Le secondaire au Québec

Si l’on se connaît ou se suit depuis longtemps, vous savez probablement que j’ai l’une de mes filles qui a atteint le grand âge de 12 ans. Oui, celle-là même que je portais dans mon ventre lorsque ce blogue a vu le jour. La petite noisette est devenue une fille à la crinière indomptable et aux jambes sans fin, qui a donc fait en septembre son entrée… au secondaire.

J’en avais parlé il y a deux ans – l’inscription au secondaire au Québec est bien différente de ce que nous avons connu nous, en tant que Français des années 80. Et je mets un warning ici : même si je dis « le secondaire au Québec », il est fort probable que mon expérience soit différente de familles vivant à Montréal par exemple, ou en Gaspésie. Nos choix sont aussi contraints par le territoire, entre autres. Mais reste qu’au Québec, c’est un système spécifique à la province, et donc singulier.

Mais reprenons. Nous vivons sur la Rive-Sud de Montréal et nos enfants sont allés à l’école publique de notre secteur. En 5e année, équivalent du CM2 en France, nous avons commencé nos recherches pour le secondaire. Pourquoi à ce moment-là ? Plusieurs raisons:

  • L’école primaire va jusqu’à la 6e année, contrairement à la France où la 6e correspond à la première année du secondaire. Selon ce que m’expliquait un ami prof en France, cela n’est cependant pas illogique car même en France, la 6e fait partie du même cycle que le CM2, notamment.
  • Lorsque l’on candidate pour entrer dans un secondaire, ce sont les notes de 5e année qui sont prises en compte pour les publics.
  • Les écoles secondaires privées ont souvent des pré-inscriptions, voire des tests d’admission, dès la 5e année. C’est important d’en tenir compte car certaines écoles ne laissent pas de deuxième chance pour les familles qui auraient manqué les dates d’inscription en 5e année.

Pour ces raisons – et parce que toutes les familles concernées ne parlent que de ça à la rentrée scolaire – nous avons fait nos devoirs et regardé ce que le territoire de notre Centre de services scolaires nous offrait en termes de secondaires publics et privés. En septembre et début octobre, la plupart des écoles organisent des portes ouvertes pour permettre aux familles de découvrir les locaux et les programmes offerts. Sur notre territoire, nous avons deux types d’écoles principalement : des secondaires publics (les « polyvalentes ») qui offrent généralement un programme dit « régulier » (pour les enfants qui le souhaitent et dont c’est le secondaire de secteur) ainsi que trois concentrations (par exemple : musique, sports, anglais), et des secondaires privés (privés au Québec ne revêt généralement pas un lien avec la religion mais correspond à une école dont le fonctionnement financier repose en partie sur la contribution des familles, par exemple dans notre secteur, les familles paient entre 7000 et 10 000 dollars pour l’année, dépendamment des services et programmes) qui s’appuient sur un système similaire, avec des programmes enrichis et des sortes de concentrations.

Comment faire ses choix?

Pour nous qui avons grandi dans un tout autre système, l’accès au secondaire a été une vraie découverte en soi, et le Cegep (ce qui vient ensuite) est encore une autre game. C’est une étape assez anxiogène, probablement en raison de la nature même de notre génération de parents, qui met le bien-être de son enfant avant toute chose et craint donc de commettre une erreur en faisant un mauvais choix. L’un des premiers conseils qui m’a été donné était : « Laisse-la choisir ». Ce qui est un bon conseil, mais pas d’entrée de jeu selon moi, premièrement parce que l’enfant n’a pas la maturité nécessaire pour étudier l’ensemble des propositions dans leur globalité (c’est pour ça que nous sommes là, non?) et deuxièmement parce que si mon enfant tenait les cordons de ma bourse, elle aurait su que de son choix d’école dépendait notre capacité à payer (ou non) ses prochaines vacances. Donc en pratique, comment avons-nous décidé ?

  • Nous avons regardé les propositions d’écoles sur leur site internet respectif, identifié les programmes qu’ils proposaient et vérifié la distance avec notre domicile.
  • Nous avons planifié nos visites en privilégiant les écoles privées en 5e année (puisqu’il fallait ensuite faire les pré-inscriptions) et les écoles publiques en 6e année (sur notre secteur, c’est en septembre de la 6e année que l’on établit une liste des 3 écoles publiques que l’on vise).
  • Nous avons fait les préinscriptions pour les privés visés et elle a passé les tests lorsque c’était nécessaire.
  • En septembre de la 6e année, après avoir fait (ou refait) certaines visites, nous avons fait nos choix pour les publics en fonction des programmes qui l’intéressaient et, soyons honnêtes, du niveau et/ou de la réputation de l’école.
  • En octobre de la 6e année, une fois que notre fille a su dans quel(s) privé(s) et quel(s) public(s) elle avait été admise, nous en avons rediscuté avec elle une dernière fois, et elle a fait son choix.

Cas pratique (lol)

J’aime bien quand les articles de journaux donnent des exemples alors je vais vous donner une situation type qui n’est pas celle de ma fille puisqu’à son âge, elle n’aime pas tant que je la prenne pour exemple (ce que je comprends et respecte) (et dont je me méfie étant donné que sa soeur cadette me saute à la gorge dès qu’elle entraperçoit son nom dans un message).

Prenons le cas de Jules, en 5e année à l’école publique de son secteur/quartier qui dépend du centre de services. Il a une bonne moyenne mais ses parents ne savent pas s’il sera capable de bien travailler de façon autonome. Par ailleurs, il aime beaucoup le hockey mais n’a pas le niveau (ni l’envie) pour s’intégrer dans un sport-études ou une concentration très sélective. C’est un faux cas fictif dans le sens où j’ai entendu une conversation quasi similaire chez ma coiffeuse. Les parents ont inventorié les possibilités, puis finalement éliminé les programmes trop exigeants scolairement. Ils se sont intéressés aux écoles publiques et privées qui proposaient des options hockey tout en ayant un bon niveau. Ils ont éliminé les programmes trop contingentés (le hockey est une option très demandée par chez nous et certaines écoles forment la future élite de ce sport) pour choisir finalement quelques possibilités qui recoupaient bon encadrement et hockey quelques heures par semaine. Après, il faut croiser les doigts et espérer que son enfant soit pris, ce qui peut dépendre d’un bon nombre de facteurs, incluant ses notes, si sa fratrie est déjà scolarisée au même endroit, etc.

Cette année, on recommence avec notre deuxième enfant. Et contrairement à ce qui se faisait « de notre temps », il n’est pas rare de choisir un endroit différent dépendamment des intérêts de chaque enfant et de son niveau scolaire. On est mieux équipé mais pas plus serein. Et oui, la peur de se tromper reste présente en toutes circonstances.

FAQ sur le secondaire au Québec

Est-ce qu’il y a des centres de services avec un fonctionnement différent?

Oui, certainement. À Montréal, par exemple, le secteur est différent et grâce au transport en commun, les élèves peuvent accéder à un plus grand nombre d’établissements. Ils ont aussi accès à des écoles que nous n’avons pas forcément dans notre secteur, comme le système Montessori. Si vous avez vécu une expérience différente de la mienne, n’hésitez pas à en faire mention et je rajouterais une partie témoignages à l’article (ou j’en ferai un nouvel article, j’adore les témoignages!).

Le transport en commun est-il assuré?

Oui, tant que l’école est dans le secteur du Centre de services, en tout cas pour les publics. Les privés semblent assurer un transport pour des villes spécifiques (et spécifiés dans les documents d’inscription). Une maman m’a également mentionné que son fils avait choisi une école hors secteur, qui l’avait redirigée vers un transporteur privé qui assurera le voyagement.

Quelles notes sont prises en compte pour l’admission au secondaire ?

Les écoles publiques secondaires de notre centre de services se sont concentrées sur le français (coeff 5), les maths (coeff 3), la GHEC (coeff 1) et les sciences (coeff 1). Les écoles privées demandaient le bulletin de 4e année et les notes de 5e année (nous avions fourni les deux premiers trimestres au moment où a eu lieu l’examen d’admission).

Est-ce que tous les programmes se valent pour le Cégep ?

Oui et non. C’est la question pour laquelle j’ai eu le plus de mal à trouver des réponses. Une maman confrontée cette année au Cégep me disait regretter que sa fille soit allée dans un programme plus difficile car, lors de la sélection, les Cégep ne regarderaient « que le nom et la moyenne de l’enfant » sans tenir compte de la difficulté de son programme ou de l’établissement duquel il provient. Cependant, certains programmes permettent une bonification des notes. C’est le cas des PEI, ou programme d’éducation intermédiaire du Baccalauréat international, avec lesquels l’enfant bénéficie d’une « bonification de 2 % sur l’ensemble du dossier scolaire de l’élève grâce à son diplôme d’éducation secondaire internationale (DÉSI) de la SÉBIQ ».

Et si je ne choisis rien ou que mon enfant n’est admis nulle part ?

Même si vous avez manqué les délais d’inscription, pas de panique. L’enfant sera automatiquement admis au programme régulier de son école publique de secteur.

Vous avez d’autres questions ? Envoyez-les moi et je tenterai d’y trouver la réponse.

-Lexie Swing-

Routine

Mille ans depuis le dernier message. Ce n’est plus une absence, c’est un tome oublié dans une cave poussiéreuse. Pour une raison que j’ignore, ne plus avoir d’ordinateur portable sur lequel écrire mal installée sur le canapé du salon, a entraîné le blogue dans un état comateux avancé, quoique confortable. La vie et ses aléas (l’hiver, les activités variées, les jours de tempête, la fracture de la clavicule de la grande…) ont eu raison du reste.

En parallèle, mue par une motivation soudaine, j’ai créé un nouveau blogue. Je voulais m’autoriser un espace plus public et moins exposé, au gré duquel partager nos découvertes de balades et voyages. Loin des vicissitudes de Gwen Stefani, je l’ai nommé Such a sweet escape. J’en fait peu la promotion, le site étant encore en construction, mais j’y relaie déjà quelques (= trois, à l’heure où nous nous parlons) aventures.

Les idées peinent à se mettre en mots, rapport au fait que la vie est remplie à ras bord de choses variées, potentiellement engageantes (mes sorties de course à pied) mais pas toujours (le gros des journées). J’ai passé la trentaine indifférente aux heures passées à travailler, parcourant mes journées à grands pas, entre deux trains lancés à grande vitesse. La fin de cette décennie me rattrape pourtant : est-ce vraiment comme ça que nous allons passer nos vies ? Je sais que non : un jour les « mamans » résonnent moins, les absences se cumulent et le temps pour soi revient, peut-être pas comme on l’aurait voulu mais quand même.

La vie grignote notre nécessaire besoin de solitude. Je m’en rends compte lorsque je me stationne devant chez moi, et que je mets quelques minutes à sortir de ma voiture. Quelques minutes, juste quelques minutes de plus, à écouter la fin d’un podcast, les notes d’un refrain ou juste le silence.

La charge mentale est lourde, c’est un sujet éculé mais jamais réellement solutionné. Le chemin est désormais identifié, balisé, mais il est sans issue. La charge est féminine, sans que l’on sache vraiment comment, ou pourquoi. Ça n’a pas rapport qu’à une répartition des tâches, une autre dimension semble entrer en jeu, un véritable fonctionnement mental. Qu’est-ce qui explique que mon collègue papa divorcé ne se préoccupe du contenu du souper qu’à 18h, quand mon esprit planifie la durée de cuisson des pâtes et le détour par le supermarché pour cause d’absence de fromage râpé depuis 14h ? Je n’ai pas de réponse à ce phénomène, si ce n’est qu’il est monnaie courante pour la plupart de mes copines, et nettement moins pour mes copains (pas de généralité, mais quand même).

Récemment, je me désolais de manquer d’énergie pour la course, réfléchissant au passage aux types de repas que je devrais préparer pour être mieux armée face à la dépense énergétique. Mon amoureux m’a alors mentionné une spécialiste en nutrition que j’avais déjà rencontrée quelque temps auparavant. « Elle t’avait fait une liste des aliments intéressants », m’a-t-il rappelé. Liste que j’avais laissée de côté presqu’aussitôt. La raison ? Plutôt simple : les aliments se succédaient sur la liste, sans mention de repas à composer. Et j’ai alors réalisé mon enjeu : je n’avais plus d’espace mental disponible pour devoir réfléchir à de nouveaux repas, de nouvelles façons de faire. Je voulais « bien » faire, mais si ce n’était pas servi sur un plateau d’argent avec cuillère assortie, il n’y avait aucune chance que je me rende jusque là.

La charge mentale est devenue telle que chaque effort supplémentaire a un coût conséquent. Ça ne m’étonne pas que les systèmes de planification automatiques, ou même l’IA, puissent rencontrer un tel succès. Souvent, dans mon travail, des collègues (ou moi-même) me disent qu’ils sont bookés « mur à mur », signifiant par là que leur agenda est plein à craquer. C’est un peu l’effet que me fait mon cerveau, il est booké mur à mur, paroi à paroi, plein comme un oeuf, et la soupape n’en peut plus de siffler.

Trois semaines plus tard…

Repousser le temps d’écriture est décidément devenu habitude. Trois semaines ont passé, trois semaines durant lesquels le poids de la charge mentale est devenu écrasant. Cela faisait quelque temps que j’avais le sentiment d’oublier des petites choses. J’aurais juré que j’avais pourtant quelque chose à l’agenda. Ou qu’il y avait un produit supplémentaire à acheter au supermarché. Je l’avais sur le bout de la langue. J’ai toujours eu un cerveau capable d’emmagasiner un lot important de détails et depuis quelque temps, je sens qu’il me trahit. Le plus grand éclat s’est produit un samedi, lorsqu’à l’heure du lunch je me suis rendue compte que nous avions oublié un atelier auquel étaient inscrites nos filles depuis des semaines. J’avais pourtant répété plusieurs fois depuis la fin du mois d’avril : « que quelqu’un prépare l’agenda du mois de mai sur le frigo, j’ai le sentiment qu’il y a beaucoup de choses et que nous allons en échapper ». J’avais été visionnaire mais pas assez proactive, visiblement.

Et en fait de choses, elles n’en peuvent plus de s’accumuler : des déplacements professionnels, aux répétitions de danse, en passant par les réparations de la voiture, les rendez-vous dentaires et médicaux, les vaccins du chien et les innombrables festivités de fin d’année à l’école, nous croulons sous les injonctions calendaires. Je ne sais plus comment je m’appelle mais je dois me souvenir que jeudi sera journée « engins roulants, n’oubliez pas les casques des enfants ». Ça fait trois semaines que j’oublie de passer à la pharmacie mais je ne dois pas perdre la petite étiquette fournie par l’école de danse identifiant l’ordre de passage de mon enfant pour les deux répétitions générales à venir et le spectacle de danse. J’ai annulé par erreur un rendez-vous médical parce que je pensais qu’il tombait en même temps que la sortie de classe des 6e années, mais mardi je dois prévoir d’aller récupérer le chandail du centre équestre entre 18h et 18h17.

Récemment, pour plaisanter, une collègue m’a demandé si à ma prochaine évaluation j’allais demander des vacances en plus ou une augmentation, j’ai répondu : « un(e) adjoint(e) ». Je rêve d’une personne me chuchotant à l’oreille ce qui s’en vient, ce que j’oublie, ce qui arrivera demain, la semaine prochaine. Qui me rappelle de prendre le beurre, parce que j’en aurais besoin dans trois jours ou qui me retient avant que j’arrive aux caisses, parce que j’ai tout pris sauf les pastilles pour le lave-vaisselle, raison initiale de ma venue au supermarché. Qui me donne mes créneaux de disponibilités en confrontant nos trois calendriers, ainsi que l’horaire des enfants, pour que j’évite de rappeler trois fois la secrétaire du dentiste en m’excusant parce que je n’avais pas pris en compte le déplacement professionnel de mon conjoint ou la rétrogradation de Mercure.

Cependant, depuis quelques jours, une vague de renouveau semble venir mordre le sable mouillé de mon désarroi. Des soirées un peu plus longues, des parties de jeux de société entamées sitôt le souper fini, des sessions de lavage de linge qui se terminent assez tôt pour regarder le dernier épisode de notre série du moment… Moment passager ou révolution ? Est-ce que je posséderais enfin la clé de la sérénité ? Je vous tiens au courant.

-Lexie Swing-

Photo Efeyhan Zeytin

Back to school

Les images d’enfants solidement arnachés fleurissent sur les murs de mes réseaux sociaux. Aucun doute possible, après les copains des États-Unis, puis du Québec, c’est au tour de mes neveux, filleuls et enfants chéris de mes amis de faire leur rentrée. Chez nous, le tout s’est déroulé sans accroc (exception faite de l’heure, que j’avais mal lue), avec des profs connues ou rapidement apprivoisées, selon le cas. C’est aussi une rentrée au goût particulier puisque c’est la dernière pour ma grande B., au primaire. Au Québec, pour rappel, la 6e année fait partie du bloc primaire. Le grand saut vers le secondaire se fera donc l’an prochain pour nous. En attendant, elle rejoint la cour des plus grands et elle savoure.

Ce mois-ci commence aussi la course officielle aux écoles secondaires. Celle où l’enfant doit décider de l’école qui l’intéresse pour la suite. On est moins dans une logique de secteur et plus dans un principe de programme, ou de niveau. Depuis nos premiers questionnements, nous avons visité plusieurs écoles, autant publiques que privées, et B. oscille désormais entre un privé, au sein duquel elle a été admise, et un public, pour lequel elle saura cet automne si elle est retenue (après étude de son bulletin de 5e année). Nous recommençons ce mois-ci le bal des visites pour ces deux écoles, pour tenter de trancher une fois pour toutes (si le choix se présente pour de bon, le cas échéant).

Septembre amène aussi son lot habituel de nouvelles activités et l’horaire se charge désormais de multiples cours de danse, Tempête ayant rejoint la troupe compétitive de son école. Cette année, nous avons réussi à faire tenir l’ensemble des activités entre le lundi et le vendredi, se dégageant du même coup du temps le week-end et des (possibilités de) grasses matinées. L’avenir nous dira si le rythme est soutenable (et l’expérience parentale me fait dire qu’aucune solution n’est jamais la meilleure).

Je vous souhaite une belle rentrée (plusieurs de mes petits choux rentrent seulement ce mardi), sous le soleil si possible, et avec légèreté, surtout. Que cette fin d’été vous soit douce.

-Lexie Swing-

Photo : Matthew Henry pour Burst Shopify

11 ans : 3 chouettes idées de cadeaux

Miss Swing a fêté ses onze ans. Quand je pense qu’elle n’était qu’un possible futur à la création de ce blogue, ça me met un sacré coup, quand même. 11 onze, c’est cet âge surprenant où leur personnalité semble suspendue entre ce qui était et ce qui sera. Ils se vernissent les ongles en racontant des blagues de prout et écrivent des mots compliqués dans leurs devoirs d’école, la langue coincée entre leurs dents serrées, tout à leur concentration. Leurs goûts sont à l’image de cette dualité, entre préoccupations d’adolescents et jeux d’enfants.

B. n’est pas un enfant qui ressemble au plus grand nombre, mais à force de chercher, on a identifié trois cadeaux qui peuvent rallier différentes personnalités tout en sortant de l’ordinaire.

  • Le terrarium

Les passionnés de nature comprendront : le terrarium, c’est ce condensé de vie qu’on peut déposer sur un coin de son bureau. Il existe plusieurs possibilités pour l’enfant qui veut se prêter au jeu : un atelier à suivre, un kit à explorer ou même un terrarium tout fait. De notre côté, B. avait une idée relativement précise de ce qu’elle souhaitait et surtout, l’envie de le créer par elle-même. Nous sommes donc allés ensemble à une jolie boutique bien fournie en la matière et avons suivi les conseils de la vendeuse pour s’équiper de billes d’argile, sable, terre à cactées, mousse verte et bien sûr pour choisir quelques plantes appropriées et le récipient pour les accueillir.

Notre adresse : Le Marché aux fleurs de Saint-Bruno (les meilleures fleuristes au monde) et Vertuose aux Promenades Saint-Bruno.

  • Le simulateur de chute libre

Au départ, ce n’est pas B. mais sa jeune soeur qui avait testé l’expérience : tester un simulateur qui, grâce à un souffle puissant, vous donne l’illusion de voler. Souplesse, musculature et absence de la notion de danger en faisait la candidate idéale. Sa grande soeur sera-t-elle aussi à l’aise ? L’histoire ne le dit pas encore, mais c’est bien le cadeau qu’elle a elle-même choisi, après avoir été spectatrice de l’expérience. Dans le cas de Tempête, la séance avait commencé par l’enfilage de la combinaison, suivi d’un petit briefing. Assis en rang d’oignon, les participants avaient ensuite été appelés à tour de rôle pour quelques décollages en compagnie du moniteur. Le petit plus qu’a commandé B. pour son propre essai : le casque de réalité virtuelle. On vous en redonnera des nouvelles !

Notre adresse : iFly, à Laval (et après aller faire un tour au magasin 42.2 à deux minutes d’auto de là, le meilleur magasin de course à pied – ça n’a aucun rapport mais ça vaut le déplacement).

  • La pièce en kit à construire

Les amoureux de miniature adoreront ce présent : la pièce en kit, ce sont plusieurs heures de concentration, les doigts pleins de colle et les yeux fatigués, pour un résultat plus vrai que nature. Ce type de bricolage nécessite de la minutie et est souvent désigné pour des enfants un peu plus vieux. Mais si votre enfant aime le travail d’orfèvre, il devrait s’en sortir aussi bien que la plupart des adultes (à commencer par moi). La première pièce créée par B. était relativement simple : un petit café, avec suffisamment de détails pour donner un joli rendu, mais pas trop pour ne pas la frustrer. A sa demande, le cadeau de ses 11 ans est passé à l’étape supérieure avec une librairie remplie de livres du sol au plafond. Elle l’a commandée « pour (me) la donner », m’a-t-elle dit, « parce que toi tu ne sais pas faire ces bricolages-là ». Elle veut que je la mette dans ma bibliothèque, au milieu de mes livres à moi, et c’est vrai qu’une pièce comme ça, c’est un peu comme un coin à soi, n’est-ce pas ?

Notre marque fétiche : RoLife par Robotime (si quelqu’un veut m’offrir un Book Nook Shelf, j’ai des petites mains qui pourraient le construire pour moi, je dis ça en passant).

-Lexie Swing-

En un instant à peine

Il aura suffi d’un trait de couleur dans un carré parfait. Des secrets que l’on chuchote, des petits messages précieux, des paquets de café au statut annonciateur. On va être mère, père, grands-parents, tatie, tonton, on se choisit les noms d’une identité future comme si l’on avait attendu que ça toute sa vie. Et l’on devient autre, on se renouvelle, on fait peau neuve, peau à peau avec un tout petit, si petit que le pyjama flotte sur lui. Mais si grand déjà que jamais on ne croirait qu’il y a deux minutes à peine il était là, sous la peau distendue d’un ventre vide. Vide de lui mais plein d’angoisse. Car la peur vient avec l’enfant. La peur pour lui, d’un monde chaotique qui ne suspend rien, ni son temps ni son vol. La peur de nous, de ne pas être assez, de parfois être trop, de ne pas être d’accord, raccord, de sacrifier ce que nous étions sur l’autel étroit de la parentalité qui ne laisse guère de place au reste, à l’individualité, à l’amour vif, à l’amour chair qui nous était si cher il y a un instant à peine. On occupe nos nuits à retenir notre souffle, priant pour que jamais le sien ne cesse. On occupe nos jours à supplier qu’il dorme, rêvant que le sommeil nous emporte à notre tour. On fait nôtre un monde de layettes, qui peuple tout, nos écrans, nos recherches, nos conversations sans fin, ivres de cet amour sans nul autre pareil. Puis un jour, le berceau devient trop petit, et les marches menaçantes, et la vie prend un nouveau tour, et les jours une autre couleur. Et bientôt on oublie, les bodys, les biberons, les petits corps assoupis sur le canapé du salon. On livre d’autres batailles et on découvre de nouveaux sursauts d’amour. Un matin on ouvre les yeux, et le temps a passé, et les nuits ont fini par donner à nos heures un sommeil apaisé. Et derrière la porte qui jouxte la nôtre, le corps étendu d’un enfant dont les jambes sont si longues qu’elles chatouillent le bout du lit. L’angoisse est toujours là et le monde tout aussi chaotique, mais l’enfant qui l’habite le parcourt désormais, avide et déterminé. Il marche et court et danse et parle. Il parle de tout, il parle sans cesse. Il raconte une histoire, la sienne, la nôtre. Celle d’une marque de couleur au milieu d’un carré blanc, d’une exclamation, d’un amour sans faille et d’un bonheur sans fin.

-Lexie Swing-

Credit montage : Lexie Swing

Le secondaire, et puis après ?

« Tu imagines ? Dans un an et demi, c’est le secondaire, et il va falloir tout recommencer. Et après ça va s’enchaîner : le Cegep, l’Université et après je vais devoir travailler au moins 35 ans. Franchement, je regrette d’être une humaine, j’aurais préféré être une tortue de compagnie. »

Elle a dit ça la bouche pleine d’un dôme chocolat blanc-pistaches qu’elle était en train de dévorer. Une tortue de compagnie. Je n’ai pas pu m’empêcher de m’esclaffer. Mais j’ai senti le bref désespoir de ces grands de l’école primaire qui n’ont que trop conscience de tout ce qui s’en vient après. En savais-je autant, à son âge ? Je ne crois pas, j’étais trop dans mon monde, trop dans l’instant. Mais elle n’a pas tout à fait tort, dans quelques mois, elle devra faire le choix de l’école secondaire. Un choix pas nécessairement définitif, mais pas anodin non plus. Quelques années plus tard, elle devra choisir son Cegep avant de déterminer ensuite si elle souhaite étudier à l’Université, et surtout ce qu’elle souhaite y étudier.

Je lui ai dit que travailler n’avait pas nécessairement besoin d’être un sacrifice, qu’on n’était pas obligés de passer 8 heures par jour dans un métier que l’on exècre, que l’on pouvait choisir une profession qui nous allume. Est-ce que je me leurre ? Est-ce que même le plus enthousiasmant des boulots fini par nous emplir de lassitude ?

« Oui mais je ne veux pas faire quelque chose comme vous ! Vous passez vos journées sur vos ordinateurs, ça doit être affreux ! »

Son jugement fait écho à des pensées que nous avons nous-mêmes déjà eues, lorsque nos corps engourdis par de longues journées passées à demi-pliés sur nos écrans nous faisaient nous interroger sur les chemins que nous avions pris. Je ne sais pas s’il existe des gens qui, aujourd’hui, traversent leurs années professionnelles sans jamais remettre en cause le choix qu’ils ont fait. Autrefois, c’était commun : on entrait dans une entreprise à une position donnée, on y gravissait – ou non – les échelons, et la meilleure nouvelle que l’on pouvait donner à ses proches, c’était que l’entreprise avait pour ambition de nous garder jusqu’à la mort. On pouvait décrire sa vie par l’intermédiaire de la profession que l’on avait exercée, puisqu’il y avait de fortes chances que celle-ci soit la seule.

Aujourd’hui, on demande à nos enfants de se commettre à des études pour apprendre un métier qu’ils n’exerceront peut-être qu’une poignée d’années. Un métier qu’ils doivent déterminer en fonction de leur personnalité. Mais est-ce que le métier qui nous correspond à 15 ans est-il vraiment le même que celui qui nous conviendra à 40 ? Si j’en crois les candidats à qui je parle au quotidien, probablement pas.

« Alors je fais comment, moi, pour savoir quel métier est vraiment fait pour moi ? » m’a-t-elle finalement demandé. Je lui ai dit qu’elle pouvait imaginer, essayer, se renseigner, poser des questions et peut-être nous faire confiance, un peu.

« Et si je me trompe ? »

« Tu ne pourras jamais te tromper », lui ai-je dit, forte de tous ces parcours que je croise dans mon propre métier. « Tu recommenceras seulement à apprendre, quelque chose de plus, quelque chose de neuf, et il ne sera jamais trop tard ».

Mais nos enfants connaîtront-ils un jour de nouveau la certitude tranquille d’être à la bonne place, dans le bon métier, d’être sur leur X (en bon québécois) ? Peut-être pas, et c’est probablement ça, notre mal du siècle. La perpétuelle possibilité d’un ailleurs plus approprié qui sème les graines d’un doute qui n’en finit plus de fleurir.

-Lexie Swing-

Jours de grève

Le réveil a sonné à 7h et c’était bien plus tard que d’habitude. Mais si ce n’est pas ça, le (seul) plaisir d’une semaine à devoir garder les enfants en même temps que l’on travaille, alors quoi ?

On s’est levé en retard, trop tard pour pouvoir vraiment ranger avant de travailler. J’ai ouvert mon ordinateur en même temps que le paquet de céréales et constaté avec ravissement qu’il y a des gens qui travaillent dès 7h30. Des gens sans enfants, sûrement.

Après ça, il a fallu jongler. Entre les dessins animés qui hurlaient et la wifi qui peinait. Entre les appels téléphoniques et les interpellations derrière la porte close. Les Maman sur tous les tons qui font s’interroger les bienveillants au bout du fil. “Vous êtes sûrs qu’ils sont corrects ?” demandent-ils, inquiets, alors que l’enfant numéro 1 tente d’attenter aux jours de sa cadette, armé d’un poney en plastique pie modèle Shetland. On dit que oui, en refermant la porte du bout du pied, chargeant la chienne apeurée de départager la bataille.

Entre deux révisions de dossiers, on tente de prendre de l’avance sur le lunch en épluchant les patates. Trois patates épluchées contre un paragraphe corrigé. L’heure tourne et on passe le relais. Le mardi, c’est sortie course. Beau temps, mauvais temps, enfants à plein temps. 45 minutes, étirements compris, avant de manger, de se doucher, d’y retourner. Pas de café, pas de câlins, pas de temps, ni à prendre ni à perdre, car il est déjà l’heure de reprendre.

L’après-midi s’installe, on vend aux enfants les mérites d’un dessin, d’un bricolage, espérant que les 4h de télé matinales ne nuiront pas au développement du lobe frontal. Deux appels et une recette que l’on entame, laissant aux bons soins des petites mains graciles le cassage des œufs et la pesée du sucre. Troisième relecture du courriel et il manque toujours la pièce jointe. Attends, c’était quoi déjà la quantité de farine ?

Les cellules du cerveau n’en peuvent plus de se diviser et les sens en alerte sont en pleine rébellion. Cinq heures sonnent enfin dans l’imaginaire collectif. La fin des classes et le travail que l’on remet à plus tard, à demain, à un jour où nos yeux ne seront plus les témoins d’un pas de deux chaotique. Mon téléphone vibre. “J’ai survécu”, m’annonce, triomphante, mon amie.

Jour par jour, heure par heure, et puis on recommence.

-Lexie Swing-

Les enfants, les repas et mon avis sur les coffrets ChefClub

On revient de la chasse aux bonbons d’Halloween. Comme chaque année, il y a plus de bonbons sur la table que de jours dans l’année, et le calcul est facile : on ne les finira pas d’ici l’année prochaine. On ne les a jamais privées de bonbons, il y en a d’ailleurs souvent qui traînent d’une fête à l’autre dans nos placards, mais elles n’en mangent pas sans autorisation et chez nous c’est plus souvent non que l’inverse.

On a tous nos façons de naviguer avec l’alimentation des enfants, et il n’y a pas de recette magique – c’était le minimum que de la placer, celle-ci – en matière de bonbons comme pour le reste. Il y a ceux qui refusent tout bonnement d’en avoir et d’en recevoir, ceux qui les autorisent à tous les repas et piochent eux mêmes allègrement dans le pot d’Haribo, et au milieu, tous ceux qui naviguent à vue. Ils disent oui pour un, pour deux, pour dix et finalement la famille passe à travers le paquet et les parents jurent leurs grands dieux qu’on ne les y reprendra pas. Les bonbons sont bannis jusqu’à la prochaine fête, et puis ça recommence. C’est aussi comme ça qu’on éduque, en posant des limites qu’on sait transgresser quand l’occasion – sous la forme d’un Kinder Schoko-Bons – se présente.

La même habitude prévaut pour les repas et nourrir des enfants n’est pas plus facile aujourd’hui qu’il y a 30 ans. Probablement moins, même, parce que les parents vivent plus de culpabilité et se sentent moins libres de devenir des tortionnaires, brandissant les haricots verts sous le nez de leurs rejetons en invoquant ces pauvres enfants qui n’ont rien a mangé en Somalie et toi tu gâches tu n’as pas honte. Aujourd’hui, on se félicite d’avoir fait manger des courgettes cachées dans du gâteau au chocolat et on découpe des cœurs à l’emporte pièce dans des rondelles de concombres. C’est inventif mais ça ne résout malheureusement pas le problème initial : comment apprendre à son enfant à se nourrir avec moins de frites et plus d’épinards ?

Parfois je mentionne à des copines ou collègues un plat nouveau préparé la veille ou le week-end d’avant, disons un mélange hummus, haricots rouges, poivrons, feta, épinards, œuf et avocat dans une tortilla, et les questions sont toujours les mêmes : mais tes enfants, elles mangent quoi ? Suivies de l’invariable : moi mes enfants, ils mangent pas les trucs rouges, pas les légumineuses, pas les poivrons crus, pas les œufs coulants, name it. On sent le désespoir quand elles me le disent. Et en même temps l’espoir de parvenir à changer les choses, de devenir une de ces familles qui peut profiter d’un repas de famille agréable durant lequel le niveau conversationnel ne met pas en péril l’audition et le plat de lentilles est savouré sans menaces.

Ce n’est pas la première fois que je le mentionne mais j’ai été un de ces enfants hyper difficiles. Et dans les années 90 en plus alors que ça n’existait presque pas. On dissimulait ceux de mon espèce, qui boudaient les plats en sauce et le poisson au four, faisaient fi des préceptes selon lesquels tous les enfants aiment le fromage, les patates et le chocolat (enfin perso moi j’aimais ça, c’était la base de toute négociation, donne-moi du Pavé d’affinois et je finis ta viande trop cuite). Les aliments ne devaient pas se toucher entre eux dans l’assiette – le comble de l’horreur étant le jus d’une viande qui aurait glissé du fait d’une table mal balancée et serait venu épouser le flanc des trois vaillants haricots verts négociés par la trivialité parentale. Je ne supportais pas la présence d’une herbe quelconque, comme un malheureux basilic sur une pizza margherita ou pire encore : un brin de persil sur un monticule soigné de pâtes blanches bien beurrées.

Bref, le cauchemar des enfants culinairement difficiles je connais : j’ai été l’un des despotes les plus en vus de sa génération dans mon cercle particulier. On gardait des crêpes surgelées à mon attention dans les congélateurs des habitués, de peur que je renie père et mère pour éviter un poisson pané qui n’aurait pas eu la rectanglitude habituelle. (Vous riez peut-être mais c’est vrai : il y a les bons Croustibat, fins avec une forme allongée, et les infâmes panés larges que prenaient parfois mon père. Le summum de la défiance étant ceux qui incluaient une fine couche de sauce tomate entre la panure et le poisson. Voici comment on gâche un classique de la cuisine industrielle française : en créant des rectangles qui n’en sont plus et en innovant sur la matière.)

Ceci étant écrit, je dois vous avouer quelque chose : mes parents ont été très complaisants à l’égard de mes caprices alimentaires mais comme tout bon enfant des années 90, j’ai eu le loisir de rester devant mon assiette pendant de longues minutes alors que la table était de longue date débarrassée. J’ai eu aussi à mâcher des morceaux de viande qui me semblaient toujours plein de nerfs et que je tentais d’avaler tout ronds avec une gorgée d’eau. J’ai été à la cantine et on m’a sommée de goûter le plat du jour : foie de veau et choux de Bruxelles bouillis. Et je n’en ai pas gardé trace ni rancune. Je n’ai pas créé de rapport particulier avec la nourriture que l’âge adulte ne m’est pas permis de défaire. Mieux encore : je mélange aujourd’hui allègrement les saveurs, le sucré-salé et même les textures. Alors défaites vous de cette culpabilité qui vous empêche d’imposer à vos enfants de goûter un peu du plat que vous avez mis une heure à préparer ou qui vous force à prévoir trois plats au menu parce que vous êtes sûrs qu’ils n’aimeront pas votre poisson frais. On n’a pas besoin d’être autoritaire pour guider ses enfants, on peut simplement être à l’écoute des vrais dégoûts, en minimisant les rejets d’habitude. Après tout, on a tous été enfants et on sait que les rognons, c’est pas bon.

Nous avons cette richesse en France d’avoir fait de la cuisine une affaire de famille. Elle se transmet, elle se prépare et se savoure à plusieurs. Un plat préparé avec amour devrait être honoré ensemble, qu’importe les considérations de chacun. On se trompe, je crois, à vouloir faire un plat pour les enfants et un autre pour les adultes, à créer un chacun pour soi. Un enfant est capable de tout goûter, et surtout de tout aimer. Et même si son palais n’est pas encore mature, selon ce que j’ai lu, il est aussi en développement, ce qui signifie que chaque nouveau goût proposé enrichi la palette des possibles. Je trouve que cette idée est d’une incroyable richesse.

Mon salut personnel est venu de la cuisine. Lorsque j’ai commencé à choisir moi-même mes produits et mes recettes, et surtout lorsque je me suis mise à la cuisine, ma perspective a complètement changé. Les épices n’étaient plus des goûts étranges dans un plat commun, elles étaient un monde joyeux et coloré sur la tablette de l’épicerie. Les textures se mariaient parce que je les avais pressenties ainsi et les plats étaient appétissants parce que présentés selon l’idée que je m’en étais fait.

Pour beaucoup d’enfants, refuser des aliments précis relève d’un besoin de contrôle. Pas pour tous bien sûr, certains ont des sensibilités particulières qui provoquent un véritable chaos sensoriel lorsqu’ils sont confrontés à des odeurs ou textures spécifiques. Mais pour de nombreux enfants, avoir un droit de regard ponctuel sur les repas, mettre la main à la pâte pour confectionner les plats ou avoir le loisir d’essayer une épice plutôt qu’une autre, est suffisant pour les remettre sur le chemin de la découverte, gustativement parlant.

Dans cet esprit, j’ai découvert il y a quelque temps les coffrets pour enfants ChefClub et j’en ai offert un à ma fille lorsque j’en ai eu l’opportunité. Je craignais qu’ils soient destinés à des enfants plus petits – elle a 8 ans – mais sa sœur de 10 ans et elle ont finalement eu le loisir de l’utiliser en toute autonomie. A l’âge qu’elles ont, elles choisissent leurs recettes, font leur liste d’épicerie et même leurs courses, parfois ! J’ai offert le livre de recettes en même temps que le jeu de tasses à mesurer, à l’effigie de différents animaux. Les recettes qu’elles suivent les amènent donc à mettre un cochon de farine et deux poules de sucre, à casser un œuf et à ajouter un chat de lait. C’est amusant et tellement facile à manipuler. Je ne me lasse pas de ce kit, de vrais instruments de cuisine mais de taille suffisante pour être manipulés par des enfants. Pour moi, c’est une autre façon de s’approprier la nourriture et la cuisine. C’est un chemin aisé vers les sauces, qu’on aimera parce qu’on les aura préparées soi-même, et peut être même les herbes dans les pâtes beurrées, surtout s’ils viennent du potager que l’on a nous-meme arrosé.

-Lexie Swing-

Reste-t-on toujours le parent de ses enfants ?

Je scrolle les vidéos – vous savez, ce melting pot d’humour et de drames, d’absurde et de leçons de vie. Entre une chute de chien et un fondant au chocolat, une dame recroquevillée sur un tabouret, face à la cuisinière. Sur son front creusé, un fichu est noué à la hâte. Dans la description, un homme explique la scène. Cette dame âgée, c’est sa belle-mère. Un cancer la ronge depuis quelque temps. Face à elle, une casserole d’eau chauffe sur la cuisinière. C’est l’eau d’un thé qui bout pour sa fille adulte. Sa fille est malade. Cancer aussi, depuis quelques mois de plus. Et malgré sa propre maladie, elle conserve la position adoptée depuis que le diagnostic des médecins est tombé : elle s’occupe de sa fille. Cette position, sur son tabouret, c’est un répit volé au rôle qu’elle n’a jamais quitté, depuis qu’il y a 40 ans de ça, sa fille l’a faite devenir mère.

Est-on parents aussi longtemps que la vie nous porte ? Je me suis souvent posée la question. J’ai observé les postures changer, j’ai regardé mes grands-parents devenir des parents distanciés, j’ai vu ces parents qui, malgré un âge avancé, gourmandaient encore volontiers leur dernier-né, et des enfants grands répondre « oui, maman » la tête baissée.

Mais j’ai grandi, j’ai récolté, j’ai glané les jeux de regards et les valses des corps. Ces corps qui ont porté, en leur sein et leurs bras, des petits devenus grands. Des petits qui ont atteint un âge où les bougies jouent un jeu de miroir, quand nos sweet sixteen deviennent une pré-retraite. Est-on le même parent lorsque l’on partage tant de cheveux blancs ?

La parentalité des gens âgés est multiple. Il y a ceux qui gardent au coeur leur essence même, parents en dépit de tout, distribuant remontrances et conseils avisés sans faille depuis le siècle dernier. Il y a ceux qui se sont oubliés, redevenus vaguement enfants par la grâce de l’âge qui nous rapetisse. Ils se font peu à peu les enfants de ces enfants qu’ils ont créé, comme la boucle bouclée d’un noeud quelque peu trop serré au cou des enfants devenus grands. Il y a ceux qui se sont éloignés de leurs responsabilités, devenant parfois des amis, souvent des connaissances, des numéros dans un téléphone sous un nom qui a perdu ses couleurs. Il y a ceux qui sont partis, figés pour l’éternité à un âge que leurs enfants dépasseront bientôt, découvrant la page vierge d’un chapitre inconnu. Et puis il y a ceux dont seul le corps reste, dernier vestige d’une existence terrestre, et dont les enfants oublient parfois de se rappeler qu’il y a eu un avant joyeusement organisé au chaos de ce vide.

Nous oublions, à mesure que le temps passe, et redécouvrons, au hasard d’un calcul, que nous avons l’âge qu’ils avaient, que nous aurons l’âge qu’ils découvrent, qu’il y a eu un avant nous comme il y aura un après nous, pour nos enfants, et encore heureux. Parfois je voudrais figer les instants, suspendre nos discussions, faire fi du temps qui disperse tout, les rires comme la tristesse. Je voudrais être la fille de mes parents et la mère de mes enfants, pour toujours, dans une intemporalité exacerbée, où nous aurions 20 ans et puis 40 ans et puis 100 peut-être, sans égard pour l’ordre des générations et le temps qui jamais ne suspend son vol.

Parfois, quand je crie trop fort, je me fustige intérieurement, par crainte que mes enfants se souviennent de ça. Et puis je me rappelle, qu’on ne retient presque rien, à peine des moments, des regards, la fugacité d’un instant ou le confort d’un sentiment de sécurité. Seules des bribes viendront flotter dans leur esprit, et elles en tireront des vérités implacables qu’elles nous assèneront avec toute la certitude des jeunes adultes qui ne savent encore rien. Nous serons pour elles ceux d’aujourd’hui, d’un aujourd’hui, d’un maintenant, quel qu’il soit et sera. Mais dans mon esprit, j’aurais longtemps 27 ans, 37 ans. Je danserai dans la rue et jurerai mes grands dieux que je n’ai pas changé. Je répéterai des choses pour la toute première fois et lèverai des yeux myopes vers leur moue d’adulte. Le temps s’envole et donne aux enfants des rides au coin des yeux, mais nos enfants ils resteront.

-Lexie Swing-

Photo Noah Boyer

Rentrée 2023

La rentrée a sonné ! Ce lundi, pendant que les écoliers français faisaient – pour beaucoup si j’en crois mon fil Facebook – leur grande rentrée, les nôtres se la coulaient douce, profitant de la Fête du travail. Chaque année, dans notre commission scolaire, le programme est le même : jeudi de rentrée, vendredi d’organisation, week-end de trois jours pour se remettre.

À l’âge qu’ont les filles, nous sommes des habitués de la rentrée, des vétérans même devrais-je dire, et c’est pour ça que sans surprise, la rentrée a été une épreuve. On s’était pourtant préparé en amont – je suis de ces fanatiques de la rentrée qui en parlent un mois en avance et mettent à jour la page internet de l’école de manière compulsive. Mais le secret des Dieux a été gardé jusqu’au bout et rien n’a filtré : ni l’organisation des classes, ni le nom des professeurs. Tout juste avons-nous reçu un courriel nous demandant de nous présenter dans la cour de l’école le matin du jour J.

Le moment venu, nous étions donc là, pimpants comme un premier jour d’école (enfin moi surtout, histoire de faire forte impression aux professeurs présents – les filles avaient pour leur part opté pour un pratique ensemble short – t-shirt, parées à l’épreuve des récréations caniculaires). Dans la cour, la masse informe s’est rapidement transformée en cohue, alors que les professeurs s’avançaient en tenant dans leurs bras des listes et de maigres panneaux de papier indiquant le niveau. Impossible de distinguer les écriteaux dans la foule, il a donc fallu se résoudre à fendre le groupe, l’enfant arrimé au poignet. Et contrairement à Moïse domptant les eaux, les personnes présentes n’ont eu que dédain pour notre tentative pour traverser de manière civilisée. Quelques épaules démises plus tard (au bas mot), nous avons fini par repérer le niveau de notre cadette, la 3e année, mais c’était sans compter sur l’entêtement de cette dernière à ne pas participer à l’engouement général. « J’aimerais autant rentrer à la maison », a-t-elle annoncé, terrifiée, devant la foule, et cela en dit long sur la bataille qui a dû se livrer ensuite entre le poids de son refus – celui d’un âne obèse face à une falaise – et la volonté de son père.

Deux prises de judo plus tard, on a pu récupérer sa petite étiquette, ainsi que celle de sa grande soeur. À ce stade, on ne connaissait toujours pas le nom des professeurs ni la composition des groupes. C’est que l’équipe-école est joueuse et aime user de son répertoire de mimes et autres devinettes la première matinée pour faire deviner aux élèves encore étourdis par le retour à la réalité le nom de leurs camarades et l’identité de leur instituteur.

Les professeurs se sont ensuite rangés en rang d’oignons et ont salué la foule à l’appel de leur nom – un moment que j’adore car il permet de voir l’ensemble de l’équipe, intervenants inclus. Ovation des enfants à l’appel de la prof de théâtre, on voit tout de suite les préférences de chacun pour l’étude poussée des verbes transitifs. Les profs ont entamé une chanson de rentrée et les gamins étaient en transe, surtout notre cadette, momentanément sortie de son état catatonique, qui a entamé une danse rythmée au milieu de la cour. Et puis on a sifflé la fin du temps, des vacances et du chaos. Les élèves ont été appelés par niveau, et on n’entendait pas tout à fait. Il a fallu pousser notre deuxième née dans le rang, tandis qu’elle jouait ses derniers jetons de résistance, le poids du sac de rentrée sur ses petites épaules. La grande avait disparu de longue date avec ses copines de toujours, prête à l’éternel recommencement des années qui se succèdent.

Alors nous voici, en 3e et 5e année, équivalent du CE2 et du CM2. Il y aura une dernière année du primaire pour notre grande B., celui-ci se terminant avec la 6e année dans le système québécois. Mais cette 5e année sera l’année décisive, celle des notes qui comptent pour le secondaire et des choix à faire. Pour la petite, rien de très compliqué, juste notre quotidien habituel : la gestion des amitiés difficiles qui se nouent et se dénouent au rythme des intrigues journalières. « Plus belle la vie » n’a rien inventé, elle est venue se servir dans le coin de cour des élèves de 8 ans, se susurrant des BFF à l’oreille avant de reprendre leurs bracelets d’amitié à grands cris.

Mais amitiés volages et décisions cruciales ne nous arrêteront pas, année 2023-2024, nous voilà !

Et pour vous, comment s’est passée la rentrée ?

-Lexie Swing-

Photo Sarah Pflug