Une simple histoire de compote

Je suis à ma table de dîner, épluchant des pommes, comme presque tous les soirs. C’est long d’éplucher 6 ou 7 pommes, chaque soir. C’est long considérant le faible rendement. De la compote pour trois personnes, pour un seul repas. Cette compote est notre dessert du midi, et la collation du matin de ma fille aînée, que je glisse dans sa petite gourde réutilisable. Parfois je m’arrête à 4 pommes, et je décide que l’un de nous se contentera de croquer dans le fruit directement. Plus de vitamines et moins de trouble.

Je fais de même pour tous les desserts, pour la plupart des plats. Je prépare des flans, des crèmes soja caramel ou chocolat, des mousses au chocolat. Je fais des gâteaux, du pain et des brioches pour le matin, et la collation de l’après-midi de ma fille. M’avez-vous croisée dans ma cuisine à 5h30? C’est l’heure à laquelle je mélange une dernière fois ma préparation avant de l’enfourner. Souvent, je l’ai préparée la veille au soir et réfrigérée. Parfois, et notamment lorsqu’elle est végane, je me contente de mélanger les éléments secs, ajoutant le lait, l’huile, les fruits ou le chocolat au saut du lit.

Hier soir, ma main était molle sur l’éplucheur et je me suis ouvert un doigt. Mon amoureux m’a dit «va passer ton doigt sous l’eau froide un bon moment», et j’ai automatiquement répondu «je n’ai pas le temps». Avant la compote, j’avais fait la pâte de mon saucisson brioché du lendemain et mon mélange de tofu pour mes sandwichs aux œufs (sans œufs). Il restait encore à mélanger les ingrédients secs de mes muffins à la banane du petit déjeuner.

Je n’ai jamais de regret de faire ainsi. Je ne me sens pas lasse, je ne me sens pas frustrée du temps que j’y consacre. Cuisiner est un plaisir infini pour moi, et bien manger, au sens goûteux du terme, l’est tout autant.

Mais je voudrais que l’on arrête de jeter à la figure des gens qu’ils devraient privilégier le fait-maison. Comme si c’était une affaire qui s’achetait au supermarché. Le fait-maison, c’est le fait par soi. C’est du temps, beaucoup de temps, consacré à la préparation, mais aussi à la planification. Êtes-vous de ceux qui planifient leur menu pour la semaine à venir? Vous voyez de quoi je parle. C’est le poids de «charge mentale». Le reste, c’est du temps consacré à découper, mesurer, soupeser, cuire et mélanger. Dans la vie d’une personne qui travaille, d’une personne qui a potentiellement des enfants et/ou des implications hebdomadaires, c’est un temps qui ne peut s’acheter.

Le fait-maison a bien des qualités. On contrôle mieux ce que l’on mange, la provenance et la qualité des ingrédients que l’on utilise, et on économise, aussi! Mais il n’est, et ne sera, jamais accessible à tous. C’est la raison pour laquelle de belles initiatives se développent : pots mason traiteurs consignés, plats traiteurs dans des plats en verre à rapporter, etc.

C’est un luxe, le fait-maison. Un luxe de temps plus qu’un luxe d’argent. Le fait-maison, c’est une femme qui enfile son tablier tous les soirs quand les enfants sont couchés, c’est un homme qui découpe les légumes en aidant aux devoirs, c’est un couple qui fait la liste des menus hebdomadaires le vendredi soir, c’est un groupe d’amis qui cuisinent ensemble le week-end et se répartit les plats pour la semaine. C’est moi, qui épluche mes fruits tous les soirs, pendant que le repas du lendemain cuit.

Écologiquement, c’est le mieux (je pense). Pour notre santé, également. Doit-on accuser ce qui ne le font pas? Certainement pas. Ou alors, allez cuisiner maison pour eux, tiens.

-Lexie Swing-

Catégories Exister, GourmandisesÉtiquettes ,

24 réflexions sur « Une simple histoire de compote »

  1. J’ai mangé chez une collègue hier, et elle était surprise par ma ratatouille avec du seitan, et du fait que j’ai pris le temps de tout faire moi-même. Son repas? Des crackers avec du fromage et un fruit.
    C’est un choix, mais aussi une habitude et un besoin. Les trucs tout préparés ça me rend malade à chaque fois si j’en abuse. Mais c’est clair que même pour une personne… ça prend du temps.
    Pour la compote, je la fais avec la peau et j’ai une moulinette a la main qui les enlèvent. Finalement je ne sais pas si c’est plus rapide mais je préfère mouliner qu’éplucher ;) et ça se met en pot hyper facilement. J’en fais des conserves en automne. Faut y consacrer un bon moment mais c’est pratique pendant l’année.

    1. Oui très pratique tu as raison ! J’ai du mal à me mettre longtemps sur la même activité (comme faire de la compote pour l’hiver) mais ce serait plus pratique et plus intéressant en termes de consommation locale. Et oui c’est clairement une question d’habitude aussi. Mais si tu es intéressé à réduire ton empreinte ecolo tu n’as pas vraiment le choix de toute façon

      1. Chaque annee j’ai reussi a m’organiser pour en faire une aprem entres copines. On papotte et on fait nos bocaux ;)

  2. Le matin, on fait une compote qui se rapproche plus du smoothie pour Ezra. On mélange des fruits frais. Il commence sa journée par ça. On fait du pain nous mêmes, je m’occupe de la pâtisserie, mon homme du salé. On mange du fait maison le plus possible mais surtout depuis notre installation en Californie. Parce qu’on ne fait confiance a rien niveau nourriture aux États Unis. En Belgique, on y pensait moins. Mais en fait j’aime bien: c’est plus ecolo, moins cher, même si plus long. Mais je me dis que dans cette nourriture fait maison il y a aussi beaucoup d’amour… je me dis que ça laissera des souvenirs gustatifs à mon fils. Et ça marque pour toute une vie, non, les petits plats de maman (et papa)? :-)

    1. Ici aussi la répartition est souvent salé pour lui, sucré pour moi ;) Je suis convaincue par ailleurs de ce que ça peut apporter en termes de souvenirs à nos enfants, notamment en termes olfactifs. Pour le moment elles sont un peu petites pour réaliser que ce n’est pas chez tout le monde pareil : « C’est pas juste que ce soit encore des pancakes ronds et pas en forme de tête de Mickey », m’a t elle dit ce matin ;)

  3. Ah merci!!!!
    Le fait maison on a conscience que c’est mieux mais au quotidien c’est lourd! En temps, en énergie c’est clairement une charge, puisque je ne déteste pas cuisiner mais bon c’est pas non plus mon passe-temps préféré.
    Et d’autant plus qu’ici entre mon surpoids que je traîne un peu comme une honte parce que j’ai l’impression d’être une publicité ambulante contre les mauvaises habitudes de vie, et le fait d’avoir des enfants qui évoluent dans un milieu où clairement il faut valoriser les habitudes alimentaires, le fait maison, la gestion des repas en général c’est énormément de pression.
    En plus cercle vertueux (ou vicieux, tout dépend des jours) plus on fait tout maison, plus les enfants demandent du fait maison et voilà, on est obligé d’en faire sinon ils mangent pas.

    1. Alors figure toi que Tempête déteste le fait maison. On a une joke à la maison où de façon récurrente Son pere la supplie de manger en lui disant « je te promets que c’est de l’industriel » 😂

      1. oh la chance!
        Ici je dois limite passer un examen, surtout avec le plus grand, pour justifier pourquoi j’ai pas fait les pâtes maison, pourquoi cette fois-ci on a acheté une pizza etc etc, il est infernal!
        Et il a été dans une garderie d’un ancien chef cuisinier pendant longtemps et il a certains standards je dirais maintenant. lol.

      2. Haha nous aussi elle va dans un cpe avec un chef cuisinier super bon. Mais avec lui c’est pas pareil apparemment

      3. ah ah ben je t’enverrai mon grand un jour: apparemment, une maman de l’école qui a mangé une fois avec les enfants disait que lui et un de ses amis s’étaient donnés la mission de faire manger les plus jeunes qui rechignaient parce que c’était des repas faits par leur parents, avec de la verdure etc. il semble qu’ils leurs aient fait tout un speech sur «respecter le mal que tes parents se sont donné en goûtant et appréciant le fruit de leur travail, donner une chance aux aliments de leur plaire » trucs du genre….
        oh maintenant que je l’écris ça fais un peu… bizarre? mais apparemment les enfants étaient réceptifs! lol

  4. Je suis nulle en desserts, mais j’aime cuisiner. On cuisine tous nos repas, même si les gars mangent parfois du fast food (moi non, pas par snobisme, mais par goût… c’est pas mon truc).

    Ceci dit, je choisis mes « batailles ». Je cuisine le plat principal, souvent du riz (ou nouilles, gruau, etc.) avec des légumes et diverses sauces, puis des protéines (ça, j’achète, souvent des boulettes de broccoli/fromage, patate douce/chia, thon en boîte, etc.). J’aimerais faire mon pain, mes soupes, mes yaourts, mais je ne le ferai pas dans cette vie. Manque de temps, manque d’énergie, et dans mon cas, je trouve que ça n’en vaut pas la peine. Les soupes que j’achète sont bonnes, mes yaourts aussi, et j’ai fini par trouver du pain très acceptable.

    Mark n’est pas sensible du tout à la cuisine et à nos efforts. Je me dis que ça viendra plus tard, en attendant il grandit bien, c’est pas grave. Encore une fois, je choisis mes batailles…

    1. Oui il faut y aller avec ce qui est important pour soi! Les filles ne sont pas très sensibles non plus à ce qui est fait ou non par nous. Même si au final devant un plat préparé elles font la tête. L’industriel, quand tu n’as pas l’habitude d’y manger, c’est particulier

  5. C’est ce que me dit toujours ma mère!
    Depuis quelques mois je fais plus de « maison » aussi, c’est tellement meilleur et j’y prends du plaisir – sinon ce serait beaucoup moins tentant. Et j’en ressens les bienfaits aussi. Même si comme tu le dis, c’est beaucoup de travail. Et parfois le soir, après la journée de travail, on a pas forcément envie de s’y mettre.
    Le samedi soir, je lâche. C’est soirée Pizza à la maison. Loulou ne raffole pas de celle que je fais, du coup ça me libère ce soir là. Et ça fait du bien aussi!

    1. Les Pizzas sont tellement chères ici que ce n’est pas rare qu’on la fasse. Mais souvent j’achète la pâte à l’italien du coin, elle est divine !

  6. C’est vrai que cela prend du temps et de la « charge mentale » de préparer du fait-maison… Lorsque nous étions à Paris nous cuisinions pas mal, on se faisait notamment des « dimanche cuisine » où l’on préparait de grosses quantités pour la semaine, à réfrigérer ou surgeler. Mais avec Picard, Monoprix et Marks&Spencer juste à côté, l’industriel nous séduisait tout de même régulièrement ;-)
    Depuis que nous sommes à la Réunion, nous avons moins de choix en terme d’industriel de bonne qualité, ou alors c’est très (très très) cher. A 6 euros la pizza surgelée standard, autant dire qu’on n’en achète que très rarement… du coup nous avons intensifié notre cuisine maison. On prépare moins à l’avance car on n’a plus de congélateur, et que notre frigo est plus petit, mais on cuisine beaucoup le soir, des plats simples que l’on laisse ensuite mijoter… ou des légumes à la vapeur… D’autant plus que l’on n’a plus de cantine le midi ici non plus, donc on se fait aussi nos barquettes pour le midi (enfin ça pour le coup c’est simple, on fait des doubles doses le soir et on remange pareil le lendemain matin !). Bref, ça prend du temps, mais c’est tellement meilleur au goût que ce que l’on pourrait acheter que cela nous motive !

    1. On est globalement dans la même situation. Comme je disais à Marie, la pizza est très chère aussi (10 dollars une petite surgelée, 20 dollars minimum une pizza en livraison, type marguerita). On cuisine principalement la veille pour le lendemain, seul le planning est fait à l’avance. Est ce que tu utilises une mijoteuse ? Je n’arrive pas à savoir si j’en aurais l’utilité.

      1. Ah oui, je vois que les pizzas industrielles ne sont pas moins chères chez vous ! Je n’utilise pas de mijoteuse, par contre on a un cuit vapeur programmable qui nous est assez utile (on peut laisser les légumes cuire dedans sans surveillance). Sinon poele, casserole et four.

  7. C’est vrai que cela prend tellement de temps. Même en essayant de faire le plus simple possible, le fait-maison c’est un temps conséquent que l’on ne peut prendre que si l’on aime vraiment ça… je te rejoins complètement dans l’idée c’est si c’est une contrainte c’est intenable. Moi je n’ai pas encore trouvé mon rythme, justement parce que, si je n’ai pas la motivation, je ne m’y attèle pas. Certaines semaines j’aime m’y mettre et c’est un plaisir, d’autres fois pas du tout. Pourtant c’est tellement mieux à tous les niveaux… pas facile de trouver le rythme parfait !

    1. Comment fais tu les semaines où tu es moins motivée ? Quel genre de plats achètes tu ?

  8. Ici, je voudrais privilégier le fait-maison pour tout, et je le fais, mais malheureusement c’est surtout pour moi.
    Lilas ne mange quasiment rien, ou tout ce que je ne mange pas (de la viande essentiellement), ou ce que mange son père et qui n’est pas du plus sain…Quelle déception!
    Bon, quand on parle de mousse au chocolat, de pizzas ou de cookies, là elle mange. Mais les soupes en ce moment, les ratatouilles cet été, c’est surtout pour Maman.
    Quand elle était bébé, je faisais tout maison. Mais je faisais les pots pour le mois, donc je mettais trois jours complets pour tout éplucher, couper, faire cuire, peser, mixer…j’étais épuisée et sur les nerfs parce que ça finissait en grande partie à la poubelle…
    Donc je crois que, comme dans beaucoup de domaines, il y a la théorie et la pratique, et dans cette dernière, chacun fait ce qu’il peut 😊

    1. Malheureusement oui, parfois tu t´escrimes à faire qq chose qui part à la poubelle ! C’est gratifiant par contre quand ton enfant dévore qq chose que tu as fait, comme ma soupe pdt poireaux de l’autre jour :)

      1. Tu m’etonnes 😉 tu as un sacré rythme pour pouvoir faire tout ça, mais quelle fierté quand tu vois ta petite famille se régaler!
        Bon je me dis qu’on y viendra avec Lilas, un jour…Au moins, elle se régale avec la pâtisserie, c’est Déjà ça!

  9. Mais les filles, il faut m’expliquer là…. combien d’heures durent vos journées ??? J’ai le temps de passer une fois par an sur ton blog, et toi tu parles de pain, gâteau, sucré, salé et compotes faits maison tous les jours ?! Aouch :-)
    Ps : pour répondre à ton mail de juillet 2017 : oui ça va, je vais bien, j’ai survécu à la tempête… et michoco aussi ! Enormes bises

    1. Salut belle toi ! Je suis ravie d’avoir de tes nouvelles ! C’est quand que tu m’envoies un mail très long pour me raconter tes dernières péripéties ? Comment va Michoco ? Ils sont tellement grands nos petits maintenant :)

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :
search previous next tag category expand menu location phone mail time cart zoom edit close