Maman a la migraine

On dirait la fin abrupte d’un film réputé érotique. Maman a la migraine alors Papa peut aller se rhabiller. En vrai, la migraine parentale, c’est bien plus dérangeant que de siffler la fin de la partie de jeu. C’est être assis sur le banc des remplaçants, et assister, impuissant(e), au match en cours.

Je n’ai connu mes premières migraines qu’à l’âge avancé de 30 ans, mais j’ai grandi avec une mère pour qui la migraine a toujours été une partenaire de vie. Fêtes, week-ends, événements professionnels et jours fériés, la migraine ne connaissait aucun repos, et n’en laissait guère plus.

Il est souvent difficile d’en trouver la cause, et donc d’en faire un problème curable à long terme. Le quotidien devient donc un jeu de chat et de souris, où l’on tente, autant que faire se peut, de déjouer les pièges et d’échapper aux griffes. Car quand celles-ci se referment, le bal commence, avec des symptômes variés selon les participants. Certaines migraines s’annoncent par des nausées, d’autres attaquent sans préambule par de violents maux de tête. La plupart ne trouve du repos que dans des chambres plongées dans le noir et le silence du milieu de journée. Une gageure lorsque l’on héberge sous son toit des enfants de moins de dix ans.

Techniquement, être parent et migraineux c’est :

– Avoir un enfant qui passe la tête par la porte dix fois en demandant : « Ça y’est, tu vas mieux? »

– Avoir un autre enfant (ou le même) qui entre toutes les 5 minutes en disant : « Je ne te dérange pas longtemps c’est promis juste deux minutes je voulais te montrer le nouveau dessin / le dernier pas de danse / le jeu à la mode / ma liste au Père Noël »

– Entendre dans un demi-sommeil son conjoint chuchoter « chuuuuut tu vas réveiller maman »

– Se faire effectivement réveiller par « juste un bisou »

– Se lever en titubant, découvrir l’état du couloir et du salon et refermer la porte

– Se faire servir au lit

– Se sentir finalement mieux mais traîner encore un peu, parce que c’est pas si souvent qu’on a une bonne excuse pour rester au lit.

La course prend un handicap supplémentaire lorsque se retrouve seul(e) avec ses enfants et que personne ne peut intervenir en back-up. On légume (du verbe légumer, comme chacun sait) sur le canapé du salon, aussi flétrie qu’une aubergine d’automne oubliée sur le comptoir de la cuisine. La télé devient alors une gardienne fidèle et les bols de céréales la pitance quotidienne. « Oui oui je te regarde », dis-je cachée derrière mon bandeau de nuit. Les parents sont doués d’un don de vue exceptionnel.

Au bout d’un temps, certain ou incertain mais toujours d’une durée proportionnelle au nombre de jours de vacances en cours, durée calculée selon la loi de l’emmerdement maximum, la migraine disparaît. Elle laisse derrière elle son lot de pots de médicaments dégoupillés et de tâches inachevées. Jusqu’à la prochaine fois.

On oublie volontiers que nous sommes tous susceptibles de souffrir un jour ou l’autre de maux plus ou moins chroniques qui handicapent un quotidien déjà prenant et la maladie fait partie de ces aspects qu’on n’omet lorsqu’on se projette dans la parentalité, jusqu’à ce qu’ils nous rattrapent.

Et vous, souffrez-vous de maux qui handicapent parfois votre quotidien de parents ?

-Lexie Swing-

Photo Matthew Henry for Burst

Le goût de l’effort

Dimanche, il faisait encore nuit quand nous nous sommes levés. L’aube était sereine, comme seules les aubes savent l’être, alors que le jour porte encore des lueurs d’espoir. On s’est dit que c’était trop tôt, pour un dimanche. Un dimanche qui concluait une semaine riche en activités et faible en sommeil. On s’est dit qu’on aurait pas dû s’imposer ça, on aurait dû savoir que la reprise serait difficile et que l’automne nous grugerait notre énergie quotidienne. Mais il est des choses, bien des choses, qui se réservent à l’avance et se doivent d’être honorées, quoi qu’il en coûte. 

Leur inculquer le goût de l’effort et le respect des engagements a commencé ici, dans ce dimanche d’octobre ensommeillé. «On s’est inscrit, leur a-t-on rappelé. Tu étais d’accord, tu t’es engagée.» Après, quand on a 6 et 4 ans, l’engagement reste quand même une notion assez floue alors on a édulcoré : «Si tu passes la ligne d’arrivée, tu auras une médaille!»

Déjeuner avalé, vêtements de sport enfilés, on prend la route du semi-marathon de Granby et de ses courses multi-niveaux. Sur la route, la clarté du jour reste timide derrière les nuages. Pour réveiller la foule endormie, on propose le jeu du «partage la chanson que tu aimes». À tour de rôle, chacun choisit la chanson qu’il veut écouter. Ainsi défilent le John Butler Trio, Nick Cave, la chanson des Trolls, Goldman et puis Elsa Esnoult. À nos titres précis succèdent les appellations hésitantes : «la préférée de ma cousine»; «Celle qui dit que les étoiles brillent», «Un, deux, trois, Rock’n’Roll», «Celle que papa il jouait à la guitare quand j’étais bébé sur le canapé». Les meilleurs titres sont ceux des souvenirs.

Arrivée sur le site, stationnement lointain, pas hâtif pour rejoindre le stand de distribution des dossards. À la vue du sien, B. se plaint que le dossard de sa sœur a un chiffre plus grand qu’elle. Malgré l’argument de l’évidence : son nom a été enregistré en premier et son chiffre est donc plus haut sur la liste, rien n’y fait. Entre frère et sœur, la jalousie revêt parfois un costume inattendu.

Retour au parcours. L’amoureux enjambe les fils de sécurité pour rejoindre la foule du dix kilomètres, au son de sa cadette qui scande «Go, Papa, Go». À l’avant, des entraîneurs font monter l’excitation, enchainant course sur place et ronds de jambes sur une musique endiablée.

Départ de la course et quelques larmes. La sensibilité exacerbée de mon aînée lui fait oublier un instant le but de l’exercice. «Je ne voulais pas laisser Papa», balbutie-t-elle. Rassurée finalement de savoir que dix kilomètres et un tour de lac plus tard, son père sera de retour, elle part rejoindre sa sœur aux jeux, opportunément installés à proximité. Le parc est grand, bien aménagé, de quoi occuper des enfants une heure durant, malgré le froid saisissant de ce début d’automne.

50 minutes et un passage périlleux aux toilettes sèches, nous voilà de retour dans le public de l’arrivée, Tempête ayant retrouvé son refrain d’encouragement. Quelques foulées derrière le «lapin des 60 minutes» – je ne me lasse pas de l’appellation – l’amoureux apparaît, provoquant le bonheur des demoiselles et leurs applaudissements. La vue de la médaille paternelle fait monter leur enthousiasme et c’est en trépignant qu’elles prennent à leur tour le début de leur course, une heure plus tard.

1 kilomètre à peine, mais tout un kilomètre. C’est long lorsque l’on fait tout juste 1 mètre de haut. Tempête, qui a pris un départ lent, part à toutes jambes pour retrouver sa sœur qui l’attend devant (en l’engueulant). Après quelques réajustements chaotiques, leur père – qui les accompagne, s’ajoutant au passage un 11e kilomètre dans les jambes – parvient à rassembler son monde et à relancer la cadence. À l’arrivée, une animatrice de course annonce le nom des participants qui passent à sa hauteur. Un moment qui restera marqué dans l’esprit de ma toute-petite, qui le répétera à l’envi par la suite. N’est-ce pas la marque des grands champions que d’entendre son nom lancé dans les haut-parleurs?

Quelques photos et deux médailles : nous sommes prêts à prendre le chemin du retour. L’arrêt à la boulangerie Canaël est bienvenu et le brunch servi toujours délicieux. Dimanche nous offre encore tout un après-midi, mais l’on pourra d’ores et déjà dire que les enfants ont pris le frais!

-Lexie Swing-

Anxiété de l’enfant : côté parent

La vie n’est un long fleuve tranquille pour personne, quoiqu’en dise Instagram. Derrière les sourires, les (bons) mots d’enfants et les balades main dans la main, il y a la réalité, la vie toute nue, sans fioritures. Les nuits trop courtes et les voix agressives. Les cris qu’on ne retient pas toujours. Les poings qu’on serre et les yeux qui brûlent.

Élever des enfants n’est guère une sinécure, et peut-être encore moins aujourd’hui, alors qu’on tente de naviguer entre la culpabilité, les prophéties («un mot de trop et il finira chez le psy»), et le besoin vital de prendre du temps pour soi.

Les choses se corsent face aux enfants les plus individualistes, à ceux qui s’opposent, à ceux qui s’inquiètent, à ceux qui s’époumonent. Ceux face auxquels on prend toujours une petite inspiration, avant d’affronter l’orage. Ceux qui, quel que soit leur âge, utilisent le «non» comme un refrain incessant. C’est non pour prendre la douche, non pour passer à table, non pour s’habiller, non pour aller à l’école. Ils disent non, même quand ils veulent dire oui. Nous accusent de méchanceté tout en se blottissant dans nos bras, et pointent sans vergogne le moindre faux pas.

Ils viennent chercher en nous les dernières miettes de patience, les dernières gouttes de sueur. Prêts à pousser dans leur retranchement les plus leaders d’entre nous. Des gens qui gèrent des équipes, qui connaissent toutes les étapes de la bonne communication, se retrouvent pris dans la tempête enfantine.

On ne peut pas passer une enfance ainsi.

Nous avons mis les choses à plat et les encadrants de notre côté. Tous, les éducateurs, les professeurs, les spécialistes. Nous avons investi la toile, cherchant des réponses. Lors du visionnage avide de vidéos de coaching parental, dans le cadre du Défi 10 jours de Leadership parental, lancé par la coach Nancy Doyon, et son conjoint, également coach, une mention m’a interpellée. «Prenez le temps de réfléchir à un moment de votre vie où vous contrôlez les choses, où vous les gérez, et observez comment vous vous sentez à ce moment-là. Puis transposez ces sentiments à un moment où vous avez besoin de faire preuve de leadership avec votre enfant.» Je résume ce que je pense avoir compris – et ceux qui ont vu la même vidéo pourront me corriger – mais j’ai eu le sentiment très net que le conseil avait fait mouche.

Je me suis revue, recevant un message urgent un matin, alors que mon train arrivait à peine en gare. Je suis sortie à grandes enjambées, sac à main sur l’épaule et téléphone à l’oreille. J’ai dit ces mots que l’on rêve tous de prononcer un jour : «Passez-moi la responsable, s’il vous plaît»*. J’ai fait preuve d’assurance, j’ai fait jouer mes contacts. En passant la porte du bureau, j’avais résolu le problème qui avait donné des sueurs froides à mon équipe dès potron-minet. J’ai senti le contrôle influer au bout de mes doigts, et un sentiment d’accomplissement me dénouer les épaules.

Face aux cris, je me suis accroupie et j’ai dit «Non». Et puis : «Nous ne ferons rien tant que tu n’auras pas retrouvé ton calme. Je suis là, je suis à côté de toi.» Elle a hurlé : «Siiiii, je veux» en se roulant par terre. J’ai dit «Non» encore, et j’ai attendu, debout dans la tempête.

Nous sommes des phares, nous sommes solides, et surtout, nous sommes capables. Nous abattons des kilomètres, relevons des défis, gérons des dossiers majeurs, des clients mécontents, des équipes réticentes et des classes survoltées. Nous pouvons garder le contrôle dans la sphère privée aussi. Nous sommes toujours nous-mêmes, avec les mêmes qualités, les mêmes compétences, les mêmes capacités.

Et si vous avez besoin ou envie de découvrir des astuces en termes de leadership parental, le Défi 10 jours est toujours en cours et les vidéos accessibles (je pense). L’inscription est gratuite, je ne suis pas sponsorisée, je ne suis même pas à jour dans les vidéos («vie quotidienne oblige»), mais j’y ai trouvé un accompagnement qui m’a fait un bien fou.

-Lexie Swing-

*Juste après «Tout ce que vous direz pourra être retenu contre vous»

Photo : Ryan Bruce

 

Itinéraire d’un enfant timide

Je prends soin de ne jamais mettre des enfants dans des cases, surtout lorsqu’il est question de timidité. Elles ne sont pas timides, mais intimidées, c’est presque pareil, mais c’est momentané.

Et surtout c’est vrai. Qu’importe l’anxiété de l’une d’elle ou la jeunesse de l’autre, elles ont toutes les deux des moments de timidité qui se dissipent à mesure que le temps passe et qu’elles font connaissance. Celle qui met trente minutes à participer dans une fête d’enfant peut deviser avec n’importe quel groupe d’adultes. Et celle qui refuse obstinément de dire bonjour aux nouvelles personnes peut passer n’importe quelle commande aux serveurs du restaurant.

Les cases peuvent devenir un vrai carcan. Je le sais, je suis un enfant timide. Pas intimidé, mais timide. De celle qui ne passait pas commande aux serveurs, qui n’osait guère réclamer le pain au boulanger, et qui préférait subir les injustices que de les dénoncer. On m’excusait de tout, au motif que j’étais «timide», et j’ai fini par en faire une armure parfaite même si le heaume me cachait les yeux.

Je suis restée timide jusqu’à un âge avancé de ma vie d’adulte, acceptant les erreurs dans mes commandes comme dans mes coupes de cheveux, par crainte de devoir interpeller les fautifs. Je suis restée derrière mille portes fermées, portes de salles de classes, portes d’amphithéâtres d’universités, et même portes d’amis en pleines festivités. J’ai réfléchi à mille stratagèmes pour me soustraire aux regards, j’ai perdu un temps fou à tourner autour du pot. J’ai préféré me faire porter pâle, prétexter des absences et des changements d’horaires, plutôt que de pousser la porte. Je suis devenue journaliste, j’ai dû décrocher le téléphone, parfois quand on attendait mon appel, mais souvent quand on ne m’attendait pas. J’ai dû affronter des refus, essuyé des commentaires acerbes, géré des remontrances et des prises à partie.

Je suis devenue mère de famille. Je suis devenue l’étrangère dans un pays lointain. Je suis devenue mère à nouveau. J’ai changé de carrière. J’ai inscrit mes enfants en garderie, et puis à l’école. J’ai dû montrer l’exemple, me battre pour d’autres que moi-même. J’ai dû pousser des portes, en traînant des enfants apeurés. Et décrocher mon téléphone pour dénoncer des injustices. J’ai dû assurer que tout se passerait bien, parce que je savais que ce serait le cas.

Je serai toujours l’enfant timide, celle qui prend une inspiration avant d’empoigner le téléphone et envisage quelques instants ce qui se passerait, si elle ne poussait pas la porte. Alors laissons-leur la chance d’être des enfants libres. Nous ne pouvons être définis par un seul trait de caractère, ni même par un trouble. Tout comme nous ne pouvons tout excuser non plus.

Laissons à demain la possibilité d’être différent d’aujourd’hui et à nos enfants l’opportunité de faire de leur mieux. Ils n’ont pas besoin de nous pour mettre des mots sur leur timidité, sur leur agressivité, sur leur manque d’attention. Ils ont besoin de nous pour effacer l’ardoise et y inscrire en lettres capitales : «Tout est possible, tu es capable». Alors ils pourront décider quelle version d’eux-mêmes ils ont envie d’être aujourd’hui.

-Lexie Swing-

Culpabilité (ta mère)

20h11, je finis de remplir le lave-vaisselle, remplis les boites-à-lunch, prépare une pâte à gâteau pour le lendemain. Je vérifie le linge, m’inquiète des vêtements que mes enfants porteront, évalue le nombre de culottes et de paires de chaussettes.

20h25, je dois partir, j’ai sport ce soir. Une dernière chose dans le lave-vaisselle, une miette sur la table à essuyer. Et sa voix qui dit, une fois encore «je m’en occupe, vas-y». Mon esprit qui s’obstine, qui s’entête, qui refuse. Partir seulement les tâches accomplies, pour profiter pleinement.

Je ne sais pas d’où certains (certaines) d’entre nous traînent cette culpabilité, comme une laisse accrochée aux pieds des enfants et à la poignée du four. Pourquoi si peu de femmes peuvent s’imaginer «tout plaquer» et quitter leur famille? D’où vient ce besoin impérieux de se faire passer seconde, troisième, tout plutôt que première?

Charge mentale livrée sur l’instagram de T’as pensé à; une femme commente «Quand je pars un week-end, je dois tout prévoir : le repas de mon conjoint, celui de la petite, leur repas du dimanche midi, et le souper suivant, car je viendrais juste de rentrer et je n’aurais pas le temps ». Le cas est extrême mais la perche est tendue. Le plaisir est conditionnel. Pour partir libre, on accomplit plus vite et plus tard, plutôt que de transférer.

Peur de ne pas pouvoir compter sur l’autre? Même pas, pas dans mon cas. Mon conjoint cuisine deux fois mieux que moi et il n’aurait pas besoin de moi pour gérer la maison et les enfants. Il est complet à titre individuel, mais j’ai le sacrifice chevillé au corps.

«Je préfère laisser les autres choisir et profiter, c’est plus facile de gérer ses propres déceptions que celles des autres» a dit un jour mon amie. Elle avait tout résumé. On a le sens de la formule et le contrôle tout-puissant. Refuser de lâcher prise, ne faire confiance qu’à soi, pour ne pas avoir à gérer les émotions des autres, quelles qu’elles soient. Et s’assurer, certainement, que l’on est nécessaire, utile, comme si le statut seul de mère ne suffisait pas. Il faut prouver qu’on le mérite, au quotidien, à coups de linge plié et de repas chauds.

Une fois parties, on garde l’œil sur le téléphone, guettant les messages éventuels. Les femmes ne s’offusquent pas de recevoir un texto de leur famille en plein cours de sport. Elles confirment avoir promené le chien ou nourri le bébé. Elles précisent avoir sorti le pyjama sur le rebord du lit, rappellent que la tétine est sous la couverture. Elles maternent, et pas seulement l’enfant.

Nous devrions être notre priorité. Comme on met un masque dans un avion en détresse sur soi en premier, on devrait se garantir notre propre oxygène. Car c’est ce que ça prend, pour pouvoir ensuite être présente pour les autres.

-Lexie Swing-

Photo : Matthew Henry (Burst)

L’heure de la rentrée

Elle avait minutieusement étiquetté seule l’ensemble de ses fournitures, rangé le tout dans son sac et préparé ses vêtements neufs… Ce mardi (lundi ayant été férié), ma petite tête blondie au soleil d’été a rejoint ses camarades dans la grande cour d’école. Cette rentrée était celle de l’aventure. Plus de rentrée progressive, plus de parents pour accompagner dans les classes, on est désormais à la grande école, fondu dans la masse dont elle ne dépasse guère.

Sur le chemin de l’école, on a fourbi les armes face à l’anxiété latente. «Veux-tu écouter ta musique préférée?», ai-je murmurer à son oreille en sortant son casque de mon sac à dos. Devant son refus – j’avais espéré la couper ainsi du bruit ambiant d’une cour entière remplie d’enfants – j’ai tenté autre chose : «Chantons-la alors». Alors en coeur, et puis un peu à reculons, et même en faisant du calcul mental, on a rejoint le groupe qui attendait, et grossissait, et grossissait encore, à mesure que les familles arrivaient. 560 et quelques élèves, et moi qui demandais : «Et sinon combien ça fait 8+6?». Ne pas laisser le hamster entrer dans la roue, forcer l’esprit à la rationalité.

Elle a aperçu son amie et j’ai baissé les armes. Elles seraient ensemble face à la nouveauté, insubmersibles.

Les institutrices de maternelle sont passées dans les rangs, serrant dans leurs bras leur tout-petits devenus première année, cueillis à la sortie de la garderie et préparés avec soin pour la grande école. Elles avaient fait une bonne job, les visages fiers et les teints halés des vacances en étaient la preuve. Ils revenaient conquérants.

Lorsque les premières années ont été appelés – il n’y a pas de cloche dans notre école – elle a pris la main de son amie et elles sont parties. «Vous êtes les meilleures», leur ai-je glissé. On ne vit jamais trop de renforcement, quand on a 6 ans.

Il n’y a pas eu de pleurs, il n’y a pas eu de cris. Les incertitudes se sont noyées dans le flot des retrouvailles et dans l’impatience de la nouveauté.

Le plus dur sera la suite. Entre le commencement et l’habitude trône parfois l’incertitude. Connaître, mais pas tout à fait. Apprécier, mais sans aimer encore. Faire confiance à de nouveaux visages, se raccrocher aux personnes connues.

À la fatigue de son visage, le soir venu, a répondu la voix d’une éducatrice qui m’était inconnue. «C’était un peu difficile aujourd’hui, mais ça ira mieux demain», nous a-t-elle glissé sur le pas de la porte. «Je me suis perdue dans les couloirs», a finalement avoué ma belle aînée, d’une petite voix, retenant les sanglots qui épousent bien souvent les histoires tragiques. Que répond-on à la peur? J’ai hésité. J’ai gagné du temps en demandant des détails. J’ai rappelé qu’elle pouvait demander son chemin à n’importe qui. Mais je savais mes paroles vaines pour l’enfant intimidé par les enfants plus grands. On ne refait pas le monde avec des «tu aurais dû».

Et puis j’ai eu une idée. «Comment as-tu fait, finalement, pour retrouver ton chemin?» ai-je demandé. Alors elle a soufflé : «Et bien, j’ai couru, j’ai vu une porte qui allait vers la cour. Il y avait plein de grands et j’avais peur. Et puis j’ai aperçu mon éducatrice de l’an dernier, alors j’ai couru vers elle. Et j’ai croisé mon institutrice.»

«Alors tu as retrouvé ton chemin toute seule, finalement. Tu as trouvé la bonne porte, et puis tu t’es servie de ton sens de l’observation pour retrouver des personnes que tu connaissais. Grâce à ça, tu as pu retrouver ton institutrice, bravo!»

Alors voilà. Voilà comment le soir venu, alors que Papa passait la porte, elle s’est pressée pour lui raconter sa victoire. Et comment ce jour est devenu celui où B. a retrouvé son chemin, seule parmi les grands.

Ils sont tous les héros de l’histoire, parfois il suffit juste de trouver leur pouvoir.

-Lexie Swing-

Le camp d’été

La rentrée se profile mais l’été joue les prolongations… avec cette dernière semaine de vacances que nous n’avions pas, et qui se résume à trouver de quoi occuper à nos bureaux respectifs notre fille aînée.

Le camp d’été s’est terminé la semaine dernière. Une aventure en soi, lorsqu’on est un expatrié. C’est un peu comme le centre aéré, mais pas tout à fait. Ça ressemble à la colo, mais pas vraiment non plus. C’est un camp d’été, un point c’est tout.

C’est surtout une institution, dans mon entourage. Tout le monde ou presque est passé par le camp d’été (avec plus ou moins de plaisir), tout le monde, à de rares exceptions, y a été moniteur. C’est la première job, juste après le babysitting. C’est comme du babysitting d’ailleurs, sauf que t’as dix enfants au lieu de 2, une semaine entière à tirer et un nom de code à porter. Oui, un nom d’emprunt, un surnom plutôt. Et c’est un véritable apprentissage parental que de formuler sans sourire la phrase : «Gaufrette, peux-tu me dire comment s’est passée la journée de mon enfant ?».

Lesdits noms – il faut que j’en parle encore, ça a fait mon été – sont parfois en rapport avec le thème du camp, comme Grenouille ou Héron, pour les animateurs du camp Nature, Samourai côté Arts Martiaux, ou Basilic et Ciboulette au camp Cuisine. Et ils collent à la peau de leurs propriétaires. «Tu ne changes pas de nom comme ça, m’a prévenu une amie passée par cette épreuve. Tu ne peux pas faire ça aux enfants, ça ne se fait pas…» Elle a laissé sa phrase en suspens et son regard s’est perdu vers le souvenir douloureux d’un ancien camarade dont on dit qu’il aurait disparu après avoir changé de nom…

Je plaisante. Les enfants ne sont pas si méchants quand même, n’est-ce pas? (Qui a répondu «Si»?). Thème me fait penser que… les camps sont à thèmes. Plus ou moins restreints, selon les organismes, mais volontairement orientés. Dans notre ville, il y avait des sujets vagues, comme le Multiactivités, et d’autres très précis, comme le camp Agility (oui, les petits parcours pour les petits chiens). Il y avait aussi les camps privés, comme celui du Mont-Saint-Bruno, où notre fille a passé une très belle semaine.

De manière générale, on trouve des camps dans tous les domaines, par tous les organismes, qu’ils soient publics ou privés. En vrac, j’avais repéré le camp du Musée des Beaux-Arts, le camp karaté du club que nous fréquentons, le camp immersion anglaise d’un organisme spécialisé dans les cours de langue, le camp Sciences à Polytechnique, etc. Les prix varient en fonction de l’organisme et du matériel utilisé. Certaines inscriptions se font longtemps à l’avance, comme aux Beaux-Arts où tout semblait complet dès le mois de mars.

C’était une première expérience pour nous, comme pour notre fille aînée. J’avais hâte de lui faire découvrir ça, moi qui partais tous les étés en camp équitation et passais toujours quelques semaines au centre aéré de l’entreprise qui employait mes parents. J’en garde un souvenir vif et heureux, et des paroles de chansons que je n’ai jamais pu oublier.

L’expérience a été incertaine pour notre fille, tantôt plaisante, tantôt difficile. Le camp du Mont-Saint-Bruno a eu sa préférence et il est certain que nous la réinscrirons là-bas l’an prochain. Les autres camps qu’elle fera seront à déterminer, et je les liste déjà!

-Lexie Swing-

Photo : Matthew Henry