Le marathon des activités

Un tout-petit ne devrait pas avoir plus d’une activité extra-garderie par semaine. 30 minutes tout au plus de baby-something (même si «moi pas bébé» n’est plus un bébé, toutes les activités s’appellent baby-quelque chose, et impliquent que toi – ô parent épuisé – tu donnes une nouvelle fois de ton temps pour amuser ta progéniture. Car oui : toute activité pour enfants de moins de 3 ans est en réalité une activité parent-enfant). Pour avoir un développement personnel harmonieux, l’enfant petit doit bénéficier de moments de calme, dans sa maison, à lire Pomme d’Api en mangeant proprement une collation saine sur le canapé du salon.

Ça, c’est la théorie.

En pratique, il n’y a pas de calme là où il y a plus d’un enfant et l’espace de lecture est circonscrit au parquet considérant la relative nouveauté dudit canapé. J’ai des sueurs froides rien qu’à imaginer des feutres à proximité du tissu gris clair immaculé. Tempête étant par essence un enfant vif et bondissant dès potron-minet, l’urgence de l’inscrire à une petite baby activité s’est faite sentir. C’est donc les mains jointes et la bouche en coeur que nous avons suggéré au professeur de karaté d’accueillir l’enfant très motivé dans son cours malgré les six mois manquants à l’âge requis. À deux ans et demi, vêtue d’un kimono blanc et d’une ceinture à son nom, notre cadette a pris part à son premier cours.

Et elle a tenu bon. Même si c’était deux fois par semaine. Même si sa soeur a choisi d’arrêter quelques mois plus tard. Même quand le stationnement était glissant ou la collation de l’après-midi déjà lointaine. Elle a continué, réclamant chaque semaine son cours, amusée par les détails qui font le sel de la vie d’un enfant de trois ans : se changer dans la voiture, manger des petits gâteaux dans son siège auto, retrouver les amis du club. À l’hiver, cependant, un obstacle s’est dressé : Tempête voulait faire de la danse.

Pas à la place, non. Tempête voulait aussi faire de la danse.

Autant on voyait bien l’aspect très positif du karaté, autant la danse nous laissait de glace. Mais le parent moderne est un parent coupable : pauvre petite qui, pour la première fois, nous exprime une véritable envie. Plutôt que de trancher, nous avons additionné. Désormais, les cours de karaté se passeraient uniquement en soirée, pour laisser la place au cours de danse le samedi matin.

Et le rythme a repris : lundi karaté avec maman, mercredi karaté avec papa, samedi danse avec le moins endormi des deux. Oui 9h la danse le samedi, ceux qui font les horaires n’ont aucune pitié.

La belle saison est arrivée, la garderie a organisé ses propres petits cours de sport. Karaté également – l’enfant est en passe de devenir professionnel avant l’heure – mais aussi soccer.

Et qu’est-ce qu’elle était bonne au soccer. À l’aise, et motivée. Pile à l’heure pour la saison d’été, au moment même où la danse allait s’arrêter.

«Tu aimerais faire du soccer?», ai-je demandé, dopée par les souvenirs de «Joue-la comme Beckham».

«Oui», elle a dit. «Et puis du tennis avec Papa aussi».

Alors voilà. Dans le placard de ma cadette, il y a une ceinture de karaté et puis des chaussons de danse. Des souliers de soccer, des protèges tibias taille Peewee et un ballon rond ont rejoint l’étagère. Quant à la raquette… c’était son cadeau de fête.

Fin mai, pour la seule et unique fois, elle sera partout. Au soccer le lundi, au karaté le mercredi et le jeudi, à son spectacle de danse le dimanche. Ce sera beaucoup trop, mais ça ne sera qu’une fois. Ce sera un souvenir excitant, de ceux qui fleurissent durant les repas de famille. Elle dira «j’ai toujours été comme ça», et «mes parents disaient toujours que je voulais faire toutes les activités possibles». Ce sera sa vérité, ça ne sera pas la seule. Ce sera celle d’une époque, celle d’un instant, peut-être celle de toute sa vie durant. Mais nous serons là pour lui dire, le cas échéant, qu’elle était l’enfant le plus tranquille au monde lorsqu’il s’agissait de lire son Pomme d’Api, un Spéculos à la main, sur le sol du salon.

-Lexie Swing-

PS Je précise qu’aucun enfant aîné n’a été maltraité dans cette histoire, ni nié dans ses besoins fondamentaux d’accomplir des exploits sportifs. L’enfant aîné fait de la natation, avec la motivation d’une nouvelle bru se rendant au premier souper de Noël de la belle-famille. Par souci d’équité et par refus d’enfermer notre progéniture dans des cases définies, nous avons précisément demandé «est-ce que l’une de vous, ou les deux, souhaite faire du soccer». Et tandis que Tempête criait «OUI» et partait chercher un ballon, B. a croisé mon regard : «Tu me fais une blague, n’est-ce pas?»

 

Karaté kid

B. a fait plusieurs activités depuis ses premiers rires. Des cours de bébé-piscine, des sessions Karibou, de la gym-trampoline en septembre dernier. 

Je n’en avais pas vraiment conscience, alors que je l’accompagnais, vêtue de son justaucorps, mais elle n’avait pas envie de s’y rendre. L’idée lui plaisait, le sport, l’action, certaines des professeurs, mais il y flottait ce-je-ne-sais-quoi qui la retenait de s’y épanouir. Cela me sert un peu le cœur quand j’y repense. Mais je sais aussi que la vie sera faite de lieux où elle n’aura pas envie de se rendre et de choses dont elle repoussera l’exécution. Les activités de loisirs, cependant, devrait rester une source de plaisir. Pourquoi s’astreindre à faire à tout prix de la course à pied alors qu’on déteste courir? Pourquoi s’inscrire pour abandonner immédiatement? Nous avons tous quelque chose, un sport, une activité, qui nous correspond. J’en suis intimement persuadée. Ce n’est pas parce que faire du sport nous demande un effort suppplémentaire que l’on ne peut y trouver du plaisir, de la satisfaction.

Forts de cette idée, nous avons cherché ce qui pourrait correspondre à notre grande de 4 ans et demi. Un âge où plus d’activités sont désormais permises. Et nous ses parents avons choisi le karaté.

Je dis nous car, à la mention du karaté, B. nous a dit «non». Juste non. Vous ne l’auriez pas inscrite? En vérité, tout comme moi au même âge, et même moi il y a quelques mois , elle n’avait aucune idée de ce qu’était le karaté, de ce qu’on y apprenait. Si c’était drôle, si c’était pour tout le monde.

On a d’abord pensé au karaté car il allait apporter tonus musculaire, équilibre et souplesse à notre petite fille un peu gauche. On a continué à penser karaté quand les deux ans sont devenus trois ans, puis quatre, et que son caractère a dû faire face à la vie, la vie de famille, la société. Quand elle a dû apprendre à garder le contrôle et que l’on a dû apprendre à garder le nôtre. On a enfin évoqué le karaté en apprenant qu’il donnait confiance, que tout le monde pouvait y trouver son compte, que c’était amusant mais rigoureux. Notre petite fille est rigoureuse, elle aime les règles, elle aime l’ordre, elle est souple et enjouée. À elle aussi le karaté pouvait correspondre.

On lui a dit qu’on allait juste essayer. Juste comme ça. On lui a montré une vidéo pour qu’elle ne soit pas surprise de la tenue portée et on s’est inscrit pour le cours d’essai.

Ils étaient plein d’enfants, mais aussi plein de professeurs. C’était joyeux, bruyant. B. était comme anesthésiée, toute à son effort de tout observer. Elle a enfilé la tenue sans mot dire. Le professeur a demandé aux enfants de venir s’asseoir devant lui. 10 se sont mis à courir vers lui. Deux se sont mis à sangloter. On a retenu notre souffle et Tempête qui voulait se joindre au groupe… et la magie a opéré. B., quatre ans et demi, ma toute petite souvent en retrait, a pris sa place dans le groupe. Mieux : elle a dit bonjour. Mieux encore : elle s’est présentée.

Pendant le cours nous observions. Souriants devant son enthousiasme, soucieux devant sa mine parfois fermée. Lorsque le professeur «principal» a sonné la fin du cours, nous sommes restés immobiles. B. nous a rejoint en courant, avec une moue lasse, et en cœur nous avons posé la question qui allait tout déterminer : «As-tu aimé? Veux-tu t’inscrire?»

Son visage s’est illuminé. Elle a dit «oui je veux!», et puis «c’est quand la prochaine fois?». Elle a parlé de jack et de punch, elle a mimé l’esquive. Elle a surtout dit que Monsieur Truc était gentil et il est où Monsieur Truc, est-ce qu’il sera là la prochaine fois? C’est quand la prochaine fois?

Que fait B. au karaté? Elle y va une demi-heure deux fois par semaine. Ils commencent par des étirements, un petit laïus/action sur le contrôle de soi, en groupe ils reprennent les enchaînements de «coups» et mouvements. Puis ils se séparent en petits groupes autour des enseignants «adjoints» pour des exercices plus précis. À la fin, le professeur les invite à s’asseoir autour de lui et il évoque le «mot de la semaine» comme environnement, confiance ou une notion similaire.

Comment c’est? Joyeux, entraînant! La qualité du cours vient en partie de la personnalité du professeur principal. Les notions sont claires, il les encourage, il mime, il parle d’une voix forte et invitante, l’ensemble est rythmé, les professeurs adjoints font pleinement partie du programme et répondent aux questions du professeur principal pour donner le ton à la troupe. La politesse est de mise, ainsi que l’importance de répondre d’une voix distincte et d’un ton clair.

Des défauts? Oui et non. Une demi-heure c’est super. Deux fois par semaine c’est demandant. Cela rajoute un certain stress à notre semaine. Si B. ne s’y plaisait pas autant on ne se donnerait pas la peine. Également, le prix, 100$ mensuels environ, est un investissement supplémentaire à ce qu’on aurait pensé mettre pour l’activité sportive de notre fille de 4 ans.

Je recommande? Oui, je crois que vous l’avez senti. Malgré les inconvénients, l’argent et le temps que cela nous prend, je vous l’assure, it worth it. Comme nous assistons à tous les cours, nous reprenons les thèmes évoqués, nous lui rappelons de parler d’une voix claire et de regarder dans les yeux. Et notre petite se transforme tranquillement, prenant confiance et assurance, et s’amusant, surtout.

-Lexie Swing-

Miss Swing est devenue un bébé nageur

Enfin une étoile de mer, pour être précise. A 18 mois, elle deviendra un canard (C’est ça l’évolution de l’espèce!). On a commencé soft : session intensive de 8 leçons à raison de deux par week-end. Mais le fait est que notre bébé nageur est comme un poisson clown dans l’eau, elle bat admirablement des nageoires. En janvier, elle intégrera le cours régulier, tous les samedis matins, avec son papa.

Durée, animations, chansons, chaque piscine a son propre fonctionnement. Au centre sportif de Benny, à Notre-Dame-de-Grâce, les cours durent 30 minutes. La piscine n’est pas surchauffée (certaines piscines ont des bassins chauffés pour les bébés mais ce n’est pas le cas de la nôtre) donc la durée est bien suffisante.

L’eau est à température  «mais si elle est bonne, venez!». Ce genre de température où les ados plongent en faisant la bombe pendant que je trempe douloureusement le gros orteil en faisant la moue. Parents et bébés entrent à la queue leu-leu, se mettent en rond autour du moniteur et commencent à chanter en faisant valser leur progéniture en couches de bain.

Première brasse./ Photo Torsten Mangner

Première brasse./ Photo Torsten Mangner

Les parents allongent ensuite les bébés sur le dos, puis sur le ventre pour leur apprendre à faire des bulles dans l’eau. A ce stade, c’est surtout Papa qui fait des bulles dans l’eau. Il maîtrise admirablement le concept d’ailleurs. Le moniteur disperse ensuite des petits jouets en mousse, charge aux parents aux bébés de les rapporter sur le bord.

Ensuite, c’est la débandade : on se cache sous un tunnel, on promène les bébés dans des canots en mousse, on leur plonge la tête sous l’eau… Trêve de plaisanterie, le but du jeu est d’apprendre à l’enfant à fermer les yeux et à retenir sa respiration avant de mettre la tête sous l’eau. Les parents comptent donc jusqu’à trois avant de laisser glisser bébé dans l’eau et de le ressortir (un quart de seconde au total). Et  ça marche! Miss Swing ferme même les yeux quand on lui rince les cheveux dans le bain à présent.

Une dernière chanson et il est temps de s’enrouler dans une serviette. Le mois prochain, on tente le crawl!

-Lexie Swing-