Recommencer, encore (septembre 2026)

Il est 9h35 et j’écris depuis un café. Ce n’est pas le café que j’aurais choisi mais je prends toutes les parcelles de temps personnel que je peux, parce qu’il est rare et à ce titre, mérite d’être chéri. C’est ma première fois. La première d’une série de samedi où Tempête danse. Elle danse et j’écris, et c’est donc le meilleur des mondes. À côté de moi, il y a encore une minute, il y avait un père débordé et quatre garçons « feral », sauvages donc. Je dis qu’il était débordé parce qu’il n’avait pas assez de mains pour gérer l’ampleur des bêtises que ses garçons faisaient, en même temps. Une main pour faire descendre celui qui saute sur le fauteuil, une autre pour rattraper le verre qu’un autre fait tomber. Comment intervenir pour récupérer celui qui mange des miettes à même le sol?

Le temps a passé depuis les premiers écrits. Je suis désormais mère d’ado et pré-ado. Ce n’est pas la même aventure, ni le même fun. La pression s’est relâchée, je m’en rends compte tous les jours. Je regarde avec délectation une série de vidéos humoristiques proposées par Naître et Grandir, et je me dis « c’est tellement ça! », et en même temps, de moins en moins, parce que la petite enfance a laissé place à quelque chose de bien différent. Les enjeux sont plus importants, on sent que c’est l’avenir qui se joue, par moment, mais l’individualité de chacune se dessine. Les discussions sont plus franches, plus poussées.

À l’heure où je vous écris, nous commémorions hier les 25 ans du 11 septembre. Pour la première fois, nous avons transmis. Ce que nous savions, ce que nous avions ressenti, ce que cela signifiait selon nous pour le monde d’hier, et pour celui d’aujourd’hui. Tout ce que nous avons appris, plus tard, avec le recul du temps, des témoignages et des expériences. Je me suis trouvée émue, soudainement, de partager les histoires de ceux qui étaient décédés dans cet attentat, et de ceux qui les avaient aimés. De ceux qui avaient observé, communié, espéré. J’ai lu des histoires surprenantes, aussi, de gens qui auraient dû se trouver là mais qui par un coup du sort, étaient ailleurs le moment venu. Une dame s’était même trompé de jour pour son entretien d’embauche, arrivant sur les lieux le 10 septembre. Elle avait religieusement noté de nouveau la bonne date, mais le 11 septembre venu, elle avait mal programmé son alarme et, se réveillant bien après l’heure prévue, elle était encore dans le train de banlieue lorsque le premier avion a frappé la tour où elle aurait dû se trouver. Il y a ceux qui étaient pris dans un embouteillage, ceux qui ont vu leur vol repoussé, ceux qui l’ont manqué parce qu’ils n’étaient pas à l’heure à l’aéroport. Ça m’a fait réfléchir à toutes ces fois où nous nous trouvons pris dans une situation qui nous retarde, ça m’a fait considérer l’idée que, peut-être, à cet instant, ce que nous manquons est peut-être bénéfique pour nous. Sans tomber dans quelque chose de mystique – ce n’est pas trop de mon goût – j’aime l’idée d’accepter ces moments-ci avec plus de recul, en se disant que ce n’est peut-être pas si grave, finalement, de devoir patienter ou de manquer un rendez-vous.

Il est 10h40 et Tempête m’a rejoint. Il y a une BD et mon téléphone devant elle. J’aimerais vous dire qu’elle est absorbée par sa BD mais elle lui a vite préféré une vidéo d’une dessinatrice dont elle aime suivre les projets (@andrea_drw_, il me semble. Elle vend de très jolis carnets de coloriage pour grands enfants et ses vidéos sont sympathiques, si jamais ça vous intéresse). Je ne lui jette pas la pierre concernant le téléphone, déjà parce que ce n’est pas très axé parentalité bienveillante, de jeter des cailloux sur ses enfants, mais surtout Tempête a développé depuis quelques mois un goût marqué par la lecture. Nous venons d’achever, sa sœur, elle et moi, notre première lecture commune du même roman (chacune de notre côté), et c’était incroyable de pouvoir échanger ensemble sur notre lecture. Nous avons lu « L’aube sera grandiose« , d’Anne-Laure Bondoux. Un très beau livre, niveau ado mais accessible quand même pour une bonne lectrice plus jeune. Le thème est parfois sombre, mais sans jamais tomber dans quelque chose qui serait difficile à absorber pour un enfant de 10-11 ans, et il n’y a pas non plus de description de scènes graphiques que vous n’auriez pas encore le goût d’expliquer à vos enfants.

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Il est 8h10, nous ne sommes plus le même matin. Je suis assise dans mon auto, au bord de l’écurie. Le dimanche, c’est désormais le jour des chevaux, aux aurores bien évidemment. 6h30 sur le pied de guerre. Préparer le petit déjeuner en silence. Échouer et réveiller ceux qui auraient bien fait la grasse matinée. Secouer celle qui aurait dû se lever. Se glisser dans les rues tranquilles et saluer les promeneurs de chiens. Une vraie promesse de l’aube sous la pluie de septembre. Ces activités, c’est de l’abnégation. Quand on était gamin, les parents disaient souvent qu’ils avaient l’impression de passer leur vie à faire le taxi parce qu’ils nous baladaient entre la maison des copains et le Multifranc de la rue principale. Maintenant, ça s’appelle danse parent-enfant du lundi et judo du jeudi soir. C’est trop loin pour avoir le temps de rentrer chez soi et il n’y a pas de café proche. À la place, il y a une grande vitre ou des bancs exigus et tu as la chance de faire coucou à ton enfant jusqu’à sa majorité. Je râle mais en vrai j’ai gagné de la liberté. J’ai désormais un café proche et une auto confortable. J’ai du temps pour lire et des vêtements qui sentent le poney fraîchement ramené du pré. Ironiquement, cela me ramène à ma propre enfance, où il y avait le Multifranc, les copines mais surtout le centre équestre. On m’y déposait en matinée pour me retrouver des heures plus tard. Aujourd’hui nous sommes partout, le souffle suspendu à leur prochain accomplissement. Et c’est aussi fatiguant que ça en a l’air.

Moi cette année, j’ai décidé de prendre du temps pour moi. Je cours, j’écris, je danse. Dans cet ordre de temps dévolu. Je lis, beaucoup, comme un être affamé de mots qui ne serait jamais sustenté. Une habitude dont j’essaie de me soigner afin d’augmenter mes heures de sommeil qu’une passion aussi dévorante réduit drastiquement.

Et vous, que faites-vous cette année pour vous-mêmes?

– Lexie Swing-

PS : bon retour par ici, que s’est-il passé de nouveau dans vos vies, cette dernière année?

13 réflexions sur “Recommencer, encore (septembre 2026)”

  1. J’aimerais courir, danser et écrire avec toi, depuis le temps qu’on se connaît virtuellement!Ici aussi, pas la même affaire, un ado. Mes mains sont moins occupés, mais ma tête plus! Je redécouvre aussi une forme de liberté, pas d’insouciance… maman, c’est pas que dans le quotidien, c’est la charge mentale, et la gestion de l’ado est une charge mentale.D’ailleurs, je descends. Je finis de lui couper les ongles. Oui, pendant qu’il joue en ligne. Pick your battles :lol:

    • On vit le même grand écart au niveau des goûts / de l’autonomie. Laisse moi me préparer à manger mais attache mes cheveux, ne viens pas me chercher à l’arrêt de bus – la honte – mais aide moi à faire mon lunch 😅

  2. Hey ! Welcome back ! Ca fait plaisir de te lire depuis tout ce temps. Contente de voir que la vie avance par chez toi aussi. Par ici on avance aussi. Le virus du blog m’a repris en juin et j’ai commencé un nouveau blog. Une envie d’un internet plus calme moins géré par la course aux algorythmes. Au plaisir de te lire à nouveau régulièrement puisque tel semble être ton projet :-)

  3. Contente de vous lire depuis si longtemps. Quand j’ai vu votre message dans mes spams j’ai été très heureusement surprise.

    Réaliser que vous êtes maintenant maman de deux grandes filles ça fait drôle !

    Je vous souhaite de continuer cette vie peut être un peu bousculée mais si heureuse.

    Pour ma part depuis 10 mois j’ai engagé un combat contre un cancer métastatique dû à un mélanome datant de 2020 . Si je n’avais qu’un conseil à vous donner : surveillez votre peau et celle de vos proches.

    Heureusement que les médecins chercheurs ont fait un bon boulot car grâce à l’immunothérapie je vois le bout du tunnel.

    A bientôt de vous lire.

    cordialement Christine.

    • Bonjour Christine, je suis bien désolée d’apprendre cette nouvelle mais heureuse de savoir que vous voyez le bout du tunnel! Vous avez bien raison pour le fait de garder un œil, il est tellement facile de se dire qu’on verra ça plus tard ou qu’on n’a pas le temps de prendre rendez vous …

  4. Quel plaisir de commencer ma journée en te lisant. C’est toujours aussi agréable :) Les années passent et l’adolescence libère du temps pour penser à soi. Je savoure chacun de ces instants.

    Au plaisir de te lire !

  5. Quel bonheur de te lire Lexie! Les enfants qui grandissent et le temps, notre temps qui s’adapte.
    L’adolescence est une nouvelle étape. Pas toujours facile à canaliser, à comprendre. Comme tout dans la vie elle a son côté lumineux et sombre. De mon côté la charge mentale me laisse parfois sur les rotules mais J’aime mes rares moments de solitude et nos passions communes.
    A très vite J’espère…

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