Pick your battles

./ Photo DR Lexie Swing
./ Photo DR Lexie Swing

Mes filles, je les voulais gentilles, polies. Propres aussi. Intelligentes. Sûres d’elles. Je voulais les voir à l’aise sur un vélo, à l’aise avec les mots. Les chiffres aussi, mais si ce n’était pas le cas on aurait dit «regarde ta mère, elle ne sait pas compter et elle s’en est sortie», et ça aurait été bien correct de même.

J’avais toute une liste de commandements alors que mes bébés n’étaient pas encore nés. J’avais bien observé les autres, soupesé et décidé de ce qui était bien et de ce qui était mal. Dans ce calcul impeccable, le hasard n’existait pas.

Mais je vous ai dit que j’étais pas mal nulle en calcul hein?

Elles sont nées et il a fallu revoir quelque peu nos exigences. Comme tout parent, il y a des choses avec lesquelles on ne veut pas tergiverser. Des choses qui, d’ailleurs, ne sont pas les mêmes suivant les familles. On a tous un degré de tolérance, et il ne s’applique pas de la même façon suivant notre culture, notre éducation et notre caractère.

Mr Swing, par exemple, fait une syncope lorsque le bébé attaque une banane à pleines mains, distribuant généreusement à la chaise haute, au parquet, à ses cheveux et aux poils du chien des morceaux jaunâtres et baveux énergiquement écrasés. Alors que je suis la personne qui dit «tiens tu veux essayer la banane?», persuadée que le toucher est une excellente introduction au développement du goût et qu’un paquet de lingettes peut venir à bout de tout (ou la langue du chien).

Avec une threenager comme Miss Swing, les batailles sont denses, nombreuses et lassantes. Elles commencent le matin, à 6h17, lorsque l’enfant émerge du sommeil, et se termine vers 20h42, lorsque le même enfant accepte – après moults cris et gémissements – de sombrer dans les bras de Morphée.

«Assieds-toi», «On mange à table», «J’ai dit non, c’est un couteau de grand», «Repose ces sandales, il pleut dehors», «Redonne ce jouet à ta soeur», «Tu as déjà eu du chocolat», «Je compte jusqu’à trois», «Finis ton assiette», «On ne répond pas!», «Arrête de lui donner des ordres, ce n’est pas toi sa maman, ni son papa», « C’est l’heure du bain», «Tu veux aller en réflexion?», «C’est Papa qui t’aide à t’habiller, demain ce sera Maman»…

Tout est prétexte à contrecarrer nos plans. Elle veut quelque chose? Le lui donner équivaut à déclencher une salve de cris. Le lui refuser aussi. Pourquoi ? Aucune idée. Rien n’est plus lunatique qu’un gamin de trois ans.

Alors parfois, lorsqu’elle refuse de manger son maïs, de mettre les chaussettes bleues, d’aller prendre son bain, de partager un jouet ou d’aller lire l’histoire avec Papa, le ton monte. Le poumon s’emplit et la colère prend le dessus. On voudrait qu’elle suive la ligne que nous avons définie pour elle mais son envie d’indépendance renverse à grands coups de pieds rageurs les règles préétablies.

«Pick your battles»

C’est la petite phrase que l’on se lance, par dessus sa tête. Choisis tes batailles. Lâche l’affaire, ça ne vaut pas le coup, ça veut dire. Elle s’est excusée pour avoir arracher la main de sa soeur en reprenant son jouet, c’est correct si elle veut jouer encore un peu avec elle et repousser l’heure du bain.

Pick your battles. Elle a mangé ses légumes, tant pis si elle ne veut pas de la viande.

Pick your battles. Elle a été sage à l’épicerie, tant pis si elle veut jouer encore un peu dehors…

Pick your battles. Elle veut bien se laver maintenant, mais à condition que ce soit avec sa soeur.

Il y a des choses sur lesquelles on ne fait pas de compromis. On dit merci à la dame même si je dois bloquer la caisse à l’épicerie durant dix minutes. On mange à table. On ne court pas dans les restaurants. On goûte toujours, même si on laisse après. On s’excuse. On aide. On fait attention aux autres.

Il y a celles sur lesquelles on a lâché du leste : la nourriture, le chocolat, la propreté, le rangement, l’heure de sommeil… On tente seulement de maintenir un cap, une cohérence. Et de survivre, nous parents, en se gardant du temps pour nous.

Et de votre côté? Sur quoi avez-vous lâché? Et tenu?

-Lexie Swing-

 

10 commentaires Ajouter un commentaire

  1. eofdcjuf dit :

    Bonjour,
    Il n’a que 17 mois et j’ai lâché sur tout en fait. Non je ne suis pas laxiste, mais je crois que je ne supporte plus l’autoritarisme, alors, tant que ça ne fait de mal à personne, que ça ne met personne en danger, je laisse faire.
    Bien sur, je crois que je ne supporterai pas de le voir malveillant avec un autre ou impoli, mais là on rentre dans le « ça fait du mal » donc je ne me vois pas lâcher.
    Mais c’est fou les idées que l’on se fait, et ce qu’on met réellement en place, peut être parce que plus rien n’a la même importance?
    Bises

    1. lexieswing dit :

      Je crois qu’on veut aussi préserver une certaine paix familiale. Au bout de la troisième crise, quand il n’est que 9h du matin, tu as comme envie de l’acheter, la paix!!!

      1. eofdcjuf dit :

        Ahah, oui, c’est très bien décrit ça! Je n’en suis pas encore là mais ça ne saurait tarder (le terrible two arrive à grands pas!). Et franchement, je pense qu’on est tous pareil, on a des principes, puis des enfants.
        Je voulais juste insister sur le fait que j’ai déjà laissé pas mal de principes avant même d’avoir des problèmes, je ne sais pas si c’est grave ou pas, l’avenir nous le dira!

      2. lexieswing dit :

        Lol, j’ai aussi évolué entre mes deux enfants, en me demandant parfois pourquoi j’avais insisté à ce point, parfois.

  2. Marie Kléber dit :

    J’avoue que tes billets me rassurent beaucoup Lexie car comme toi je lâche sur certaines choses. C’est essentiel pour vivre un quotidien le plus harmonieux possible.
    Je ne cède pas sur la politesse (comme vous), sur le gaspillage de nourriture, sur le respect des autres (manière de parler et d’agir) et la routine du soir (quoi que quelques fois on donne le bain le lendemain).
    Pick Your Battles, ça me parle. Car c’est exactement ça.
    Merci

    1. lexieswing dit :

      Nous on cède pour la routine le vendredi. Mais la semaine non, d’autant qu’en ce moment ils jouent tous les jours dans la cour de la garderie… qui est recouverte de sable :)

  3. Steph dit :

    Lâcher prise. Choisir ses batailles. Voilà qui résume bien la vie de parents ;) Rien à voir avec l’image qu’on s’en faisait avant leur naissance. Jongler entre la ligne et la courbe ce n’est pas toujours évident !

    Je suis attentive à la routine, à la politesse, à la gentillesse et au respect. Pour le reste, je gère au cas par cas… Je me demande toujours : Quelles sont les conséquences à long terme ? Si je n’en trouve pas, je laisse tomber. Est-ce vraiment grave que notre enfant soit propre à 3 ans au lieu de 2 ? Franchement, qui va s’en soucier dans 20 ans…

    1. lexieswing dit :

      C’est drôle, j’ai exactement la même démarche que toi. J’essaie de me dire : ok quelles seront les conséquences à long terme? Et c’est là où la couleur des chaussettes prend tout à coup moins d’importance :)

  4. Mandie_net dit :

    Comme je vous comprends! Notre petit tourbillon de 22 mois plein de vie et plein de caractère, à commencé sa phase TerribleTwo il y a 1 mois… lui si facile et conciliant autrefois… désormais bébé bacon et souvent en opposition mais heureusement toujours craquant! On choisit également nos batailles, ce qui nous tient à coeur et nos convictions profondes. pour le reste on est juste plus souvent derrière lui surtout lorsque nous ne sommes pas en terrain inconnu (genre pour un anniversaire dernièrement… si tu vois ce que je veux dire) Dur de le laisser expérimenter et d’un autre côté imposer des limites (les déterminer en couple est déjà toute une affaire) On espère faire au mieux pour ne pas altérer sa personnalité, ni brimer sa spontanéité pour une question de bien être ou paraître mais je crois que nos enfants doivent aussi s’adapter à nous et à la société. Trouver l’équilibre dans tout ça… Bon courage :)

    1. lexieswing dit :

      J’ai vu que tu semblais un poil fatiguée ;) Mais c’est chouette d’être si curieux!

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