Le troisième des douze travaux : prendre l’avion avec un bébé de six mois. Seule.

Réveil en sueur, l’oeil vitreux et la bouche pâteuse. Cauchemar. Huit heures de cris. Huit heures de regards lourds de reproches. Huit heures du bal incessant des hôtesses et stewarts qui servent, desservent, versent, jettent, tout en évitant le rejeton hurlant, amas de fripes molles largué au pied de la mère, vaincue par KO des tympans.

Construction de modèles réduits à la Ottawa Technical School./ Biblioarchives
Construction de modèles réduits à la Ottawa Technical School./ Biblioarchives

Il fallait tout prévoir: les petits pots et le lait pour l’avion, la tenue de rechange, la tenue pour remplacer le change taché après le deuxième vomi (celui des « trous d’air »), l’eau, la couverture, les couches, les bavoirs et les doudous. Au passage du contrôle, les agents sont inflexibles. Il faut que tout passe au scan. Ordinateur jeté en vrac dans une caisse en plastique. Sac à langer et sac à main vomissant leur contenu sur les petits rouleaux qui les poussent dans la grosse machine. Monnaie et passeports bazardés dans une dernière caisse. « Il faut aussi faire passer le porte-bébé et vos chaussures ». L’agent sourit, s’excuse presque, propose de tenir l’enfant tandis qu’on se débarrasse. Et on franchit enfin le portique. Et – une fois n’est pas coutume – le portique ne sonne pas (on a du me coller un pacemaker sans que je le sache, je sonne à tous les coups), l’enfant fait barrage aux ondes. Sourire à l’agent de fouille, retour aux affaires. Ordinateur rangé, sacs refermés, blouson enfilé, bébé réaccroché, billets et passeports… M**** où est le passeport du bébé? Branle-bas de combat. On ressort tout, l’enfant bringuebalant dans le dos. Les agents s’en mêlent, suggérant des endroits à fouiller, arpentant la pièce à la recherche du passeport perdu, poursuivant en courant le passager suivant, susceptible d’avoir fait main basse sur le passeport par erreur. Un agent saisit l’enfant – stoïque – pour qu’on fouille le porte-bébé. Et ouvre une dernière fois le sac à main et… il est là, seul, au fond de la pochette de voyage. Jamais sorti.

Embarquement, installation au première rang de la classe éco. L’enfant fait des sourires aux voisins de siège qui se fendent de « agueugueu » de circonstance. Décollage, l’enfant au creux du bras tétant avec vigueur du jus de fruit acheté pour l’occasion. Le signal retentit et le bruit scintillant des ceintures qui se décrochent annonce que le vol commence pour de bon.

8 heures. 8 heures à sourire, 8 heures à dormir, 8 heures à entendre « elle est trop cute », 8 heures à arracher les cheveux de maman, 8 heures à jouer, 8 heures à manger, 8 heures à faire la cachette avec les voisins d’à-côté, 8 heures à passer de bras en bras, 8 heures pour devenir la coqueluche de plusieurs rangées. 8 heures sans pleurer.

On ne triomphe pas sans aide.

-Lexie Swing-

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