Éduquée dans l’athéisme, scolarisée à l’école catholique

Il y a quelques mois, j’avais lu le témoignage d’une maman catholique, elle expliquait son quotidien et quelle place prenait la religion dans sa vie et celle de sa famille. J’avais trouvé ça courageux de sa part, d’écrire cet article à une époque où la reliion n’a plus vraiment la côte.

De la primaire à la 3e (équivalent du Secondaire 3), j’ai été scolarisée à l’école catholique. Un choix qui peut paraître surprenant, quand on sait que mes parents sont farouchement athées. Si je n’ai aucune opinion sur ce choix, qui relevait probablement plus du souhait de choisir une école adaptée à ma scolarité (j’étais globalement en avance et les profs de maternelle avaient recommandé que je sois en double niveau pour faciliter un passage rapide dans la classe supérieure), j’en ai une sur le fait d’avoir été à l’école catholique : ça a eu un impact majeur dans mon ouverture au monde. Mais avant de vous dire pourquoi, il faut d’abord que je vous raconte…

J’ai commencé ma scolarité de primaire dans une toute petite école. Elle était comme une succession de petite et grande maison de ville et le dernier étage était condamné par une chaine qui ne cessait d’attiser notre curiosité. La rumeur disait que le bâtiment avait abrité jadis un pensionnat et que les lits avaient été laissés en l’état. Il y avait une entrée, et puis une courette, la grande maison et puis une autre cour, plus grande. Il y avait un espace quelque peu délabré, qu’on appelait la cour du foot, et une sorte d’ancien garage sans porte, dont on utilisait les murs comme support pour nos pieds d’apprenti gymnastes. On montait dans les classes par une multitude d’escaliers, après s’être lavé les mains dans des lavabos de ferme qu’on s’arracherait, aujourd’hui, chez les meilleurs antiquaires. Il y avait ce savon jaune et rond, sur son axe en métal et puis les toilettes avec la porte courte sous laquelle on glissait le pied pour assurer les amis de notre présence. C’était une petite école de ville qui fermerait quelques années plus tard, à la faveur des redistributions d’élèves dans les secteurs scolaires ou menacée d’expulsion par une régie de bâtiment quelconque qui jugerait d’un mauvais oeil les escaliers de guingois et les portes grinçantes. On y serait peu, à peine de quoi remplir des classes entières. On serait des classes à demi-niveau, un CP-CE1, un CE2-CM1 et puis un CM2. Il y aurait d’autres découpages, des CM1 parfois divisés, des voyages en Auvergne et des classes vertes même au CP. Il y aurait peu d’enfants mais beaucoup de bonheur et c’est à peu près tout ce qu’il vous faut retenir pour comprendre ce qui s’en vient ensuite.

Puisque c’était une école catholique, les cours qu’ont aujourd’hui mes enfants et qui portent le nom d’Education Civique et Religieuse (ici, au Québec) se résumaient pour nous à des cours de pur catéchisme. Nous y apprenions tout ce que l’on peut apprendre à des enfants sur une religion et sa pratique. Nous priions tous les matins, mains jointes ou en coupole, debout dans les allées qui séparaient nos petits bureaux. Nous récitions alors le Notre-Père et le Je Vous Salue Marie, avec la fierté des enfants qui maîtrisent sur le bout des doigts une poésie maintes fois répétée. Nous apprenions aussi de nombreuses chansons, que je répétais à l’envi à mes parents, avec un enthousiasme tout enfantin. Ceux-ci ne pipaient mot, peut-être vaguement consternés alors du choix qu’ils avaient fait. S’ils ont pu l’être en termes d’apprentissage religieux, ils n’ont pu cependant que s’incliner devant ce que l’école m’offrait par ailleurs : un accompagnement réel et individualisé – jusqu’à des cours de rattrapage en maths qui nous ont permis, à mon amie et moi, de passer dans la classe supérieure au courant de l’année – et une admiration non feinte pour les bonnes élèves que nous étions alors. Nous étions scolaires, appliquées, premières de la classe. Nous rentrions dans un moule qui nous allait comme un gant et cela fonctionnait parfaitement.

En CE2, lorsqu’une élève de ma classe – A., une CM1 – s’est faite baptiser, j’ai découvert ce qu’était le baptême, et aussi que j’étais la seule, désormais, à ne pas être baptisée dans ma classe. J’ai le souvenir confus des déclarations parentales, celles de ses parents et puis celles des miens, à qui j’avais posé la question plus tard. Nous n’avions pas été baptisées car nos parents respectifs voulaient nous « laisser le choix » de nous convertir à une religion ou de se définir athée, le moment venu. Dans l’esprit de la plupart des parents d’aujourd’hui, cela signifie vaguement « à l’âge adulte », au plus tôt à l’adolescence. On devient mûr pour choisir une religion comme on l’est pour le sexe, finalement. Je vais vous avouer quelque chose : je pense qu’il faut avoir vécu pour faire ce choix-ci. Aujourd’hui, je ferais un choix éclairé. À l’époque, je ne connaissais que le monde agréable mais étriqué de ma petite école de ville.

Je suis donc restée l’élève non baptisée de mon école, mais j’ai découvert qu’il existait un monde catholique en dehors des murs de celle-ci. Mes amies allaient au catéchisme en dehors des heures de classe, aux Jeannettes le week-end et à la messe, parfois, le dimanche. Elles avaient des choses en commun en dehors de l’école, et pour ça, je les ai souvent enviées. Elles n’ont cependant jamais boudé leur plaisir de m’apprendre toutes les chansons et jeux auxquels je n’avais alors pas accès. Des jeux et des chansons que j’apprends encore à mes enfants aujourd’hui.

Lorsque je suis entrée au collège (au secondaire), j’ai choisi de rejoindre une institution réputée catholique, mais qui n’en avait, pour toute honnêteté, que le nom. Les allées et venues y étaient peu surveillées et les cours de catéchisme absolument optionnels. Je me suis éloignée d’un monde que je ne connaissais finalement que marginalement pour verser dans ma passion du moment : penser des heures durant aux garçons que je rêvais de séduire. J’avais cessé de faire ma rapide prière du soir pour me bercer d’histoires à l’issue toujours très romantique, quoique répétitive, et je me suis définitivement éloignée du monde de l’enfance.

Mon retour à la religion catholique s’est faite avec fracas, à l’hiver 1999, lorsque ma famille a déménagé dans une autre ville, au milieu de mon année de 3e (Secondaire 3). Au jeu des écoles, j’avais pioché la mauvaise carte. L’institution, perchée dans un cadre idyllique, était dirigée d’une main de fer par une directrice âpre, flanquée de Soeurs lieutenantes qui jugeaient bon de plonger la face des adolescentes trop fardées sous l’eau glacée des lavabos. J’étais perdue de ce changement soudain. Alors en pleine adolescence, j’étouffais dans ce carcan étroit. Mes journées se résumaient à des altercations avec la Soeur responsable de notre niveau et à des tentatives vaines d’échapper au cours de physique où la professeure prenait un malin plaisir à me ridiculiser, au vu de mes certes maigres notes. J’étais une fois encore la seule non-baptisée, mais dans l’école entière cette fois, et la Soeur ne manquait pas de me le rappeler comme si j’étais une hérétique. Elle a d’ailleurs failli en avaler son voile, alors qu’en voyage scolaire en Espagne, lors d’une immense messe donnée dans une église renommée, elle m’a vue me lever pour aller recevoir l’ostie. Bloquée dans un rang sans fin, incapable d’intervenir sans s’attirer les foudres de l’audience, elle n’a pu qu’assister, impuissante, à la scène. J’en ris encore aujourd’hui…

C’est avec un soulagement affiché que j’ai passé la porte du collège pour la dernière fois, quelques jours avant le brevet. Ledit diplôme était ensuite remis à la direction de l’école, avec charge pour nous de le récupérer auprès d’eux. Inutile de dire qu’ils l’ont – théoriquement – toujours en leur possession aujourd’hui, puisqu’il n’était pas question que je repasse un jour les portes de l’institution.

Cette étape malheureuse de ma vie m’a permis d’atterrir, alors que je commençais le lycée (secondaire 4), à l’école publique! Douze classes de seconde, des élèves issus de tous les collèges des environs, des jeunes de ma ville et mon futur amoureux, parmi eux. J’étais à l’aube du meilleur, des années incroyables qui m’ont permis de rencontrer des amis toujours très chers à mon coeur aujourd’hui. Des amis qui ont compté et sur qui je pouvais compter. La moitié d’entre eux avait un point commun, en dehors de notre lycée public. Vous devinez? Ils allaient tous à l’aumônerie du quartier. L’endroit était ouvert au monde, aux autres, aux non-catholiques, ou du moins est-ce ainsi que je l’imagine, moi qui y ait fait tant de rencontres et tant de belles soirées. Leur monde n’était plus un espace à part qui les séparait de moi, c’était une richesse, une part pleine de leurs êtres qui éclairait leur éducation, leur quotidien et leurs réflexions différemment.

Je ne regrette pas un seul instant d’avoir été scolarisée à l’école catholique, moi l’enfant d’athées, non baptisée. J’y ai appris la religion, les croyances et les dogmes. Je n’ai pas appris à croire mais j’ai appris à comprendre et ça m’a ouvert au monde. Car le risque, avec l’athéisme, est de s’enfermer dans un monde où les croyances sont vaines et les religions le fruit de la folie humaine. Or les religions sont là, elles existent. Des hommes et des femmes s’y plient, dans toutes les sphères de notre monde. Les connaître, les savoir, ne veut pas dire qu’on les valide, mais nous permet de voir, d’analyser et de comprendre.

Par ailleurs, l’Histoire des hommes est étroitement liée à celle des religions. Prétendre connaître l’Histoire si l’on ne comprend pas un minimum le fonctionnement des religions, est vain, selon moi.

Mettrais-je demain mes enfants à l’école catholique si j’en avais la possibilité? Absolument pas. Car ce n’est pas la religion qui m’a construit, ou détruite à l’occasion, mais ce que les gens qui la portent en ont fait. Leur ferais-je connaître les religions, découvrir les édifices, raconterais-je les croyances? Définitivement. Pour nourrir leur tolérance et leur faire découvrir un monde riche de cultures et d’histoires, un monde de chants et de valeurs.

Et puis un monde qui a inventé le Scofa aussi. Et juste pour le Scofa, l’école catholique, je ne regrette pas.

-Lexie Swing-

Crédit photo : Matthew Henry

L’école en temps de pandémie

L’école a repris au Québec il y a déjà quelques semaines. Une adaptation à bien des égards compte tenu de la Covid mais qui a le mérite de voir les enfants retrouver les bancs de l’école et leurs copains. Des retrouvailles, de rythme et de camaraderie, qui semblent faire le plus grand bien à la plupart…

Plongés en mode pandémie depuis 6 mois maintenant, nous nous sommes tous globalement bien adaptés – et pliés – aux règles en vigueur. En pratique, celles-ci signifient :

  • Qu’on n’a plus le droit, en tant que parent, de rentrer dans l’école. Les parents de maternelle, comme nous, n’ont donc pas eu droit à la traditionnelle visite de l’école au printemps, pas plus que les enfants n’ont eu l’occasion de voir l’école en amont. Peu d’impacts pour nous, déjà parents de l’école depuis deux ans, ou même pour Tempête, qui l’avait maintes fois visitée. Mais pour les jeunes parents de nouveaux maternels, le pas à franchir est important.
  • Autonomie totale pour les enfants. Fini le temps où nous les aidions à enfiler leurs manteaux ou vérifions qu’ils avaient pensé à leurs cahiers. Cette année, c’est l’apprentissage de l’autonomie en version accélérée, et ce, dès la maternelle. Tempête m’impressionne, avec ses retours triomphants « Regarde Maman, cette fois j’ai pensé à tout ramener » et B. ne traîne plus sans cesse dans les vestiaires, à enfiler ses vêtements à la vitesse d’une tortue neurasthénique.
  • Port du masque pour tous les adultes, et pour les élèves de plus de 10 ans dans les couloirs. Trois niveaux d’élèves sont concernés par le port du masque : les 4e, 5e et 6e année (le primaire québécois compte une année de plus que le primaire français), le port du masque pour eux est heureusement réduit à la portion congrue : les couloirs. Ainsi qu’à l’autobus scolaire, pour ceux qui le prennent. Côté adultes, ça se corse : tous les profs et éducat(eurs)rices (les surveillant(e)s, en France) doivent porter masques et visières en tout temps. De façon très personnelle, je trouve que cette mesure n’a pas vraiment de sens à l’intérieur même de la classe, considérant qu’ils font partie prenante de celle-ci, ils devraient pouvoir retirer leurs équipements en présence de leurs élèves, et les remettre lors de leurs déplacements. Mais encore une fois, c’est un point de vue personnel.
  • Le désinfectant à tout va. Purell fait fortune au Québec, il est partout. Les élèves se lavent les mains en entrant, en sortant, avant et après la récréation, les collations, le repas, les toilettes, le sport, name it. Je vois arriver avec terreur l’hiver et ses petites gerçures mal placées.

Dès cette nuit (mercredi), la région du Grand Montréal bascule en zone rouge. Les restaurants (et bars) ferment les portes de leurs salles à manger, les gens sont priés de ne pas recevoir d’amis ou de famille chez eux. On entre en plan de lutte contre ce qui semble être la deuxième vague de la pandémie. Les écoles restent ouvertes, les interventions en cas de suspicion de Covid se faisant selon les fameuses bulles-classes. Aucun cas n’a pour le moment été recensé dans notre école, mais des apparitions de cas ont lieu un peu partout autour de nous, dans plusieurs écoles de la ville, dans certaines garderies, etc. Autant dire que le virus se rapproche et que la question n’est plus de savoir si le virus se déclarera dans l’une de nos classes, mais bien « quand ».

Si l’une de nos classes ferme, nous devrons garder celle de nos filles qui sera concernée durant 14 jours à la maison, et la faire tester. Rien qui nous fasse rêver outre mesure mais il faut vivre avec son temps, même quand ce temps est une tempête.

J’espère que vous vous portez tous bien et que vous tenez le cap.

On s’en sortira! Le soleil n’est plus très loin. (Mais avant ça, y’a l’hiver – et il dure 5 mois icitte).

Beau mois d’octobre!

-Lexie Swing-

Crédit photo : Samantha Hurley

Ton absence

Tu verrais ça. La deuxième vague qui se profile. Til-Tok interdit aux Etats-Unis. L’espoir d’un premier vaccin bien avancé. Tu ne verras jamais le Liban qui brûle. Que je crie ou que je chuchote, je ne pourrais plus jamais rien te demander, plus jamais rien te confier.

Depuis trois jours, mes monologues restent sans réponses. Tu as lu mes derniers encouragements, mon « à plus tard ». Depuis l’échange est vain et notre conversation perpétuelle dégringole dans la liste à mesure que d’autres s’actualisent

Quelques notifications douloureuses sonnent encore, au rythme des publications que tu aimées il y a peu encore. Les réseaux sociaux sont en actualisation permanente, sauf au regard de la mort. On tarde à mourir, sur les réseaux sociaux. On reste suspendu à son dernier entrefilet, au dernier clic achevé, encore un peu en vie, dans les combats qu’on rejoint, les musiques qu’on partage ou les plats qu’on projette.

Il n’y aura plus de plats, il n’y aura plus de musique. Des questions absurdes me viennent alors que je me demande si des commandes de maquillage t’attendent sur ton palier ou que je m’interroge sur l’évier, le lit défait ou la gamelle des chats, que tu as laissés en partant. Je sais que ton amoureux, tes proches, ont déjà remis de l’ordre, trié des affaires et pris des décisions, mais perdure dans mon esprit cette impression insolente qu’il n’y avait pas de logique à ton départ. Il aurait dû y avoir un nouveau matin, un nouveau mois d’août, une nouvelle chance.

Je ne me fais pas à ton absence. J’ai l’impression de vivre à reculons. Je regarde vers l’arrière en sillonnant vers l’avant. Je ne me convainc pas d’un présent où tu n’es plus.

Je te souhaiterais bientôt un bon voyage, un bon après, et la paix surtout, toi qui as tant souffert. Mais pas tout de suite. Tout de suite je ferme un peu les yeux, et j’oublie que tu ne les as pas ouverts, ce matin-là. Je clique sur ton profil, et je lis quelques mots, j’approuve quelques partages, je m’enivre du désuet, de l’immobile, du temps suspendu, entre ce qui a été et ce qui n’est pas encore.

-Lexie Swing-

#Blacklivesmatter : dénaturons-nous le combat?

Je devine que je vais déclencher l’ire des foules.

En partant, je ne suis pas légitime dans le combat des #blacklivesmatter. Je suis blanche, je vis dans un pays à majorité blanche, je n’ai jamais été traitée différemment pour ma couleur de peau.

J’ai été élevée avec l’idée que chaque personne était égale à une autre, quel que soit son sexe, sa couleur de peau, sa religion, son orientation sexuelle, sa classe sociale. Ma principale réponse au racisme était que moi, je ne voyais pas de différences entre les gens. Et si c’est une belle idée, en théorie, l’âge adulte m’a confronté à d’autres visions. J’ai cessé de m’intéresser à la voix des Blancs qui soutenaient les Noirs, pour m’intéresser à celles des Noirs eux-mêmes. J’y ai ainsi appris bien des choses, mais notamment que faire comme si « tout le monde était pareil » revenait à nier les différences, et donc à nier les inégalités. À nier le racisme, par exemple. Si tout le monde est pareil, alors le racisme est un mensonge. Cela revenait à nier les groupes dans leurs spécificités, et à nier par exemple que les personnes noires sont maltraitées, rejetées, discriminées, en raison de leur couleur de peau.

Lentement (mais sûrement), j’ai changé. Je ne voulais pas m’emparer de voix qui n’étaient pas la mienne, alors je les ai relayées. Je voulais comprendre, alors j’ai lu, beaucoup. Je voulais faire ma part, alors j’ai fait ce qui était le plus à ma portée : j’ai transmis ce que je savais à mes enfants. J’ai acheté des livres avec des personnages noirs, plein, pour que ça devienne une réalité, pour que leur monde ne s’arrête pas à la blancheur de leur peau, pour que dans leur monde, il soit possible, aussi, d’être noir. Ça, c’était la base. Une fois que j’ai estimé que le processus de (dé)construction était bien entamé, je me suis attelée à la prise de conscience. Je leur ai parlé de l’histoire des Noirs, et je leur ai parlé de leur quotidien. Je leur ai montré cette vidéo, celle dans laquelle des parents noirs enseignent à leurs enfants comment se comporter s’ils font face à la police. Elles ne comprenaient pas bien les mots employés, mais elles ont compris les visages, elles ont compris les pleurs, elles ont compris la peur aussi. Quand la plus petite a finalement dit « Mais je ne comprends pas, elle est noire ma meilleure amie, et c’est ma meilleure amie, et c’est la plus gentille fille que je connaisse. Si quelqu’un un jour lui fait du mal je lui mettrais un coup de poing », j’ai su que l’on s’engageait sur le bon chemin.

Lorsque George Floyd a été assassiné par ce policier, alors que les États-Unis se sont embrasés, les réseaux sociaux ont été pris d’assaut par les déclarations de soutien aux personnes noires. Rapidement, d’autres messages s’y sont opposés, venant cette fois-ci de militants noirs eux-mêmes, qui dénonçaient cette mobilisation sur les réseaux sociaux qu’ils estimaient être une sorte de faux soutien, et qui dissimulaient le vrai message, la véritable lutte.

Est-ce le cas? Je pense que oui, partiellement en tout cas. Je fais partie de ceux qui ont peint de noir leur profil en soutien. Je fais partie de ceux qui parlent de ce qui se passe et affichent des messages d’encouragement. Est-ce une manière de récupérer l’attention?

Je crois que lorsqu’on soutient un combat, il faut avoir l’humilité d’écouter ceux que l’on soutient. Alors je suis allée lire encore, et j’ai relayé des mots sans les reformuler. Je voulais porter la parole sans jamais la dénaturer.

Mais je refuse de plaider coupable. Vous savez, il y a cette phrase qui commence par « ça partait d’une bonne intention ». La suite de cette phrase, c’est l’explication de l’erreur. Je refuse de croire que c’est se tromper que d’afficher un soutien (sauf quand on utilise le mauvais hashtag et qu’on noie le message, j’ai compris la leçon). Pour moi, ce n’est pas hypocrite, ce n’est pas « je fais juste ça, et puis ça suffit ». C’est une ouverture au dialogue, un premier pas vers l’apprentissage. C’est une façon de dire qu’on prend conscience.

J’ai déjà vu avec d’autres combats le lynchage qui ne manque pas d’accompagner toute réaction de masse. « Vous dites ça aujourd’hui mais demain vous oublierez », « ce n’est pas votre combat », « ne ramenez pas tout à vous ». Rappelez-vous, on le disait aux hommes lorsqu’ils parlaient des violences faites aux femmes. Et après on leur a dit « ça serait bien que vous souteniez les femmes ».

On ne laisse pas aux gens la chance de changer. Or dans le lot des gens qui affichent leur soutien pour la première fois, quel est le pourcentage réel de ceux qui se diront « c’est bien assez comme ça »? Pour combien cela représentera-t-il plutôt « un premier pas »?

Moi, ce matin, j’ai vu mes réseaux devenir noir, amplement noir, et ça m’a apporté un peu de bonheur. J’y ai vu un support.

Maintenant, il va falloir agir.

-Lexie Swing-

PS Je suis ouverte aux débats, éduquez-moi.

 

Yesterday

(J’ai écrit ce texte alors que je venais de terminer un livre en anglais. Sans être parfaitement fluent en anglais, j’ai une bonne compréhension générale et lorsque je lis ou regarde un film en anglais, mon esprit se met généralement à réfléchir dans cette langue. Vous trouverez à la suite la traduction en français)

Yesterday was a difficult day. It began with a rough night, filled with the nightmares of Tempête and our sudden wakes throughout the night. When the alarm clock went off at 7 a.m., I felt like I hadn’t slept at all. B. had been awake for about 30 minutes and burst into our room as soon as she heard the alarm clock, too happy to tell us that she had waited « that long » and had almost « not slept at all during the night » as she likes to tell us these days, apparently unaware of the deep sleep she has had since she was born.

Outside, the weather was terrible, as only spring can be here in Quebec. Rainy and greyish, as if the sky itself was in a bad mood. Maybe because it was a Thursday, and Thursday is not a Friday. Thursday is the day when you have to work harder because the weekend is coming up and you don’t want a Friday to look like a Monday. Am I having it right ?

I spent the whole day working from the living room. A terrible idea, because my daughters felt allowed to talk to me whenever an idea crossed their minds, whether it was to talk about the animal shelter where my father is a volunteer – B’s favourite. – or to sing me a Legofriends song. I was tired, trying to juggle between the e-mails I had to write in the appropriate language and the countless names B. had thought of for all the dogs she was planning to have. Her sister kept stealing things, just to be annoying like little children like to be when they want your attention while you keep pushing them away.

The day was exhausting, the cake the girls wanted me to bake with them was a disaster, the laundry was left unfolded and the only tour the dogs had was a little walk in the backyard. I was almost grateful when it came time to put the girls to bed.

I read a whole book during the evening, keeping my mind busy, away from all the news that is constantly flooding my social media accounts, listing either the number of deaths in my area, or the risks to children sent to school, or the unknown sides of the virus. I went back to my room around 11.30 pm, to find a dog in my bed, a toy that had been left here when they were playing at the « shelter ». I looked at the drawings left on my desk. And the little notes they had given me to tell me how sorry they were for spilling milk on the floor or spreading chocolate on my beloved couch. I remembered how full my life was and how it could have been quiet without them. And at that very moment, I recognized the truth: in my life, silence is made of gold because it is rare, because I earned it after long days of running, rushing, laughing and even shouting. In itself, silence is nothing, it is not an opposite, it is not a success, it is a component of a chosen world, and of a chosen life. But it is not mine.

Sometimes I have wishes or dreams, but I can’t have regrets. An office without their drawings, a house without their laughter, a morning without their words (more or less) whispered in my ear would not be, for me, a quiet life. It would be an empty life.

That’s why, in my house, I have three special rooms: a garage, a laundry room and a bathroom. Three rooms where I can lock myself in, put on my headphones and blow until the wind changes.

En français…

La journée d’hier a été difficile. Elle a commencé par une nuit compliquée, remplie des cauchemars de Tempête et de nos réveils soudains tout au long de la nuit. Lorsque le réveil a sonné à 7 heures du matin, j’ai eu l’impression de ne pas avoir dormi du tout. B. était réveillée depuis environ 30 minutes et a fait irruption dans notre chambre dès qu’elle a entendu le réveil, trop heureuse de nous dire qu’elle avait attendu « aussi longtemps » et qu’elle n’avait presque « pas dormi du tout pendant la nuit » comme elle aime à nous le dire ces jours-ci, apparemment sans se rendre compte du sommeil profond qu’elle a depuis sa naissance.

Dehors, le temps était terrible, comme seul le printemps peut l’être ici au Québec. Pluvieux et grisâtre, comme si le ciel lui-même était de mauvaise humeur. Peut-être parce que c’était un jeudi, et le jeudi n’est pas un vendredi. Le jeudi est le jour où il faut travailler plus dur parce que le week-end arrive et qu’on ne veut pas qu’un vendredi ressemble à un lundi. Ai-je raison ?

J’ai passé toute la journée à travailler depuis le salon. Une idée terrible, car mes filles se sentaient autorisées à me parler chaque fois qu’une idée leur traversait l’esprit, que ce soit pour parler du refuge où mon père est bénévole – le préféré de B. – ou pour me chanter une chanson de Legofriends. J’étais fatiguée, essayant de jongler entre les courriels que je devais écrire dans la langue appropriée et les innombrables noms auxquels B. avait pensé pour tous les chiens qu’elle prévoyait d’avoir. Sa soeur continuait à voler des objets, juste pour être ennuyeuse comme les petits enfants aiment l’être quand ils veulent avoir votre attention alors que vous continuez à les repousser.

La journée était épuisante, le gâteau que les filles voulaient que je prépare avec elles était un désastre, le linge est resté déplié et la seule promenade des chiens a été une petite balade dans le jardin. J’étais presque reconnaissante quand le moment est venu de mettre les filles au lit.

J’ai lu un livre entier pendant la soirée, en me gardant l’esprit occupé, loin de toutes les nouvelles qui déferlent en permanence sur mes comptes de médias sociaux, qui font la liste, soit du nombre de morts dans ma région, soit des risques encourus par les enfants envoyés à l’école, soit des côtés inconnus du virus. Je suis retourné dans ma chambre vers 23h30, pour trouver dans mon lit un chien, un jouet qui avait été oublié ici lorsqu’elles jouaient au « refuge ». J’ai pris connaissance des dessins, laissés sur mon bureau. Et des petites notes qu’elles m’avaient données pour me dire combien elles étaient désolées d’avoir renversé le lait sur le sol ou étalé du chocolat sur mon canapé adoré. Je me suis souvenue que ma vie était bien remplie et qu’elle aurait pu être plus calme sans elles. Et, à ce moment précis, j’ai reconnu la vérité : dans ma vie, le silence est fait d’or parce qu’il est rare, parce que je l’ai gagné après de longues journées à courir, à me presser, à rire et même à crier. En lui-même, le silence n’est rien, ce n’est pas un contraire, ce n’est pas une réussite, c’est une composante d’un monde choisi, et d’une vie choisie. Mais ce n’est pas la mienne.

J’ai parfois des souhaits ou des rêves, mais je ne peux pas avoir de regrets. Un bureau sans leurs dessins, une maison sans leurs rires, un matin sans leurs mots (plus ou moins) murmurés à mon oreille ne seraient pas, pour moi, une vie tranquille. Ce serait une vie vide.

C’est pourquoi, dans ma maison, j’ai trois pièces spéciales : un garage, une buanderie et une salle de bain. Trois pièces où je peux m’enfermer, mettre mes écouteurs et souffler jusqu’à ce que le vent tourne.

-Lexie Swing-

Crédit photo : Lerone Pieters for Burst

34 printemps

Je vous dirais bien ce que ça m’invoque, d’avoir 34 ans, mais la vérité est que ça ne transporte aucun élan.  J’ignore si c’est la faute à la pluie, ou au confinement, à ce temps qui semble comme suspendu ou seulement à cet âge sans couleur, ni une moitié, ni un début. Un âge pair en plus, moi qui ait toujours préféré les autres, les 1 et 5 et 7.

Je ne sais pas me retourner et observer le temps écoulé. J’ai une nature à courir toujours vers la suite, et je me force maintenant à marcher dans le présent. Le passé, lui, m’est étranger.

Pourtant, plus le temps passe et plus les chiffres me donnent le vertige. 30 ans que je la connais, 19 ans depuis la naissance de plusieurs de mes plus belles amitiés, 13 ans depuis notre premier baiser, 8 ans depuis le premier message Whatsapp, échangé avec mon groupe de futures mamans, 5 ans bientôt qu’elles sont deux…. Il y en a tant de chiffres qui marquent nos existences… Ce blog même est né il y a bientôt 8 ans, alors que j’attendais mon tout premier enfant. 8 ans à laisser des traces, à décrire des envies, étaler des projets, raconter un quotidien et formuler des opinions. 8 ans à grandir aussi. Le tout premier article était celui-ci : Un blog, pour quoi faire? À l’époque déjà, je savais certainement qu’il me serait impossible d’être exhaustive, de me cantonner à quelques sujets. J’aurais été bien en peine de tenir un blog cuisine ou littérature.

Dans mon deuxième article, je parlais du magazine 6mois, déjà! Preuve que j’ai une certaine loyauté. J’ai toujours été bouleversée par la photographie. Je suis une excellente spectatrice, à défaut d’avoir un quelconque talent de photographe, et je peux passer des heures à parcourir un recueil de photos ou une exposition.

Dans le troisième article, il est question du manque de représentation féminine parmi les réalisatrices mises en avant lors du festival de Cannes. Un article d’opinion. Il faut savoir que pendant quelque temps, j’ai écrit à titre purement anonyme, refusant obstinément que quiconque me connaissait puisse avoir accès à mes écrits. J’ai longtemps été incapable de formuler une opinion en mon nom, aussi sensée soit-elle. J’étais vide d’arguments, muette et incapable de défendre une prise de position. Ça a changé brusquement, mais uniquement pour des sujets qui me tenaient à coeur : la place des femmes dans la société, la maltraitance animale, le traitement réservé à autrui par une bande (le harcèlement)… De muette, je devenais enflammée. Ce n’était plus une opinion, c’était une déclaration de guerre. Je n’ai jamais su faire dans la demi-mesure.

J’ai écrit des articles sur plein de sujets, sur des bouquins, sur des séries, sur des choses entendues. J’avais une écriture assez immature, et à voir les sujets que je traitais, j’étais plus draînée par le souhait de montrer l’image d’une journaliste ouverte sur le monde que par une volonté de partager qui j’étais vraiment. En 2012, je m’insurgeais pour la première fois contre le traitement accordé au mariage gay par l’opinion publique. Aujourd’hui encore, je ne sais pas de quel côté se situait la majorité, mais les anti… bon sang qu’est-ce qu’on les entendait! Ce climat-là est l’une des raisons qui nous ont poussé dehors. J’étais alors enceinte de mon premier enfant et je n’imaginais pas la faire grandir dans cette intolérance à laquelle je ne comprenais rien. Je n’ai jamais rien compris à ceux qui jugent l’homosexualité. Je ne suis pas une sainte, je suis – comme tout le monde – pleine de jugements, qui heureusement évoluent. Mais, sûrement grâce à mon éducation, j’ai grandi avec l’idée que l’on pouvait avoir différentes orientations sexuelles, et qu’aucune n’était supérieure à l’autre. Et même si j’avais conscience que les gens pensaient parfois différemment, je pense que je n’en avais jamais pris la mesure… jusqu’à cette année-là.

Si je devais réfléchir à mes 34 ans, et boucler cet article qui n’en finit plus, je dirais que cette année fut celle de l’introspection. Depuis quelque temps, j’accepte enfin de regarder en arrière. Je démêle, je soupèse, j’évalue. Je me fais aider pour connaître les racines et les trajectoires. J’apprends enfin d’où je viens, en espérant accepter ainsi où tout ceci me mènera.

-Lexie Swing-

 

Poppy

Poppy. Ça fait deux mois, déjà, que tu as rejoint notre famille. On dit que ça prend trois mois, pour un chien comme toi, pour trouver son chez soi. Au nombre de chaussettes que t’as mangées, on dirait que t’es bien installée pourtant.

Poppy, je t’ai cherchée longtemps, sur tous les sites de ce monde. Je m’étais mise en tête d’avoir un deuxième chien, un chien sauvé, un chien qui ne l’avait pas eu facile. Je ne voulais pas entrer dans le système, contribuer à une business quelconque quand tant de chiens croupissaient derrière des barreaux. Aux bons soins de soignants, toujours et heureusement, mais en attente d’autre chose. Un foyer, un coussin chaud et le silence apaisant d’une maison endormie.

Ce n’était pas facile, comme recherches. Au Québec, on ne confie pas tant ces chiens là à de familles avec de jeunes enfants comme la nôtre. Alors j’ai commencé à sonder ailleurs, dans la province voisine. Je suis tombée sur une association qui sauvait des chiens errants des îles. Des chiens d’une race que je n’avais jamais entendue, moi qui baigne pourtant depuis ma prime enfance dans les connaissances canines.

Potcake. C’est un drôle de nom pour une race de chien. Un nom qui symbolise je crois le fond du bol d’une préparation locale dont la communauté autour de laquelle vous évoluez vous gratifie parfois, vous les chiens errants.

Poppy, tu viens d’Antigua. Je ne sais rien de comment tu es née. Je ne sais pas pourquoi tu errais, et comment on t’a attrapée. Je sais seulement que tu as été recueillie à trois mois par une aidante locale, que tu as vécue en troupeau avec d’autres potcakes comme toi. Et puis que, grâce à la gentillesse d’un passager quelconque, tu as été expatriée au Canada, tout près d’Ottawa.

C’est là que nous sommes allés te chercher. Tu avais 9 mois et l’air joyeux. Mes enfants piétinaient, tu étais impressionnée mais tu agitais la queue. Quand un gros chien a aboyé en direction de ma plus jeune, tu t’es placée en écran, l’échine dressée et les dents découvertes.

La première nuit, l’amoureux l’a passé dans le salon avec toi. Tu étais terrifiée à l’idée de faire tes besoins dehors. Et une fois lâchée, nous ne pouvions plus te rattraper. Jamais encore je n’avais été confrontée à cet état sauvage. Nous n’étions rien pour toi. Pire que des étrangers : une espèce que tu craignais. Il a  fallu te piéger pour te rattraper ce soir-là.

Les jours ont passé. Tu mangeais toujours en regardant par dessus ton épaule. Très tôt, nous nous sommes tenus proches de ta gamelle, dont nous prenions avec patience quelques croquettes. Les chiens comme toi n’aiment guère qu’on leur vole leur nourriture et la faim est telle parmi les tiens qu’elle fait presque partie de ta génétique; nous ne voulions risquer qu’un enfant mal avisé reçoive un coup de dent bien placé.

Eleven est devenu ton guide fidèle. Lui qui m’avait toujours semblé d’une maladresse enfantine, qui n’osait rien et s’entêtait pour tout, s’est découvert du plaisir à jouer les professeurs. Il a dissimulé sa peur de l’extérieur derrière un pas flegmatique, a retrouvé une énergie de jeune chien à batailler avec toi dans la neige de février. En fin stratège, il sait désormais que tu cours plus vite mais qu’il est plus patient, et après tes dix tours de jardin à fond de train, il profite de ta baisse de régime pour te saisir au vol d’une foulée et te faire rouler sur le sol. Tu le pervertis, lui qui vole maintenant les tuteurs de mes plantations comme tu lui as appris.

Poppy, ça fait deux mois que tu vis avec nous. Tu as mangé mes murs, quelques jouets et beaucoup, beaucoup de chaussettes. Tu as fait pipi dans le salon, caca dans ma chambre. Tu as refusé obstinément mille fois de passer la porte du jardin. Tu as couiné pour sortir, tu as chassé les écureuils, tu as sauté dans mes plates-bandes. Tu m’as obligée toutes les balades à m’arrêter pour sortir de ta gueule le morceau de plastique que tu réussis toujours à trouver sur la route.

Tu as égayé chaque heure de la vie de mes enfants depuis deux mois, tu as été d’une patience infinie et d’une résilience sans bornes, dans leur apprentissage de maîtresses d’un chien. Tu acceptes qu’elles prennent tes pattes et t’enserrent, en attendant qu’on te délivre et leur fasse répéter dix fois au coin « je n’attraperai plus Poppy par le cou ». Tu regardes encore souvent par dessus ton épaule, mais tu t’enfuis un peu moins vite lorsque tu entends nos pas derrière toi. Tu viens quand on t’appelle, tu agites la queue quand tu nous vois et lances des coups de pattes depuis le haut de l’escalier pour montrer ton impatience.

Le premier soir du premier jour, j’ai dit à mon amoureux « je n’y arriverai jamais ». Je l’ai repensé plusieurs fois par la suite. Pire que les murs que tu mangeais ou les portes que tu refusais de passer, c’était l’absence de lien, la distance que tu gardais toujours, qui était difficile. Personne ne vous prépare jamais à ce que votre compagnon de vie vous traite toujours comme un étranger.

Je ne suis peut-être pas encore ta maîtresse, mais peu à peu j’oublie que tu n’as pas toujours été ici. Et toi aussi. Je le sais quand tu m’attends, pour partir en balade. Quand tu m’accueilles au matin, en te trémoussant. Je le sais quand tu t’enroules autour de mes pieds, quand je travaille, et quand tu accordes ton pas au mien, sur le chemin.

On dit que les potcakes baissent vraiment la garde le jour où ils comprennent que quelqu’un d’autre est prêt à se battre pour eux. Sache que nous sommes prêts à toutes les batailles, Poppy.

-Lexie Swing-

Six astuces pour un petit déjeuner frais le matin

Ce n’est plus un secret : nous déjeunons régulièrement chez nous de gâteaux et pains frais. Ce n’est pas forcément l’idée que les nutritionnistes se font d’un petit déjeuner sain, mais sur mon échelle personnelle du bien manger, le gâteau fait maison se positionne devant les céréales sucrées du supermarché.

La perspective d’enfourner bientôt de la pâte à madeleines ou une brioche tressée dans le four préchauffé est une motivation suffisante pour me lever – tôt – le matin, et je me plais à croire que c’est une odeur qui, inconsciemment, teintera les souvenirs d’enfance de mes filles.

J’en profite souvent pour glisser une part dans la pochette à collation de ma grande, et une autre dans le sac de karaté de la petite, avant d’en garder quelques morceaux pour nos propres boites à lunch. Si mon conjoint les dévore, je crois, en dessert, ils sont pour moi une étape dans ma journée, soit avec mon café en arrivant, soit quelque temps avant de partir, en fin de journée, lorsque je sais le souper lointain et que les activités sportives des filles se profilent.

Si jamais vous aimeriez vous aussi vous offrir le luxe de profiter certains matins d’un petit déjeuner frais, voici quelques astuces glanées au fil des mois :

–       Préparez vos pâtes à gâteaux et à cookies la veille, et réfrigérez. Pour certaines préparations, réfrigérer est un incontournable. C’est le cas des madeleines – le changement de température entre le frigo et le four est le secret de leur bosse. Mais la plupart des pâtes s’y prêtent volontiers, pour autant qu’on les laisse tranquillement revenir à température ambiante avant de les enfourner.

–       Préparez vos pâtes à pains et à brioches la veille également. Pétrissez, laissez lever durant une heure dans le four à peine chauffé, puis éteint, en couvrant le bol d’un torchon mouillé. Dégazez ensuite la pâte et réfrigérez toute la nuit. Cela permet une deuxième poussée lente de la pâte.

–       Mélangez vos ingrédients secs lorsque les recettes ne se prêtent pas à une préparation en amont. Les biscuits véganes, par exemple, sont souvent meilleurs lorsque préparés minute. Pour gagner du temps, je mélange ensemble les ingrédients secs la veille au soir. Le matin, je n’ai donc plus qu’à ajouter les liquides : du lait de soya, de l’huile, du beurre végane, et à enfourner. De la même façon, il est facile de conserver un mélange d’ingrédients secs dans un pot Masson. Sur le même principe qu’un mélange à gâteaux «à offrir», on peut préparer quelques pots de mélanges à gâteaux pour la semaine avec la recette à portée de main.

–       Faites-vous des overnight oats. Ce n’est pas à mon goût mais certaines personnes adorent. Le principe : on mélange flocons d’avoine, yogourt, lait, graines de chia, confiture, sirop d’érable, name it… et on laisse au frigo toute la nuit pour pouvoir déguster ça bien frais le matin. La papesse du genre, Marilou, propose plusieurs recettes sur son site.

–       Congelez! Doublez vos recettes et congelez les restants. Un muffin ou un cookie passé au programme décongélation du micro-ondes, c’est juste délicieux.

–       Restez dans la simplicité. Personne n’a envie de commencer sa journée avec une recette compliquée, qui demande 16 ingrédients et quelques incantations. Tenez-vous en à vos recettes préférées, simples et épurées. Je vous livre mes préférées ci-dessous.

 

Nos recettes du quotidien :

–       Les muffins véganes à la banane de It doesn’t taste like chicken.

–       Les madeleines façon Lenôtre.

–       Les cookies véganes d’Une maman végane

–       Le pain sans pétrissage de Rose.

–       Les muffins chocolat-avoine, sur le blog.

 

Belle fin de semaine!

 

-Lexie-

Le marathon des activités

Un tout-petit ne devrait pas avoir plus d’une activité extra-garderie par semaine. 30 minutes tout au plus de baby-something (même si «moi pas bébé» n’est plus un bébé, toutes les activités s’appellent baby-quelque chose, et impliquent que toi – ô parent épuisé – tu donnes une nouvelle fois de ton temps pour amuser ta progéniture. Car oui : toute activité pour enfants de moins de 3 ans est en réalité une activité parent-enfant). Pour avoir un développement personnel harmonieux, l’enfant petit doit bénéficier de moments de calme, dans sa maison, à lire Pomme d’Api en mangeant proprement une collation saine sur le canapé du salon.

Ça, c’est la théorie.

En pratique, il n’y a pas de calme là où il y a plus d’un enfant et l’espace de lecture est circonscrit au parquet considérant la relative nouveauté dudit canapé. J’ai des sueurs froides rien qu’à imaginer des feutres à proximité du tissu gris clair immaculé. Tempête étant par essence un enfant vif et bondissant dès potron-minet, l’urgence de l’inscrire à une petite baby activité s’est faite sentir. C’est donc les mains jointes et la bouche en coeur que nous avons suggéré au professeur de karaté d’accueillir l’enfant très motivé dans son cours malgré les six mois manquants à l’âge requis. À deux ans et demi, vêtue d’un kimono blanc et d’une ceinture à son nom, notre cadette a pris part à son premier cours.

Et elle a tenu bon. Même si c’était deux fois par semaine. Même si sa soeur a choisi d’arrêter quelques mois plus tard. Même quand le stationnement était glissant ou la collation de l’après-midi déjà lointaine. Elle a continué, réclamant chaque semaine son cours, amusée par les détails qui font le sel de la vie d’un enfant de trois ans : se changer dans la voiture, manger des petits gâteaux dans son siège auto, retrouver les amis du club. À l’hiver, cependant, un obstacle s’est dressé : Tempête voulait faire de la danse.

Pas à la place, non. Tempête voulait aussi faire de la danse.

Autant on voyait bien l’aspect très positif du karaté, autant la danse nous laissait de glace. Mais le parent moderne est un parent coupable : pauvre petite qui, pour la première fois, nous exprime une véritable envie. Plutôt que de trancher, nous avons additionné. Désormais, les cours de karaté se passeraient uniquement en soirée, pour laisser la place au cours de danse le samedi matin.

Et le rythme a repris : lundi karaté avec maman, mercredi karaté avec papa, samedi danse avec le moins endormi des deux. Oui 9h la danse le samedi, ceux qui font les horaires n’ont aucune pitié.

La belle saison est arrivée, la garderie a organisé ses propres petits cours de sport. Karaté également – l’enfant est en passe de devenir professionnel avant l’heure – mais aussi soccer.

Et qu’est-ce qu’elle était bonne au soccer. À l’aise, et motivée. Pile à l’heure pour la saison d’été, au moment même où la danse allait s’arrêter.

«Tu aimerais faire du soccer?», ai-je demandé, dopée par les souvenirs de «Joue-la comme Beckham».

«Oui», elle a dit. «Et puis du tennis avec Papa aussi».

Alors voilà. Dans le placard de ma cadette, il y a une ceinture de karaté et puis des chaussons de danse. Des souliers de soccer, des protèges tibias taille Peewee et un ballon rond ont rejoint l’étagère. Quant à la raquette… c’était son cadeau de fête.

Fin mai, pour la seule et unique fois, elle sera partout. Au soccer le lundi, au karaté le mercredi et le jeudi, à son spectacle de danse le dimanche. Ce sera beaucoup trop, mais ça ne sera qu’une fois. Ce sera un souvenir excitant, de ceux qui fleurissent durant les repas de famille. Elle dira «j’ai toujours été comme ça», et «mes parents disaient toujours que je voulais faire toutes les activités possibles». Ce sera sa vérité, ça ne sera pas la seule. Ce sera celle d’une époque, celle d’un instant, peut-être celle de toute sa vie durant. Mais nous serons là pour lui dire, le cas échéant, qu’elle était l’enfant le plus tranquille au monde lorsqu’il s’agissait de lire son Pomme d’Api, un Spéculos à la main, sur le sol du salon.

-Lexie Swing-

PS Je précise qu’aucun enfant aîné n’a été maltraité dans cette histoire, ni nié dans ses besoins fondamentaux d’accomplir des exploits sportifs. L’enfant aîné fait de la natation, avec la motivation d’une nouvelle bru se rendant au premier souper de Noël de la belle-famille. Par souci d’équité et par refus d’enfermer notre progéniture dans des cases définies, nous avons précisément demandé «est-ce que l’une de vous, ou les deux, souhaite faire du soccer». Et tandis que Tempête criait «OUI» et partait chercher un ballon, B. a croisé mon regard : «Tu me fais une blague, n’est-ce pas?»

 

Que cette année nous soit douce

Je me souviens parfaitement du début de 2018. Nos 5 ans riaient dans le salon, leurs cadets roupillant déjà sur leurs matelas. Nous avions projeté les coucher un peu plus tard, nos grands, mais leur résistance valait la nôtre. Un peu plus et le matin se serait levé avec eux ! 2018 a donc commencé comme ça, sous les éclats de rire. J’aurais aimé que cela soit une prophétie de l’année à venir, malheureusement il n’en a pas toujours été ainsi.

Début janvier nous, les lecteurs de longtemps, de toujours, avons appris le décès prématuré de Julie, la blogueuse voyageuse de Carnets de traverse. Cette impression irréelle de manquer de souffle. La projection forcée, l’implacable froideur de la réalité. L’impression, surtout, de voler leur tristesse à d’autres. Et puis garder au bout des doigts, aux confins de l’avenir le message important, l’urgence de vivre et de se réaliser, en pimenter chaque minute, en saupoudrer chaque paysage. En hommage, et parce qu’il s’agit là d’une vérité fondamentale, sinon primordiale.

L’année a été souvent amusante, parfois éprouvante. Mais je m’en souviendrai comme d’une année épaulée, une année d’amitié, une année à s’écouter et à s’entraider.

2018 est surtout l’année de notre premier vrai voyage à 4, sur les routes du Nouveau-Brunswick. Nos premières véritables aventures en tant que famille, au rythme de nos filles, au gré des paysages et selon la carte des cartes des restaurants (végétariens, toujours ;)).

L’existence se fait douce, douce et trépidante, douce et triste parfois. Ce ne sont plus des montagnes russes, ce sont des cheminements. J’ai 32 ans. Cette année j’ai glané autant de certitudes que de rides. A ce rythme je serai bientôt flétrie comme une pomme.

Merci pour cette année, les copains, les amis. Merci pour cette douceur de vivre, merci pour nos rires et nos vives discussions. Que 2019 nous soit douce, qu’elle soit pleine d’aventures, riche en retrouvailles. Qu’elle soit un pas de plus vers la tolérance, un regard de plus vers les autres. Qu’elle soit tendre et lumineuse avec nous tous.

Très belle année !

-Lexie-