
Nous sommes samedi, matin de l’Halloween (oui, on met un déterminant au Québec et le mot est féminin) et je suis de retour dans mon café proche de la danse. J’aime assez la routine pour vivre ça comme un aboutissement. Le mois d’Octobre a été rempli jusqu’à la gueule, m’obligeant à jongler difficilement avec des préoccupations variées allant des affaires de courses à prévoir aux devoirs à signer. À ce titre, la proposition de James de tester la nouvelle application Barriers a été providentielle. Une liste de tâches, un point sur les finances, c’était pas mal la solution qu’il me fallait pour garder mon cerveau à flot. On s’en reparle.
– Aparté ici sur la variété désormais offerte dans les cafés. On est loin des époques où l’on trouvait seulement du café noir et des chocolats chauds. Je vois les baristas s’agiter et préparer les boissons commandées en douze étapes et huit saveurs, et je me dis que le métier s’est drôlement professionnalisé. Est-ce que c’est la longueur du menu qui fait la renommée de la boutique? Est-ce que votre choix se fait en fonction du choix des sirops à ajouter à votre latté? (Est-ce que ce sont dans les lattés que l’on ajoute du sirop?). Vous me direz.-
J’écoutais une suite d’épisodes il y a quelque temps du balado Faites des Gosses. Je rappelle à mes copains québécois que gosses, en France, est un synonyme familier du mot « enfants », et non du mot « testicules », comme ici. L’un est issu de l’autre mais bref, vous avez compris. Les épisodes portaient sur les fréquentations de nos enfants, notre méfiance vis-à-vis de certains et la possibilité ou non de les contrôler. Le sujet n’était pas les amitiés agressives ou nuisibles, de ces amis qui n’en sont pas vraiment et sous couvert de jeux, vont tenir des propos dénigrants, par exemple, à l’égard de notre enfant. Le sujet était plutôt ici les fréquentations qui nous questionnent parce que les habitudes, le langage ou la façon de vivre nous perturbent.
La journaliste relaie sa propre réalité. Son enfant, Paco, est un ami avec un garçon qu’on pourrait qualifier de turbulent. Son langage est argotique (savez-vous qu’il existait le terme « inchâtié »? Je viens de le découvrir) et ses bêtises, nombreuses. Il est de ces enfants dont on sait que, lorsqu’une bêtise a lieu, il en est probablement à l’origine. Alors la journaliste aimerait bien que Paco ne le fréquente plus, qu’il ne se laisse pas influencer, qu’il ne reprenne pas les mots employés. Elle se demande quel genre d’éducation il reçoit et s’inquiète que l’ami détourne Paco du droit chemin, en quelque sorte.
On connait tous ce genre d’histoires. L’enfant qui commet la faute n’était pas foncièrement mauvais mais il était influençable. Ce n’est pas vraiment sa faute, c’est son ami qui l’a entraîné. Il ne voulait pas vraiment voler, ce n’était pas son idée.
Il y a deux idées que j’ai trouvées particulièrement intéressantes dans ces épisodes. La première, c’est une spécialiste du domaine, sociologue ou psychologue, qui mentionne que c’est en se confrontant à toutes sortes de personnes, et notamment ces enfants plus turbulents, que l’on apprend à fonctionner dans la vie. Puisque les gens que l’on côtoie ne respecte pas toujours notre échelle de valeurs ou nos codes sociaux, faire face dès son plus jeune âge à des enfants à l’éducation et façons de fonctionner différentes permet d’apprendre à se confronter. En quelque sorte, dans l’écosystème de vie, nous avons besoin des enfants turbulents comme des enfants sages pour faire avancer le monde.
La deuxième idée amenée, c’est la journaliste qui, finalement, s’interroge : Paco est-il si sage que ça? En substance, l’idée est : notre enfant nous semble sage mais qui est-il dans l’environnement social de l’amitié? Est-il vraiment le suiveur, l’enfant influençable qu’elle perçoit? Il y a une maman que je côtoie ponctuellement, ses enfants ont tout pour eux : élocution avancée, notes dans le haut du panier, polis, serviables et sportifs. Un jour, je voulais donner un exemple à ma fille de bons comportements et je lui ai dit, « comme Stan (nom modifié), par exemple ». Elle m’a dévisagée, surprise. « Stan? Mais il est super tannant, en classe il n’arrête pas de lancer des boulettes de papier, de cacher les stylos de sa voisine de classe et l’autre jour, sa gang et lui ont bouché les lavabos de la toilette des gars ». Vous voyez le portrait. Le Stan que je côtoyais auprès de sa mère, excellent élève au demeurant, était aussi un tannant devant l’Éternel.
Autour de moi, j’ai souvent eu des parents d’enfants sages. Des enfants sans problèmes, aux amitiés faciles, à l’apprentissage régulier, bavards mais pas trop, polis, toujours. Je ne croise jamais les parents de ces enfants réputés insolents. Où se cachent-ils? Est-on tous un peu le parent de ce genre d’enfants, à un moment? Je me souviens encore de la confusion que j’ai ressentie lorsqu’une maman m’a appelée pour que je vienne chercher l’une de mes filles, en maternelle. La mienne prenait le dessus, essayait les différents jouets, n’écoutait plus les injonctions de l’autre enfant. La mère a préféré que je revienne la chercher au motif que c’était « trop pour son enfant ». Je comprends aujourd’hui qu’il y avait matière à apprentissage, autant pour ma fille que la sienne, mais je respecte le point de vue. Reste que j’ai été de temps en temps la mère de l’enfant réputé difficile, celui qui crie quand les autres parlent, qui se lève quand les autres sont sagement assis, qui vitupère par dessus la table parce que le jeu ne se déroule pas en sa faveur. Je suis la mère qui doit intervenir, temporiser, rappeler à l’ordre, faire la médiatrice. Ce n’est pas toujours un rôle facile. Et ce n’est certainement pas un rôle qui est valorisant ou valorisé en tant que parent. Qu’importe l’éducation que je lui donne dans le huis-clos de notre maison, son comportement donne un reflet spécifique à notre façon d’être parent. Elle n’est ni impolie, ni moqueuse, mais pourtant à sa manière elle devient parfois aussi la « mauvaise fréquentation ».
Et il n’y a pas grand chose que l’on puisse faire pour changer ça.
-Lexie Swing-
PS Je lis un livre particulier : « La mesure », de Nikki Erlick. L’histoire d’un matin où chaque personne de plus de 22 ans découvre devant sa porte une boite contenant une cordelette. Très vite, les gens découvrent que la longueur de la cordelette est équivalente à la longueur de leur vie, et que pour certains, il reste moins d’une année à vivre. Violence, récupération politique, mais aussi rencontres et espoirs sont au programme des prochaines pages. Et vous, que feriez-vous si vous découvriez que vous êtes « un court-segment »?
PPS Bluey4ever. Avez-vous déjà regardé Bluey? Ce dessin animé mettant en scène une famille de chiens. C’est délicieusement drôle, bienveillant avec des clins d’oeil honnêtes à notre vie de parent. Malgré nos enfants qui grandissent, on ne s’en lasse pas.