès. J’ai cousu une pochette et quelques bavoirs – réussis après de nombreux ratés. J’ai abandonné ma machine quelque temps, un peu lasse certainement des efforts fournis comparativement aux piètres résultats, et je l’ai oubliée.

À la faveur d’un emploi du temps plus clairsemé, j’ai replongé. Entre temps, une amie m’avait convertie à l’importance d’utiliser un patron de bonne qualité, donc souvent un patron payant. J’ai investi dans quelques-uns, en fonction de ce que je recherchais comme pièces à coudre, et j’ai mis le pied à la pédale. Des trois pantalons d’enfants réalisés, chacun était plus abouti que le précédent.

Cependant, des problèmes persistaient. Je passais de nombreuses heures à comprendre les subtilités des patrons, à googler les termes, à interroger des couturières plus aguerries pour savoir quel tissu acheter. À force de visionner des vidéos Youtube pour apprendre certaines techniques, j’ai fini par rechercher une formation de base.

Et c’est ici que je voulais en venir. Si je peux vous épargner mon cheminement – quoiqu’aucun cheminement, fusse-t-il un chemin de traverse, ne soit jamais vain – je vous dirais de commencer votre pérégrination dans la couture avec un cours de base. Juste après vous être intéressé un peu à votre machine. Juste après avoir fait un premier tour dans un magasin de tissus.

Et si, comme moi, vous manquez de possibilités pour vous déplacer physiquement et assister à un cours de couture, googlez Aude Couture.

J’avais lu son nom au moins 10 fois sur mon groupe Facebook de couture avant de commencer à m’y intéresser. Je savais d’avance qu’elle était plébiscitée. Je peux désormais me joindre à ses groupies.

Aude Couture, c’est un site internet qui propose des formations vidéos de couture. Un set de 10 leçons gratuites est offert après inscription (gratuite). Ces leçons sont le B.-A. BA de la couture : notions de base, machines à coudre, tissus, outils nécessaires, comment lire un patron, etc.

Et non seulement le cours est indispensable – je pèse le mot choisi ici – à tous ceux qui aimeraient se lancer dans la couture ou même qui cousent déjà mais n’ont jamais eu le loisir d’apprendre vraiment les termes et les techniques, mais Audrey s’y montre particulièrement pédagogue, tout en étant parfaitement naturelle et humaine, ce qui est généralement ce qu’on loue comme qualités chez un professeur.

Si les premiers cours vous donnent ensuite l’envie d’aller plus loin, des cours payants sont également disponibles, visionnables à l’infini…

Audrey est Québécoise et les formations se donnent en français. Elle possède également une chaine Youtube sur laquelle elle propose différents tutoriels. Elle propose aussi l’achat de blocs d’assistance/conseil de 15 ou 30 minutes durant lesquels elle se rend disponible pour vous aider pour un problème donné, par exemple un blocage lors de la réalisation d’un projet, un souci récurrent avec votre machine, etc.

Si vous essayez, revenez me dire ce que vous en avez pensé! Et si la couture n’est pas votre truc, c’est le moment de me dire ce que vous faites de votre temps libre, ce qui vous intéresse, ce qui vous émeut, et quel est le projet tangible, physique, que vous rêveriez de réaliser.

-Lexie Swing-

 

Et si on commençait par être des humains décents?

«It doesn’t take much to be a decent human», littéralement : ça ne prend pas grand chose pour être un humain décent. Voici ce qui légendait une vidéo visionnée il y a quelques jours. Dans celle-ci, un motard avise une vieille dame s’apprêtant à traverser au passage piéton. Après s’être arrêté, le motard met pied à terre, cale la moto sur sa béquille avant de tendre un coude bienvenu à ladite vieille dame et lui permettre ainsi de traverser avec aide, et en toute sécurité.

D’aucuns auraient parlé de héros ordinaire. «Tous les héros ne portent pas de cape», lancent volontiers les publicitaires à l’approche de la fête des mères – après nous avoir servi de la soupe sexiste durant les 364 jours précédents. Et s’il n’y avait pas d’héroïsme, dans les menus gestes du quotidien? Si c’était… de la simple décence, que de tenir une porte, adresser un merci ou porter secours?

Lors d’un cours, récemment, on m’a posé la question : «qu’est-ce qui t’énerve le plus chez les autres?» Vous savez, c’est cette question typique, à laquelle on répond généralement suivant notre humeur du moment, nos valeurs ou bien ce qu’on croit acceptable, et à la mode. On y évoque la bêtise, l’intolérance, l’orgueil. J’y ai souvent tu mon ressenti, moi qui détestais les gens «grande gueule» qui prennent la foule à parti et le monde en tenailles, dans un besoin de revanche qui s’indigne de tout, de la frite mal cuite au prix de l’essence, laissant de côté la faim dans le monde et le déclin des écosystèmes car on peut rire de tout mais s’indigner seulement de certaines choses.

Ceci dit, nous évoluons tous, en grandissant (même si rendu là, seul l’âge grandit) et l’agacement se disperse. Bloquant désormais les intempestifs râleurs par ce geste de parfaite désinvolture qu’est le fait de mettre ses écouteurs et de lancer Spotify fort fort fort, j’ai rabattu ma réponse vers mon nouvel ennemi : le pas-aidant. Au Québec, c’est un moyen facile de qualifier une situation négative : «pas fin» (bête), «pas vite» (bête) (mais pas bête dans le même sens, saisissez la nuance). Pas aidant donc, comme dans «je m’en câl…. que tu marches juste derrière moi, je ne tiendrais pas la porte pour tout l’or du monde même si tu me le demandais à genoux». Ou comme dans : «on vit dans la même rue depuis cinq ans et on débarque au même arrêt et à la même heure tous les jours de labeur que compte cette vie mais jamais ô grand jamais je ne t’adresserais plus qu’un simple regard distrait, nullement effrayé par tes bonjour joyeux ou tes remarques répétitives sur la météo qui nous étonne».

Le pas aidant est ma bête noire. Il a remplacé à ce titre le bien-pensant. Celui-là même qui sait mieux que toi comment élever ta fille et nourrir ton chat. Qui avertit plutôt qu’il ne conseille, et juge en posant le regard. Le bien-pensant n’a de prise que si on lui fait l’aumône de tendre l’oreille. Le bien-pensant a donc disparu de mon existence, remplacé par le pas-aidant.

Notez que l’on peut être bien-pensant et pas aidant tout à la fois, l’irrespect allant curieusement de pair avec une connaissance totalitaire quoique surfaite de la société et de ses besoins. Le pas-aidant m’insupporte, car outre les portes qu’il me jette dans les jambes, les regards qu’il fuit et les merci qu’il retient, il m’envahit l’esprit. Souvent, je m’interroge, je tambourine, répétant inlassablement : «Je ne comprends pas ces gens-là». Comment peut-on lâcher une porte sans jamais regarder derrière soi? Comment peut-on oublier de dire s’il vous plaît, ou merci, quand on est un adulte fonctionnel? Comment peut-on croiser quelqu’un, recevoir son bonjour, le dévisager sans mot dire, pour finalement tourner les talons sans avoir desserré les dents. Passionnée de psychologie, j’élabore des théories et excuse les incompris.

Mais je suis lasse d’excuser. Qu’on les maîtrise par l’éducation, qu’on les applique par respect de règle ou qu’on s’y adonne par empathie naturelle, on devrait tous être régi par les mêmes règles minimales d’entraide. On devrait se sortir le nez de nos téléphones, blottis dans nos nombrils, et reconnaître enfin le monde qui nous autour.

On devrait, si vous le voulez bien, se prêter à un exercice facile : se demander, à chaque personne croisée, ce qu’on pourrait apporter de positif à cet instant de sa journée. Que ce soit un simple sourire, un rire partagé, une porte retenue, un bonjour échangé, des paquets que l’on aide à porter, un compliment que l’on a adressé, une place dans le bus que l’on a laissée, une main sur l’épaule que l’on a déposée ou une conversation de politesse à laquelle on s’est pliée.

Cela fait du bien, de se tourner vers le monde, de sortir de soi. Parce qu’il vaut mieux être une personne décente au quotidien, qu’un héros, juste une fois.

-Lexie Swing-

Photo : Cherie Lee

Famille : sur qui pèse le zéro-déchet?

Alors que j’échangeais avec Maylis sur la préparation des déjeuners quotidiens, mentionnant mes levers aux aurores et les gâteaux que j’enfournais dans la maison endormie, elle m’a dit «c’est super mais après il faut faire attention à ce que le zéro-déchet ne soit pas une composante de plus dans la charge mentale des mères, mais bien une façon de vivre partagée avec le papa».

Elle a raison bien sûr. Mais son propos m’a fait réfléchir à toutes ces initiatives que l’on prend car elles nous semblent les bonnes, et que l’on assume parfois seul(e) parce que ce sont les nôtres, et que l’on se sent mal à l’aise de les faire porter par autrui. Qu’il en aille de l’éducation des enfants, du régime alimentaire, en passant par un mode de vie, un choix d’épargne, une conscientisation qui nous fait réfléchir à deux fois à notre façon de consommer.

Celui qui décide est souvent celui qui assume. Il n’est guère évident de prendre une décision commune avec engagements égaux lorsqu’on sait que bien des prises de conscience se font à titre individuel. On ne réagit pas tous de la même façon au visionnage de documentaires, aux reportages parcourus et aux histoires racontées, sinon on aurait tous changé de la même manière notre façon de consommer aujourd’hui.

En termes de zéro-déchet, la prise en charge du compostage par notre ville a été un bon démarrage sur le plan commun. Pas de prise de conscience à avoir, une simple liste à suivre. Les règles sont les règles, n’est-ce pas? Plutôt facile pour mettre le pied à l’étrier de toute la famille.

Reste tout ce qu’il y a autour et tous les efforts individuels que nous sommes censés faire pour contribuer à la survie de notre planète. Cuisiner «maison», acheter des produits locaux et biologiques, privilégier le vrac, réduire notre consommation d’eau, penser à utiliser des contenants réutilisables pour les achats courants : le pain, le café à emporter, le cookie du goûter… et savoir y renoncer lorsque l’on n’a pas le matériel approprié.

À ce niveau, c’est souvent sur l’initiateur que repose le poids du zéro-déchet. Car oui, le zéro-déchet est paradoxalement un poids. Il impose un changement d’habitudes, il prend un temps supplémentaire (faire la cuisine, parcourir plusieurs épiceries pour trouver le nécessaire, planifier ses menus et ses achats), il demande un investissement personnel dans une vie où l’on peine à trouver du temps pour souffler. C’est la conscience qui fait le travail et supporte l’effort soumis.

Or, encore une fois, la prise de conscience ne se fait pas de la même façon et au même moment pour tout le monde. Et l’on se retrouve à secouer ses proches avec l’impression qu’ils refusent d’ouvrir les yeux. On est celui qui fait les courses un peu partout, celui qui se plie aux contraintes de la planification des menus. On est celui qui sonne le rappel des contenants, des sacs à pain, des poches à collation. On est celui, aussi, auprès duquel on s’excuse d’un café acheté à la va-vite sous son couvercle non-recyclable, ou de détritus oubliés dans la poubelle des déchets. Comme on s’excusait hier auprès de sa mère d’avoir traîné à débarrasser «son» lave-vaisselle. Comme on s’enthousiasmait encore, auprès d’elle, en s’exclamant «tu as vu, je t’ai plié le linge». Je l’ai fait pour toi. Parce que je sais que ça te fait plaisir. Parce que c’est ta tâche, ton idée de comment la maison doit être rangée et la vie se dérouler.

Quand on est une famille, quand on est un couple, on doit savoir faire deux choses pour fonctionner. Lâcher prise et prendre l’ownership. Lâcher prise, c’est pour celui qui instigue, celui qui répète, celui qui s’émeut. Ce n’est pas toujours le même. Nos consciences ont des géométries variables et des préoccupations parfois divergentes. On note le désordre quand l’autre tique sur le ménage. On s’inquiète des repas quand l’autre planifie les travaux. On vit à court-terme quand l’autre se projette. On lâche prise et on accorde nos violons, c’est ainsi que l’on avance. Et on prend l’ownership. C’est quelque chose que j’entends souvent dans mon boulot – bilinguisme oblige – et qui me parle. Prendre l’ownership, donc la propriété de quelque chose, c’est intégrer le souhait, la décision de quelqu’un (le mandat donné, dans une job) et le prendre en charge comme si c’était notre décision, notre projet. Pas pour faire plaisir à l’autre mais au nom du bien commun. Parce que l’on est autonome, mature et conscient. Parce que refuser un projet, une décision, c’est possible et souhaitable si ce projet va à l’encontre de ses valeurs. Mais que l’on ne peut pas rester simplement passif, attendant que l’autre prenne en charge et que la vie se passe. On ne peut pas, dans une maison, faire juste pour l’autre, qu’il s’agisse de l’éducation des enfants, du ménage, des travaux, des papiers, et de la charge mentale en général. En devenant conjoint et peut-être parent, on accepte de faire partie d’une équipe, de travailler à efforts égaux à son bien commun, même si ce sont sur des aspects différents. Ce qui devrait être exclu, en tout temps, c’est la passivité.

-Lexie Swing-

Photo : Matthew Henry

Parents : du temps pour soi

J’adore coudre. J’aime le principe même de créer quelque chose. J’ai longtemps créé des phrases, des envolées poétiques, des histoires que je dévoilais à voix haute, après m’être éclaircie la gorge. J’aime la fabrication de quelque chose qui vient de soi, une étiquette invisible, un filament d’âme sur un morceau d’étoffe.

J’adore aussi lire. Des piles entières que je dévore, comme une faim sourde et irrationnelle. Au creux du ventre, tapie. Une faim de mots, d’idées, d’espoirs. Une faim d’ailleurs, aussi.

Je connais le besoin de faire du sport, de se dépasser, de s’exalter pour un record battu, un défi lancé à soi-même comme une perche tendue à son courage.

Ça prend du temps pour soi, d’être heureux. Mais ce n’est pas aussi évident que l’idée le prétend.

Il s’agit presque d’une consigne, désormais. Être un parent présent. Être un parent bienveillant. Être un parent qui prend du temps pour lui. Il faut être tout ça en même temps, mais ne surtout pas être stressé. C’est une injonction. Soyez bien avec vous-même pour être un bon parent.

C’est votre faute, si vous ne prenez pas de temps pour vous. Personne ne vous dira jamais que c’est la faute au petit dernier qui préfère hurler à la lune (même pas pleine) que de dormir la nuit. Nul ne reportera la faute sur votre aînée, qui prend deux mi-temps pour manger trois bouchées. Le monde niera en bloc les matinées courses à pied et le tunnel de la fin de journée.

Après tout, c’est toi qui l’a voulu.

Reste que, entre nous, on se le dit, on se le chuchote : on aimerait bien ça, du temps pour nous. Laisser tomber le souper pour lire quelques pages en grignotant des céréales ou partir courir dans le soleil qui se couche, en faisant fi des tâches et des obligations.

J’aimerais ça, que mon projet couture ne soit pas une comédie en trois actes mal ficelés. Que la découpe du patron ne se fasse pas avant Noël pour espérer que les pantalons soient cousus à Pâques. Que l’achat du tissu ne soit pas un casse-tête mathématiques avec soustraction des activités sportives enfantines, et horaire du magasin en retenue.

Je rêverais, que mes virées à la bibliothèque ne se transforment pas en épopée fantastique, où Tempête, l’aventurière escalade tables et étagères dans une chasse aux trésors aussi fébrile qu’épuisante. Et qui, le moment venu, la transforme en chat de canapé qu’il faut porter sur le retour à pieds.

Je l’ai fait. Fermer le lave-vaisselle et enfiler mes gants (de boxe). Filer à l’anglaise sitôt les enfants couchés. Embrasser leur père, se dire qu’on se verra un autre soir, une autre fois. Et partir s’entraîner.

Parce que oui, c’est important, le temps pour soi. Exister au-delà de sa parentalité. Être nous-même, être n’importe qui. Des individus qui dansent, qui courent, qui virevoltent, qui boxent l’air à poings serrés, le cœur léger.

Un temps gagné au profit de notre âme et au détriment, probablement, du reste. De l’autre. Quand l’aventure de nos vies se résume à des mots mal écrits sur le papier plastifié du calendrier familial. Boxe. Tennis. Piscine. Karaté. Danse. Comme autant de sauts de puce. Autant d’existences parallèles.

Autant de points gagnés, peut-être aussi, sur notre bonne santé mentale.

Même si, c’est clair… le lave vaisselle ne se videra pas tout seul!

 

-Lexie Swing-

Photo : Andrew Rashotte 

Les 6 questions à se poser quand on veut changer de carrière

Il y a un peu plus de deux ans, je poussais la porte de ma nouvelle entreprise, pour ce qui était un changement de carrière complet. Alors journaliste, métier dans lequel je cumulais déjà plusieurs années d’expériences diverses, je devenais un hybride de coordination événementiel et de recrutement, travail pour lequel je n’avais aucune expérience mais plusieurs compétences transférables et transversales, ainsi que la conviction féroce d’avoir trouvé le bon chemin de carrière.

Avant de pousser cette porte-ci, il y a eu plusieurs mois d’errance et de désillusion. Un chemin de croix et d’introspection nécessaire pour aller du point A «Je ne veux plus exercer mon métier actuel» au point B «j’ai trouvé mon nouveau plan de match». Pour accélérer le processus, voici quelques questions que vous pouvez vous poser.

Qu’est-ce qui me déplait dans mon travail actuel?

Le désintérêt face à un travail, voire le désamour, peut venir graduellement ou d’emblée. Il peut être une question d’ambiance, une question de tâches, une question de lieu. Il peut réunir plusieurs aspects, ou un seul, sur lequel on se focalise. Si elle est mauvaise, l’ambiance aura tendance à ternir l’ensemble de la vision que l’on a de son travail, même si le poste est prometteur. Et qu’importe la bonne ambiance, des tâches monotones et/ou rébarbatives, en deçà ou trop éloignées de ses compétences réelles peuvent nuire à l’intérêt porté à son travail. Il faut alors se demander pourquoi on n’apprécie pas, ou plus, ce que l’on fait; pour ensuite se demander si cet aspect négatif est une raison suffisante de quitter son emploi et/ou s’il s’agit d’un aspect temporaire ou de longue durée. On peut, par exemple, détester le fait que l’on travaille en open-space/ dans un lieu à aire ouverte, mais savoir qu’un déménagement se profile ou qu’une année d’expérience supplémentaire pourrait conduire à avoir son propre bureau. Il est possible, également, que l’on déteste travailler avec une certaine personne, mais qu’évoquer ce problème puisse permettre une réorganisation des équipes de travail, et ainsi des contacts limités. Souvent, lorsque l’on connaît un désintérêt, parfois en raison de la monotonie des tâches, il est utile de rencontrer son supérieur direct pour évoquer le problème et voir de quelle façon son poste pourrait évoluer.

Parfois, cependant, l’idée même de rester plus longtemps dans une entreprise nous colle des aigreurs à l’estomac. L’étape logique est donc de répondre à la question suivante :

Quelles tâches ai-je envie d’accomplir au quotidien ?

Parfois, ce qu’on s’imagine faire n’a rien à voir – ou presque – avec ses tâches actuelles. C’est signe que l’on ait passé à autre chose dans sa vie. De manière générale, les études actuelles semblent s’accorder sur le fait que les jeunes générations d’aujourd’hui pratiquent plus facilement ce que les Anglo-saxons qualifient de «job-hopping », soit sauter d’un emploi à un autre. Parfois dans le même domaine, mais pas seulement.

Il arrive fréquemment que des changements familiaux nous propulsent vers d’autres besoins : besoins de flexibilité, d’horaires plus stables, d’une plus grande reconnaissance conciliation travail-famille. Besoin d’une réalité familiale comprise et acceptée de ses collègues. Besoin de politiques spécifiques sur la conciliation.

Il peut s’agir, aussi, d’une erreur de départ. Difficile de savoir ce que l’on veut vraiment faire, à 18 ans. On choisit un plan de match sur des circulaires bien marketées, on imagine un quotidien calqué sur des séries télés. Les stages découvertes sont rares et les opportunités de découvrir ses compétences professionnelles assez inexistantes avant le choix d’études, même si elles sont plus fréquentes ici, en Amérique du Nord. Lorsqu’on commence à travailler, la différence de perception entre ce qu’on imaginait et la réalité est parfois difficile à avaler.

Quel poste correspondrait à ces tâches?

Cette réponse est parfois difficile à donner, et pour bien y réfléchir, deux têtes valent mieux qu’une. Montrez votre liste de tâches idéales à un proche qui pourra vous aider à identifier le bon métier. Si la personne a des connaissances générales en Ressources Humaines, c’est double bonus : ces personnes savent lire au-delà des titres de postes et connaissent souvent les tâches qui y sont reliées. Dans tous les cas, fuyez comme la peste les pros du jugement – il y en a toujours. Vous n’avez pas besoin d’une leçon sur votre souhait de changer, ni de rires moqueurs face aux tâches que vous avez identifiées.

Dans quel domaine ai-je envie de l’exercer?

Imaginez : vous avez identifié une préférence pour l’organisation d’événements. Savez-vous déjà de quelle manière vous aimeriez exercer cette fonction? Pour des événements caritatifs? En interne, dans une entreprise? De façon ponctuelle, dans le cadre de fonction plus vaste? À titre indépendant, pour des célébrations privées?

Cette question, c’est celle des valeurs. Lorsque j’ai suivi le cours de Management responsable de l’Université Laval (MOOC – je vous le conseille!), cet aspect était abordé. Aujourd’hui, pour s’inscrire à moyen terme dans une entreprise, nos valeurs ont besoin d’être mises de l’avant. Une personne pourvue d’une fibre sociale importante sera désormais incapable de rester sur le long terme dans une entreprise dont le leitmotiv n’a trait qu’à la business et au profit. C’est une raison à part entière, sinon un bullet point sur la liste, de changer d’entreprise aujourd’hui.

Quels sont les aspects du travail qui sont importants pour moi?

Conciliation travail-famille, télétravail, salaire, assurance maladie (ou mutuelle), possibilités d’évolution, distance de trajet… Il y a de multiples aspects qui peuvent nous donner envie de choisir un travail plutôt qu’un autre. Une fois vos priorités identifiées, il vous sera plus facile d’identifier les entreprises ou lieux où vous aimeriez travailler.

Est-ce que je dois reprendre des études ou faire valider des compétences?

On n’est pas tous prêts à reprendre des études à 30 ou 40 ans, loin s’en faut! Si la nouvelle carrière choisie demande de repasser par le stade études, c’est le moment de réfléchir à la faisabilité du projet. Pouvez-vous suivre des cours du soir ou à distance? Avez-vous une épargne qui vous permettrait de vivre le temps d’aller au bout de ces études? Pour moi, il s’agissait d’un big nooo, autant en termes d’envie que de capacité financière. Il a donc fallu se concentrer sur des carrières accessibles seulement avec des compétences transversales (à savoir des compétences générales applicables à plusieurs carrières ou postes) et transférables.

Voilà, si vous êtes passé à travers ces 6 questions, vous avez fait le plus gros du chemin. Le reste relève de la patience. Difficile, lorsqu’on est prêt à changer, d’être freiné dans son élan par le manque d’opportunités et les candidatures laissées sans réponse. Un changement de carrière est une décision qui nécessite plus que jamais de se créer des opportunités : faites jouer votre réseau, décrocher votre téléphone, aller à la rencontre des employeurs potentiels.

Sachez aussi vous entourer. Encore une fois, nul n’a besoin, dans ce moment d’incertitudes, du poids lourds des exigences parentales ou du sourire mesquin d’un collègue envieux. Ne dévoilez votre projet qu’aux proches bien intentionnés, ceux qui sauront vous conseiller («tu devrais rajouter ça comme tâche dans ta liste, tu dis toujours que tu adores faire ça») et vous épauler.

Avez-vous d’autres conseils pour les personnes qui voudraient changer de carrière?

-Lexie Swing-

 

 

 

 

 

 

 

 

Grippe – cuvée 2019

Je me suis fait vacciner pour la première fois contre la grippe cette année. Juste après avoir piqué, l’infirmière m’a annoncé que «le vaccin fonctionne bien, l’Australie y a bien réagi». Et de m’expliquer que l’Océanie était toujours la première à faire l’expérience de ce type de vaccins saisonniers, leur période hivernale intervenant avant la nôtre. Ça m’a laissé rêveuse, la grippe ainsi matée par des kangourous survitaminés. J’ai bandé le muscle du bras et j’ai arraché le pansement qui obturait ma récente piqûre. Même pas mal!

La première fois que j’ai entendu parler de la grippe, c’était par un ami du collège (un secondaire 3 environ) en surpoids (selon lui) qui assurait «jalouser son frère» qui «ce con, (avait) réussi à perdre 5 kilos juste avec la grippe». Ça semblait dévastateur effectivement, et efficace, certainement. Reste que la grippe était pour moi une lointaine maladie, une espèce de légende dont je doutais de l’existence véritable.

Ça, c’était avant.

Ça m’a pris comme une migraine. Rien d’inhabituel pour moi. J’ai emmené Tempête au karaté, j’ai dit «à tantôt» au prof avec qui j’ai mon propre cours de sport plus tard le soir, et je ne suis jamais revenue. Je me suis effondrée dans mon lit en rentrant. Vaincue par KO.

J’ai juré à Mr Swing que j’arrivais dans «dix minutes pour souper, je ferme les yeux un instant» et je me suis réveillée au matin, mardi s’annonçant encore plus pénible que d’ordinaire. J’ai grogné et je me suis levée, le pilotage automatique enclenché en mode détresse. Deux Advil® et autant de Tylenol® (équivalent du paracétamol) plus tard, je suais à grosses gouttes au-dessus de mon clavier, porte fermée, sourire figé. La grippe avait lancé l’assaut, et l’issue s’annonçait incertaine.

Dix jours. Autant de doigts que de matins vains. J’ai erré d’heure en heure, accomplissant des tâches que je ne pouvais déléguer. La maladie frappe toujours au moment opportun, c’est bien connu : le dimanche, les jours fériés, le jour d’une rencontre fondamentale, la veille du départ en vacances, etc.

C’était une grippe coriace, une grippe d’homme comme on se plait à en rire entre conjointes. J’ai moins ri, mon tour venu. J’ai imploré qu’on m’achève, j’ai juré que je ne m’en remettrai pas, j’ai finalement fait ce que je critique chez les autres : j’ai pris rendez-vous chez le médecin pour un «pauvre virus». À l’article de la mort – presque – j’ai demandé ce qu’elle pouvait faire pour moi. Elle m’a répondu que moi seule pouvais faire quelque chose pour moi, à savoir prendre du repos. J’ai ri en mentionnant les piles sur mon bureau et les gens à ma porte. Elle a conclu : «on se revoit dans une semaine alors». J’avais reçu le message.

Le luxe dans une vie de parent, c’est d’être assez malade pour garder la chambre, mais pas trop non plus, pour apprécier cette pause incongrue à l’échelle de la routine quotidienne. Après 46 heures de sieste quasi ininterrompue – l’équivalent d’un demi-mois de sommeil au chevet de mon ex-nourrisson noctambule, j’ai retrouvé le chemin de la vie, forme humaine et le sourire. Me revoilà dans la danse.

Et vous, la grippe est-elle passée par vous?

-Lexie Swing-

C’était journée tempête

Les commissions scolaires n’ont pas pris de risque. 30 cm de neige annoncés dans la nuit : la fermeture des écoles a été anticipée dès la veille au soir. Rapidement, les garderies ont suivi. Le personnel plus que restreint – les éducatrices sont souvent des mamans d’écoliers également – rendait l’ouverture impossible. Le train passait, ou peut-être pas. Les bus seraient ralentis, visibilité réduite oblige.

C’était journée tempête. On avait tous anticipé le chaos à venir. Pas de lunchs prêts, pas de devoirs faits, pas d’habits préparés. A peine une recette de pancakes au yogourt sortie sur le comptoir. Et un accès travail à distance demandé pour la cause. A 6h du matin, le potager avait disparu, ainsi que l’allée, une partie des escaliers et l’arbuste au fond de la cour. La neige était au rendez-vous.

On a ouvert nos ordinateurs, mélangé la pâte des pancakes et fait chauffer le café. Alors que l’ancienne génération s’émouvait sur les ondes que « de (notre) temps, on allait à l’école quand même », une commentatrice a fait remarquer : « pourquoi voulons-nous à tout prix braver les éléments ? Pourquoi prendre des risques ? Nous sommes au Québec, adaptons-nous à notre nordicité ». J’ai trouvé ça juste et vrai. Pourquoi lutter ?

Nous avons fait comme nos enfants, excités comme des puces de passer un mercredi en pyjama en regardant la neige tomber – le mercredi n’est jamais un jour off pour les écoliers ici. Nous avons accepté la lenteur du jour et le travail entrecoupé de constructions de legos, et de découpage de sablés.

Il a fallu pousser la voiture prise dans la neige haute, juste à temps pour voir arriver notre service de déneigement privé, venue refaire une petite tournée. Sortir n’est jamais une bonne idée en ces jours enneigés.

Car c’est aussi ça, le Québec. Des journées tempête et de la neige à foison. Légèrement hors du temps.

-Lexie Swing-

Esclaves du monde moderne

L’enfant s’éveille avec le jour qui se lève. La lumière du matin, encore tendre, filtre entre les lames blanches des stores. Elle attrape d’une main la poupée rose offerte en récompenses de ses efforts à l’école. Étreint de l’autre son poupon métis au regard doux, arrivé ici bas en même temps qu’elle. Elle dévale l’échelle du lit tandis que dans la chambre parentale retentit la sonnerie du téléphone. Le réveil strident est caractéristique. Dans le couloir, elle risque un œil. Ils sont là, dans leur propre lumière matinale, les visages blafards éclairés par la lumière bleutée. Redressés sur leurs oreillers, silencieux, ils semblent communier ensemble devant l’appareil immobile.

Elle pousse la porte, avance de quelques pas, côté mère. Celle-ci sourit, lui parle, sans détourner le regard. “Tu as bien dormi ma chérie? Tu veux aller jouer en attendant que l’on se réveille?”

Elle les croyait réveillés. Sont-ils somnambules ? Le rythme de la vidéo dessine des ombres mouvantes sur son visage encore plissé de sommeil. Sa main serre celle de l’enfant, distraitement.

La petite s’éloigne vers le salon, improvise un dessin sur un morceau de sopalin abandonné, et prépare finalement la table du petit déjeuner. Couverts à desserts, verres de la veille, assiettes en plastique – les seules qui lui soient accessibles. Tandis qu’elle s’étire pour attraper le jus de pommes dans la porte du frigo, un pas se fait entendre derrière elle. “Bonjour ma chérie, tu es déjà levée?” Sa mère la regarde, étonnée. “Je suis venue te voir”, lui rappelle-t-elle. La mère fait non de la tête, sans comprendre.  Hausse finalement les épaules. “Je vois…”. Et puis : “Merci pour la table”.

La fillette la presse de faire des petites crêpes, rituel établi du samedi matin. La mère hoche la tête, empoigne son téléphone. “Cherchons la recette”. 

L’appareil en équilibre sur la corbeille à fruits, elle énumère pour l’enfant les étapes à suivre. “Ajoute la farine, trois cuillères à soupe de sucre, casse l’œuf et mélange vigoureusement …”

La petite tourne consciencieusement tandis que sa mère pèse les ingrédients, les yeux plissés par la concentration. Dans leur dos, le salon s’éclaire. “Vous verrez mieux ainsi”, crie le père depuis la porte de la chambre. Dans sa main, son téléphone brille, l’application régissant les lumières de la maison toujours allumée. “Un peu trop de lumière”, sourit finalement la mère. Son conjoint fait glisser son index sur l’écran, et les lumières se tamisent. “C’est mieux comme ceci, non?”

Les fourchettes cliquettent dans le silence de leur concentration affamée. Au dehors, le soleil emplit désormais la cour, faisant luire la neige verglacée. “Il doit faire froid”, dit la petite en rompant la monotonie du déjeuner. “Sûrement”, dit sa maman. “Ils avaient annoncé un redoux pourtant”, coupe le père. Et puis il interpelle : “Siri, quelle température fait-il aujourd’hui ?”

Siri annonce la température de sa voix irréelle, lointaine et douce à la fois. Il fait -10 degrés. La petite frissonne. L’entrée dans le grand bassin, à l’heure où certains s’attablent déjà pour le repas de midi, sera difficile. “Ça fait 30 degrés de différence entre l’air du dehors et l’eau!”, s’exclame-t-elle, donnant de la voix au fil de ses pensées. “Imagine la différence, si tu comptes en Fahrenheit!”. L’enfant sourit, dévisage son père. “Ah oui, ça ferait combien en Fahrenheit?”. Le père s’est déjà retourné. Le pouce sur l’appareil, il déverrouille le clavier. “Voyons voir, fait-il, concentré. En Fahrenheit … tu as dit que l’eau était à combien à la piscine ?”.

Pas de réponse. Il relève la tête, et ses yeux ne rencontrent que la blancheur vide de la chaise abandonnée. Au loin, le bruit mat des legos qui s’entrechoquent trahit la fuite. « Tu sais toi, à combien est l’eau de la piscine ? », demande-t-il à sa conjointe. 

Sourcils relevés, lèvres interrogatrices,  celle-ci s’esclaffe. Un instant, il croit qu’elle va lui répondre. Et puis s’avançant, par dessus son épaule, il comprend qu’il n’est pas le destinataire. Encore moins l’interlocuteur. Les pouces fins s’agitent furieusement sur l’écran tactile, à mesure que se colore la conversation groupée. Quatre filles aux doigts agiles. Il ne fait guère le poids. 

Assis sur le sofa, il parcourt les dernières vidéos capturées. Le rire de sa fille retentit. Il tend l’oreille, mais c’est le micro du téléphone qui lui renvoie le bonheur enfui. Mouvement d’index. Une nouvelle image apparaît. L’enfant fière devant son avion Lego juste construit. Au loin, le bruit d’une main qui fouille entre les pièces colorées. Était-il là lors de sa précédente construction? Il ne se souvient guère d’avoir pris cette photo. Sa conjointe la lui a-t-elle envoyée ? Il parcourt les derniers messages, à la recherche des morceaux manquants. 

Un chignement rompt le silence. L’enfant s’escrime, sans succès, à séparer deux blocs mal emboîtés. Le bruit de ses pas dans le couloir précède son arrivée. Le père se tourne. « Quand as-tu fait ça ? », demande-t-il en désignant la photo. L’enfant le regarde sans comprendre. Devant l’air interrogateur de son père, elle se décide finalement à répondre. « Ce n’est pas moi voyons Papa ». 

Et du doigt l’enfant désigne le visage en arrière-plan. Un visage qu’il ne reconnaît même pas. « Je crois que c’est la fille de ton collègue », ajoute la petite, devant l’air perdu de son père.

On ne sait pas ce qui s’est passé ce jour là. Les mauvais esprits parlent d’épiphanie. Les sages, eux, parleront simplement d’une prise de conscience. Mais la légende dit que derrière cette porte-ci, les téléphones sont maintenant rangés dans une boîte à l’entrée. On dit qu’un réveil orange annonce désormais le début de la journée. On prétend que les recettes sont griffonnées dans un carnet dédié. On chuchote même qu’un téléphone fixe a trouvé sa place sur la commode du salon. Ce qu’on sait, surtout, c’est que désormais les rires résonnent, que désormais les conversations fusent. Que les regards se rencontrent et que les mains se serrent. On dit que l’enfant a découvert les visages de ses parents sans avant-plan téléphonique et sans artifices. On dit, finalement, que la vie est plus douce. 

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Ce texte est une satire. Mais pas seulement. Ce texte, c’est nous, c’est chez nous. C’est chez nous un mardi soir, c’est chez nous un samedi matin, c’est chez nous, très souvent, après le repas, quel qu’il soit. 

Alors, pour la première fois, nous avons accepté de jouer le jeu, ensemble. Nous avons dû trouver autre chose que le cellulaire pour faire office de minuteur, nous avons sorti le réflex quand les filles ont demandé à être prises en photos. Nous avons aussi ressorti les livres de cuisine et la boîte de fiches recettes, restée si longtemps inutilisés. Nous avons, enfin, accepté de ne pas répondre aux messages, ou pas tout de suite en tout cas. Combien de fois recevons-nous un message qui nécessite une réponse urgente ?

Ce fut un bon moyen de découvrir à quel point nous nous servons de nos téléphones : comme réveil, comme appareil photo, comme minuteur, comme calculatrice, comme interrupteur pour les lumières du salon, comme télécommande pour la télévision, comme lampe de poche, comme carnet de note. L’enceinte y est reliée, et nous le dégainons chaque fois que nous nous posons une question. 

Vous savez à quoi il nous sert désormais rarement ? A téléphoner. Réellement téléphoner j’entends, l’appareil à l’oreille. J’appelle parfois sur FaceTime, je communique entièrement par message, mais des appels ? Presque jamais!

Ça fait longtemps que je trouve que nous sommes trop penchés sur nos telephones, que je relève la tête du mien, dans le train, et aperçois ce troupeau – dont nous faisons partie – les yeux rivés vers le bas. Ça fait des mois que je m’interroge sur la pertinence de dégainer nos téléphones à chaque réussite de nos enfants, à chaque prouesse, à chaque spectacle. Je me pose de plus en plus la question : d’où vient ce sentiment de temps gâché, lorsque je me retrouve à attendre sans rien pour m’occuper les yeux et l’esprit? Qu’ai-je fait de ma liberté d’action, quelle est cette dépendance incroyable développée au contact d’une chose si petite, si inhumaine?

Je me suis souvent demandée comment on grandissait, aussi, avec des parents dont le visage est partiellement caché par un écran et dont l’attention semble toujours prise ailleurs. Il ne m’a pas semblé qu’on grandissait droit. Le signe qu’il était temps peut-être… C’est mon projet, pour les années à venir, mettre frein à cette addiction folle. Au risque sinon de ne finir par apprécier les moments passés que sur écran glacé.

-Lexie Swing-

Charge mentale et partage des tâches : tous concernés?

La formidable Madame Sourire, Marie de son prénom, a lancé il y a quelques semaines la page Instagram @taspensea, et force est de constater que ça cartonne. Les commentaires sont significatifs, comme souvent lorsque quelqu’un met en lumière une réalité partagée mais longtemps passée sous silence : «c’est pareil chez moi», «j’aurais pu écrire ce texte mot pour mot», «ça me fait penser à la fois où…».

J’ai toujours deux pensées, lorsque je parcours ces partages. La première, c’est la pensée agréable de savoir que je ne suis pas vraiment concernée. La deuxième va à celles, et ceux, qui sont dans ce désarroi conjugal, celui qui fait que la personne qui partage votre vie, que vous avez choisie et que vous aimez, ne réalise pas le poids de la charge mentale et la lourdeur des tâches, qui menacent chaque jour d’engloutir son ou sa partenaire. Pire : certains en sont conscients mais refusent tout bonnement de redistribuer les cartes.

Je suis toujours un peu surprise par certaines réactions. Pas parce que certains et certaines ont, comme moi, la chance de partager leurs tâches et charge mentale avec quelqu’un, mais parce que certaines de ces personnes en profitent alors par nier la réalité des autres. C’est une réaction que l’on observe souvent sur d’autres sujets, notamment avec le sexisme. Celles qui ont eu le privilège – car c’en est un – d’évoluer dans un milieu relativement exempt de différenciation genrée, n’hésitent pas, pour certaines, à minimiser les propos des dénonciatrices, les paroles des victimes, l’importance des actes et des faits.

Je n’ai pourtant pas grande eau à apporter au moulin de la charge mentale, de l’équilibre précaire du partage des tâches ou du sexisme. Je suis née et ai grandi chanceuse. Élevée dans une famille où les tâches n’étaient pas genrées, j’ai construit une vie de couple avec quelqu’un qui agit avec et à côté de moi sur un pied d’égalité, derrière notre porte, et au dehors.

Mais mon cas particulier n’est pas une vérité universelle. Ma chance n’efface pas pour autant les luttes sociales de ce monde. Peut-être que ce n’est pas le cas dans nos entourages, peut-être sommes-nous mieux lotis, mais il y a encore de nombreux couples où les tâches et l’organisation reposent sur une seule personne. Sont-ils 1/3, la moitié, la majorité? Est-ce en mutation, est-ce conscient, inné, lié à l’éducation?

On ne rend service à personne en niant cette réalité. En niant qu’il existe encore des combats à mener pour rendre les sexes égaux, pour rendre les hommes égaux. Car dans nos univers parfaits, nous élevons les couples de demain. Des garçons, des filles, qui devront composer ensemble, trouver leur place seuls, à deux, peut-être à plus. Qui devront se répartir les tâches par practicité, ou par affinité, et non par division genrée. Qui devront, surtout, supporter ensemble la charge mentale : celle des finances, celle de l’organisation quotidienne, celle des repas et de l’épicerie, celle de l’éducation, bien entendu.

Sur le board de mon bureau, ce pin’s offert par une amie, qui claironne : «Féministe, tant qu’il le faudra». Car peu importe si mon combat personnel n’a de sens qu’au pluriel.

Écouter, lutter, dénoncer, changer, tant qu’il le faudra.

-Lexie Swing-

Comment j’ai arrêté de manger par automatisme

Tous les soirs, je prends le train dans le même wagon. Tous les soirs, cet homme est là. Attentif, souriant, la soixantaine marquée, le grignotage compulsif. 16h47, il déchire le paquet. Barbecue, sel de mer, vinaigrées. Le goût des chips change, mais le bruit reste le même, caractéristique. En trois ans, je ne l’ai jamais vu rater un seul rendez-vous. 

Je n’avais jamais réalisé que le grignotage était aussi répandu avant d’arrêter moi-même. De l’adjointe, croisée dans l’ascenseur, qui avoue à sa collègue faire chaque jour à 16h30 une pause « bonbons ». Au boss de je ne sais quelle entreprise, dévorant une barre tendre sur les coups de dix heures. En passant par ce coursier, que je vois souvent, la main serrée sur sa beigne du Tim’s.

Je sais bien moi, qu’ils ont de bonnes raisons. « On dirait que j’en ai besoin, pour mon énergie », confiait l’adjointe. « Ça prend bien ça, pour affronter le froid », ne peut s’empêcher de me glisser le coursier. Le chef d’entreprise, lui, ne s’épanche guère, mais le sac de sport qu’il balance en silence au bout de son poing justifie les moyens. 

Je ne sais pas durant combien d’années j’ai fait ça, grignoter. Avec les années, les collations étaient plus santé, et surtout elles étaient toujours faites maison. Mais remettre en cause le principe même de la collation, et puis du goûter, ça m’a pris de longues années pour le faire. Depuis quelques mois, j’avais même pris l’habitude de sauter le petit déjeuner pour justifier mon envie de manger une fois arrivée au bureau. Le petit gâteau que je prenais toujours avec mon premier café était un incontournable.

Moi aussi je disais toujours « j’en ai besoin », et puis « je ne sais pas faire autrement ». Et j’avais faim, tellement faim. De la vraie faim ? Pas si sûr! Mais la faim de l’habitude, ça, certainement.

Je savais, quand même, que ça faisait trop. J’avais commencé à faire ce que je m’étais toujours refusé : compter les calories. Pas à chaque jour, pas obsessionnellement. Mais suffisamment de fois pour constater que c’était trop, tout ça. Que le muffin de dix heures, même si j’en connaissais chaque ingrédient pour l’avoir intégré moi-même, même si c’était du bio, du bon, et du fait maison, n’en restait pas moins « de trop ». 

Alors ça m’est venu comme ça, la nouvelle année sûrement. J’ai arrêté de me chercher des excuses. J’ai profité de la coupure occasionnée par les deux semaines de congé pour changer mes habitudes. Au retour, j’avais beaucoup de travail et moins de temps. Alors la faim de l’habitude s’en est allée, tranquillement. Un jour il a été midi, et je n’avais rien vu passer. J’ai dévoré mon lunch. J’avais faim, pour de vrai, de cette faim qui vous fait dévorer un plat à belles dents, et avec appétit.

Et puis un changement en entraînant un autre, j’ai délaissé les desserts. Moi qui me targuais de ne pouvoir finir que « sur une petite note sucrée », j’ai fait fi de plus de trente années de yaourts et compotes, de gâteaux et de chocolat. De ces morceaux sucrés que l’on croque sans vraiment les vouloir, parfois encore un peu écœuré de tout le repas juste avalé.

J’ai décidé de prendre le plat, et puis juste un fruit. Pas de goûter prévu, alors j’ai mangé le plat, et attendu pour le fruit. Je l’ai laissé juste là, près de mon clavier. A 15h, je l’ai savouré. Ce n’était pas un dessert, ce n’était pas une collation obligée, c’était juste un plaisir fruité.

J’en suis encore surprise. Moi qui ai la volonté d’un poulpe en fin de vie. Je n’ai jamais été intéressée par les régimes, je me méfie des recettes miracles, et le poids que je fais m’indiffère la plupart du temps. Mais mon énergie, ça non. 

J’avais besoin de poursuivre ma route vers cette recherche de bonne santé, de mieux traiter son corps. Je lui devais bien ça, après toutes ces années. 

Prochain objectif, je le mets au sport!

Et vous? Un changement avec cette nouvelle année ?

-Lexie Swing-