Karaté kid

B. a fait plusieurs activités depuis ses premiers rires. Des cours de bébé-piscine, des sessions Karibou, de la gym-trampoline en septembre dernier. 

Je n’en avais pas vraiment conscience, alors que je l’accompagnais, vêtue de son justaucorps, mais elle n’avait pas envie de s’y rendre. L’idée lui plaisait, le sport, l’action, certaines des professeurs, mais il y flottait ce-je-ne-sais-quoi qui la retenait de s’y épanouir. Cela me sert un peu le cœur quand j’y repense. Mais je sais aussi que la vie sera faite de lieux où elle n’aura pas envie de se rendre et de choses dont elle repoussera l’exécution. Les activités de loisirs, cependant, devrait rester une source de plaisir. Pourquoi s’astreindre à faire à tout prix de la course à pied alors qu’on déteste courir? Pourquoi s’inscrire pour abandonner immédiatement? Nous avons tous quelque chose, un sport, une activité, qui nous correspond. J’en suis intimement persuadée. Ce n’est pas parce que faire du sport nous demande un effort suppplémentaire que l’on ne peut y trouver du plaisir, de la satisfaction.

Forts de cette idée, nous avons cherché ce qui pourrait correspondre à notre grande de 4 ans et demi. Un âge où plus d’activités sont désormais permises. Et nous ses parents avons choisi le karaté.

Je dis nous car, à la mention du karaté, B. nous a dit «non». Juste non. Vous ne l’auriez pas inscrite? En vérité, tout comme moi au même âge, et même moi il y a quelques mois , elle n’avait aucune idée de ce qu’était le karaté, de ce qu’on y apprenait. Si c’était drôle, si c’était pour tout le monde.

On a d’abord pensé au karaté car il allait apporter tonus musculaire, équilibre et souplesse à notre petite fille un peu gauche. On a continué à penser karaté quand les deux ans sont devenus trois ans, puis quatre, et que son caractère a dû faire face à la vie, la vie de famille, la société. Quand elle a dû apprendre à garder le contrôle et que l’on a dû apprendre à garder le nôtre. On a enfin évoqué le karaté en apprenant qu’il donnait confiance, que tout le monde pouvait y trouver son compte, que c’était amusant mais rigoureux. Notre petite fille est rigoureuse, elle aime les règles, elle aime l’ordre, elle est souple et enjouée. À elle aussi le karaté pouvait correspondre.

On lui a dit qu’on allait juste essayer. Juste comme ça. On lui a montré une vidéo pour qu’elle ne soit pas surprise de la tenue portée et on s’est inscrit pour le cours d’essai.

Ils étaient plein d’enfants, mais aussi plein de professeurs. C’était joyeux, bruyant. B. était comme anesthésiée, toute à son effort de tout observer. Elle a enfilé la tenue sans mot dire. Le professeur a demandé aux enfants de venir s’asseoir devant lui. 10 se sont mis à courir vers lui. Deux se sont mis à sangloter. On a retenu notre souffle et Tempête qui voulait se joindre au groupe… et la magie a opéré. B., quatre ans et demi, ma toute petite souvent en retrait, a pris sa place dans le groupe. Mieux : elle a dit bonjour. Mieux encore : elle s’est présentée.

Pendant le cours nous observions. Souriants devant son enthousiasme, soucieux devant sa mine parfois fermée. Lorsque le professeur «principal» a sonné la fin du cours, nous sommes restés immobiles. B. nous a rejoint en courant, avec une moue lasse, et en cœur nous avons posé la question qui allait tout déterminer : «As-tu aimé? Veux-tu t’inscrire?»

Son visage s’est illuminé. Elle a dit «oui je veux!», et puis «c’est quand la prochaine fois?». Elle a parlé de jack et de punch, elle a mimé l’esquive. Elle a surtout dit que Monsieur Truc était gentil et il est où Monsieur Truc, est-ce qu’il sera là la prochaine fois? C’est quand la prochaine fois?

Que fait B. au karaté? Elle y va une demi-heure deux fois par semaine. Ils commencent par des étirements, un petit laïus/action sur le contrôle de soi, en groupe ils reprennent les enchaînements de «coups» et mouvements. Puis ils se séparent en petits groupes autour des enseignants «adjoints» pour des exercices plus précis. À la fin, le professeur les invite à s’asseoir autour de lui et il évoque le «mot de la semaine» comme environnement, confiance ou une notion similaire.

Comment c’est? Joyeux, entraînant! La qualité du cours vient en partie de la personnalité du professeur principal. Les notions sont claires, il les encourage, il mime, il parle d’une voix forte et invitante, l’ensemble est rythmé, les professeurs adjoints font pleinement partie du programme et répondent aux questions du professeur principal pour donner le ton à la troupe. La politesse est de mise, ainsi que l’importance de répondre d’une voix distincte et d’un ton clair.

Des défauts? Oui et non. Une demi-heure c’est super. Deux fois par semaine c’est demandant. Cela rajoute un certain stress à notre semaine. Si B. ne s’y plaisait pas autant on ne se donnerait pas la peine. Également, le prix, 100$ mensuels environ, est un investissement supplémentaire à ce qu’on aurait pensé mettre pour l’activité sportive de notre fille de 4 ans.

Je recommande? Oui, je crois que vous l’avez senti. Malgré les inconvénients, l’argent et le temps que cela nous prend, je vous l’assure, it worth it. Comme nous assistons à tous les cours, nous reprenons les thèmes évoqués, nous lui rappelons de parler d’une voix claire et de regarder dans les yeux. Et notre petite se transforme tranquillement, prenant confiance et assurance, et s’amusant, surtout.

-Lexie Swing-

16 commentaires Ajouter un commentaire

  1. ptitecarotte dit :

    Comment t’es-tu rendue compte qu’elle n’avait pas envie d’aller à la gym du coup? C’est une de mes grandes angoisse de maman, car j’ai moi-même fait mes activités d’enfance plus pour faire plaisir à ma maman qu’à moi, mais sans en avoir conscience moi-même à l’époque. Et du coup j’ai très peur de reproduire ce schéma, j’aimerais tellement qu’elle trouve vraiment une activité qui fasse vraiment battre son cœur…

    1. lexieswing dit :

      Elle disait qu’elle aimait mais rapidement sur le chemin Elle disait qu’elle ne voulait plus y aller, et devant la porte c’était vraiment difficile de la faire entrer. J’avais convenu avec elle qu’elle ferait juste une session (8 semaines). Je voulais quand même lui apprendre à aller au bout des choses vu que c’est Elle qui avait souhaité en faire. Mais pas plus. Par chez nous il y a beaucoup d’activités pour lesquelles tu t’inscris uniquement pour une saison ou au mois. Je trouve que ça permet d’essayer plusieurs choses. Quelles activités penses tu lui faire faire ?

      1. ptitecarotte dit :

        ah oui quelle chance d’avoir ce système de session! En France cela n’existe pas, enfin pas chez moi, c’est tout le temps à l’année, ce qui est tout de même un sacré engagement à ces âges! Et puis la folie de la rentrée ne laisse pas le temps de tester plus d’un cours, et je ne veux pas non plus cumuler. Elle est inscrite à l’éveil gym pour le moment, c’est plutôt gentil sans être hyper enthousiasmant (à mes yeux en tout cas). J’ai une petite zone sombre au fond du cœur qui me dit que j’aurai pu trouver mieux. Elle a 3 ans, c’est sa première activité, je sais que ce n’est pas grave hein! mais pour avoir vu un ami se révéler dans une activité (et moi à contrario repenser à mes activités sans aucune joie), ça me questionne..

      2. lexieswing dit :

        C’est un âge où tout est encore à faire :) as tu des séances d’essai ? Des portes ouvertes ?

      3. ptitecarotte dit :

        Oui elle a eu une séance d’essai, et puis inscription (à sa demande). Mais nous n’avons pas eu l’occasion de tester d’autres activités non plus (quand tous les club font leur séance d’essais la même semaine…). on verra bien! Je me promets d’être attentive aux signes si elle ne veux plus y aller et de le respecter.

      4. lexieswing dit :

        Par curiosité, quel était ce sport que tu faisais et que tu n’aimais pas trop ?

      5. ptitecarotte dit :

        j’ai fait de la gymnastique artistique, de la guitare puis de la flute traversière.
        Je pense que la gym c’était à mon initiative toute petite, mais je n’est jamais franchement adoré -puis j’ai la souplesse d’un phoque, ca n’aide pas.. J’ai réussi à dire je ne veux plus y aller l’année où il devenait obligatoire de faire de la compétition. Je me rappelle très distinctement ma maman me dire à l’inscription « mais tu veux arrêter? » et cet énorme soulagement intérieur de réaliser que oui effectivement, je ne veux pas faire de la gym! La musique, c’est vraiment elle qui m’a poussé car c’était important pour elle. Mais j’ai bien du mettre 10 ans à m’en défaire. Le pire étant que rien ne m’y obligeais, juste ma fidélité et l’envie de contenter ma maman
        après j’ai tester plein de sports ou autres activités à l’école et rien ne m’a non plus accroché plus que cela, si ça avait été le cas, je l’aurais bien sûr dit!
        Bouquiner des heures sous la fenêtre reste bien mon activité extra-scolaire la plus épanouissante, et que je garde encore aujourd’hui ;)

      6. lexieswing dit :

        Je la garde aussi! Best time ever!

  2. Ca doit etre trop mignon tout ces petits en kimono a faire du karate :) Pour ma part j’ai fait du judo toute gamine! Et c’est vrai qu’au final les arts martiaux enseignent de belles valeurs :) Et je trouve que c’est super pour les petites fille d’apprendre a « se battre » et se defender. C’est le genre d’activites qui donnent confiance en soi

    1. lexieswing dit :

      J’ai lu quelque part que donner confiance aux filles était aussi une façon de réduire le risque de faire d’elles un jour des victimes. Aimais tu le judo ?

      1. J’aimais bien le prof (pour la petite anecdote, je l’ai retrouve sur Facebook il y a 3 ou 4 ans, je l’ai depuis supprime pour cause de propagande extreme droite pendant la campagne presidentielle). J’en ai fait pendant 2/ 3 ans et j’ai arrete a 6 ans donc je ne me souviens pas trop. Mais j’avais gagne une coupe (contre une fille hyper populaire, tout le monde avait crie son nom) et ca c’est une victoire que je n’oublierai pas :) Et une fois adulte j’ai fait de la boxe, un sport qui m’a aide a prendre confiance en moi pour me defendre des attaques verbales ou harcelement d’homme.

      2. lexieswing dit :

        J’ai voulu faire de la boxe aussi, j’ai fait des cours d’essai mais mes parents trouvaient ça trop brutal. Ils craignaient que je sois blessée (lol)

      3. Haha oui, j’en ai fait adulte mais c’est vrai que gamine mes parents n’auraient pas voulu! Je n’ai pas fait de sparring (faire semblant de se batter). Non moi j’ai fait a guerre aux sacs :P

      4. lexieswing dit :

        J’aurais dû faire de même !

  3. C’est sympa comme activité! On avait regardé pour Mark aussi, mais les horaires sont trop contraignants (mode parents égoïstes et trop occupés :-/)

    1. lexieswing dit :

      Deux fois par semaine. 18h30. Je te jure que des fois je me demande si on est pas trop cons LOL

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s