Les autres ont-ils le droit d’exister ?

Croyez-vous au polyamour? Un de mes contacts a récemment posé cette question, sur les réseaux sociaux. C’est drôle car j’avais lu plusieurs témoignages à ce sujet. Des individus qui étaient amoureux de plusieurs personnes à la fois, des couples où une autre personne s’invitait, pas pour une relation sexuelle à plusieurs mais parce que l’un des personnes du couple était amoureuse de deux personnes à la fois. «Entre les deux, mon cœur balance», pourrait-on citer. Mais qui a dit qu’il fallait forcément choisir? C’est ce que martèle le polyamour.

À la question «Croyez-vous au polyamour», j’ai surtout eu envie de répondre par une autre question : «Pourquoi devrais-je y croire?». Il ne s’agit pas d’une théorie scientifique, ou d’une croyance religieuse, il s’agit de personnes exprimant leurs préférences relationnelles. Si elles l’expriment, c’est que cela est vrai, pour elles. Il s’agit de leur vérité. Vous pourriez me demander par contre «Penses-tu être le genre de personnes à être amoureuse de plusieurs personnes à la fois?», et je vous dirais que non. Je suis le genre de personnes qui, passionnellement parlant, semble avoir un réservoir à sortie unique. Donner mon amour à une nouvelle personne signifie généralement que je cesse d’en donner à la personne précédente (sentimentalement toujours, s’entend). Je garde des liens amicaux (parfois à sens unique, les ruptures n’étant pas vraiment le meilleur moyen de se découvrir une amitié avec quelqu’un), mais mon intérêt sentimental disparaît, pour se reporter.

Il y a cette idée répandue que les préférences d’existence des gens, qu’elles soient relationnelles, sexuelles, individuelles, sont quelque chose sur lesquelles on doit avoir une opinion. C’est la version adulte de l’éducation par les haricots : «On ne dit pas C’est pas bon, on dit je n’aime pas ça». Parce que sa vérité n’est pas celle des autres.

Nous avons de la difficulté à voir la vie des gens qui nous entourent à travers leurs yeux. Nous la voyons à travers le prisme de notre propre existence, à travers nos réussites, notre éducation, nos erreurs. Nous frissonnons de leurs certitudes, de leurs choix. Comme si c’était… Comme si c’était quoi? Contagieux? Comme si cela remettait en cause notre propre existence?

Les choix des autres ne nous définissent pas, ils enfoncent seulement les rideaux occultants des fenêtres de notre monde. Il n’y a pas de décision à prendre, pas de validation à donner. Personne n’attend de recevoir une validation.

Pourtant, c’est ce que nous donnons toujours. En interrogeant quelqu’un sur son célibat, en quémandant la venue d’un premier enfant, en calculant la pertinence du deuxième, en interrogeant sur la nécessité d’en avoir d’autres ensuite, en s’indignant sur la couleur d’une peau ou sur le genre de l’être aimé, en pressant une situation maritale, en remettant en cause le recours à la Procréation médicalement assistée.

Nous le faisons sur les réseaux sociaux, nous le faisons surtout dans la vie. L’annonce d’une grossesse est assortie de son lot de commentaires, la révélation d’un amour de son tas de phrases affligeantes. Personne pourtant n’est investi de la mission divine d’ouvrir les yeux scellés de ce monde aveuglé.

La réponse à «vous êtes sûr que ça ne va pas faire trop, trois enfants?», ne sera jamais «ah oui, au temps pour moi, je vais le renvoyer d’où il vient». Comme on le lit souvent, si vous n’avez rien de gentil à dire, taisez-vous.

Mais faites l’effort, juste un instant, et essayez les chaussures des autres. Elles sont peut-être un peu petites, vous y êtes inconfortable, et c’est correct. Faites quelques pas avec. Regardez le tracé du chemin parcouru, soupesez les obstacles franchis, observez les liens défaits, frissonnez au contact de cette existence. Ce n’est pas la vôtre. Elle n’attend pas votre absolution. Mais elle est là, elle existe. Vous n’avez pas à y croire, elle est sous vos yeux, c’est une réalité.

Vous pouvez prendre le temps de vous questionner, vous pouvez choisir de passer votre chemin. Mais vous ne pouvez pas nier la rencontre, vous ne pouvez pas nier l’existence. Un monde existe au-delà de vous, de nous, et il se moque des croyances.

-Lexie Swing-

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10 réflexions sur « Les autres ont-ils le droit d’exister ? »

  1. Très bien dit Lexie.
    Nous sommes tous différents avec nos choix, nos chemins de vie, nos envies. Nous n’avons pas à comprendre ou à adhérer à celles/ ceux des autres, juste à regarder ce qui se présente, à ouvrir les yeux sur la diversité du monde.

    1. Je crois que c’est le plus dur et que ça vient avec la maturité, je suis quand même surprise que certains semblent passer à côté de ça toute leur vie. Si je devais émettre un jugement sur les gens qui au dernier jour de leur vie, sont aussi fermés psychologiquement qu’au premier

  2. J’aime ta façon d’aborder les choses!
    Personnellement, même en couple, j’ai toujours eu du mal à limiter le nombres de relations simultanées, ce n’est même pas une question de choix ou d’aimer plusieurs personnes en même temps, c’est plutôt que les personnes sont différentes et ce sont des amours aussi intenses mais différents, et ils coexistent. Le fait d’avoir changé de pays a mis un terme à ce genre de fonctionnement pour ma part mais pas par manque d’envie de pousser plus loin l’expérience.
    Je regardais aussi la série You, Me, Her qui abordait ce sujet, et surtout je crois la difficulté de trouver un cadre à la relation. C’était peut-être un peu maladroit et caricatural parfois, mais j’avais aimé que ce soit abordé au moins.
    Biz

    1. Merci pour ton retour! Je crois que les seules personnes qui devraient avoir un avis dessus sont celles qui sont impliquées. Je me souviens d’un témoignage sur le polyamour ou la narratrice était une soloamoureuse, si je puis dire, en couple avec un polyamoureux. Elle connaissait la situation et celle-ci lui convenait. Et bien ses proches passaient son temps à lui dire qu’elle se faisait avoir, prendre pour une conne. Quand laissera t on les gens prendre leurs propres décisions ? Et même se tromper s’il faut ?

  3. En fait, bêtement, ce que j’ai retenu de ton billet c’est que si ça se trouve t’attend le 3eme et j’ai loupé ça 😂
    Pour ma part je peux comprendre l’interrogation, la projection dans sa vie pour voir si on pourrait aussi.
    Après, tant que tout le monde est consentant, épanoui et au courant, ce n’est pas à moi de juger 😉

    1. Oui c’est normal de s’interroger, c’est aussi comme ça qu’on avance dans la vie. Et non pas de 3ème (j’espère pas ? Lol)

  4. J’essaie souvent *vraiment* de ne pas juger, tout en sachant à peu près ce qui a du sens pour moi et ce qui en a moins. Tiens, ben la légalisation du cannabis : je ne fume pas de « pot », mais franchement, je ne vois pas trop le problème avec cette pratique, c’est juste pas pour moi.

    Après, j’ai un petit problème avec une tendance que je vois de plus en plus qui consiste à brandir son opinion et à l’ériger en vérité absolue et modèle MÊME si c’est archi-faux. Par exemple, je comprends complètement que quelqu’un, à titre personnel, soit incapable d’envisager un recours à l’avortement, tout en sachant que c’est légal et autorisé (et en laissant les autres faire leur choix, donc). Je trouve en revanche complètement aberrant de voir des gens soutenir sur les réseaux sociaux que « le corps d’une femme violée se défait du bébé tout seul » (sérieux, j’ai vu passer ça hier…).

    Bref, je m’éloigne de ton sujet… le polyamour, je ne crois pas que ça soit pour moi. Mais si ça marche pour d’autres, eh bien, je ne vois pas le problème! (tiens, retour dans le sujet, ouf!)

    1. Oui moi aussi j’ai un vrai problème avec ce coté d’opinion érigée au rang de vérité

  5. « Le choix des autres ne nous définissent pas. » Le nombre de gens qui nous ont dit « ah moi je pourrais pas »… quand on leur disait que oui, on allait avoir un bébé dans un appart une chambre et qu’on verrait ensuite, que Dan allait quitter son boulot pour s’expatrier avec moi, que oui, on partait un an, seuls, à trois, si loin… « moi je pourrais pas ». Mais ça tombe bien: on ne te demande pas de le faire. 😅 ces gens là avaient besoin de se positionner, de réaffirmer le bien-fondé de leurs décisions, vie à eux… ce qui me laisse tjs 🤔

    1. Tu as parfaitement raison et ça rejoint les autres commentaires, c’est effectivement une manière de réaffirmer ses propres choix

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