Au fond du bus

Quand j’étais ado, le fond du bus, ces fameux cinq sièges arrimés ensemble, étaient toujours occupés par les rebelles, les hype, les populaires. Le bus – ou plutôt le car- était la traduction quasi parfaite de la pyramide de popularité que l’on retrouve dans le secondaire américain : la reine, le roi et leurs trois meilleurs amis très cools eux aussi. Juste devant, assises de travers, dévorant des yeux leur généralement blonde souveraine : les copines (entendez par là « faire valoir ») de la reine. Puis les autres, les sympas, les blagueurs, le groupe populaire mais pas trop. Et les esseulés, tout devant, qui noyaient leur solitude en ingérant un monologue maintes fois subi au sujet des victoires napoléoniennes avec le prof  d’histoire.  De tout temps, cette place a également été celle, encore moins enviable, des gromisseurs (comme on dit dans notre famille).
Au fond du bus, il se passait des trucs louches, des langues collées, des chewing-gum salivement échangés, des soutiens-gorge déboutonnés et de l’herbe savamment roulée. Enfin c’est ce qu’on dit…

Inside bus./ Photo Daniil Vasiliev
Inside bus./ Photo Daniil Vasiliev

Dix (15) ans après, le fond du bus a pris quelques rides. La reine a enquillé 70 balais dans le cornet, elle discute tricots et nappes à carreaux avec sa voisine de droite. Chaque soir, elle prend le bus au même arrêt que moi. Me précédant de quelques pas – âge oblige – elle salue sa cour en entrant. Ce bus, c’est l’extension de sa maison, de son quartier. Assise au fond, avec son habituelle copine, elle refait le monde telle qu’il aurait pu être (si les jeunes n’étaient pas si impolis, s’il ne pleuvait pas aujourd’hui, si la courge poivrée n’avait pas augmenté…). Non loin d’elle, à l’autre extrémité de cette rangée symbolique, il y a Monsieur. Un drôle de bonhomme, la petite cinquantaine, le rire gras mais le coeur léger. A ses côtés, deux femmes à peine plus jeunes que lui. Royal, il trône toujours entre elles deux. Jamais sur la droite, jamais sur la gauche, toujours la place centrale, en vieux roi à peine ébranlé.

Le fond du bus a bien changé mais il reste un domaine réservé, où les critiques sont légion et les rires trop forcés. Il s’agit d’être bien vu, du fond du bus…

-Lexie Swing-

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