
On a vu arriver l’hiver québécois avec l’envie de ceux qui y font face pour la 11e fois : plutôt réduite. Avant le manteau blanc est arrivé le froid polaire, piquant comme un vin très jeune. Ce froid qui empoigne le visage et force à baisser les yeux, le nez glissé dans des écharpes toujours trop fines. Le moindre geste extérieur est devenu pénible : jeter un sac aux vidanges, sortir le chien ou aller faire une course à l’épicerie du coin. Plus rien n’est anodin et l’amplitude thermique se mesure au temps de préparation dans l’entrée.
Dans mon entourage, certains se préparent à leur premier hiver. Ils ont l’enthousiasme de ceux à qui l’on a donné la clé du pays des merveilles et des décors Hallmark. Manteaux d’hiver enfilés dès les premiers frimas, ils découvrent avec ravissement qu’il existe un monde en dessous de zéro et que celui-ci vit encore. Pire : il vit normalement. Il travaille, fait du sport et range son épicerie dans son coffre comme si le blizzard ne menaçait pas de recongeler le pain de mie en tranches.
Je me souviens encore, de mes premiers hivers, et de ces amis qui râlaient dans leur manteau d’automne en luttant contre le froid. Comment pouvaient-ils être las face à ce soleil lumineux sur la glace luisante ? « Tu verras, quand ça fera dix hivers comme nous ». Et puis ça a fait dix et je n’ai rien senti. Et puis ça a fait onze et j’ai enfin compris. J’ai compris que l’on pouvait aimer démesurément un endroit mais vivre le froid arrivé trop tôt comme un affront personnel. Que l’on pouvait accuser le coup d’un entraînement de course amoindri par la venue hâtive de la neige. Que c’était peut-être même ça un peu, d’être citoyen canadien : détester que le froid revienne et puis vivre quand même.
Parce que c’est toute la beauté de cette vie-ci. Craindre le retour du froid et l’accepter malgré tout. Ne pas lutter. Faire preuve de bonhommie face à ces aléas de température sur lesquels nous n’avons aucun contrôle. Se raccrocher au meilleur : la neige craquante sous les baskets de course, les chocolats chauds qui fument dans le froid du matin, le foyer en plein air sur la place du village. C’est notre petit coin qui prend des airs de stations de ski tous les hivers, justifiant que l’on dîne de raclettes plus souvent qu’à notre tour.
J’écoutais récemment les mots d’une suédoise qui vit proche du pôle nord et se trouve désormais dans cette période appelée la nuit polaire. Ce temps de l’année où la nuit s’installe pour plusieurs mois. Répondant au désarroi de ses lecteurs qui lui assuraient qu’eux mêmes « ne pourraient jamais supporter une nuit permanente », elle répondait quelque chose de doux, et de juste. Elle disait qu’elle aimait cette période car elle lui permettait de suspendre le temps. Elle s’autorisait alors à se replier sur elle-même, à prendre du recul et le temps pour des puzzles au coin du feu. Comme un long dimanche. Quand, finalement, se laisse-t-on le temps de n’être rien de plus qu’un corps chaud lové sur un vieux sofa, qui n’attend rien du moment, et n’analyse rien, ni ce qui était, ni ce qui sera ? À sa manière, en réduisant nos temps de clarté journalière et amenuisant la longueur de nos sorties, l’hiver nous donne sa bénédiction. Il nous autorise, pour quelque temps, à rester, immobiles, en suspens.
-Lexie Swing-
Quand je pose la question « how do you feel about winter? » à des Canadiens qui sont Canadiens depuis des générations, il y a deux réponses : « Meh, not my favourite » et « I FUCKING hate it ». Certaines personnes s’en accommodent, elles ne connaissent pas autre chose et finalement, ça ne les dérange pas trop, sauf quand le temps est vraiment mauvais (tempête, températures très très froides, glace, etc.). Et pour certaines personnes, ça passe pas du tout.
Conclusion, on n’est pas tous faits pareils.
Signé la fille enveloppée dans une grosse couette avec un chauffage à côté qui tape mal avec des mains gelées.
Clairement, ce n’est pas parce qu’ils sont nés ici qu’ils aiment ça. Ceux qui skient, font du snow, etc, sont généralement enthousiastes. Les autres moins haha
Cette phrase m’a fait rire : « ils découvrent avec ravissement qu’il existe un monde en dessous de zéro et que celui-ci vit encore. Pire : il vit normalement ». LOL
Merci à toi et par avance, je te souhaite de très bonnes fêtes de fin d’année !
Merci beaucoup, de très bonnes fêtes à toi aussi, j’espère que vous pourrez vous reposer un peu !
Team premier hiver, on adore ! Mais je conçois tout à fait que cet enthousiasme finisse par s’amenuiser ^^
Ça reste le bonheur, surtout les activités hivernales. Profitez en à fond ❤️