Journal d’un confinement – Semaine 4

Je commence à me demander de combien de semaines sera fait ce journal… S’arrêtera-t-on à 9? À 11? Verra-t-on le soleil baigner les fenêtres d’une chaude lumière d’été sans possibilité de courir se rafraîchir au parc? Ma belle-mère pourra-t-elle venir passer quelques semaines chez nous en juillet? B. voyagera-t-elle vers la France? Mes parents seront-ils présents fin août pour la rentrée en maternelle de Tempête?

Le plus effrayant, dans ces pas que nous faisons, c’est la Terre que nous ne voyons pas. Nous sommes des explorateurs qui naviguons depuis bien trop de jours déjà en direction d’une terre promise que nous n’en finissons plus d’espérer. En haut du mât, ceux qui guettent à la longue vue sont aussi perdus que ceux qui gèrent la carte, depuis les tréfonds du bateau, les pieds glissés sous leur bureau. Le brouillard est épais et nous sommes aveuglés.

Humeur : en yo-yo. Un coup ça va, un coup ça va moins. Je menace de quitter le navire et puis la minute suivante, je pars en exploration au grand air, chiens et enfants sur les talons, et je m’apaise de nouveau. Pour tenir, je jalonne mes journées d’attentes et de petits accomplissements. Je me berce dans les livres, ponctue mes soirées de films et séries, plonge mes mains dans la pâte à pain et cuis bien trop de gâteaux.

Organisation : meilleure. Rédiger « mes cours » et réfléchir aux activités la veille fait diminuer le stress et améliore la routine. Au Québec, nous n’avons pas de devoirs fournis, mais des ressources diverses sont partagées régulièrement. Notre horaire est désormais bien établi et je crois que j’en viens à préférer la régularité d’une journée de semaine au gouffre à remplir d’un week-end de confinement.

Couple : amoureux, toujours, mais envisage de vendre les enfants.

Point d’orgue : toute cette nourriture que je façonne et dans laquelle je me plonge comme un doudou.

À la télé : le Retour de Mary Poppins! De quoi donner envie à ma belle Tempête de chanter la plupart de ces questions, après ça. Et pour les grands, « La vie scolaire », film français, est arrivé hier sur Netflix, j’ai adoré!

Sous mes yeux : La vie qui m’attendait de Julien Sandrel et Dans les forêts de Sibérie, de Sylvain Tesson. Pas la même ambiance, clairement…

Vague à l’âme : mes enfants sont relous. Je ne dis pas qu’elles n’ont pas de bonnes raisons de l’être, que la situation n’est pas en train de leur monter à la tête, que si elles pouvaient elles n’écriraient pas leur propre journal de confinement qu’elles nourriraient de critiques à notre égard, ou même qu’elles ne sont pas seulement le digne reflet de leurs parents. Mais elles sont super pénibles depuis quelques jours. Elles se battent. Avec les poings. Elles se plaignent sans cesse l’une de l’autre. Elles emm****** les chiens. Elles retournent la maison sitôt les pièces rangées. Elles mettent de la terre sur le plancher et des poils de chiens sur leurs draps. Elles m’appellent TOUT LE TEMPS. « Maman » est le mot qui résonne le plus dans la maison. Je suis sûre que même les chiens m’appellent comme ça maintenant. On joue à « Achève-moi si tu peux » et comme la petite est en train de gagner, la grande s’est lancée dans une contre-offensive en règle : elle ne m’appelle plus « Maman » mais par mon prénom. Ça me donne carrément envie de la mordre. Devant ma colère, elle m’a même demandé si elle pouvait au moins m’appeler par la première lettre de mon prénom seulement (NON). Elle s’essaye donc avec « T. » : « Dis T., on mange quoi? », « Téééééé., ma soeur vient de jeter mon jeu de cartes dans l’escalier », « Dis donc, T., t’avais pas dit que tu ferais des pâtes? ». Bref, elles vont probablement me rendre dingo.

Point bonus : nous avons un projet qui avance! C’est important de faire avancer des choses dans le futur, ça permet de se tenir debout dans le présent.

Les bonnes idées de la semaine : le Xanax? ;) Le petit site des Explorateurs, qui fait de la vulgarisation scientifique.

J’ai bon espoir que le temps avançant, nous tombions dans une habitude agréable et apprenions à mieux vivre ensemble. À force de me demander quand la vie reprendra pour de bon, je ne parviens plus à accepter comme je le faisais au début l’état actuel des choses. Peut-être devrais-je travailler à accepter, à ne plus voir le déconfinement comme une ligne d’arrivée. Et vous, comment le vivez-vous?

-Lexie Swing-

11 réflexions sur “Journal d’un confinement – Semaine 4

  1. Alors moi, non, je ne l’ai pas accepté. Enfin, le confinement, si, bien sûr, c’est du bon sens, je me plie aux directives. Mais de l’inscrire dans la durée, de considérer ça comme « the new normal »? NO F*&?% WAY. Tant mieux si certains y trouvent un nouvel équilibre, si de belles choses finissent par naître de tout ça, mais pour moi, la privation de la liberté de circulation (même dans un contexte précis légitime) et s’obliger à s’éloigner des gens… c’est pas mon truc.

    Au quotidien, on « boucle » nos journées, basta. Certaines sont plus faciles que d’autres et on ne passe pas notre temps à chialer, mais c’est pas l’éclate non plus. Disons que j’arrive bien à faire semblant pendant des moments, mais ne pas savoir où on va me pèse beaucoup. J’ai besoin d’avancer, d’avoir un but.

  2. Mais non, on ne cuit jamais « trop » de gâteaux ;) Ici ça va ça vient, à grand coup d’angoisse du travail qui s’accumule et de réjouissances de voir les enfants grandir chaque jour un peu plus. J’ai du mal à prendre le pli de cette nouvelle réorganisation des priorités et de mieux ranger mes boîtes « travail » « famille » « loisirs » qui ont toutes changées de tailles ces dernières semaines…
    Aaaaah le coup d’appeler par le prénom, puis pire par la lettre, ça me rendrait zinzin aussi!

      • Ce qui est assez constat c’est le rythme des réunions… je passe la journée au bout du fil, écoutant attentivement et participant quand je suis « child free » et d’une oreille plus discrète avec la caméra coupée quand je suis « double-casquette » ;)

  3. Pour ma part cette semaine a été très compliquée.
    J’ai manqué de patience et comme toi je ne supporte plus le « maman » à tout bout de champ. Ca me file des angoisses terribles!
    Pas pris une minute pour vraiment souffler, même prendre un café est un moment de négo sans fin. J’ai l’impression de vivre avec un marchand de tapis.
    Mais vu qu’on en a encore pour 1 mois au moins, je choisis de trouver des solutions et de me lancer dans quelque chose qui va m’aider à tenir le cap – le tout est de savoir quoi!!!
    Bon courage Lexie.

  4. Notre fille appelle aussi son papa par son prénom en ce moment. En prononçant bien distinctement son prénom composé. Ça le rend un peu dingue aussi!
    Allez bon courage!

      • Elle me le faisait aussi à un moment et a arrêté. Mais ça ne me choque pas plus que ça car je l’ai moi même beaucoup fait avec mes parents et pendant longtemps.

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