Parent : de l’indispensable « temps pour soi »

Solitude./ Photo Jeremy Hockin
Solitude./ Photo Jeremy Hockin

J’ai longtemps cru que la chose qui pouvait vraiment me faire dégoupiller, c’était le manque de sommeil. C’était certainement au temps où, petite étudiante, mon seul souci était de me préoccuper de mon petit nombril et où mes motifs de plainte étaient les lendemains de soirées trop arrosées après lesquelles je manquais de sommeil (et d’eau). A ce stade, je pouvais effectivement devenir fort désagréable.

Ma première fille n’a pas trop entamé cette perception. Nous étions deux à l’élever quasiment à plein temps. Lorsque je me lassais de la bercer, je passais la main et le bébé à son papa et partait disputer une partie du tennis ou répéter les lignes de mes pièces de théâtre (écrit comme ça je trouve que j’avais vraiment une vie trépidante, on dirait pas que je vivais au milieu des canards gavés et de l’herbe fraîche de mon Gers d’adoption). Je manquais parfois de sommeil mais rarement de temps.

Me voici désormais mum-of-two et le bus de la réalité vient de me rentrer dedans. Ce qui me manque le plus, ce n’est pas le sommeil, c’est le temps. Le temps pour moi. Le temps pour lire. Le temps pour écrire. Le temps pour placoter. Le temps pour clavarder. Le temps pour m’arrêter, un instant, et rêvasser.

Or ce temps est indispensable. Je m’en rends compte aujourd’hui. Je sors d’une journée marathon où j’ai dormi, mangé, conduit et respiré en gardant toujours un oeil sur mes oisillons, et sitôt Mr Swing revenu, je n’aspirais qu’à une chose : lui larguer notre progéniture pour prendre le large. Mais ce n’est pas toujours possible. Et la routine alors semble interminable : jeux, repas, bain… qu’est-ce qui vient après? As-tu vraiment envie d’une histoire ce soir? Comment ça tu veux faire pipi? Tu as déjà fait pipi… Dis-moi, E., cette suce, tu comptes la recracher encore longtemps? Non, plus de bisous. Tu te lèves encore, je ferme la porte. Attention, je compte jusqu’à trois. Oh et puis non, je ne compte pas, ras le bol. Et là, on atteint le point de dégoupillage. On se met à hurler, à rager. On tire l’amoureux du lit, « viens tout de suite, je vais perdre mon calme, comment ça je hurle déjà? »… Le moment pour soi devient le seul salut…

Il y a quelques jours, nous avons couché la miss, et tandis que sa petite soeur s’endormait dans les bras de son papa, j’ai attrapé les clés de la voiture, et je suis partie. Direction les magasins. Nous avons la chance au Canada qu’ils ferment à 21 heures en semaine… Dans ma voiture qui roulait dans la nuit, je chantais à tue-tête. J’ai erré dans les magasins déserts. J’ai acheté des trucs inutiles. J’ai posé des questions aux vendeurs esseulés qui n’attendaient que mon départ pour fermer. J’ai chanté encore sur le trajet du retour. J’ai imaginé comment j’aimerais me marier peut-être un jour. J’ai songé à nos prochaines vacances. Je me suis demandée quelle couleur de rouge à lèvres m’irait le mieux. Et interrogé sur les paroles de la chanson Rosie de Cabrel. Je l’ai braillée encore une fois, phares éteints, devant la maison. Et puis je suis rentrée. C’était calme, endormi. C’était doux. J’ai embrassé du bout des livres mes poupées. Et puis j’ai raconté à l’amoureux mon analyse psycho-cabrelistique sur fond de « si on se marie, j’aimerais que… », et il s’est foutu de moi.

C’était une belle soirée.

-Lexie Swing-

11 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Claudia etc dit :

    Oh oui il faut savoir aussi prendre du temps rien que pour soi pour éviter de se perdre et d’avoir l’impression de ne plus exister!!!

  2. Marie Kléber dit :

    Je crois que ce temps pour soi nous fait défaut et est important. C’est ma réflexion du moment Lexie. J’essaye doucement de prendre du temps pour faire ce que j’aime. Pas évident entre les enfants, cette point de culpabilité qui se glisse parfois et puis les gens bien pensants qui ont des idées sur tout.
    J’en parlais à ma psy. Et elle m’a réconfortée en me disant que pour les enfants, c’était aussi très sain de voir leurs parents avoir du temps pour eux. Mes parents à moi ne se sont jamais occupés que de nous. Et j’ai porté ça comme quelque chose de douloureux, comme si en dehors de moi mes parents n’avaient pas de vie. J’étais leur vie, alors il fallait que je sois à la hauteur.

    Prendre du temps pour soi, oui, car nous sommes hommes / femmes avant d’être papas / mamans. Et ce temps là nous aide aussi à être plus disponibles pour nos enfants. Quand on peut souffler un peu, on n’est moins tendu, moins irritable aussi. Le temps qu’on passe avec nos enfants est donc plus serein et plus productif.

    1. lexieswing dit :

      Est-ce que c’est toujours le cas aujourd’hui, as tu toujours l’impression que tes parents vivent à travers toi?

      1. Marie Kléber dit :

        Un peu parfois (surtout que nous vivons ensemble depuis 2 ans déjà, ce qui n’arrange rien). Aujourd’hui, j’arrive mieux à prendre mes distances, à comprendre que ma vie n’est pas la leur et que la leur n’est pas la mienne. Ca vient avec le temps.

  3. Mounira dit :

    Ha ha! Marie Kleber, je ne veux pas en remettre une couche mais je suis d’accord avec votre psy et moi-même je suis… psy. Mais c’est vrai que c’est important pour les enfants de sentir que les adultes sont sereins d’une part et que le monde ne tourne pas autour de leur frêles épaules d’autre part. Donc pas de culpabilité à avoir, au contraire. Dîtes-vous que c’est aussi un devoir de vous occuper de vous.

    En tout cas, j’ai bien aimé l’article qui m’a permis d’avoir le « point de vue d’une maman », histoire d’étoffer mes idées. J’ai écrit un article sur le lien entre se faire du bien à soi pour faire du bien aux autres et il me semble évident que l’un ne va pas sans l’autre.

    1. lexieswing dit :

      Merci pour l’analyse, c’est intéressant de savoir ça!

    2. Marie Kléber dit :

      Merci beaucoup Mounira. Ca soulage de l’entendre, de le lire. Car on culpabilise beaucoup sinon…

    3. Mounira dit :

      C’est vrai que les parents – les mères surtout – culpabilisent beaucoup pour tout ce qui tourne autour des enfants! Je le vois avec les personnes que j’accompagne mais surtout avec les femmes de mon entourage proche. C’est ce qui fait aussi toute la profondeur du lien mère-enfant et du fameux « instinct maternel ». C’est une grande force, il faut néanmoins faire attention que ça ne devienne pas une faiblesse.

  4. Zhu dit :

    C’est ça qui m’a tué avec Mark. Le manque de sommeil, c’est horrible, c’est sûr. On ne peut pas réfléchir ou avancer. Mais le pire, ça a été la « charge mentale », de ne pas avoir une seconde pour penser à moi (même des choses très basiques genre prendre une douche l’esprit tranquille). Je voulais juste être seule. Et il ne fallait pas que Mark soit dans mon champ de vision (genre, si on était dans la même pièce et que Feng s’en occupait) parce que je ne pouvait pas décrocher mentalement. Au final, le monde tournait autour de lui, les rares moments qu’on avait tous les deux, on faisait le debrief de Mark.

    Ça a pris trois ans (et j’y travaille encore), mais je me suis découvert un goût pour la solitude et je suis plus à l’aise pour fermer mes oreilles au monde et prendre soin de moi.

    1. lexieswing dit :

      Comment fais tu du coup pr prendre un moment pour toi?

  5. Comme toi je trouve que ce qui me manque le plus ce n’est pas une bonne nuit de sommeil mais bien du temps pour moi.
    Surtout le soir où j’aime tant me poser tranquillement pour bloguer / regarder la télé / bouquiner…
    Je sais que cette phase n’est que transitoire mais ça me manque. Et la reprise du travail dans 2 mois ne va pas arranger tout ça.

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