Le concours de nouvelles

Je vous dirais bien l’hésitation, les ratures, les phrases trop longues, les signes trop courts. Je pourrais vous conter l’inspiration, la scène si présente, l’océan sous mes yeux. Mais je préfère vous laisser lire, vous laisser voter si vous le souhaitez, vous laisser filer si vous ne voulez pas vous attarder.

https://www.aufeminin.com/ecrire-aufeminin/entre-chien-et-loup-s2974103.html

Merci !

-Lexie Swing-

Fini le pouce!

Miss Swing suce son pouce depuis la nuit des temps, ou depuis ses premières nuits, c’est selon. Un acte pour lequel j’ai développé une véritable relation d’amour-haine.

Car le pouce était tantôt salvateur, tantôt obstacle (à la parole) et danger (pour les dents et la mâchoire). Il était le doudou facile que l’on a toujours avec soi et derrière lequel elle se cachait volontiers.

Après le tome précédent (« Sus au pouce ») et quelques jours durant lesquels le pouce avait été pourvu d’un pansement tant il était abîmé (le fameux duo « hiver + salive »), nous avions finalement laissé les choses suivre leur cours et Miss Swing reprendre son pouce bien-aimé.

Et puis en décembre dernier, sa nouvelle éducatrice, dans son nouveau CPE, nous a envoyé un courriel. Quelques mots avec lesquels elle soulignait que le pouce devenait un handicap. B. se cachait derrière, s’empêchant parfois de répondre. Plus encore, et nous l’avions remarqué durant ses cours de karaté, la succion entraînait invariablement une perte de concentration. Le pouce bien vissé dans la bouche, Miss Swing quittait le monde réel, allant jusqu’à oublier ce qui se tramait devant elle: prof, parents, petite sœur ou danger.

Alors avec son accord nous avons pris les devants. Nous avons demandé à notre grande fille quelle pouvait être la bonne solution selon elle pour arrêter le pouce. Les menaces n’avaient pas marché, il fallait passer au plan d’autonomie et de responsabilisation.

Finalement c’est en repensant à la précédente réussite des pansements que nous avons imaginé une solution plus durable : le gardien de pouce, ou cache-pouce, ou « le machin pour le pouce » comme il a bien sûr fini par s’appeler chez nous.

Un objet certainement facile à réaliser mais pour lequel j’ai préféré me tourner vers une couturière d’Etsy. Nous avons soigneusement pris les mesures, Miss Swing a choisi le tissu – la Pat’Patrouille – et nous avons commandé le précieux.

J’ai poussé un soupir de soulagement en ouvrant le paquet et découvrant que ledit cache-pouce arborait Rocky, chien préféré parmi la gang. La première partie allait en être grandement facilitée.

Miss B. était ravie de son nouvel objet. Elle l’a enfilé rapidement et conservé la journée et la nuit durant. Au moment d’aller à la garderie, elle a connu une hésitation, craignant qu’il se salisse ou, je pense, que l’on se moque un peu d’elle. Finalement, et comme je le lui avais prédit – ses amis ont été plutôt envieux de cette demi mitaine d’intérieur à l’effigie de leurs héros préférés. Et la machine s’est enclenchée.

Trois semaines plus tard, alors qu’elle avait oublié de le mettre pour dormir, j’ai réalisé qu’elle s’était endormie la main sous l’oreiller. La journée, le geste de porter le pouce à sa bouche s’interrompait généralement à hauteur d’épaule, ou bien les doigts venaient toucher son visage, pensivement. Mais la succion avait disparu.

Peu à peu, elle a commencé à oublier de le porter et nous avons oublié de lui rappeler. Nous sommes un mois et demi plus tard et désormais le cache-pouce dort avec le pyjama. Elle l’enfile le soir venu, mais plus jamais à la garderie ou la journée.

A refaire, nous en aurions plusieurs. L’avoir fait faire nous en a empêché – question de prix – mais si la création avait été de moi, j’aurais probablement multiplié les cache-pouce pour en disséminer dans plusieurs sacs et lieux, et éviter les oublis à la garderie (une chaussette ou un gant d’automne font alors le boulot !).

Mais c’est une solution facile qui – si l’enfant est prêt et partant – est une bonne manière selon moi de l’aider à arrêter, en douceur et en le responsabilisant.

Et puis, je ne vous ai pas dit… Nous avions lancé le projet avec la promesse d’un cadeau de grande, si d’aventure elle parvenait à arrêter de sucer son pouce. Chose promise est donc due : Miss Swing a passé sa première nuit dans son lit en hauteur. A voir son sourire en le découvrant, le jeu en valait visiblement la chandelle.

Quant à sa façon d’être, elle a évolué elle aussi. Elle est toujours rêveuse mais définitivement plus présente, plus dans la réalité. Elle s’affirme également plus, parlant d’une voix plus forte, se mettant moins en retrait. Le CPE, le karaté, et peut être un peu nous aussi, y ont contribué. Et puis surtout elle, en relevant le défi avec brio.

-Lexie Swing-

Crédit photo : Lexie Swing

Miss B. fête ses 5 ans

5 ans, c’est une main grande ouverte qu’elle brandit à tout va. 5 ans, un âge de grande, la fin de la petite enfance et les apprentissages qui s’accélèrent désormais.

Une journée n’aurait pas suffi à célébrer notre belle aînée. Nous avons donc commencé la ronde dès la veille du jour J., en allant la chercher juste avant la sieste à la garderie. En catimini – petite sœur dans les parages oblige – nous avons quitté le bâtiment pour prendre la direction de l’école, car la miss fera son entrée dès septembre en maternelle. Elle a dit bonjour, a annoncé son nom et pris la main qu’on lui tendait pour aller dessiner sur une petite table prévue à cet effet. Elle est revenue plus tard, nous frôlant tandis que nous nous acquittions des tâches administratives d’usage, et elle s’est approchée, un peu, de la porte semi-vitrée qui laissait entrevoir sacs et vêtements enchevêtrés. Elle était intimidée, mais solide, naturelle, enfilant avec facilité le costume de la future écolière.

L’inscription terminée, nous avons sorti les patins fraîchement offerts (un cadeau de la Saint-B. promis puis oublié), et les miens, achetés l’an passé puis aussitôt remisés. Quelques rares patineurs étaient déjà présents, dont un papa et sa toute petite fille, venus nous porter un support pour Miss B. afin de l’aider à se tenir et à avancer (j’ai bien déjà de la peine à me tenir moi-même). Et elle a voulu avancer, encore et encore, jurant que ses pieds n’étaient pas froids et que ses joues n’étaient pas rouges, bien après que son père ait renoncé au spectacle pour se mettre à l’abri dans la voiture.

La journée de son anniversaire a commencé sur les chapeaux de roues, l’horloge du four nous indiquant de bon samedi matin que karaté il y avait et qu’en retard nous étions. Ce n’est que rendu chez O’Bokal, épicerie de vrac par excellence et adorable salon de thé, que nous avons pu reprendre souffle et esprit, devant une boule de chocolat fondant doucement dans le lait chaud, deux cafés brûlants et quelques puzzles familiaux. Une pizza pochette et quelques rares légumes plus tard, nous avons joué à la poupée et rangé la maison, avant de prendre les luges et de filer vers les pentes près du lac. Le temps était doux, les flocons abondants et la nuit tombée a rapidement découragé les quelques enfants qui trainaient encore là, nous offrant le luxe suprême de descentes sans attente et sans risque de heurter quelques amis restés au milieu du chemin.

La fête n’aurait pas été complète si nous n’avions pas terminé la fin de semaine sur une invitation faite aux amis de la garderie, en l’occurrence de l’ancienne garderie. Ces amis même, assis en rang d’oignon, sur une photo de groupe prise en 2016, alors qu’ils étaient juste âgés de 3 ans, et qui se retrouvent deux ans plus tard à fêter une nouvelle fois cet anniversaire ensemble.

La bonne équipe, que mon amoureux et moi sommes souvent lorsqu’il s’agit de pâtisser, a travaillé fort pour offrir à notre désormais grande fille le gâteau dont elle rêvait, pourvu de toutes les couleurs de l’arc-en-ciel. Sur une recette d’Aurore, nous avons donc décliné ses souhaits, un gâteau après l’autre, couche de crème après couche de crème. Un beau succès, si j’en crois les yeux ébahis sur les faces d’anges. Une certaine fierté, pour nous aussi, quand nous avons jeté un œil aux photos prises et aux deux maigres parts restantes dévorées le soir même.

Une journée n’aurait pas suffi, mais trois non plus finalement. Hier, c’est la garderie qui prenait le relais des festivités. Avant que nous embarquions une nouvelle fois pour la fête, samedi prochain.

Encore un joyeux anniversaire à mon impétueuse belle des champs.

-Lexie Swing-

Au croisement

Je suis au Markina, un café chic de Saint-Bruno. Je suis seule. Je prends mon temps. J’ai pris ma journée pour me remettre des flots incessants de travail et de pression, de routine et de culpabilité, d’absence et d’insomnies. Je suis seule, assise au bord des fenêtres. L’angle du café donne sur un croisement large, deux rues principales de la ville s’y étreignent pour mieux se laisser ensuite. Horizontalité des routines, verticalité des espoirs, nourris ou déçus, elles sont ces routes que nous empruntons tous ici.

J’habite à quelques rues de là. J’y étais encore il y a quelques jours. Je gravissais la pente enneigée, soufflant dans la nuit froide du matin. Est-ce que vous me voyez ? J’ai les mains engourdies et les poils du capuchon qui me cachent la vue. Je progresse à l’aveugle. Et puis soudain je cours en glissant un peu car le 91 file vers moi, de l’autre côté du croisement, et que je crains de manquer son arrêt.

J’y étais il y a une semaine, juste un peu en dessous. J’encourageais mes filles à marcher dans la neige crissante, promettant de faire coucou aux chatons de l’animalerie et de passer devant le magasin de jouets. Évoquant du pain chaud. Poussant finalement la porte de la pharmacie.

J’y étais il y a quelques mois, en tenue plus légère. Riant avec mes parents ou mes beaux-parents, un café chaud au creux de la main, le chariot zigzaguant sur le trottoir. Octobre jouait à l’été et bientôt nous irions pour une toute dernière fois aux jeux d’eau du parc, en contrebas.

Juillet nous avait déjà vu passer, pédalant sur nos vélos, remontant vers le lac à la recherche de fraîcheur et de sentiers cyclistes.

J’y étais il y a trois ans, déambulant sur le trottoir, le pas plus pesant et le ventre habité. J’y ai pris des marches pour me tenir en forme, des marches pour déclencher son arrivée, et plus tard des marches en tête à tête, mon pas vaillant et son corps chaud dans le porte bébé.

Je l’ai traversé à l’automne 2014. Et je suis tombée sous son charme. Roulant à travers la ville, nous nous sommes laissés porter par la certitude que ce serait chez nous. Il y a eu cette évidence, c’est le premier de nos souvenirs.

Et au fil des années la mémoire se consolide et les moments s’empilent. Sous la neige, sous le soleil, sous la pluie battante, heureux, tristes, fâchés, complices, ou incertains, nous mêlons nos pas à la poussière du trottoir, à la blancheur de l’hiver. Ce point de repère, immuable, devient alors un phare, le signe que l’on est arrivé chez nous. Et le croisement, lieu d’hésitation, devient alors le chemin de tous les possibles, la voie de toutes les certitudes.

-Lexie Swing-

Des vacances à la maison

A l’heure des rétrospectives en tout genre, je peux vous dire que notre année 2017 s’est terminée sur une nouveauté : des vacances à la maison. En dix ans de vie commune, c’était la toute première fois que mon amoureux et moi restions à la maison pour dix jours de vacances. Adultes à peine pubères, nous profitions toujours de nos congés pour retrouver nos familles dans un autre département. Devenus parents, puis expatriés, nous avons joui de chaque jour de vacances (plutôt rares, si vous vous rappelez), pour rentrer en France, partir au chalet, rouler jusqu’en Floride. Rester à la maison était donc une aventure en soi.

Une aventure qui s’est vite révélée extraordinaire, avec ses -20 degrés devenus quotidiens. Les sorties en luge des premiers jours ont donc laissé la place à des jeux à l’abri et nous avons dû redoubler d’inventivité pour trouver de quoi occuper le petit monstre de 13 kilos qui galopait – littéralement – partout dans la maison en assurant être un cheval, un muffin vissé dans la bouche comme un mors mal ajusté.

Mais ces premières vacances à la maison ont aussi été celles du premier Noël à quatre, tous les quatre et à quatre seulement (plus Eleven!). Chacun de nous a pu choisir son menu, nous avons préparé le souper ensemble, et il n’y a pas eu de chicanes quant au contenu des assiettes. Il n’y avait pas huit services, les filles ont pu sortir de table au bout de dix minutes et nous avons terminé notre repas de Noël en tête-à-tête. La soirée du réveillon a été celle de notre premier film en famille : en rang d’oignon sur notre canapé, nous avons visionné l’excellent Arthur Christmas (“Mission Noël” en France). Une semaine plus tard, B. en est à 5 visionnages de plus.

Le Père Noël est passé dans la nuit, et les cadeaux ont été tous déballés sans précipitation. Il n’y avait pas d’attente, elles ont pu prendre le temps de savourer chaque surprise, et de deviner le contenu des paquets. Les cadeaux arboraient la photo de chacune des personnes de la famille qui avaient expressément demandé au Père Noël d’amener ce cadeau en particulier. Magie de Noël, ok, mais pas sans gratitude.

Un brunch a suivi l’ouverture des cadeaux. Il était bon, et il a été également écourté, appel du jeu oblige.

Je vous souhaite d’avoir pris le temps de profiter de ces congés, d’avoir profité des vôtres, même de loin. 2018 est désormais notre actualité, nous y sommes entrés quelque peu alcoolisés, et en compagnie de nos enfants – dopés aux crottes de fromage, qui ont veillé pour l’occasion jusqu’à deux heures du matin.

Qu’elle soit douce avec vous, qu’elle soit joyeuse surtout, qu’elle voit naître vos plus beaux projets, vos meilleures réalisations, qu’elle vous donne les moyens, l’envie, et les ailes pour vous réaliser. Bonne année !

-Lexie Swing-

Noël : s’inventer des traditions

Cette année, c’est à cinq que nous passerons les fêtes. A quatre humains et un poilu, nous réveillonnerons, souperons, déjeunerons et ouvrirons des cadeaux arrivés par la poste depuis le Vieux Continent.

C’est la première année, de toutes les années passées, que nous le faisons seuls, tous les cinq, tous les deux.

Dans ma famille, Noël n’a jamais eu l’effervescence des grandes tablées familiales. Il y en a eu, certainement, puis le départ de certains, à commencer par les aïeuls, a comme dispersé les traditionnelles retrouvailles. Les habituels grands écarts géographiques familiaux nous ont conduit à fêter Noël parfois bien avant l’heure, quand ce n’était pas quelques jours après. Enfant, j’ai même été à DisneyLand, pour les fêtes de Noël, remplaçant les réunions familiales par une autre féerie.

Lorsque nous sommes devenus un couple, Mr Swing et moi avons commencé à nous diviser nous mêmes entre les familles. Tantôt dans la même ville, le hasard voulant que nos familles soient originaires toutes deux de la Loire. Et parfois entre le Sud-Ouest et l’Auvergne. Nous avons alors quelquefois fait étape devant une minuscule église, sur le bord de la départementale, pour nous échanger nos cadeaux. Juste les nôtres, loin du flou et du folie qui règne d’ordinaire au moment de l’ouverture familiale des cadeaux. Un moment suspendu. Notre propre début de tradition.

Cette année, seuls pour la première fois, nous en inventons des nouvelles. Comme le sapin que nous sommes allés chercher à pied, pour notre troisième hiver. Ou le calendrier de l’avent que je pensais ouvrir le matin, comme on faisait chez moi, et que l’on découvre finalement le soir, comme cela se faisait chez mon amoureux, parce que le temps du matin file si vite que l’on ne le saisit jamais.

Nous en imaginons d’autres, magasinant notre table de Noël et notre guirlande extérieure. Créant nos photophores. Décidant que le Père Noël ne se nourrira pas seulement de biscuits, mais de pop-corn. Inventant la règle du « chacun s’habille comme il préfère le jour de Noël, moi en pyjama et toi maman dans ta robe de soirée ». Choisissant des pâtes au saumon, « parce que c’est mon plat préféré de toute la vie ». Votant pour un brunch de Noël, le 25 décembre. Sachant déjà, puisque c’est une tradition chez nous de longue date, que Diana Krall chantera en fond sonore, le soir du réveillon.

Il y a des choses qui restent encore à inventer: ferons-nous de la luge le jour de Noël ? Le Père Noël acceptera-t-il autre chose que des clémentines ? Fera-t-on des jeux ? Et surtout, quel dessert cuisinerai-je?

Quels souvenirs aussi, garderont-elles de ces jours heureux ? Le rire de leur père ? Le goût du saumon? Les poils du chien pris dans le scotch des paquets cadeaux ? Les jeux, le repas, la musique ?

Autour de moi, chacun aura sa propre façon de vivre Noël. En famille, entre amis souvent aussi, spécialité des expats et immigrants, en couple, seul, au travail, avec son association bénévole, avec sa troupe … Il y aura les Noels prévus. Et les impromptus. Les retards d’avion, la tempête tardive, la grippe malvenue.

Surtout, ne vous mettez pas la pression. Que vous soyez hôte ou visiteur, seul, entre amis ou entre collègues, prenez le temps d’apprécier l’instant. Asseyez-vous par terre dans les poils du chien, ou d’une fesse sur le bras du canapé. Laissez-vous porter par le moment, ne jouez pas de rôle imposé par des années de pratique en réunions familiales. Riez avec les enfants et commencez par la bûche si le cœur vous en dit. Ce soir la tradition c’est vous qui l’inventerez.

-Lexie Swing- (fête bientôt Noël)

Crédit photo : Denise Johnson

Mère (très) active

Avoir une activité à soi est primordial. Encore plus quand on est en couple. Encore plus quand on est parent. Tous les magazines vous le diront. Votre horloge interne, elle, vous dira que vous n’allez certainement pas aller taper la baballe alors qu’il y a trois machines de linge à plier et que vous avez 1201 heures de sommeil à rattraper depuis la naissance de votre deuxième marmot. Comme toute femme du monde moderne, j’ai décidé que les magazines détenaient la clé de mon bonheur. J’ai donc dit merde au sommeil, fermé les yeux sur le linge et j’ai révolutionné mon emploi du temps. Explications:

J’avais toujours rêvé d’apprendre la langue des signes. Pourquoi? Aucune idée. Mais comme la question m’est posée quotidiennement, il serait temps que je trouve une réponse plus fournie que « beeeeuah ché pa, comme ça ». Reste que, je voulais tellement en faire que j’ai demandé à mes parents d’investir dans mon futur en m’offrant des cours de LSQ pour mon anniversaire. En avril donc. Après, j’ai réalisé que je n’avais pas le temps de m’inscrire, ma volonté est donc restée lettre morte, jusqu’à août, au moment où telle la cigale je me suis réveillée. J’avais bien chanté tout l’été, il était temps d’apprendre à signer.

Au même moment, une alerte judicieusement placée par la moi de juin 2017 sur mon calendrier Outlook a rappelé à la moi de fin août 2017 (édition limitée) qu’il était temps de s’inscrire au sport si je voulais profiter d’un remboursement partiel de mon entreprise. Je n’allais pas passer à côté d’une telle opportunité alors que mon porte monnaie ET mon tour de taille post-grossesse me pressaient de me bouger la couenne. J’avais déjà investigué la question quelques mois avant et me suis donc inscrite à une session de pilates sur table à l’école de danse contemporaine, chaque jeudi midi.

Ça, c’était juste avant que l’on me rappelle que je m’étais portée volontaire pour des cours d’anglais. Deux midis par semaine.

C’est ainsi que la chrysalide (que dis-je, la larve) roulée en boule sur son canapé, entre deux piles de linge à plier, est devenue un papillon de compétition. Une espèce courbaturée, à l’esprit encore plus chargé, avec une tonne de linge à plier (je pense qu’il se reproduit), mais avec un je-ne-sais-quoi de plus, une nouvelle corde (pas pour se prendre, mauvaise langue) à son arc, un surplus de liberté.

J’étais devenue pas mal juste une amoureuse, juste une travailleuse, et surtout juste une mère. Maintenant je suis pas mal plus. Un peu trop peut être. Tout est une question d’équilibre… J’avais prévu de le retrouver, mais avec ma folie des grandeurs habituelle, je me suis déjà réinscrite pour le trio infernal, tout en m’interrogeant: est-ce que j’aimerais la chorale ? Mon accent français m’empêcherait-il de faire du théâtre ? Où puis-je louer des skis ? Et le quotidien : Chéri, comment règles-tu le vélo d’appartement ?

Bref, on n’est pas couché.

Et vous?

-Lexie Swing-

2000

J’ai choisi cette année au hasard, ne vous méprenez pas. Ou peut-être pas tout à fait, après tout. Je voulais penser à des souvenirs consistants, à des choses tangibles, et les années précédentes m’ont apparu soudain comme autant de coquilles insondables, sinon vides.

J’ai toujours eu très peu de souvenirs, comme si ma mémoire, incapable de conserver les instants dans leur intégralité, les décortiquait jusqu’à n’en garder qu’un morceau. Un souvenir de souvenir. Une odeur. La couleur d’un mur. La sensation d’un rebord de trottoir sous mes pieds habillés de ballerines. 

Je voulais penser à celle que j’étais avant. Une autre moi, pas adulte. Je voulais prendre du recul sur mon cheminement. 

2000 donc (2000 pourquoi pas). J’ai 14 ans. Je vis à Clermont-Ferrand, arrivée dans la Ville aux pierres sombres au tournant du siècle, en plein dans la tempête qui assaillit la France qui digérait à peine son chapon du réveillon. 

J’y suis depuis 8 mois, encore fragile d’un déménagement en cours d’année scolaire et de six mois dans un collège privé redoutable, sinon hors du temps. 

Je porte les cheveux mi-longs, comme ils l’ont toujours été, oscillant entre le carré et le long, tantôt l’un, jusqu’à l’autre, pour tout refaire couper et revenir six mois plus tard, en demandant « un carré mais où je peux les attacher svp ». 

Je suis vêtue de jeans et d’un t-shirt girafe, probablement acheté chez Pimkie, où je pleurerai bientôt de ne rentrer dans rien. J’ai un sac Eastpak bleu clair et un koala accroché au bout du zipper.

Le jour de la rentrée en seconde, dans un lycée public, les tables installées en U nous forcent à faire face à ceux qui nous accompagneront une année durant. Une première prise de contacts et un sourire auquel je réponds sans vraiment m’y attarder. Il n’a pas changé aujourd’hui, lorsque je le croise chaque matin au réveil. 

Le lycée n’éveille pas l’intérêt que j’ai perdu pour l’apprentissage à l’entrée de la troisième. D’excellente élève, je suis devenue médiocre. Et la seconde ne fera que renforcer cet état de fait. La seule matière qui trouvait grâce à mes yeux, le français, disparaît de mon radar lorsque nous commençons les études de textes rébarbatives, menées par des professeurs dépassés et las d’avoir tant répété. Celui que nous avons cette année là a non seulement perdu sa verve mais aussi ses nerfs, qu’il noie dans beaucoup trop d’alcool de bien trop bon matin. 

C’est l’année de « toutes ». De toutes les premières fois, des premières bandes de copains, des premières émancipations. À l’abri dans mon village, dans les rues tranquilles du quartier à l’américaine d’où nous repartirons bientôt, je construis une amitié solide avec une fille de la rue d’à côté rencontrée durant l’été. Elle deviendra cette amie-là, cette marraine-là, cette sœur-là, et cette championne-là aussi. 

C’est aussi l’année des premières disparitions. Des gens dont on apprend le départ par téléphone, ou sur un bout de trottoir, encore. Je découvrirai que je suis de celles que l’annonce d’une mort n’étouffe pas brutalement mais qui distille plutôt un poison lent, comme autant de réminiscences douloureuses. Et je m’endormirai encore, des années plus tard, avec la sensation que les disparus ne sont partis que dans mes rêves et que je vais les retrouver au matin. 

C’est l’année de la première pilule, Diane de son nom de scène, qui transformera la fille fluette en bonbonnière. Je découvre les difficultés du regard de soi, les magasins dans lesquels rien ne va, l’acceptation. Et je me souviendrai, longtemps après, au moment de rassurer quelqu’un d’autre, que quelques kilos ne changent le regard que de celui qui les porte, et guère de ceux qui le contemplent. 

J’en aurais pour preuve une liste bien trop longue d’amourettes, glissée dans un journal, à l’abri des regards. Bientôt perdue, rapidement oubliée. Et de tout ça et de tous ceux là, il ne me restera que des sensations, des rires et quelques larmes aussi. 

J’ai 14 ans. Je suis à l’aube de ma vie, presqu’encore dans les limbes. Je garderai de ces années l’impression de n’avoir pas commencé vraiment à vivre. Comme s’il s’agissait seulement d’un prequel, d’une autre histoire, du pilote d’une série à venir. 

Cette année-là sera pourtant déterminante. S’il devait y avoir une introduction ce serait celle-là. Les premières clopes, les premières cuites, les premières fois, les premières décisions, les premières hésitations.

Son regard, ses yeux de chat, son sourire amusé. Que je retrouve aujourd’hui dans le visage et les rires de mes enfants. 

Les amis, aussi, qui m’ont façonnée. Ces amis qui, d’une manière ou d’une autre, sont toujours présents aujourd’hui. Qu’ils soient ceux à qui je parle tous les jours ou ceux dont je n’observe la vie qu’à travers l’oeilleton des réseaux sociaux.

Je les aime infiniment, ils ont tant compté.

Je ne me souviens pas de tout, j’ai certainement occulté des moments. Le lycée en tant que formation est comme absent de ma mémoire, n’y tenant le rôle que d’incubateur de relations sociales.

D’autres choses me reviennent par vagues : le magasin Hallmark où l’on trouvait pertinent d’acheter nos cadeaux, le vin blanc aromatisé qu’on buvait « sur Trudaine » dans des troquets qui ont disparu aujourd’hui, l’aumônerie catholique où j’ai passé tant de temps alors même que je ne l’étais pas (catholique), ce prof de physique qui me trouvait amusante mais désespérante…

Nous sommes en 2000. J’ai 14 ans. Je suis si différente de celle que j’étais seulement quelques années auparavant, quand l’équitation et l’école étaient toute ma vie. Mais assez semblable finalement à celle que je serai plus tard. J’en suis l’aboutissement, l’addition des expériences à laquelle j’ai soustrait les prises de conscience et le recul. 
Plus altruiste, plus consciente du monde qui m’entoure. Moins naïve, moins nombriliste. Définitivement plus équilibrée. Mais certainement toujours aussi intense et un peu dingue. Here I am

Et vous, qui étiez-vous « avant »?

-Lexie Swing-

Immigrer au Canada en dix questions 

Il y a quelques jours, je fêtais mon 4e anniversaire au Québec en surveillant la mouette qui lorgnait sur ma quiche aux champignons. Elle et moi marchions le long du quai, à l’extrémité du Parc Jean-Drapeau, et je faisais face à la skyline de Montréal, comme 7 ans auparavant, lors de nos premières vacances. Cette immigration et les questions qui s’y rattachent feront, je pense, toujours partie de nos vies. J’ai pour preuve cette connaissance, Française immigrée au Québec depuis 25 ans, à qui l’on pose tous les jours une question en rapport. L’accent fait toujours office d’allumette au feu des questionnements.

Je ne suis pas contre. Les questions sont généralement bienveillantes. Mais d’autres, peut-être, se les posent aussi. Voici dix questions que l’on me pose souvent, une fois mon accent identifié. Pas les dix d’un coup, il n’y a guère que moi qui sois capable de noyer quelqu’un sous un tel flot en l’espace de quelques minutes (#monfreremappellelaGestapo).

1) Mais… pourquoi?

C’est peut-être la question la moins facile. Pourquoi es-tu là? Ton pays est si beau, on y mange si bien, tu as la Sécu, qu’es-tu venue faire ici?

En fait, il y a huit ans, nous avions envie d’aventures. J’avais vécu en Irlande, mon chum avait vécu en Suisse, être étrangers quelque part était une façon de vivre qui nous séduisait. Nous pensions demander un PVT et puis certaines circonstances nous ont contraints à repousser le projet. Un an plus tard, nous nous envolions pour des vacances méritées au Canada. Le coup de foudre! Nous avons réfléchi au projet… jusqu’en 2011! En septembre, j’ai obtenu un contrat de deux ans au fin fond de la France, seul moyen pour décrocher un boulot dans ma branche. Mon chum, lui, commença bientôt à conjuguer boulot alimentaire et job de passion indépendante. Deux ans de contrat, deux ans parfait pour donner le coup d’envoi au projet «Résidence Permanente – Destination Québec». Ce qui nous poussait : l’envie d’ailleurs toujours, doublée d’une difficulté à trouver un travail dans nos branches (Paris exclu) et un climat social délétère (ce serait bientôt la Manif pour tous, rappelez-vous). Quelques problèmes de carte bancaire, de CSQ perdu par la poste et un bébé plus tard, le sésame a été délivré un matin de juillet. Le 25 août 2013, je m’envolais pour le Québec avec Air Transat, mon bébé arrimé dans le dos et mon chien enfermé dans une caisse immense.

2) C’est pas difficile de tout recommencer?

Si! Mais on est porté par l’euphorie du projet. Cependant, je n’aurais pas le goût de recommencer là, maintenant. J’admire pour ça les gens qui immigrent de nouveau dans un autre pays, ou bien qui retournent en France, car la simple pensée de devoir recommencer des démarches entières ou de refaire des cartons me donne de l’urticaire. Mais quand on part, la première fois, c’est magnifique : on fait le tri dans sa vie, dans ses choses, on fait le point sur son existence, on abandonne des gens, des affaires précieuses, des lieux chargés de mémoire, mais on se sent libres comme jamais auparavant. On écrit un nouveau chapitre, et même un nouveau tome. C’est exaltant, magique… Le genre d’émotions qu’on devrait tous pouvoir vivre une fois dans sa vie.

3) La France ne te manque pas?

Non. Enfin si. Mais pas ce que tu crois. Ma famille me manque, mes amis me manquent. La nourriture non, les paysages pas tant. Le plus difficile pour moi est de ne pas pouvoir être dans la spontanéité avec mes proches. Plus question de faire la surprise à mon père de le retrouver pour un lunch le jour de son anniversaire, plus de café «je prends ma pause je reviens dans cinq (20) minutes» avec ma mère, à côté de mon boulot, plus beaucoup d’amis qui passent dans le coin et restent pour souper. Impossible d’accorder plus de trois heures à nos amis lors de nos retours en France et l’essentiel doit être dit dans ce laps de temps. Ils me manquent, c’est évident. C’est triste, tout un pan de vie laissé derrière soi. Mais je ne pourrais revenir en arrière. La vie gagnée ici est une véritable pierre précieuse, une émeraude magnifique. Elle est un peu croche à cause de mes proches qui me manquent, mais elle luit de mille feux.

4) Tu as eu un bébé en France, l’autre au Québec, tu as préféré quoi?

Voyons voir… J’ai adoré, en France, être suivie par une sage-femme, et mon accouchement à Toulouse, à Estaing, était au-delà de toutes mes espérances. J’avais détesté par contre mon début de suivi avec une gynéco et j’ai trouvé le temps long – 4 jours – à l’hôpital. Mon suivi au Québec était moindre. J’ai fait trois échos, même si une seulement était obligatoire. Et j’ai trouvé la deuxième écho expéditive. Si je n’avais pas eu d’autres échos, et si en plus ça avait été mon premier bébé, je pense que j’aurais été affreusement déçue. J’ai beaucoup aimé mon accouchement, la gentillesse du personnel malgré la taille de l’hôpital, la sympathie du médecin. J’ai adoré pouvoir sortir au bout de 36h.

5) C’est quoi ton plat préféré au Canada/ tu me conseilles quoi?

La tarte au sucre et le pouding chômeur. Je ne suis pas une grande fan du sirop d’érable. J’aime, j’adore dans les vinaigrettes même, mais je n’en mets jamais sur les crêpes par exemple. Mais alors le sucre à la crème et autres préparations du genre… C’est bien simple : j’ai goûté une fois les mini-tartelettes au sucre d’un endroit proche de mon ancien boulot… et j’y suis retournée tous les jours, à la saison des sucres suivante, pour savoir quand ils allaient se décider enfin à en refaire! (C’est mon petit côté harceleuse qui ressort… ou la dépendance au sucre)

6) Mais comment t’as fait pour amener ton énorme chien?

Rien de plus simple! Je l’ai fait vacciner, y compris contre la rage. J’ai acheté une cage aux normes IATA, assez grande pour qu’il puisse se tourner. Je l’ai mis dedans (mais seulement une fois à l’aéroport). Je l’ai donné au gentil monsieur qui l’a déposé sur le tapis roulant. Je l’ai retrouvé 7h plus tard la queue entre les pattes, au milieu des bagages hors-dimension et je l’ai chargé comme j’ai pu sur un chariot. J’ai payé une taxe de 30 dollars environ pour son arrivée, si ma mémoire est bonne, et il a pu entrer au Canada. Le plus difficile a été de trouver un appartement qui acceptait les chiens (mais pas si difficile dans certains quartiers comme NDG).

7) Comment sont vus les enfants au Québec?

Ils sont les rois! Ils ont généralement des sets à colorier au resto, et des crayons à disposition. Il y a des tables à langer dans de nombreux toilettes de restaurants, parfois côté homme et côté femme, parfois en mixte, dans les toilettes pour personnes handicapées. Il y a beaucoup d’initiatives à leur attention dans les villes, des spectacles, des activités. Je ne peux pas encore parler de l’école mais j’ai le sentiment qu’ils sont globalement acceptés dans leur individualité. Il n’est pas rare d’être arrêté dans la rue par quelqu’un qui veut te parler de tes enfants, parler à tes enfants, te donner un coup de main avec tes enfants (porter ta poussette dans l’escalier). Il fait bon être un enfant au Canada (et être un parent aussi, de fait).

8) Tu rentres tous les combien, en France?

Deux ans environ. On est rentré tous les 12 à 18 mois, mais notre prochain retour se fera seulement dans deux ans. Rentrer correspond à un budget vacances normal, et nous avons envie d’allouer ce budget à d’autres destinations que la France, maintenant que les filles grandissent. Notre prochaine destination devrait donc être les Îles-de-la-Madeleine, l’été prochain.

9) C’est pas difficile de se faire soigner au Québec? La Sécu ne te manque pas?

Avec les années, on oublie un peu ce qu’il est possible de faire ou non en France, notamment au niveau de la Sécurité sociale. La prise en charge y est meilleure, voir certains spécialistes est plus rapide et les hôpitaux, pour certaines choses, sont plus rassurants. Le temps d’attente aux urgences est également moins long, je crois. Mais, sans comparer, voici ce que je peux dire : nous avons eu un médecin de famille très tôt après notre arrivée au Québec, ce qui est plutôt rare. C’est le même médecin que mes filles, et elle s’est proposée pour nous prendre en plus de nos filles. Les enfants trouvent généralement très facilement un médecin, et ils sont prioritaires en bas de 5 ans.

Nous avons fait une demande pour changer de médecin car depuis notre déménagement, nous sommes à une distance trop importante pour nous y rendre. Heureusement, elle nous donne parfois des conseils par courriel, mais nous avons sauté beaucoup de rendez-vous de suivi de notre fille en raison de cet éloignement. Nous sommes désormais sur les listes du Guichet d’accès pour la clientèle orpheline.

Lorsque nous sommes malades, nous allons au «sans rendez-vous». A Montréal, il est courant de se présenter puis d’attendre pour voir le médecin, mais sur la Rive-Sud, la politique est plutôt d’appeler la veille au soir et de réserver une place pour le lendemain matin.

Côté urgences, le service est bon au Children’s pour les enfants. On y est allé 5 fois je crois en 4 ans. Les cas urgents ont été pris de suite et très bien soignés. Pour nous adultes, c’est plus compliqué. Nous avons renoncé une fois car le temps d’attente était trop important. Par contre, une autre fois, mon conjoint a été pris rapidement après que le médecin du sans rendez-vous a appelé l’hôpital pour prévenir de l’urgence de la situation… Il y a du bon, comme du mauvais. Le système aura besoin d’être amélioré, c’est certain. Mais en tant que nouvel arrivant, l’important est surtout d’arriver à le décoder. Repérer quelques adresses, glaner des noms de médecins, afin de s’enlever ce stress particulier qu’est une santé mal encadrée.

10) Pis tu vas rester?

Oui, c’est le plan A. Ce n’est pas gravé dans le marbre, aucune trace indélébile, mais cœurs et raisons nous donnent le goût de rester. Nous sommes heureux, la vie se construit, nos enfants grandissent ici, ils ont de bonnes perspectives d’avenir et avec un peu de chance, nous pourrions obtenir la citoyenneté en 2018 ou 2019. Ma personnalité fait que, à chaque nouvel appartement, maison et ville où nous avons vécus, je m’empressais de parler de la prochaine destination, je ne défaisais jamais vraiment les cartons. Lorsque je suis arrivée au Québec, j’ai su très vite que je ne voulais plus repartir. Et mon envie s’est encore plus concrétisée quand nous avons emménagé à Saint-Bruno. J’aime où je suis, ce que je vis. Je ne voudrais plus bouger d’un iota.

 

– Lexie Swing –

Le temps des fêtes 

Août est un mois chargé en célébrations chez nous. Outre le fait que mes neveux sont nés ce mois-ci, ainsi qu’une petite fille qui m’est très proche, nous enchaînons également en quelques jours notre anniversaire de rencontre, celui de l’arrivée de mon amoureux au Canada, l’anniversaire de naissance de notre cadette, ainsi que celui de l’arrivée de ma grande, du chien et de moi-même dans notre patrie d’adoption.
Août est un beau mois, il nous réussit certainement. Depuis dix ans désormais, nous célébrons donc chaque année notre rencontre, du moins nos retrouvailles si l’on tient compte du fait que l’on se connaît depuis l’adolescence. Nous avons tenté de nous souvenir de chacun de nos anniversaires, puisque nous les fêtons, mais sans succès! Il y a comme un creux aux alentours des années 2011 et 2012, une incertitude. Quand avez-nous mangé dans ce restaurant sur Saint-Laurent? Est-ce pour notre anniversaire que l’on s’est offert ce voyage? Impossible d’avoir la timeline parfaite. Le temps a fait son œuvre et effacé nos repères, à défaut de notre sentiment d’avoir, malgré tout, réussi. Puisque cela fait dix ans et que l’on débat toujours avec autant de plaisirs, que l’on rit, que l’on échange, et que l’on se choisirait encore certainement, pour une première danse. Bien sûr, les défauts sont devenus plus pesants, et l’habitude a parfois pris le pas sur le plaisir de la découverte. Le fait d’avoir des enfants a fait naître aussi, l’envie plus pressante d’être seul(e). Chez soi, et surtout dans sa tête. Quand les enfants se taisent, on n’a plus autant envie qu’autrefois de relancer une discussion et l’on apprécie la quiétude du silence, fut-il partagé à deux. Mais on a appris aussi à nommer cette évidence, à souligner les incohérences, souvent au prix d’éclats de voix, histoire d’éviter d’autres éclats, au niveau du cœur. Et c’est ça aussi, dix ans. L’âge de sagesse (bientôt la préadolescence! À nous les emportements hormonaux, les boutons pis les cellulaires au forfait bloqué!)

4 ans également passés ici, au Québec. 4 ans de rebondissements, de changements, de joie, de tristesse aussi, mais 4 ans passés dans la plus complète certitude : ici, c’est chez nous. Le Canada n’est pas un eldorado mais il est indubitablement notre petit paradis terrestre. Ses gens bien sûr, mais aussi ses perspectives, sa beauté inégalable, sa richesse, ses surprises, ses associations alimentaires, ses initiatives à destination des enfants et la manière dont la famille est valorisée, sa tolérance, son climat lunatique, sa faune étonnante, et surtout ce sentiment qu’il me procure de n’être jamais complètement arrivé chez moi. Comme si ma vie, depuis 4 ans, était un perpétuel voyage en terre inconnue.

Et puis deux ans d’elle, mon amour. Deux ans que tu ris aux éclats, que tu grimaces, que tu nous enchante. Un an bientôt que tu marches, que tu grimpes, que tu cours, que tu sautes, que tu grimpes encore, et toujours plus haut, que tu fais la sourde oreille, que tu fais des câlins, que tu parles désormais, que tu chantes «Maman les p’tits bateaux» même si tu ne te rappelles jamais de la partie avec le gros nigaud. Tu es mon soleil E. Je t’aime tellement.

-Lexie Swing-