37 ans

Il y a vingt ans, je fêtais mes 17 ans et j’avais vomi de concert avec mon meilleur ami dans une bassine après une soirée trop arrosée. A 17 ans, j’allais passer le bac et commencer la fac. La vie était légère, faite de clopes que je taxais allègrement – ceux qui disent ne pas fumer ne dépensent jamais pour le faire – de mauvais vin blanc et de rêves divers. Le futur n’existait pas au delà du lendemain matin et même le bac semblait vaguement incertain. 

Dix ans plus tard, j’ai 27 ans. Une décennie à peine et c’est une éternité qui s’est écoulée. J’ai terminé 9 ans d’études, commencé mon premier emploi, emménagé dans ma première maison. Je suis assise dans mon salon, avec vue sur la campagne, et entre les bougies et moi il y a le corps chaud de ma fille de deux mois. J’ai 27 ans et je suis maman.

Alors voilà, nous sommes en 2023 et je viens de fêter mes 37 ans. Dix ans de plus et sur mes genoux deux enfants perchés qui soufflent en crachant un peu sur les bougies. Je suis née en fin de matinée mais on ne sait plus très bien si c’est déjà passé parce que je ne suis plus sur le continent sur lequel je suis née. J’ai changé de métier, de pays, de futur. J’ai 37 ans et j’aime ce chiffre. 17, 27, 37, ces âges m’ont toujours semblé comme la parenthèse, le dernier rebond avant la glissade vers la décennie d’après. J’aimais les 17 sur 20, c’était être bon mais avec un petit quelque chose de perfectible, une indolence dans la réussite, une marge de progression. J’ai 37 ans et tout semble encore possible.

Preuve que la vie est pleine de surprises, j’ai fêté mes 37 ans avec du chauffage et des ampoules allumées, ce qui n’était guère le cas lorsque je me suis levée ce matin là. Bien au contraire, le thermomètre affichait une dizaine de degrés, rapport au fait que le courant avait disparu depuis trois jours, à la suite de la tempête de pluie verglaçante qui s’est abattue sur le Québec mercredi dernier. Après l’espoir d’une première reprise, une nouvelle panne est apparue au jour 2, nous plongeant dans une attente interminable. Notre salut est venu d’un générateur sur lequel nous avons pu brancher chaufferettes et cafetière – les essentiels en somme – mais aussi des amis et du voisinage, proposant une douche chaude, du wifi ou un branchement supplémentaire. Face aux numéros pairs, les maisons impaires avaient retrouvé l’électricité de bonne heure et ont donc gracieusement prêté du courant, donnant à la rue jalonnée de branches cassées et de rallonges électriques une allure de fin de monde. La meilleure surprise de ces 37 ans n’a donc pas été un stripteaseur sorti d’un gâteau de fête mais bien un électricien d’Hydro juché sur sa passerelle. On a les joies qu’on mérite.

-Lexie Swing-

Photo Pexels pour Pixabay

9 réflexions sur “37 ans

  1. Joyeux anniversaire ! J’ai souri en lisant ton affection des 7 :-) Comme toi, j’ai aimé les 17, les 27 et les 37, peut-être parce que je suis née un 17 qui sait ? Les best selon moi seront les 57 et les 77 ! (Presque) hâte d’y être ;-)

  2. Bonne anniversaire avec un jour de retard!

    Je te trouve toujours tellement plus sage (as in « wise ») que moi!

    Bon, du courant, c’est déjà une petite victoire.

    En te lisant, enfin en lisant la première phrase, je réalise encore qu’à 40 ans je n’ai jamais été saoul de ma vie. Je suis l’exception, j’imagine. Faut dire que j’aime vraiment pas le goût de l’alcool… donc même ado, que dalle, le plus que j’ai fait c’est genre 1/8 de bolée de cidre :lol:

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