Lorsqu’on se compare, se console-t-on vraiment ?

Vous souvenez-vous de cet adage que l’on entrevoyait autrefois au détour d’un magazine féminin, rubrique psycho nouvelle année, lorsque tout était encore à définir et que le pire n’avait guère pu se produire. « Lorsqu’on se compare, on se console ». Cette phrase anodine se voulait un rappel que l’herbe n’est guère plus verte ailleurs et que l’on ignore quel malheur portent en eux les gens que l’on côtoie. Que oui, on est peut-être moins riche ou moins mince, mais on a la santé et on a les enfants et on a un toit sur notre tête et du riz dans nos assiettes alors que tu vois bien qu’il y a ces enfants là au bout du monde, leurs grands yeux affamés figés sur papier glacé, ces enfants qui n’ont plus rien que leur main pour mendier. Les adultes brandissaient cette vérité, campés sur leurs deux pieds, dans une posture vaguement menaçante. On devait se réjouir d’avoir puisque d’autres n’avaient rien.

Se comparer, dans la vie moderne, on fait ça mieux que personne. Mais l’on se compare rarement à plus malheureux que nous. On se compare à nos amis, mais surtout à nos ennemis, on se compare à ceux qui ont tout, à ceux qui savent mieux, à ceux qui ne sont, pour nous, que des instantanés d’une vie plus réussie que la nôtre. On déconstruit notre confiance à grands coups de réseaux sociaux et nos défaillances se révèlent à mesure que nos pouces glissent sur les écrans graisseux. Des vidéos de quelques secondes d’intérieurs immaculés, les phrases encourageantes de corps fuselés, les plats tirés au cordeau des ménagères contemporaines sont autant de sel dans les plaies d’un égo déjà malmené par une société qui confond volontiers bonheur et succès.

On se compare et, loin de se consoler, on s’étiole. On ignore tout des cris qui résonnent derrière les portes closes, de la solitude de celles et ceux qui s’échinent ainsi à porter un discours d’accomplissements, du malheur qui se dépose sur certaines familles comme une chape de plomb. On s’escrime à trouver des explications à nos différences : pourquoi ne semble-t-elle pas vieillir ? Comment fait-il pour se payer cette bagnole ? Elle ne voulait pas d’enfants et regarde, elle est tombée enceinte en éternuant… Qu’est-ce qu’il a fait, pour avoir cette promotion ? On se demande pourquoi nous faisons du surplace dans un marathon au départ duquel tout le monde semble mieux préparé. On compare nos maisons, nos autos, la politesse de nos enfants, la destination de nos prochaines vacances, les centimètres de notre tour de taille et le nombre de nos cheveux blancs. Et rien, jamais, ne trouve grâce à nos yeux.

Et l’on oublie cette règle logique, cet apprentissage évident, que l’on répète pourtant régulièrement à nos enfants : la seule personne à laquelle on devrait se comparer, c’est soi-même. Celui que nous étions il y a un instant, vide du jour nouveau qui bientôt nous apporterait son lot d’accomplissements. Peut-être manque-t-il quelques mots à l’adage : quand on se compare à celui ou celle que nous étions, on se console.

Il suffit de sortir de vieilles photos de notre adolescence boutonneuse pour s’en convaincre.

-Lexie Swing-

Photo : Sarah Pflug

2 réflexions sur “Lorsqu’on se compare, se console-t-on vraiment ?

  1. Un sujet très intéressant Lexie.

    Une de mes amies me dit souvent: « je passe x heures à faire une belle photo quand le reste de ma vie est un bordel sans nom ».

    Et certaines personnes voient cette photo, superbe, et se comparent, et se disent que décidément la vie est mal faite. Alors que le revers est beaucoup moins idéal.

    Oui je crois que rien de mieux que les anciennes photos pour se faire du bien. Il faut donc continuer à en faire pour demain…sinon nous n’aurons plus d’autres solutions que de nous comparer aux autres cette fois!!

    • Oui c’est fou quand tu vois les coulisses des photos ! L’autre jour une fille filmait son décor, un fond en carton, une nappe sur le sol et elle cuisinait à genoux sur son carrelage lol

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