A toi ma grande

Prête pour la pluie./ Photo DR Lexie Swing
Prête pour la pluie./ Photo DR Lexie Swing

Qu’on l’affiche ouvertement ou qu’on le taise, on est parfois critique envers son enfant, même tout petit. On s’inquiète de sa motricité, on sourit de ses hésitations langagières, on s’apitoie devant sa solitude. On voudrait qu’il ait plus d’amis, plus d’idées, plus de vocabulaire. Devant son berceau de naissance, on se jure de ne jamais, jamais le comparer, et puis sitôt rentrés à la maison, on tape « combien un bébé de trois jours boit-il de lait en ml par biberon multiplié par son poids et divisé par mon nombre d’heures de sommeil? » et c’est la fin des haricots. Il n’est plus lui, unique, mais lui, comparable à tout un tas d’autres ptits culs plus ou moins bien desservis par la vie.

J’ai fait de même, depuis toujours avec ma grande. Même si je pense ne lui avoir mis aucune pression particulière, mon fort intérieur de mère bien (quoique) avisée aimerait parfois qu’elle soit plus ceci, et moins cela. Mais elle a bien des qualités, et je voulais lui rendre justice.

« Ma chérie, des fois, tu me rends chèvre à ranger les choses au carré, recommençant 100 fois jusqu’à ce que tout soit parfait. En vrai, j’envie ton calme, ta précision, ta volonté que toujours soit ordonné et rectiligne. Tu retrouves des choses que je croyais perdues, tu crées de l’ordre là où je ne mets que du foutoir. Tu as 2 ans, j’en ai bientôt 30, et en termes de rangement, tu as tout à m’apprendre. »

« Des fois, j’aimerais te pousser dans le dos pour que tu descendes enfin de la glissade, que tu t’avances vers ce groupe d’enfants ou que tu sautes avec eux au milieu du château gonflable.  En vrai, je suis soulagée de ta retenue. Tu ne te jettes jamais tête la première dans la mêlée. Tu prends le temps d’observer, qu’il s’agisse d’un obstacle ou d’un groupe qui t’attend. Et lorsque tu te lances enfin, tu n’as pas besoin de recommencer. Tu as su faire de suite, puisque tu t’y es préparée. »

« Des fois, j’aimerais que tu arrêtes de me demander et ça c’est quoi? ou stopper ta litanie lorsque tu répètes le nom des fleurs et des animaux qui se trouvent dans tes livres d’images. En vrai, j’admire ton incroyable mémoire, ta capacité à te souvenir du nom exact de fleurs dont je ne connaissais même pas l’existence jusqu’alors. »

« Des fois, j’aimerais te dire d’arrêter de minauder, de prendre des pauses et des intonations affectées. En vrai, ça m’émeut lorsque tu te penches vers ta petite sœur et que de ta voix de petite dame tu lui susurres ça va mon amour?, et que tu lui caresses la joue, doucement, très doucement. »

« Des fois, j’aimerais que tu arrêtes de piquer toutes les affaires de ta soeur, que tu cesses de me les ramener une à une en me demandant s’il faut prendre ça, ou ça, et que tu ne mettes plus tes doigts tout sales sur sa sucette. En vrai, je suis surprise lorsque tu me ramènes ses chaussons et sa tuque avant de partir en balade, lorsque tu me désignes les couches ou le sac que j’ai oubliés, et que ta soeur cesse enfin de pleurer car grâce à toi (et tes doigts sales) le chemin de sa bouche sa sucette a retrouvé. »

Des fois, tu me rends dingue, à en hurler. Et je hurle, parfois. Contre moi, contre toi. Contre mon impatience, contre ton insolence. En vrai, je t’aime plus que tout, ma grande-grande-toute-petite.

-Lexie Swing-

 

3 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Zhu dit :

    J’ai le même ici! Le « c’est quoi » qui est mignon au début, moins vers la fin de la journée où on a envie de hurler « c’est RIEN! DODO! » Les crises si quelque chose est « cassé » ou de travers, alors qu’il peut être si bordélique… cette envie de faire tout tout seul parfaitement (mon grand, faire ses lacets, ça va pas s’apprendre ce soir à 21 h…)

    Mais oui, on les aime :-)

  2. lexieswing dit :

    Ma meilleure arme, c’est l’ironie. Elle ne la comprend pas encore et ça me soulage. « Mais oui maman rêve de donner le biberon à ton bébé tout en préparant le repas… » ;)

  3. Marie Kléber dit :

    Ils sont formidables ces enfants et ils nous épuisent aussi. C’est vrai qu’on les compare souvent. Mais ils sont uniques. Comme ta puce, le mien met un temps fou à rentrer dans un groupe.Il examine beaucoup avant de franchir le pas. Je le voudrai plus casse-cou (mais je ne le suis pas pour un sou). Mais au final, il y a des moments où quand je le regarde, je le trouve épatant!

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