Ni tomboy ni chochotte

L’autre jour, à la garderie, c’était ce jour spécial où ma fille aînée pouvait choisir une assiette et un verre différents de d’habitude.

« Et puis, tu as choisi quoi finalement ? »

⁃ L’assiette Flash McQueen et le verre Flash McQueen.

⁃ Ok. Et c’était quoi l’autre choix?

⁃ Les princesses

⁃ Ok.

⁃ Tu sais que j’aime pas les princesses.

⁃ Je sais. Aucune princesse?

⁃ Seulement Blanche-Neige. Et celle en bleu là.

⁃ D’accord.

La bleue, je crois que c’est Cendrillon (et non Elsa/Anna qui lui filent la frousse) mais je ne suis pas très au fait côté princesses. Ça me fait sourire car c’est la première fois qu’elle dit aimer une princesse. Je ne sais pas si c’est très commun pour les autres parents, j’imagine que cela dépend aussi des univers qu’on leur a fait découvrir et moi je n’aime pas trop les princesses non plus.

Miss Swing aime Flash MacQueen, Rocky de la Pat Patrouille (dont elle dit que c’est une fille) et parfois Spiderman. Et donc Blanche-Neige. Elle aime les jeans et parfois les leggings confortables. Les jolis t-shirts colorés. Le bleu et le rose. Elle aime lire, et dessiner. Observer, beaucoup. Commander, surtout sa sœur. Manger, et cuisiner. Être bien coiffée, mais plutôt avec une couette basse, plus pratique, plus agréable. Elle est très calme, mais on sent que la crise n’est jamais loin. Elle crie autant qu’elle se tait. Et elle est obstinée. Très.

Tempête est un tout autre genre de petite fille. Elle est vive et brutale. A l’aise dans tout ce qui implique son corps : Course, escalade, jeux divers, piscine, soccer, vélo, ski. Elle est en action, sans cesse. Se met dans des situations périlleuses. Pleure rarement quand elle tombe. Elle a tout le temps un livre à la main, elle chante et danse sans cesse. Elle aime les robes et les barrettes. Et elle m’a suppliée de lui acheter du baume à lèvres depuis qu’elle m’a vu mettre du rouge à lèvres.

Quand j’étais enfant, on disait des petites filles qui grimpaient aux arbres et trouaient leurs vêtements qu’elles étaient des garçons manqués, ce qui n’avait rien de très positif comme mot, même si on le disait parfois avec fierté. Ici, au Québec, on disait je crois Tomboy. Pour les petits garçons qui jouaient à la poupée et aimaient les couleurs pastels, on avait recours à toutes sortes de sobriquets. Chochotte est certainement le moins pire d’entre eux. S’il y avait une certaine admiration à voir sa petite fille participer à des jeux de garçons, voir un garçon participer à des jeux de filles rendait plutôt son parent honteux. Le positif de l’homme contre le négatif de la femme, s’élever ou se rabaisser, notre vie a été fondée sur ce principe depuis la prime enfance.

Parce que je suis née libre, j’ai été de ces enfants qui ont joué à tout. J’ai été Jasmine et Davy Crockett, j’ai adoré mes poupons Corolle, mes Sylvanians, mes playmobils et mon garage d’auto Fisher Price. J’ai rallumé la lumière tous les soirs de mon enfance pour finir le roman que j’avais commencé. J’étais gauche pour certains sports, j’avais des facilités dans d’autres. J’avais l’esprit lent mais l’intelligence vive et une grosse capacité d’apprentissage. J’avais peur des insectes. Mais pas des chevaux. Je craignais les disputes mais j’adorais l’orage. Je nageais mal. Mais j’ai sauté en parachute.

Quand je suis accueillie par le petit M., qui propose de me cuisiner un gâteau, quand je joue un instant avec les amies de mes filles, à qui fera vrombir son avion de chasse le plus fort, quand je vide le bac de jeux avec Tempête et ses copines, et qu’elles se battent pour « le plus beau dino », quand je vois R., l’espiègle petite fille de deux ans, se trémousser avec une robe de princesse, un diadème et une épée en mousse, et quand L. traverse la salle son chandail rose retourné sur la tête parce qu’il a marqué un point durant la partie de soccer, alors je sais que l’on est en train d’atteindre cet équilibre où il n’existe plus de cases où mettre nos enfants. Qu’importe nos exigences d’adultes, ils déboulonnent tranquillement les grandes colonnes pour se donner la possibilité de tout explorer. Ils multiplient leurs jeux comme on cumule les bonheurs. Je suis fière d’eux et j’espère qu’ils continueront à étendre leur champ des possibles tout au long de leur vie. Puissent-ils ainsi nous montrer l’exemple.

Et vous, quel enfant étiez-vous?

-Lexie Swing-

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6 réflexions sur « Ni tomboy ni chochotte »

  1. Rhaaaaaaaaaaa, j’avais fait un super com’ et puis là j’ai effacé!!!!
    Arf, bref je disais que moi le côté équilibre sans cases je ne le voyais pas. Je le vois d’autant moins qu’avec une fille et un garçon à la maison je vois la différence de traitement, les limitations qu’on leur impose, qu’on leur inculque, à la garderie, à l’école, dans les sports, dans les commentaires des inconnus dans la rue et très certainement nous aussi les parents sans le vouloir.
    Parfois c’est même décourageant.
    Enfant j’étais rien. Lol Sérieusement je ne sais pas si j’ai eu réellement conscience d’être une fille avant d’avoir de la poitrine et en être carrément en colère. Puis mes parents, craignant que je ne me marie jamais (j’étais en surpoids) m’ont élevée différemment de ma sœur par exemple, pas comme un garçon, mais pas comme une fille «fille». Et même si la raison me gène un peu, (qui spécule sur le mariage d’une petite fille de 6-7ans???) au final c’est une chance!
    Hihi encore un roman :)
    Biz

    1. Lol chaque parent a des motivations différentes ! En quoi t’ont ils élevée différemment ? À la garderie la différence de traitement a été flagrante à un moment. Le fameux truc de l’assiette Flashmacqueen avait résulté en un “Ben j’ai choisi une princesse parce que l’éducatrice elle dit que Flash c’est pour les garçons”. Depuis on a eu une petite discussion et en plus on a changé d’éducatrice. Mais ce soir nous les adultes qui leur imposons des cases. Les gamins ne font que répéter ce qu’on dit

      1. Oui les gamins ne font que répéter c’est clair! Ceci dit ce qui me gène c’est de devoir se battre un peu pour des choses qui me paraitraient normales, comme par exemple quand on a inscrit la mini au foot, ben elle était obligée de jouer dans une équipe 100% fille. Ils ne mélangeaient pas les deux soit disant pour protéger les petites filles… à 4 ans donc… Puis en tout cas ici on est passé pour des extra-terrestres de ne pas en être ravis, et de l’avoir signalé.

        J’étais habillée différemment peu de jupes, de robes. J’ai eu des jeux différents, plus «intellectuels», moins tête à coiffer et poupées, j’ai même appris la mécanique, à e servir de mes mains pour réparer des choses. On s’est moins occupé de mon apparence que de ma capacité à survivre seule et surtout, surtout, surtout, et ce jusqu’à la vingtaine, comme on ne me voyait pas au niveau de la «séduction» je n’ai pas eu de coupure, de sermons sur le fait d’avoir des amis masculins ou pas. On ne me reprochait pas de traîner avec des garçons.
        Quant à la motivation de mes parents, honnêtement elle me fait mourir de rire quand j’y pense :D C’est pour ça aussi que je m’en souviens, et puis depuis que je suis maman encore plus, parce que la dernière chose à laquelle je veux penser, c’est bien leur (éventuel) mariage!

      2. Mon dieu oui lol!! Et oui je trouve que ça t’a sûrement rendu service. Est ce que ta sœur est devenue différente de toi ?

      3. Oui, ma sœur est devenue différente.
        Elle se met une pression monstre pour paraître toujours plus «femme», avoir tous les attributs féminins. Ne pas sortir sans maquillage, sans talons… ça peut paraitre anodin mais je la vois faire beaucoup de ces choses pas forcément par plaisir.
        Puis elle le voit bien aussi, mais c’est surtout le passage à l’adolescence, l’interdiction, pour elle donc, de ne plus être avec des garçons qui a pesé, parce qu’elle s’est retrouvé un peu toute seule à essayer de se faire accepter en tant que jeune femme alors que c’était à l’opposé de celle qu’elle était à l’époque.

  2. Pour l’anecdote : souvent, quand je me fais épiler les jambes (à la cire, quand on voyage) ou quand je vais pour une pédicure, la personne me demande si je suis tombée, parce que j’ai des cicatrices sur les genoux. Rien de vraiment voyant, franchement, et la réponse est « oui », je suis tombée… euh, 40 fois en faisant du vélo ou en grimpant aux arbres quand j’étais enfant?!

    Je n’ai jamais été enfermée dans un modèle féminin ou masculin, comme toi j’avais une poupée Corolle et aussi un mécano :-)

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