Immigration : les petites habitudes 

./ Photo Hugo Chisholm

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Quand elle sera grande, Miss Swing dira peut-être que « chez (elle), on mangeait toujours à 18h ». Elle ajoutera qu’on allait souvent faire un tour de vélo les soirs de fin de semaine, l’été venu, et que ses grands-parents venaient plusieurs fois par année. Elle précisera que pour Papi et Mamie, c’était toujours aux alentours de fin septembre, proche du marathon de Montréal, et qu’elle loupait alors la garderie, et peut-être l’école, pour une journée ou deux, histoire de profiter d’eux. Elle se souviendra que chez elle on mangeait beaucoup de légumes, souvent du tofu et presque pas de viande. Que les dimanches d’hiver sentaient le gâteau maison et ceux d’été le barbecue. Et qu’il y avait souvent des amis pour le partager. Elle se rappellera du train de banlieue que ses parents prenaient le matin, et par lequel ils rentraient le soir. Celui qu’elle guettait parfois, à la gare, quand son papa rentrait un peu plus tard. Elle dira dans un rire que ses vacances, c’était souvent la France. Et à ceux que ça fera rêver elle rappellera que pour elle c’était plutôt les vacances en famille que la côte et son sable fin. Mais elle saura aussi que ses voyages à elle, c’était les Etats-Unis, le Québec, et le reste aussi.

Si la nouveauté devient routine, alors elle se souviendra aussi des vacances en Floride, chez son oncle, du potager de légumes dans le jardin, et des paysages de la région de Charlevoix, qui ont tant séduit son père.

Ce qu’elle ne saura pas, c’est l’avant, l’avant elle, les premiers nous. Le frigo plein de croque-monsieur Herta, et de pâtes farcies. Les repas à 20h. Les 4h de route pour rejoindre Clermont-Ferrand. Les vacances dans les capitales européennes. Le jambon sous vide et le foie gras un peu trop souvent. Le vin qu’on débouchait généreusement. La neige inexistante. Elle ne connaîtra pas certains visages, elle ne saura rien de ce que furent nos habitudes et notre quotidien. La télé qui tournait sans cesse, les séries dont on se gavait, la musique omniprésente. Le travail qui finissait à 19h et les week-ends de permanence. Elle devra faire un effort pour compter en euros, et ne pas rajouter de taxe. Elle sera très généreuse avec les serveurs, distribuant des pourboires avec obligeance et obligation. Elle aura l’accent chantant de ceux qui vivent de l’autre côté de l’Atlantique. Elle aura ses propres habitudes, les nôtres, bien loin de ce qu’elles furent alors.

-Lexie Swing-

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