L’épuisante routine du soir

Au tournant de décembre, la routine a pris un tour de plus en plus difficile. Si la fatigue est présente, ce n’est rien à côté de la fatigue mentale que représente la routine quotidienne et le fait de jongler entre la garderie, l’école, le boulot et la maison. Ajoutez à ça les activités des enfants dès potron-minet le samedi et vous comprendrez pourquoi mon Spotify est branché en boucle sur la chanson « When I’m gone »…

Chez nous, c’est moi qui gère la routine du soir, mon chum s’occupant de celle du matin. Et sans fard, mon soir, ça ressemble à ça :

– 16h57 : je débarque du train et je cours. Je veux être dans les premiers à arriver à ma voiture pour ne pas pogner le trafic de la seule sortie du stationnement. J’arrive à la voiture en soufflant comme un veau.

– 17h05 : j’ai déjoué le trafic et réussi à tourner dans le sens inverse du mouvement global – toujours une gageure à l’heure de pointe – je saute de ma voiture et cours chercher ma fille cadette.

– 17h06 : ma fille pleurniche parce qu’elle venait juste « de commencer à jouer ». Après quelques tractations, elle accepte de me suivre.

– 17h17 : après dix retours dans son local pour un dessin qu’elle avait oublié, trois parties de cache-cache dans les manteaux et deux je-vous-salue-Marie, Tempête est enfin prête et harnachée dans son habit d’hiver. Je sacre à mots couverts en l’attachant dans la voiture: les bretelles de ceintures ne sont jamais assez longues et je me gèle les doigts.

– 17h28: je me gare devant l’école

– 17h32 : B. arrive du gymnase, elle évite sa soeur qui lui tend les bras, sa soeur hurle, je veux réconforter la soeur mais B. la pousse parce que « toi t’as déjà eu maman c’est mon tour ». Trois respirations profondes (Maman), deux tapes (les filles entre elles), et une menace d’être privées de chocolat pour le dessert et la vie reprend son cours. Tempête disparaît dans un couloir et B. raconte sa journée par le menu, une botte à moitié mise et la tuque de travers. Je m’extasie sur des dessins inachevés tout en poussant le talon fin dans la botte récalcitrante. Tempête réapparaît armée d’une luge. B. glapit que c’est la luge de L. Je prie intérieurement pour que les parents de L. ne soient pas dans les parages et pars en quête du casier dépossédé, aidée par mon aînée toujours à moitié chaussée…

– 17h54 : je descends les enfants de la voiture en leur demandant de rentrer et d’enlever leurs affaires «comme d’habitude». Je fais douze allers retours entre la voiture et l’entrée pour décharger le lot de gants, bonnets, boites à lunchs et dessins qui s’éparpillent dans la voiture. Sur le chemin je rappelle qu’il faut rentrer retirer son manteau. Je ferme la voiture. Je ferme la porte en disant «puisque c’est comme ça, vous n’avez qu’à rester là». Cris d’orfraies des concernées qui jurent leurs grands dieux qu’elles n’avaient pas entendu la consigne les 23 premières fois.

– 18h02 : je mets l’eau des pâtes à chauffer.

– 18h04 : je plonge le nez dans la feuille des devoirs. B. dit qu’elle n’a pas envie et qu’elle travaille déjà trop. Je lui propose d’en faire seulement une petite partie. Nous avons 10 mots à écrire en attaché.

– 18h06 : Tempête réclame des devoirs. B. dit qu’elle est trop petite. Tempête dit que non. B. dit qu’elle est un «bébélala». Tempête s’insurge et me prend à parti.

– 18h12 : Tempête a écrit son nom, résolu trois exercices de mathématiques et dessiné un lutin comme demandé. Elle quitte la table, satisfaite. B. dit que «c’est pas juste, c’était trop facile» et jette son crayon.

– 18h15 : je pense enfin à mettre les pâtes dans l’eau.

– 18h17: B. a fini ses devoirs et part jouer à son tour.

– 18h32 : les filles mettent la table et tout un tas de peluches censés partager leur repas avec nous.

– 18h33 : sous les huées de la foule, je déplace les peluches sur le canapé.

– 18h35 : les pâtes sont (trop) cuites

– 18h42 : mon amoureux arrive. Le temps qu’il quitte ses affaires et accueille le lot d’histoires, requêtes et reproches diverses, je commence à débarrasser le lave-vaisselle.

– 19h13 : après 8 levers de table, trois jets de sopalin, un verre d’eau et deux cuillères de sauce tomate renversés, nous quittons la table.

La suite vous la connaissez : c’est celle de la table à débarrasser, du lave-vaisselle à remplir, des boites à lunchs à préparer. C’est le brossage des dents à surveiller, l’histoire à raconter, les demandes d’eau et de mouchoirs qui faudra combler. Ce sont les nouvelles qu’on échange entre deux portes. Les «je t’ai pas dit, à mon boulot, Martine s’en va», ou les «j’ai eu ma mère au fait, il faudra qu’on…», sans parler des «t’as vu le message de l’école? Il faut penser à rapporter des rouleaux de papier toilette vides / à signer la dictée / à emmener un jeu de société / à l’inscrire à la journée pédagogique…» (rayez la mention inutile). C’est la brassée de linge à laver. C’est la pile de la veille qu’on a pas encore plié. C’est cette ampoule qu’il faut absolument changer. C’est ce truc de boulot qu’il faudrait vraiment terminer. C’est aussi ce temps qu’on voudrait pour soi. Ou ce moment qu’on voudrait pour nous. Et la routine qui recommence dès le lendemain.

Après un (soit-disant) énième article d’une collaboratrice de « La parfaite maman cinglante » sur la difficulté du quotidien, les réponses n’ont pas tardé à se faire acerbes. Les mères d’aujourd’hui donnent une vision de la maternité « déplorable » et ne font « que se plaindre », alors « pourquoi ont-elles même eu des gamins on se demande ».

Je suis navrée de souiller ainsi l’image d’Épinal érigée en vérité de la maternité pendant des siècles mais être parent aujourd’hui, père ou mère peu importe – est difficile. Ça l’était hier et ça l’est depuis toujours. Il n’y a juste plus d’omerta à ce sujet. C’est crevant, il n’y a aucune pause et c’est aliénant. C’est aussi un lien incroyable qui te porte au quotidien et te définit en partie. Ce sont des moments si doux que tu te sais choyé d’avoir eu la chance de les vivre.

Mais ça n’empêche pas l’essoufflement, ça n’empêche pas l’isolement, ça n’empêche pas les jours qui n’en finissent plus et les cris qui viennent faire vriller le fond même de l’âme et les dernières ressources.

On oublie ce que c’était d’avoir un bébé, d’éduquer un deux-ans, d’accompagner un six-ans, de guider un dix-ans ou de côtoyer un ado. On oublie et on juge. On juge sans savoir et surtout on juge sans contexte. Qu’en sait-on de la routine, des difficultés financières, des couples qui vacillent, des troubles enfantins et de la santé mentale de ceux que l’on juge aussi? Que sait-on de ce qui fait leur vie, de ce qui les tient debout et de ce qui les fait plier?

Quand un enfant de 6 ou 7 ans fait des crises de colère, l’éducation bienveillante prêche sans faillir l’incontournable vérité : « il faut aller au delà de la colère, car celle-ci est souvent une façon d’exprimer une souffrance ». Et vous savez quoi? C’est encore vrai pour n’importe qui. Alors quand vous voyez quelqu’un vaciller, tendez la main, plutôt que de donner la dernière bourrade.

-Lexie Swing-

Mon enfant dort mal, que faire?

Sous ce titre digne du meilleur magazine de parentalité éclairée, se cache une réalité sournoise : celle du parent qui ne dort pas. Car si vous êtes arrivé jusqu’ici en googlant avec férocité « sommeil enfant solutions », nous savons vous et moi que ce n’est pas le sommeil de l’enfant que vous voulez sauver, c’est le vôtre. Et c’est normal. Et c’est sain. Et personne ne vous jugera pour ça. Parce que l’enfant a encore ses siestes pour récupérer mais vous, vous avez un 9h-17h à accomplir et un open-space qui ne vous laisse guère fermer l’oeil. Vous avez sommeil, et faire dormir l’enfant est votre solution. C’est un pari risqué, l’enfant est un allié fourbe, mais vous n’avez guère le choix.

Pourquoi me faire confiance à moi, alors qu’il est de notoriété désormais publique – si mes cernes n’avaient pas vendu la mèche depuis 4 ans – que mon enfant dort mal? Parce que nous, parents d’enfants insomniaques, nous avons de l’expérience. Que sait le parent d’un enfant qui dort? Rien, c’est un parent qui n’a pas vécu, un parent qui n’a pas souffert (vous l’entendez, la voix d’Édouard Baer là-dedans?). C’est un parent chanceux voilà tout! Je le sais, j’ai fait partie de la gang. Je claironnais, cheveux au vent et yeux reposés, que mon premier enfant avait fait ses nuits dès l’âge d’un mois et demi. Officiellement, je me taxais de chanceuse. Officieusement, je mentionnais volontiers mon talent de nouveau parent qui avait tout compris au fonctionnement nocturne du nourrisson.

Ô combien étais-je naïve.

J’ai eu un deuxième enfant, qui a fait ses nuits à un mois. Un mois, Mesdames et Messieurs, ceci confirmait mes capacités hors du commun en tant que mère. A deux mois, les reflux ont commencé à se faire douloureux et la douleur a emporté dans sa poche nos si belles nuits. Lait adapté, lit surélevé, l’enfant a grandi, les douleurs ont fait place aux cauchemars, les cauchemars aux terreurs nocturnes, les terreurs nocturnes aux réveils fréquents et à l’agitation. Ces temps-ci, ma cadette crie sans se réveiller. Et dans mon malheur, c’est mon nom qu’elle hurle toujours en premier, comme si, au fond de sa mémoire ensommeillée, elle connaissait déjà la profondeur du sommeil de son père. Bref, 4 ans de recherches, d’observation vaillante à 2h du matin, de dosage d’homéopathie et d’incantations chimériques pour produire des résultats invérifiables. Voyons voir…

« Il faut laisser du temps au temps » : ta copine qui ne sait pas ce que c’est que d’avoir un gamin qui ne dort pas parce que le sien roupille de 19h à 7h du matin, 3h de sieste et une grasse mat’ le dimanche.

Laisser du temps au temps, comme son nom l’indique, est un procédé qui demande de la patience et du renoncement. Tout ce dont dispose un parent qui n’a pas dormi depuis des mois et tient debout grâce à huit cafés bien serrés et la menace de perdre son emploi. C’est une forme de deuil, celle du sommeil donc, dans sa dernière phase : celle de l’acceptation. Vous avez accepté que vous ne dormirez jamais plus. Adieu, donc.

« Fais lui sauter la sieste » : ton bon copain qui n’a pas de gamin et donc une logique encore intacte

Comme 2+2 font 4, ton bon copain suit une idée logique : si ton enfant ne dort pas, c’est qu’il n’est pas fatigué. Arrête de le faire dormir la journée et il dormira en soirée. C’est une idée qui n’est d’ailleurs pas inintéressante, surtout si l’enfant a surtout de la peine à s’endormir le soir. Une difficulté que l’on expérimente à loisir par chez nous, avec nos garderies jusqu’à 5 ans accompagnées de leurs siestes obligatoires. Cependant, le jeune enfant qui ne dort pas la journée n’est pas forcément celui qui dormira la nuit. Aucune garantie, ni repris, ni échangé. L’enfant ainsi vicié est un enfant double peine : il s’endort mais se réveille au pire moment, celui où l’on commence tout juste à se pelotonner entre ses draps. Pas de répit pour les braves. Et si en plus il est sujet aux terreurs nocturnes et que vous l’avez couché trop fatigué, vous touchez le jackpot.

« Essayez l’homéopathie » : ton pharmacien qui ne veut pas que tu files un somnifère à ton enfant derrière son dos

L’homéopathie, ça ne marche pas (disent les chercheurs), mais ça ne coûte rien d’essayer (dit la pharmacienne qui a oublié que les précieuses pilules se vendent 10 dollars le tube dans nos contrées). Ça a surtout un merveilleux effet placebo, notre cadette faisant « de tellement beaux dodos » (selon ses mots) depuis qu’elle en prend. Après un mois de traitement, nous arrivons donc en phase de désintoxication, une pilule à la fois. La nuit dernière a connu son lot d’appels à l’aide, course effrénée dans le lit et requêtes pleurnichantes. Le sevrage sera rude.

« Fais-la dormir avec toi » : ta soeur qui en a élevé 5 et apprit à dormir sur un rectangle de 2 (mètres) * 15 (centimètres).

Passées la toute petite enfance et la crainte d’écraser son poupon tout neuf, on peut choisir d’allonger les nuits en partageant son lit. Nul doute que celles du bambin seront allongées, royal qu’il sera à cheval sur vos deux oreillers. En témoigne ce choix éclairé fait par Tempête pas plus tard qu’hier soir : alors que nous lui proposions de se remettre de son cauchemar dans notre lit (où nous n’étions pas encore), mon conjoint lui a demandé si elle voulait être « du côté de papa ou de celui de maman ». « Entre vous », a-t-elle répondu sans hésitation. Car l’enfant qui maudit vos nuits est un enfant qui sait ce qu’il veut. Votre lit, entouré de corps qu’il pourra labourer comme bon lui semble.

 « Fais le 5-10-15 » : une inconnue sur Doctissimo

Le 5-10-15, qui se compte en minutes et pas en secondes comme certaines mères qui ont un peu trop le doigt sur la gâchette, que dis-je, la poignée de la porte, semblent l’ignorer. 5-10-15 minutes donc, qui correspondent au laps de temps que tu laisses entre chaque moment où tu entres dans la chambre pour parler-sans-le-regarder-mais-avec-bienveillance-surtout à ton enfant. Ça c’est la loterie. Soit tu as un enfant qui se lasse vite, soit tu as un monstre qui devient hystérique et n’hésite pas à tambouriner sur le mur pour finalement sortir de sa chambre, les poings sur les hanches, pour t’haranguer tel un pilier de bar après la quatrième tournée : « Ben là, ça fait dix minutes que j’t’appelle! ». Je vous laisse deviner quelle version j’ai enfanté.

« Crie-lui « mais tu vas la fermer bon sang » : mon système lymbique après 4 ans d’insomnies.

Ça défoule. Mais ça ne marche pas. Pire : ça les amuse. Vous voulez d’un perroquet qui répète « mais tu vas la fermer bon sang » pendant une heure au milieu de votre nuit? N’hésitez plus !

Alors on fait quoi? Vous, je ne sais pas mais moi j’attends le début de l’école, l’année prochaine, avec une ferveur toute naïve. Je mise tout sur les récrés à rallonges et l’absence de siestes.

A l’année prochaine (et bonne insomnie à tous!)

-Lexie Swing-

 

Nouvelles du front

Depuis quelques semaines, je suis prise dans un tourbillon boulot-enfants-dodo. Les journées de travail sont pleines à craquer, et la routine s’installe dès la porte de l’école passée. Mes seuls moments de pause sont les trajets de train, quand je ne passe pas ceux-ci à faire mon épicerie en ligne ou à commander des bottes de neige pour la petite dernière.

Dire que je rêve d’écrire et que l’application Notes de mon téléphone ne désemplit pas des idées foisonnantes que j’ai pour le blog serait vous mentir. Ma jauge d’inspiration est inversement proportionnelle au taux de remplissage de mes journées actuelles : proche de zéro.

Alors, parce qu’on se connait depuis déjà 7 ans (pour certains), et que j’ai horreur de ces pages abandonnées qui trainent comme des zombies mal suturés sur la Toile, j’ai pris le parti – à défaut d’un article structuré – de vous donner des nouvelles.

1)    Numéro 1, ma grande fille de 6 ans et demi, est d’une humeur particulièrement joviale ces jours-ci. Hier j’ai dit «tu peux aller prendre ta douche s’il te plait?», et elle a répondu «bien sûr Maman, j’y vais tout de suite et je viendrai finir mes devoirs après». C’est bien simple, il y a encore une version fantomatique de moi, bouche bée au milieu de la cuisine, qui ne s’est pas encore remise de cet échange.

2)    Il y a un principe (pseudo) scientifique selon lequel : si et seulement si l’enfant numéro 1 s’assagit brusquement, alors son cadet prendra sa place comme maître des enfers. J’ai pour projet de faire floquer un chandail taille 4 ans «Here comes Trouble» (« les ennuis arrivent »). Elle qui avait traversé le Terrible two et le Threenager avec la grâce d’une colombe à l’Armistice se borne désormais à rouler sur le chemin de la vie comme un automobiliste saoul : elle engueule les autres et s’entête à prendre les chemins de traverse, même s’ils sont recouverts de moquette et qu’elle porte des bottes de neige souillées. Elle ne veut que l’assiette rose, les vitamines rouges, les t-shirts avec un bonhomme au milieu, deux tresses et pas une, et surtout pas de légumes. Bref, c’est un charme.

3)    La neige est arrivée mardi – pour une fois Météo Média ne s’était pas trompé. Depuis c’est la file chez le garagiste, nos sacs de feuilles minutieusement ramassés dimanche sont sous 15 centimètres de poudreuse et il a fallu acheter des bottes de neige aux enfants en urgence parce que les anciennes étaient deux pointures trop petites.

4)    On a fêté la Saint de mon prénom, provoquant au passage l’incompréhension de mes amis et collègues. Ici l’anniversaire se dit la Fête, et les fêtes ne se fêtent pas. Autant dire que fêter ma fête à l’automne alors que je suis née au printemps paraissait peu opportun. Finalement, nous nous sommes tous accordés pour dire qu’avoir deux journées à soi au lieu d’une est une richesse que nul ne devrait laisser passer. J’en ai profité pour raconter à mes filles d’un ton énamouré comment, dans mon enfance, la dame de la météo annonçait chaque soir le nom des personnes qu’on allait fêter le lendemain. Leur désintérêt a été aussi vif que ma nostalgie!

5)    Notre fille de 4 ans (la Trouble susmentionnée) (prononcée Troubeul, parce que c’est en anglais) ne semble toujours pas décidée à passer des nuits apaisées. Elle attend systématiquement que j’ai éteint ma propre lumière – s’accordant à l’heure à laquelle je décide de le faire, elle n’est pas difficile – pour hurler mon nom dans son sommeil, réduisant à néant mes efforts dantesques pour repousser mon schéma d’organisation mentale visant à optimiser la réalisation du ménage et l’abaissement de la note d’épicerie. Sommeil : 0; organisation du ménage : 1 (Trouble : en forme, mais cernée).

6)    Lassée de dévouer nos (courts) week-ends au ménage, j’ai créé un schéma (mental donc) de réalisation hebdomadaire. Samedi dernier, j’ai ainsi pu enfiler mes pantoufles et attraper un livre avec la paresse d’un chat sous valériane. Après 7 années à attraper l’aspirateur de bon matin le samedi, je n’en reviens tout simplement pas.

7)    Je regarde présentement pour faire évoluer mes compétences en effectuant ce qu’on appelle ici un certificat (30 crédits). Après 8 ans d’études, j’ai longtemps dit «plus jamais», mais mon changement de carrière il y a trois ans m’a forcé à reconsidérer les choses. Gestion des ressources humaines, gestion de projets, management… les possibilités ne manquent pas, seul le temps (et l’argent) reste un potentiel obstacle. J’avoue avoir peut-être aussi envie de me confronter aux études avec un œil nouveau et une autre maturité, ayant passé l’essentiel de mes études post-bac à attendre d’arriver au bout sans jamais voir l’intérêt des connaissances apprises et du chemin parcouru.

Sur ces 7 points pas nains, je vous laisse. Et vous connaissez la formule : dans l’attente de vos nouvelles, je reste à votre disposition pour de plus amples informations.

Si vous me cherchez, je serais sous mon plaid. Il fait -12 degrés, ressentis – 22, et mes sourcils vont probablement tomber.

-Lexie Swing-

On a oublié la journée pyjama

On avait tout pourtant. Le jouet de la maison, le livre pour l’histoire, les bottes pour la pluie. Au premier pyjama aperçu, on a cru à une renonciation parentale, au deuxième, à un pari perdu, au troisième, on a senti qu’on avait loupé une info. « Il y avait marqué quelque part qu’il fallait venir en pyjama? », ai-je glissé à l’éducatrice de ma fille. « Oui, m’a-t-elle confirmé avec un sourire contrit. C’était dans le courriel de lundi. » Pas de jugement de son bord – elle sait bien que nous jonglons tous avec différentes priorités – mais notre toute petite n’avait pas la même perspective de vie et avait amorcé la bouderie dès le passage de la porte d’entrée, pressentant comme nous qu’une chose fondamentale (pour elle) nous avait échappée. Nous avions oublié la journée pyjama.

Ça n’est pas la seule chose que l’on a oublié cette semaine. Hier, affublée du costume d’Halloween et pourvu des cupcakes réalisés pour l’école, ma grande et moi avions passé la porte en réalisant notre oubli de la commande – l’énième – du jour : l’apport d’un livre de maison et d’une lampe de poche. La demande avait été inscrite dans le courriel hebdomadaire du vendredi précédent.

« C’est pas comme si on recevait un seul courriel par jour », a résumé mon conjoint. Je ne sais pas comment font les autres parents. Chez nous la liste des choses dont on se rappelle est longue : le cahier de dictée à signer, le jouet du vendredi à apporter, le rendez-vous avec l’instit à booker, les photos de classe à commander, la participation à la fête d’anniversaire que l’on doit confirmer, la nourriture pour animaux à acheter pour la collecte du refuge, la tirelire à monter pour une oeuvre de charité, les kilomètres à parcourir pour le défi santé de l’école… pas un jour sans que les communications scolaires n’apportent leur lot de requêtes.

Et s’il n’y avait que l’école. Qui d’entre nous ne s’est jamais fait alpaguer sitôt après avoir passé la porte du bureau pour accomplir une tâche urgente ou dénouer un conflit miné? Qui n’a jamais rallumer son téléphone professionnel dès l’enfant déposé pour se retrouver assailli d’une horde de courriels pressants ?

Les tâches s’amoncellent de toute part comme autant de piles qu’il faudra bien finir par pelleter. « Jolis cupcakes, m’écrivait ma mère hier, en recevant la photo de mes précieux accomplis une fois les enfants couchés. N’oublie quand même pas de prendre du temps pour toi. »

« Je ne suis pas sûre que je puisse dans cette vie », lui ai-je répondu. Mais je l’espère, ça oui. J’y travaille, j’en ressens l’importance, et je noie la culpabilité des tâches que j’ai faillies dans du café déjà froid et des sourires forcés.

Et puis j’attaque le vendredi en robe très courte, et blouson quechua, je marche en chantonnant et tient des portes trop longtemps à des gens qui rient franchement de se voir ainsi attendus. Et c’est le plus près que je fasse de prendre du temps pour moi.

M’autoriser l’insouciance.

-Lexie Swing-

Maman a la migraine

On dirait la fin abrupte d’un film réputé érotique. Maman a la migraine alors Papa peut aller se rhabiller. En vrai, la migraine parentale, c’est bien plus dérangeant que de siffler la fin de la partie de jeu. C’est être assis sur le banc des remplaçants, et assister, impuissant(e), au match en cours.

Je n’ai connu mes premières migraines qu’à l’âge avancé de 30 ans, mais j’ai grandi avec une mère pour qui la migraine a toujours été une partenaire de vie. Fêtes, week-ends, événements professionnels et jours fériés, la migraine ne connaissait aucun repos, et n’en laissait guère plus.

Il est souvent difficile d’en trouver la cause, et donc d’en faire un problème curable à long terme. Le quotidien devient donc un jeu de chat et de souris, où l’on tente, autant que faire se peut, de déjouer les pièges et d’échapper aux griffes. Car quand celles-ci se referment, le bal commence, avec des symptômes variés selon les participants. Certaines migraines s’annoncent par des nausées, d’autres attaquent sans préambule par de violents maux de tête. La plupart ne trouve du repos que dans des chambres plongées dans le noir et le silence du milieu de journée. Une gageure lorsque l’on héberge sous son toit des enfants de moins de dix ans.

Techniquement, être parent et migraineux c’est :

– Avoir un enfant qui passe la tête par la porte dix fois en demandant : « Ça y’est, tu vas mieux? »

– Avoir un autre enfant (ou le même) qui entre toutes les 5 minutes en disant : « Je ne te dérange pas longtemps c’est promis juste deux minutes je voulais te montrer le nouveau dessin / le dernier pas de danse / le jeu à la mode / ma liste au Père Noël »

– Entendre dans un demi-sommeil son conjoint chuchoter « chuuuuut tu vas réveiller maman »

– Se faire effectivement réveiller par « juste un bisou »

– Se lever en titubant, découvrir l’état du couloir et du salon et refermer la porte

– Se faire servir au lit

– Se sentir finalement mieux mais traîner encore un peu, parce que c’est pas si souvent qu’on a une bonne excuse pour rester au lit.

La course prend un handicap supplémentaire lorsque se retrouve seul(e) avec ses enfants et que personne ne peut intervenir en back-up. On légume (du verbe légumer, comme chacun sait) sur le canapé du salon, aussi flétrie qu’une aubergine d’automne oubliée sur le comptoir de la cuisine. La télé devient alors une gardienne fidèle et les bols de céréales la pitance quotidienne. « Oui oui je te regarde », dis-je cachée derrière mon bandeau de nuit. Les parents sont doués d’un don de vue exceptionnel.

Au bout d’un temps, certain ou incertain mais toujours d’une durée proportionnelle au nombre de jours de vacances en cours, durée calculée selon la loi de l’emmerdement maximum, la migraine disparaît. Elle laisse derrière elle son lot de pots de médicaments dégoupillés et de tâches inachevées. Jusqu’à la prochaine fois.

On oublie volontiers que nous sommes tous susceptibles de souffrir un jour ou l’autre de maux plus ou moins chroniques qui handicapent un quotidien déjà prenant et la maladie fait partie de ces aspects qu’on n’omet lorsqu’on se projette dans la parentalité, jusqu’à ce qu’ils nous rattrapent.

Et vous, souffrez-vous de maux qui handicapent parfois votre quotidien de parents ?

-Lexie Swing-

Photo Matthew Henry for Burst

Le goût de l’effort

Dimanche, il faisait encore nuit quand nous nous sommes levés. L’aube était sereine, comme seules les aubes savent l’être, alors que le jour porte encore des lueurs d’espoir. On s’est dit que c’était trop tôt, pour un dimanche. Un dimanche qui concluait une semaine riche en activités et faible en sommeil. On s’est dit qu’on aurait pas dû s’imposer ça, on aurait dû savoir que la reprise serait difficile et que l’automne nous grugerait notre énergie quotidienne. Mais il est des choses, bien des choses, qui se réservent à l’avance et se doivent d’être honorées, quoi qu’il en coûte. 

Leur inculquer le goût de l’effort et le respect des engagements a commencé ici, dans ce dimanche d’octobre ensommeillé. «On s’est inscrit, leur a-t-on rappelé. Tu étais d’accord, tu t’es engagée.» Après, quand on a 6 et 4 ans, l’engagement reste quand même une notion assez floue alors on a édulcoré : «Si tu passes la ligne d’arrivée, tu auras une médaille!»

Déjeuner avalé, vêtements de sport enfilés, on prend la route du semi-marathon de Granby et de ses courses multi-niveaux. Sur la route, la clarté du jour reste timide derrière les nuages. Pour réveiller la foule endormie, on propose le jeu du «partage la chanson que tu aimes». À tour de rôle, chacun choisit la chanson qu’il veut écouter. Ainsi défilent le John Butler Trio, Nick Cave, la chanson des Trolls, Goldman et puis Elsa Esnoult. À nos titres précis succèdent les appellations hésitantes : «la préférée de ma cousine»; «Celle qui dit que les étoiles brillent», «Un, deux, trois, Rock’n’Roll», «Celle que papa il jouait à la guitare quand j’étais bébé sur le canapé». Les meilleurs titres sont ceux des souvenirs.

Arrivée sur le site, stationnement lointain, pas hâtif pour rejoindre le stand de distribution des dossards. À la vue du sien, B. se plaint que le dossard de sa sœur a un chiffre plus grand qu’elle. Malgré l’argument de l’évidence : son nom a été enregistré en premier et son chiffre est donc plus haut sur la liste, rien n’y fait. Entre frère et sœur, la jalousie revêt parfois un costume inattendu.

Retour au parcours. L’amoureux enjambe les fils de sécurité pour rejoindre la foule du dix kilomètres, au son de sa cadette qui scande «Go, Papa, Go». À l’avant, des entraîneurs font monter l’excitation, enchainant course sur place et ronds de jambes sur une musique endiablée.

Départ de la course et quelques larmes. La sensibilité exacerbée de mon aînée lui fait oublier un instant le but de l’exercice. «Je ne voulais pas laisser Papa», balbutie-t-elle. Rassurée finalement de savoir que dix kilomètres et un tour de lac plus tard, son père sera de retour, elle part rejoindre sa sœur aux jeux, opportunément installés à proximité. Le parc est grand, bien aménagé, de quoi occuper des enfants une heure durant, malgré le froid saisissant de ce début d’automne.

50 minutes et un passage périlleux aux toilettes sèches, nous voilà de retour dans le public de l’arrivée, Tempête ayant retrouvé son refrain d’encouragement. Quelques foulées derrière le «lapin des 60 minutes» – je ne me lasse pas de l’appellation – l’amoureux apparaît, provoquant le bonheur des demoiselles et leurs applaudissements. La vue de la médaille paternelle fait monter leur enthousiasme et c’est en trépignant qu’elles prennent à leur tour le début de leur course, une heure plus tard.

1 kilomètre à peine, mais tout un kilomètre. C’est long lorsque l’on fait tout juste 1 mètre de haut. Tempête, qui a pris un départ lent, part à toutes jambes pour retrouver sa sœur qui l’attend devant (en l’engueulant). Après quelques réajustements chaotiques, leur père – qui les accompagne, s’ajoutant au passage un 11e kilomètre dans les jambes – parvient à rassembler son monde et à relancer la cadence. À l’arrivée, une animatrice de course annonce le nom des participants qui passent à sa hauteur. Un moment qui restera marqué dans l’esprit de ma toute-petite, qui le répétera à l’envi par la suite. N’est-ce pas la marque des grands champions que d’entendre son nom lancé dans les haut-parleurs?

Quelques photos et deux médailles : nous sommes prêts à prendre le chemin du retour. L’arrêt à la boulangerie Canaël est bienvenu et le brunch servi toujours délicieux. Dimanche nous offre encore tout un après-midi, mais l’on pourra d’ores et déjà dire que les enfants ont pris le frais!

-Lexie Swing-

Anxiété de l’enfant : côté parent

La vie n’est un long fleuve tranquille pour personne, quoiqu’en dise Instagram. Derrière les sourires, les (bons) mots d’enfants et les balades main dans la main, il y a la réalité, la vie toute nue, sans fioritures. Les nuits trop courtes et les voix agressives. Les cris qu’on ne retient pas toujours. Les poings qu’on serre et les yeux qui brûlent.

Élever des enfants n’est guère une sinécure, et peut-être encore moins aujourd’hui, alors qu’on tente de naviguer entre la culpabilité, les prophéties («un mot de trop et il finira chez le psy»), et le besoin vital de prendre du temps pour soi.

Les choses se corsent face aux enfants les plus individualistes, à ceux qui s’opposent, à ceux qui s’inquiètent, à ceux qui s’époumonent. Ceux face auxquels on prend toujours une petite inspiration, avant d’affronter l’orage. Ceux qui, quel que soit leur âge, utilisent le «non» comme un refrain incessant. C’est non pour prendre la douche, non pour passer à table, non pour s’habiller, non pour aller à l’école. Ils disent non, même quand ils veulent dire oui. Nous accusent de méchanceté tout en se blottissant dans nos bras, et pointent sans vergogne le moindre faux pas.

Ils viennent chercher en nous les dernières miettes de patience, les dernières gouttes de sueur. Prêts à pousser dans leur retranchement les plus leaders d’entre nous. Des gens qui gèrent des équipes, qui connaissent toutes les étapes de la bonne communication, se retrouvent pris dans la tempête enfantine.

On ne peut pas passer une enfance ainsi.

Nous avons mis les choses à plat et les encadrants de notre côté. Tous, les éducateurs, les professeurs, les spécialistes. Nous avons investi la toile, cherchant des réponses. Lors du visionnage avide de vidéos de coaching parental, dans le cadre du Défi 10 jours de Leadership parental, lancé par la coach Nancy Doyon, et son conjoint, également coach, une mention m’a interpellée. «Prenez le temps de réfléchir à un moment de votre vie où vous contrôlez les choses, où vous les gérez, et observez comment vous vous sentez à ce moment-là. Puis transposez ces sentiments à un moment où vous avez besoin de faire preuve de leadership avec votre enfant.» Je résume ce que je pense avoir compris – et ceux qui ont vu la même vidéo pourront me corriger – mais j’ai eu le sentiment très net que le conseil avait fait mouche.

Je me suis revue, recevant un message urgent un matin, alors que mon train arrivait à peine en gare. Je suis sortie à grandes enjambées, sac à main sur l’épaule et téléphone à l’oreille. J’ai dit ces mots que l’on rêve tous de prononcer un jour : «Passez-moi la responsable, s’il vous plaît»*. J’ai fait preuve d’assurance, j’ai fait jouer mes contacts. En passant la porte du bureau, j’avais résolu le problème qui avait donné des sueurs froides à mon équipe dès potron-minet. J’ai senti le contrôle influer au bout de mes doigts, et un sentiment d’accomplissement me dénouer les épaules.

Face aux cris, je me suis accroupie et j’ai dit «Non». Et puis : «Nous ne ferons rien tant que tu n’auras pas retrouvé ton calme. Je suis là, je suis à côté de toi.» Elle a hurlé : «Siiiii, je veux» en se roulant par terre. J’ai dit «Non» encore, et j’ai attendu, debout dans la tempête.

Nous sommes des phares, nous sommes solides, et surtout, nous sommes capables. Nous abattons des kilomètres, relevons des défis, gérons des dossiers majeurs, des clients mécontents, des équipes réticentes et des classes survoltées. Nous pouvons garder le contrôle dans la sphère privée aussi. Nous sommes toujours nous-mêmes, avec les mêmes qualités, les mêmes compétences, les mêmes capacités.

Et si vous avez besoin ou envie de découvrir des astuces en termes de leadership parental, le Défi 10 jours est toujours en cours et les vidéos accessibles (je pense). L’inscription est gratuite, je ne suis pas sponsorisée, je ne suis même pas à jour dans les vidéos («vie quotidienne oblige»), mais j’y ai trouvé un accompagnement qui m’a fait un bien fou.

-Lexie Swing-

*Juste après «Tout ce que vous direz pourra être retenu contre vous»

Photo : Ryan Bruce