Les Derniers jours de Rabbit Hayes, d’Anna McPartlin

J’ai vu pour la première fois « Les Derniers jours de Rabbit Hayes » à sa sortie en français, courant 2016, sur les étagères de ma librairie préférée. J’avais saisi le livre, attirée par la couverture fleurie, convaincue par la nationalité irlandaise de l’autrice. La première ligne de la quatrième de couverture commençait ainsi « Quand Mia, surnommée affectueusement Rabbit, entre en maison de repos, elle n’a plus que neuf jours à vivre. » J’avais dégluti. La suite expliquait que Rabbit était mère célibataire et que ses parents étaient incapables de lui dire adieu. J’ai reposé le livre comme s’il m’avait brûlé les doigts. Une fille de mon âge, mère, en phase terminale, était une lecture au-dessus de mes forces.

Je vais vous confier une difficulté : ma sensibilité et mon empathie exacerbées me rendent pénibles toutes lectures dont les personnages vivent une souffrance émotionnelle palpable. La difficulté atteint son point d’orgue si je peux m’identifier, par mon âge ou ma situation, à ce que vit le personnage. Ici, le thème recoupait deux grandes peurs : être la mère qui part trop tôt et avoir un enfant qui part avant soi. Double identification sur le front empathique qui a eu raison de ma motivation à le lire, malgré tout mon amour pour la littérature irlandaise.

Flash forward six ans plus tard, mon regard tombe sur ce livre, mis en avant dans une allée de ma bibliothèque. Je reconnais la jolie couverture, la calligraphie enlevée du titre, je le saisis comme la première fois. Me trottent dans la tête quelques commentaires dithyrambiques lus à son sujet dans les dernières années. Les sentiments forts, les personnages incroyables d’humanité, l’humour ravageur. J’hésite et je me dis qu’il faut bien grandir. Grandir et affronter ses peurs, surtout si c’est avec humour. Je prends le livre et l’ouvre sitôt rentré chez moi.

Je ris, je pleure et je trouve ça dur. Je développe une technique émotionnelle particulière : je le lis jusqu’au coucher du soleil seulement. Une fois la nuit tombée, les sentiments ambivalents qui m’habitent sont plus difficiles à gérer. Trois jours plus tard, je le referme; je l’ai dévoré. Je n’ai pas vu le temps passer, je tourne la dernière page alors qu’il fait noir dehors et j’ai la gorge serrée. Je décide d’aller promener la chienne à la lumière des lampadaires, vaguement perdue.

La nuit passe et elle résout ces sentiments avec cette cohérence que seule la nuit sait apporter. L’émotion laisse place à la conviction que ce livre-ci est une perle. Voici son histoire.

Mia, surnommée Rabbit donc, vit dans la petite ville irlandaise qui l’a vue naître avec sa fille de douze ans, qu’elle élève seule. Ses parents et sa grande soeur sont tout proches, sa meilleure amie aussi. Seul son grand frère a traversé l’Atlantique pour s’établir de longue date aux Etats-Unis. À la fin de sa trentaine, lors d’un contrôle de routine, son médecin découvre une masse dans son sein. Mastectomie, traitement, Rabbit attaque cette bataille avec ferveur et la relaie sur son blogue. Quelques mois plus tard, elle en sort victorieuse. Lorsqu’on la retrouve, plusieurs années se sont écoulées et son cancer est revenu. Elle entre, soutenue par sa mère, dans la chambre qui l’attend à la maison de repos où elle recevra des soins palliatifs. Nous, lecteurs, le savons avant elle : il lui reste neuf jours à vivre. Ces neuf jours sont ses derniers, mais aussi les prémices d’une vie sans elle pour ses proches, qui refusent de l’accepter. Ces neuf jours, entrecoupés de flash-backs, se déroulent à fleur de peau. En filigrane, l’humour, terriblement irlandais, résonne, joyeux, jusqu’à la toute fin. L’humour comme lien, l’humour comme arme, l’humour comme témoin de l’amour qui les unit. Car c’est ce qui reste, ultimement, de ce livre. Cet amour puissant entre Rabbit et ses proches.

Extraits :

« A l’adolescence, elle s’était acheté un bouddha en terre cuite rouge dans une boutique de charité, et quand sa mère lui avait demandé pourquoi, elle avait répondu qu’elle aimait mieux regarder un gros dieu rigolard qu’un maigrichon en train de mourir. »

« Tu n’imagines pas combien c’est dur d’élever des gosses. Tu n’as jamais eu personne qui dépende de toi, continua celui-ci.

– Je sais, je sais. Je n’ai jamais eu ne serait-ce qu’un chien…

– Un chien ! Tu n’as jamais eu une plante verte ! Non, je retire ça. Tu as eu une plante, on l’a fumée et Louis a eu la chiasse. »

Conclusion ? Ce livre est un bijou, je vous le recommande chaudement. Armez-vous de soleil et de douceur car il en faut, pour accompagner Rabbit dans ses derniers jours. Et si le sujet est trop brûlant et difficile pour vous, gardez ce livre pour plus tard, pour des temps plus lumineux où l’humour et l’amour qui se chahutent la première place de ce livre extraordinaire sauront vous émouvoir davantage que la fatalité que représente la mort, inexorable, de Rabbit Hayes.

-Lexie Swing-

PS J’ai découvert qu’il existe depuis tout récemment une suite « Sous un grand ciel bleu », définitivement sur ma liste !

Crédit photo : Lexie Swing

6 réflexions sur “Les Derniers jours de Rabbit Hayes, d’Anna McPartlin

  1. J’ai tout simplement ADORE ce livre même si, oui j’ai beaucoup beaucoup pleuré! Et je te rejoins c’est une pépite et les pépites il ne faut pas les laisser passer, même quand on est très sensible (et je sais de quoi je parle!!)
    C’est bien que tu as pu le lire finalement – tous les sujets nous touchent parfois différemment à quelques années d’intervalles. Il faut pouvoir se laisser le temps Lexie!

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