Être un bon parent

Câlin du matin./ Photo Matteo Bagnoli
Câlin du matin./ Photo Matteo Bagnoli

Avant d’avoir un enfant, j’avais une vision très pratique du bon parent : il offrait le gîte, le couvert (bio si possible), du linge propre, de l’amour et un cadre solide. C’était un peu comme naître au Ritz : quelqu’un pour répondre à tes moindres désirs, te coucher dans des draps moelleux et te nourrir (à la cuillère en argent).

Et puis elle est née et comme j’ai un sens de l’organisation domestique équivalent à celui d’une dinde enfermée dans le noir, cette notion de la bonne parentalité a tourné court. Côté amour et cadre solide, on se tient. Les règles sont posées, on les répète souvent, on y déroge peu et pas sans de solides arguments étayés en trois dessins commentés. Mais force est de constater que le côté pratique de la chose n’a pas suivi.

Déjà, nous n’avons jamais de tenue de rechange le jour de l’accident, quand la Miss essaye d’attraper un jus de bleuets un matin de brunch dans un restaurant chic et se le déverse entièrement sur ses pantalons neufs (“oooo palon sont sales”… Voilà c’est ça chérie) et nous avons déjà parcouru la moitié de la rue Saint-Hubert à la recherche d’une boutique qui fasse vêtements ET culottes pour réparer les dégâts d’un accident pipi (“vous auriez un sac en plastique avec ça? C’est pour mettre sur le siège…”).

Ensuite, je ne compte plus le nombre de fois où j’ai prononcé la phrase “Je pense qu’il va falloir lui mettre son maillot de bain elle n’a plus de culottes…” et les chaussettes disparaissent mystérieusement après leur tour dans la machine à laver.

Nous ne sommes pas franchement le genre des parents à avoir des caisses de chandails et des mouchoirs au kilo. Nous arrivons régulièrement en fin de stock et sommes contraints de moucher le nez à l’aide de papier toilette et de fouiller les fonds de sacs à dos pour retrouver une couche neuve à 20 heures.

Nous partons en week end sans couverture et devons l’envelopper dans un vieux pull à nous. Nous lui attachons des serviettes avec des noeuds grossiers pour pallier l’absence du bavoir oublié au fond de l’évier. Et nous quémandons de l’arnica aux copains qui ont ça.

 Ce n’est pas toujours pratique, parfois chiant pour les autres. Mais aujourd’hui je sais aussi que ça ne tient pas à ça, d’être un bon parent. À l’image de l’amour conjugal, ce sont plutôt ces petites preuves quotidiennes, ses céréales maison que je prépare le matin, ma main dans la sienne quand elle a peur, mes quelques nuits passées assise sur un pouf, à côté de son lit, quand elle était malade, ma capacité à répondre à ses besoins, à n’importe quelle heure, ma volonté de résister parfois à ses demandes pressantes (“bonbooooons maman”) parce que je veux le meilleur pour elle (et pour ses dents), pas seulement tout de suite, mais aussi dans dix ans.

 Je lis ou croise des femmes, des amies, qui à l’aube de la naissance de leur premier enfant se demandent si “elles sauront”. Mettre une couche, donner un bain, donner le sein ou le biberon, ça s’apprend, mais donner de soi, donner le meilleur, réconforter et réchauffer, fusse dans un vieux pull, c’est inné, c’est en nous, ça ne demande qu’à sortir. Vous saurez.


-Lexie Swing-

 

PS Sur ce sujet du bon parent mauvais parent, je vous encourage à lire ce superbe article, à la fois drôle et plein de bon sens, sur la différence entre être une mauvaise mère et une mauvaise maman.

7 commentaires Ajouter un commentaire

  1. petiteyaye dit :

    Oh comme j’aime te lire lexie ! Sinon quand tu n’as plus de maillots de bain non plus, tu fais comment toi ??! ;-)

    1. lexieswing dit :

      Personnellement j’ai des culottes les sept nains tout à fait adaptées en cas de besoin ;)

  2. Zhu dit :

    Je crois dur comme fer à la phrase « avant j’avais des principes, maintenant j’ai des enfants ». Enfin UN enfant, quoi.

    L’amour est là, évidemment, et encore que des fois pas facile de dire « non » et poser des limites, « faire pleurer » involontairement parce que c’est ça aussi l’éducation, ne pas dire « oui » à tout… je suis en plein dedans avec les « terrible twos » :-/

    Côté pratique, on ne gère pas si mal finalement, même si mon concept du « propre » est devenu très relatif (« une tache sur le t-shirt? Oui, c’est bien ce que je dis, il peux le mettre demain, c’est propre ») :lol:

  3. Marie Kléber dit :

    Tu ne peux pas savoir ce que ton article me rassure Lexie. J’ai parfois l’impression d’être complètement à la ramasse, d’un point de vue technique, je sors des plans B de mon chapeau, incertaine de tenir la cadence. Quand il n’y a plus de maillots de bain, il y a des serviettes nouées (comme à l’ancienne)….

    1. lexieswing dit :

      Elle est déjà rentrée de la garderie sans rien sous son leggins faute d’avoir suffisamment de culotte (on prévoit pour un, mais pas deux accidents pipi non plus lol), si même les éducatrices s’y mettent ;) Moi j’étais comme ça avant et on ne peut pas dire que la maternité ait changé qq chose. Mais l’enfant s’adapte (et manger une barre de céréales un peu écrasée et un bagel pour le dîner, ça n’a jamais fait de mal à personne ;))

  4. My Chuchotis dit :

    Tellement vrai. On est de bons parents avec ou sans kleenex dans le sac à main. Et on est surtout au top après une nuit blanche quand ils sont malades! ;-)

    1. lexieswing dit :

      J’ai tjs un peu d’admiration pour ces parents qui ont toujours ce qu’il faut dans leur sac, ça me fascine (et j’en profite pour leur emprunter des kleenex lol)

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