Je l’avais sous le coude, ce fameux article. Celui qui allait vous raconter comment le fucking four avait perdu de sa vigueur et comment la tranquillité était revenue chez nous. Les rires étaient joyeux, la politesse usuelle et les petits oiseaux n’étaient pas loin de nouer deux trois noeuds dans les cheveux parfaitement peignés de mes filles.
Mais ça c’était avant. Avant que le terrible two, dont j’avais oublié l’existence, concentrée que j’étais sur sa version updatée, le fucking four, s’invite chez nous. Je ne l’avais pas convié, ce trublion là. La dernière fois qu’il est entré chez nous, il avait promis de repartir dans les six mois. Résultat il est resté deux ans et demi, mutant avec une constance métrononique et respectant avec soin les étapes « comme dans les livres ». Les crises, le non, les réponses, l’impolitesse, les cris, la frustration, les geignements, les cris d’animaux, les geignements encore, les plaintes continuelles, la mauvaise foi…
Voici donc Tempête, son ami Terrible Two sous le bras, qu’elle étreint comme une vieille peluche dont je suis déjà tannée. Elle respecte même les codes à la lettre, elle qui fait pourtant toujours fi des consignes.
Le Non
– Viens Chérie mettre ton manteau.
– Non.
– Viens mettre ton manteau.
– Non.
– Je te donnerais un bonbon
– Donne bonbon.
– Mets le manteau d’abord
– Non, bonbon
– Manteau d’abord
– Bonbooon (se roule par terre)
Double échec: l’enfant fait maintenant une crise pour avoir un bonbon et le manteau est devenu hors sujet.
Les coups
– Tempête arrête de taper ta sœur
– …
– Tempête si tu tapes encore ta sœur, tu descends du chariot.
– … (pire : l’enfant rit)
– Tu descends du chariot et tu marches puisque tu tapes
– (On met le plan à exécution, l’enfant se laisse tomber sur le sol boueux comme une vieille poupée de chiffon).
– Tempête, marche
– …
– Tempête ?
Le plan échoue. Vous avez 15 mètres d’avance, l’enfant est toujours allongé dans les feuilles du chemin. Il regarde la vieille dame dans sa cour qui vous regarde, vous, avec cet air que seules les vieilles dames savent prendre pour vous faire comprendre à 15 mètres de distance que vous êtes un parent indigne. Vous rebroussez chemin pour récupérer votre progéniture hilare, faites un sourire à la vieille dame pour excuser une faute que vous n’avez pas commise et vous tapez deux kilomètres avec 13 kilos remuant sous le bras gauche et votre dignité sous le talon droit.
Le tout fout l’camp
– Tempête, viens mettre ton manteau (bis)
– …
– Où vas-tu?
– …
– Chérie, Tempête est vers toi?
– Oui, elle vient de récupérer l’iPad.
– Pourquoi?
– Elle demande Pat’patrouille. Je lui mets ?
– NoOOon, j’ai demandé à ce qu’elle mette son manteau.
– Tempête, va voir papa pour mettre ton manteau.
– …
– Elle dit quoi?
– Elle dit qu’elle veut Pat’Patrouille
Vous demandez noir ou blanc, elle rétorque « biberon moi, chocolat! ». Vous évoquez le dodo, elle s’installe devant un puzzle. Vous l’appelez pour le bain, elle disparaît dans son tipi. Vous interdisez les bonbons (l’Halloween, toussa…) et vous la retrouvez attablée devant sa boite de Smarties vidée avec soin. L’enfant de deux ans, c’est la surdité sélective à son meilleur. Parce que quand je murmure chocolat, la dernière syllabe n’a même pas le temps de sortir de ma bouche que j’ai un chien fou qui bondit sur mes genoux, le regard torve et les mains baladeuses. Sélective je vous dis.
Le bacon
Celui là je l’adore, il est parfait et toujours opportun. Il est la représentation parfaite du Terrible Two: un enfant de deux ans pitché par terre, morveux et plein de larmes accusatrices, dont les pieds continuent à fendre l’air tandis que vous le soulevez dans une tentative vaine de calmer le jeu. Au deuxième, on relativise et on enjambe la poupée qui dit non dans un entrechat digne des plus grands ballets. On fait mine de ne pas voir les poils du chien collés au chandail, la coulure de nez jusqu’aux sourcils et le lunatisme tout enfantin. On s’assoie avec un soupçon de fainéantise sur le sofa et on annonce : « Qui c’est qui veut jouer au loto? Je parie que c’est maman qui gagne ». L’ambition trouble des enfants de deux ans et ce sens inné de la compétition fera le reste.
-Lexie Swing-
Photos : StockSnap