L’Indien n’est pas un costume d’Halloween

Lorsque j’étais petite fille, l’Halloween n’était pas encore très courant en France. Lorsque nous nous déguisions, c’était pour Mardi Gras, une fête catholique située juste avant le Carême. Un défilé avait lieu, on mangeait des choses grasses comme des bugnes (ça n’a pas la même forme que des beignes mais c’est gras pareil) ou plus sucrées comme des crêpes, on allait à la vogue et on était heureux.
J’avais les cheveux longs, j’avais le visage fin, je portais bien les nattes, j’étais faite pour être déguisée comme les Indiennes des contes. On m’affublait d’un ruban et de plumes, et d’une robe à franges en suédine. Je me plaisais dans le miroir, c’était un joli déguisement.

On en trouve encore, des déguisements comme ça, dans les rayons des boutiques françaises. Ils sont toujours aussi mignons, mais même si je magasine volontiers dans ces boutiques-là pour l’Halloween, le costume d’Indienne n’est plus sur ma liste. La vision de l’Indienne telle qu’elle est perçue en France n’a rien à voir avec la façon dont est perçue la culture autochtone. Car la femme autochtone n’est pas un personnage. Ce n’est pas le Rocky de Paw Patrol, ce n’est pas le Mario de Mario Kart. Ce n’est pas une pompière, ce n’est pas un M&M’s. Ce n’est ni une job, ni un objet, ni un personnage de dessin animé, ni même un personnage célèbre. C’est une culture et une communauté plurielles. Ce sont des coutumes. Ce sont des langues. Ce sont des personnes auxquelles il serait doux de s’identifier si leur culture n’avait pas été tant (re)niée dans l’Histoire et à l’époque actuelle.

Aussi, et ce n’est pas moi mais une étudiante de Winnipeg qui le disait l’an dernier, ces costumes – car oui il s’en vend aussi au Canada – donnent une image non seulement fausse, mais également très figée de la culture autochtone, une image très datée en réalité. Un professeur du Manitoba, interrogé dans le même article, déplorait même que les Autochtones soient perçus, à travers ces déguisements, comme des « sauvages exotiques ».

Tous, cependant, ne sont pas d’accord avec cette vision des choses. Dans un second article daté également de l’an dernier et paru dans La Presse, on aborde la notion de tabou et d’hypersensibilité, on y insère les mots censure et liberté d’expression, déplorant qu’au nom du politiquement correct, on ne puisse plus se déguiser en Indienne, ou en Geisha, en Chinoise, en Mexicain portant cigare et sombrero ou même en Noir.

Pourtant, cela va – et c’est seulement mon opinion – au delà de la liberté d’expression, c’est prioritaire sur la notion de droit ou de censure, c’est une question de respect. Et c’est la raison pour laquelle ce n’est pas un problème d’être déguisée en Petite Indienne en France, et que ça l’est au Québec. Le poids de l’Histoire, la place d’une communauté dans une société, devrait primer sur le droit de porter n’importe quel déguisement à l’Halloween. La Petite Indienne en France est un personnage de livre, une héroïne de dessin animé. La communauté à laquelle un tel déguisement ferait référence ici au Québec se doit d’avoir le respect de son peuple, les Canadiens. Tout comme n’importe quelle communauté, a fortiori si elle est ou a été discriminée.

Et non, contrairement au parallèle émis dans l’article mentionné ci-dessus, je ne pense pas que cela puisse être mis sur le même plan qu’un déguisement de Flamenco ou de French Cancan. Ni même de Geisha. Et celui qui crie au loup revient à dire que les Françaises dansent toutes le French Cancan, et que les Espagnoles maîtrisent toutes le Flamenco. Pour avoir du sang des deux peuples, je vous confirme que l’on peut être aussi peu douée dans l’un ET dans l’autre.

Alors exit le déguisement de Petite Indienne, nous avons misé sur du solide, du doux, du pelucheux cette année. En bons végés, amis des bêtes, nous avons voté pour la ménagerie. Cette année nous avons donc l’ex chat, devenu souris (une reconversion) et le petit cheval déguisé en chat (des oreilles qui trainaient par là).

Et vous, quels déguisements avez-vous ressorti des placards? Et pensez-vous que l’on devrait pouvoir tout porter?

-Lexie Swing-