À combien d’enfants on s’arrête ?

Le week-end dernier, j’ai doublé le nombre d’enfants de ma maisonnée. Quatre enfants sous mon toit, entre 10 et 3 ans. Nous avons fait plusieurs activités, où les gens me regardaient arriver, visiblement amusés que dans le lot, ma “petite dernière” soit une fillette blonde comme les blés.

La vérité est que ça aurait pu. Cette fillette-ci, malgré l’absence de lien de parenté, possède exactement la même tignasse que ma propre mère, à qui je ne ressemble donc pas. C’est le mystère de la génétique et de ses gènes récessifs ou non. Au jeu de l’ironie et du hasard, il arrive que la fille des copains ressemble plus à ta propre mère que toi-même, c’est ainsi.

Je digresse mais en couvant du regard mon petit troupeau, je me suis dit que ça aurait fait bien, sur mon frigo, quatre minois sagement figés sur papier glacé. Bien sûr, ça aurait fait du monde à table. Bien sûr, ça aurait rempli, encore un peu plus le silence. Bien sûr, ça aurait débordé de la voiture. Mais un cœur de parent, c’est extensible ça non ?

Depuis que j’ai eu ma première fille, j’ai côtoyé toutes sortes de familles et de projets. Des gens qui, par choix ou non, avaient eu un seul enfant. D’autres qui, comme nous, s’étaient lancés dans un doublé ou un triplé – l’histoire ne dit pas s’il est gagnant ou non. J’en ai connu qui avaient continué à remplir religieusement les places à table, d’autres qui avaient dit que c’était fini et puis non finalement.

Lorsque j’ai eu ma seconde fille et que je lisais encore des forums destinés à la maternité, je voyais parfois ressurgir cette question. “Comment on sait qu’on ne veut plus d’enfants?”. C’est vrai ça, comment sait-on que c’est assez, que c’est bon, qu’on est complet ?

De ce que j’ai pu observer, il n’y a pas une seule réponse unique, pas une situation similaire. Il y a des raisonnements, des déceptions et des rendez-vous manqués. Il y a ces couples où l’un aimerait plus mais l’autre veut s’arrêter. Il y a ceux qui étaient sûrs, avant de recroiser les yeux d’un nouveau-né.

Un certain nombre de personnes disent avoir atteint ce sentiment de complétude. L’enfant, que ce soit le premier ou le cinquième, naît, et alors qu’ils l’ont dans les bras, une certitude leur tombe dessus : ils sont au complet. Souvent, cette sensation intervient alors que l’on a autour de soi sa petite famille. Les petites têtes penchées les unes vers les autres donnent à ceux qui les ont portées un sentiment d’achevé.

A d’autres moments, ou pour d’autres personnes dont je fais partie, c’est la raison qui l’emporte. Il y a plein de raisons de vouloir un enfant de plus, mais peut-être encore plus de s’arrêter en chemin. Lorsque j’étais enfant, je voulais à tout prix un petit frère ou une petite sœur. Je ne saisissais pas l’enjeu, je ne voyais que le lien qui aurait existé avec moi, faisant fi de tout réalisme.

A son tour, ma plus jeune fille me demande un autre bébé, un cadet qui lui enlèverait le poids d’être la dernière née. De mon côté, j’ai longtemps eu envie d’une grande famille. Je nous voyais nombreux à table, j’imaginais des liens indestructibles, des regards de connivence et des amitiés par delà les relations fraternelles. Ce que je n’avais pas envisagé, c’est que je puisse vouloir une grande famille mais ne pas être la mère d’une famille nombreuse. La façon dont je me projetais ne m’impliquait pas comme mère. Je me tenais plutôt au coin de la table, soeur parmi les autres. C’était mon enfance que je réécrivais et non ma vie d’adulte que je construisais. J’ai accouché de ma deuxième fille, un post partum empreint de dépression m’est tombé dessus et la question d’accompagner un autre enfant dans cette vie-là ne s’est plus posée pendant longtemps.

Plus tard, d’autres raisons sont venues s’ajouter au moulin de nos certitudes : la maison était juste assez pour nous quatre, notre voiture aurait été trop étroite, les billets d’avion pour retourner voir nos familles trop dispendieux, nos finances nous aurait obligés à réduire les loisirs que nous accordions alors à nos deux enfants. Autour de nous, des gens aussi se séparaient, nous contraignant à réaliser qu’être parent solo n’offrait pas la même souplesse que de l’être à deux, et qu’être seul face à deux enfants était potentiellement plus aisé que de l’être face à trois ou quatre.

D’autres perspectives, moins tangibles, s’invitèrent ensuite dans notre réflexion. Le rapport entre nos deux enfants, longtemps difficile, était établi mais fragile. Rien ne nous garantissait qu’un autre enfant ne viendrait pas tout bousculer. Au contraire même, je reste persuadée aujourd’hui que l’arrivée d’un troisième enfant proche en âge aurait bouleversé la paix difficilement gagnée, propulsant ma cadette dans une place du milieu jamais agréable et créant un déséquilibre des forces. C’est probablement ce dernier point qui a clos le chapitre.

Je sais que, parmi vous qui me lisez, certains se posent encore parfois la question. Il n’y a pas de bonnes réponses. Mais je pense qu’il y a beaucoup de bonnes raisons, en faveur de l’un ou de l’autre. Et que l’aspect rationnel, même s’il ne supplante pas l’instinct parental farouche d’enfanter, ne devrait jamais être mis de côté. Nos enfants ne sont pas des petits poissons hésitants que l’on met au monde dans un trou de sable, laissant à la nature le soin de les guider dans cette vie. Ils ont besoin de nous à toutes les étapes de leur enfance, et même de leur vie d’adulte. Ce n’est pas la même chose de s’occuper de trois enfants en bas âge ou de trois adolescents, ce n’est pas le même temps, ce n’est pas la même énergie mentale, ce n’est pas le même montant financier non plus.

Lorsque j’ai mis au monde ma première fille, je me suis sentie invincible. J’étais habitée par cette impression que tout était possible et que l’on “verrait bien”. Avec le temps, avec la fatigue, avec les joies mais aussi les difficultés, j’ai compris que tout était effectivement possible, mais que cela avait un coût, notamment mental, qui pouvait être important. Je n’ai plus aujourd’hui la naïveté de croire que je m’en serais sortie quoi qu’il arrive, juste parce que j’avais suffisamment d’amour à donner.

Les filles ont grandi et mes priorités ont évolué. Est-ce que je m’interroge parfois sur la vie que l’on aurait pu mener, avec deux enfants de plus ? Parfois. Mais je n’ai jamais eu de regrets. Seulement la certitude d’avoir fait des choix réfléchis à la lumière de ce que je découvrais de nous, de moi et de ce que la vie nous offrait. J’ignore tout des enfants supplémentaires que la vie aurait pu nous amener, mais je sais tout de ceux qu’elle m’a offert, et je me pince chaque jour devant la chance que j’ai.

-Lexie Swing-

10 ans au Canada

Cette semaine, cela fait dix ans que ma fille et moi avons posé le pied sur le sol canadien. Si vous vous souvenez bien, mon conjoint était arrivé quelques jours avant pour trouver une voiture et aménager l’appartement prêté par un ami. C’est donc seule avec ma fille de six mois et mon chien de 40 kilos que j’ai pris l’avion. C’était déjà une aventure.

Rien ne me faisait vraiment peur. Ni le fait de mettre l’ensemble de nos vies dans deux grosses valises et quelques malles. Ni celui d’emmener mon bébé de l’autre côté de l’Atlantique. Ni même l’idée de tout recommencer. L’immigration m’a rendue invincible, convaincue que j’étais de faire le bon choix pour le bon endroit, et pour la vie que je voulais vivre.

Quelque temps après mon arrivée revenaient souvent dans les journaux les mots « Eldorado » et « paradis déchu », arguant que les Français repartaient déçus de ce qu’ils avaient cru être la possibilité d’une vie meilleure.

Pourtant aujourd’hui, lorsque ma fille aînée me demande pourquoi nous sommes partis, et pourquoi nous avons immigré ici, au Canada, c’est la raison que nous lui donnons. Pour une vie meilleure. Pour nous, mais pour elles aussi. Celle qui était et celle qui serait. Le monde change vite et ce ne sera peut-être pas vrai toujours. Quel sera l’Eldorado de demain ? Et est-il seulement le même pour tous ?

Mais, à notre échelle, nous nous sommes offerts cette vie meilleure. Nos perspectives de carrière ont bondi, notre niveau de vie aussi et notre quotidien est devenu plus serein. J’ai cessé d’avoir peur quand je sortais la nuit, j’ai croisé des hommes qui ne m’ont pas interpellée et j’ai élevé des filles sans arrière pensée. J’ai vieilli et je me suis mise à arpenter la nature, comme si elle était venue à moi soudainement. J’ai traversé un pays de plus de 5000 km.

Je suis devenue citoyenne de ce pays qui m’avait accueillie et c’est un sentiment incroyable. On ne connaît pas la chance que l’on a d’être citoyen d’un pays tant que l’on n’a pas vécu dans un endroit où l’on n’a pas les mêmes droits que les autres. Aujourd’hui, je suis franco-canadienne, et je trouve ça extraordinaire.

Je me suis imprégnée de la culture québécoise et canadienne, je suis devenue un mélange, un fourre-tout d’expressions, de plats et d’habitudes. Je suis devenue une girouette, ajoutant des heures, mélangeant des expressions et confondant des lieux.

Je suis un puzzle d’enfant. De ceux dont on aurait mélangé les pièces. Je suis deux boites qui n’ont rien à voir, une image de chatons potelés et le pan d’une ville sous la neige. Mon image à moi est de guingois, morcelée, incomplète, mais lorsqu’on recule un peu, on y découvre un autre paysage, une réalité nouvelle, un monde créé en marge des possibles. Je suis une boîte de 1042 pièces, 10 ans et +, et les morceaux gondolent depuis qu’un lapin gris et patachon y a fait ses dents. Je suis une immigrée française, devenue canadienne, dans mon entre-deux mondes depuis dix ans.

-Lexie Swing-

Quelques jours à Oslo

En 37 ans, j’ai eu la chance de parcourir plusieurs grandes villes d’Europe : Dublin, Londres, Rome, Barcelone, Copenhague. Oslo n’en faisait pas partie. Même si j’ai toujours été attirée par les pays du Nord, l’émigration de l’autre côté de l’Atlantique a mis un vrai frein à notre découverte de l’Europe et bien des endroits resteront probablement inexplorés (par nous en tout cas) (pour le tout-Instagram, tout est encore possible).

J’avais l’espoir de partager plus d’articles sur les voyages. D’une, parce que c’est beau. De deux, parce que cela aurait signifié que l’on voyageait enfin. Nous avons fait la Colombie-Britannique et projetons la Gaspésie. Ma carrière de blogueuse voyage va donc s’arrêter rapidement.

Heureusement, en matière de voyages, je peux compter sur ceux qui m’ont vu naître et chérissent les découvertes autant que moi. Sous la plume de mon père et l’oeil de ma mère, je vous invite donc à découvrir Oslo, cette belle du Nord que j’aurais aimé découvrir, tant tout y semble apaisé.

ÉLECTRISANTE OSLO

Dès la descente de l’avion à l’aéroport de Gardermoen, le voyageur (surtout le français) entre dans un autre monde que celui auquel il est habitué. D’abord grâce à un accueil sympathique des personnels au sol qui va se prolonger plus tard avec la même sollicitude dans les commerces et restaurants de la capitale norvégienne.

Puis un train rapide (le Flytoget) vous emmène jusqu’à la gare centrale d’Oslo et là, le coup de foudre vous tombe dessus dans le plus parfait…silence, car les artères sont parcourues seulement par des moyens de transports électriques. 

Oslo est en effet une élève modèle de l’écomobilité, depuis 2019 elle est classée capitale verte européenne: tramways, métros, bus, autos, vélos et trottinettes, tous les véhicules y circulent en silence ou presque.

L’hyper centre est en grande partie piétonnier et la ville se visite aisément à pied, en trottinette ou en vélo afin de profiter du charme de ses quartiers et de ses vastes parcs.

Pendant les longues soirées d’été, le soleil se couche (très) très tard et les habitants en font de même, surtout en fin de semaine. 

En hiver la ville s’habille de blanc et ses habitants se réfugient dans leurs intérieurs cocoon. Mais comme les norvégiens sont sportifs, ils profitent aussi des pistes de ski de fond balisées et éclairées tous les soirs sur les collines qui entourent leur capitale et pratiquent assidûment l’art du sauna.

Une réelle qualité de vie entourée de beauté (non, je ne parle pas seulement de la population!). 

Tout est douceur, design et convivialité architecturale, mariant avec harmonie l’ancien et le contemporain.

Malheureusement toute médaille a son revers et il faut le reconnaître la vie est (très) chère à Oslo, comme d’ailleurs dans le reste du pays, surtout en ce qui concerne la nourriture et l’hébergement. Par exemple plus de 8 € un grand café, 15€ pour une assiette de penne végétariens ou 12€ pour une pinte d’Amundsen Apocalyptic à la pression.

 Par contre les tarifs des musées et des transports deviennent intéressants si vous achetez un forfait “Oslo Pass” pour une durée de 1 à 3 jours qui inclut les trajets et les entrées pour un tarif canon et même des réductions dans certains hôtels ou restaurants. Exemple : 895 Couronnes Norvégiennes soit 75€ pour 3 jours de transport et visites de musées. En plus, il est possible de bénéficier de tarifs réduits pour les 6-17 ans et les plus de 67 ans (âge de la retraite en Norvège).

Et vous, êtes-vous déjà allés à Oslo?

-Lexie Swing-

Pensées de mai

Comment allez-vous ? Que vous a apporté ce mois de mai jusqu’ici ? Avant toute chose, je voudrais vous remercier pour tous les petits mots reçus après mon dernier article. Je vous sais désormais présents, même si vous ne partagez pas toujours vos points de vue avec moi, et ça me fait plaisir de savoir que vous êtes là, quelque part.

Il y a plusieurs choses qui me sont venues en tête cette semaine. A des moments inopportuns bien entendu, et j’ai donc perdu quelques sujets en route. Mais parmi eux voici ce qui m’a traversé l’esprit.

Brèves de course

Ça fait une vingtaine de mois que je cours. Si j’étais un bébé, je saurais marcher désormais. C’est dire si je suis une version évoluée de moi-même. Mon cheminement est en dents de scie : tantôt je file comme le vent et tantôt je me lamente au bout d’un kilomètre. J’ai quand même atteint il y a quelque temps une nouvelle étape, en terminant le 10 kilomètres de la Sun Run de Vancouver avec assez d’allant pour accélérer durant le dernier kilomètre.

Depuis, je me traîne. La chaleur qui a débarqué ces derniers jours à Montréal a raison de mon souffle, et la morosité qui plane sur ce printemps – à quelques égards – fait plier ma motivation. Une fois de plus, l’autre soir, je me suis retrouvée fatiguée au bout de deux kilomètres. Mon esprit bataillait contre mes jambes. Renoncer, et marcher ? Continuer mais à quel prix? Je songeais à mon application Strava qui enregistrait mon temps et à la distance envisagée qui réduisait à mesure que grandissait mon envie d’abandonner.

Il faisait soleil et l’air était doux. Tempête était à la danse et c’était un rare temps pour soi que je m’offrais. J’ai ralenti la cadence et coupé l’application. Et puis je me suis mise à marcher. J’ai pris la cote en direction du parc naturel qui borde notre ville. En chemin je me suis remise à courir. Et puis à marcher. Et lorsque j’ai atteint le sentier du parc, j’ai couru de nouveau. Je me suis arrêtée au bord du lac et j’ai observé le bal des outardes dans la sérénité du soir. Il n’y avait pas de montre à arrêter, pas de temps qui comptait. J’ai pris le chemin du retour et j’ai couru dans la pente. Ma queue de cheval rebondissait sous la pression de l’air et mes jambes étaient légères. J’ai longé le terrain de sport et balancé la tête au rythme des sifflements d’une arbitre et des encouragements de joueuses restées sur le banc.

Je suis revenue à la salle de danse. Je n’avais pas de temps, pas de course à partager. Mais l’espace d’un instant j’ai eu le monde sous mes pieds, bien ancrés. J’ai couru comme un enfant, pour le plaisir des pas qui rebondissent et du vent qui entraîne. Et ça m’a fait un bien fou.

La pause de midi

Parlons de spontanéité. La semaine dernière a été un peu éprouvante côté école. Des questions d’amitiés difficiles et de repas passés un peu trop seule. Vendredi est arrivé, portant en lui la promesse d’une journée ensoleillée. J’ai pris ma décision sur un coup de tête et j’ai écrit à l’école. Ce midi, mes filles seraient de sortie. A l’heure dite, nous les attendions. Sur le siège arrière, un pique-nique bien garni. Et dans le coffre, notre belle Poppy. On a embarqué notre petit monde vers un parc tout proche. Au menu, des sandwichs, des chips, des jeux et des courses folles avec la chienne.

Je me suis demandée quand, dans nos vies, nous nous autorisions vraiment à sortir du schéma établi, à déroger à l’horaire, à inventer un autre agenda, une nouvelle perspective.

Je me suis souvenue de chaque minute de ce moment. De la petite araignée, du soleil un peu chaud et du vent un peu froid. Du bruit des souliers dans le paillis. Du buisson dans lequel les filles s’étaient cachées. De Poppy à bout de souffle d’avoir trop couru. Des pierres sur lesquelles nous avons pique-niqué, faute d’avoir retrouvé la couverture. De la petite fille au chapeau oublié.

Et puis des tulipes

C’est anecdotique mais quand même. A l’automne dernier, j’ai acheté pour la première fois des bulbes de tulipes. J’aime bien les tulipes mais je n’aime pas tant les bouquets alors les voir pousser dans ma cour arrière me semblait une belle idée. Comme je n’aime pas trop le jardinage non plus, j’ai confié le sac à Tempête avec pour mission de planter les bulbes où bon lui semblait.

Depuis deux semaines, des tulipes fleurissent dans ma cour à des endroits impromptus et je trouve ça merveilleux. Je n’en attendais rien, j’ignorais où elles se trouvaient et je les découvre aujourd’hui avec le même plaisir que des fleurs sauvages qui auraient poussé à un endroit insolite.

Et je crois que c’est un peu ça, mes pensées du jour : s’autoriser de la spontanéité, déroger au cadre établi et trouver de quoi illuminer ses journées, une tulipe à la fois.

-Lexie Swing-

4 jours à Vancouver

C’est un journal de bord frais du matin que je vous livre ici. Il y a quelques heures, nous avons embarqué à bord d’un avion Air Transat pour cinq heures de vol direction Vancouver, en Colombie-Britannique.

Vancouver, c’est cette ville canadienne, au bord du Pacifique, à quelques heures de route de Seattle, pour vous situer. Et oui, cela prend presque autant d’heures pour nous de nous y rendre que de voyager vers l’Europe.

Arrivés à 22h45, avec une belle demi-heure d’avance, nous avons rapidement récupéré notre unique bagage et pris la direction du « train to city », soit la Skyline qui permet de rejoindre le centre-ville depuis l’aéroport.

Notre destination : l’appartement de Bertille et Arthur, situés en plein centre de Vancouver. L’endroit parfait pour vivre la vie vancouveroise durant quelques jours.

Je me suis réveillée à 8h avec l’impression d’avoir fait une grasse matinée et c’était absolument délicieux. Le responsable ? Le décalage horaire ! Et aussi les bouchons d’oreilles super design que j’utilise désormais et qui me changent la vie! Une douche chaude, un petit déjeuner sur un coin de table sans personne d’autre que moi-même à nourrir et nous avons pris la route de la BC Place pour aller récupérer nos dossards pour la Sun Run.

Parce que voilà, en plus de partir une semaine en amoureux, nous avons décidé de nous inscrire à un 10k ensemble (mon premier). La Sun Run est l’une des courses les plus animées de Vancouver. Une super belle occasion de découvrir la ville autrement. En tout cas c’est ce qu’on s’est dit lorsque l’on s’est inscrit en février. A la veille du départ et avec une matinée de pluie battante annoncée, l’idée semble tout de suite moins séduisante.

Nous avons ensuite pris la direction de Kilatsano en passant par la marina. Une très jolie balade circulant entre petites galeries, bord de fleuve et sentiers boisés. Après un premier arrêt chez un adorable bouquiniste, nous nous sommes arrêtés pour luncher chez Casereccio, un italien relativement peu onéreux et très couru par les gens du quartier. Testez leurs lasagnes si vous avez le chance de passer dans le coin, elles sont incroyables. L’après-midi nous a amené la pluie. C’est donc bien abrités sous un parapluie que nous avons découvert pour la première fois le Pacifique. Le Pacifique ! Incroyable non? Je n’en reviens pas d’être venue jusqu’ici.

Ensuite, retour à l’appartement histoire de se réchauffer devant le foyer de l’appartement, avant de repartir sous la pluie en direction de la bibliothèque de Vancouver. Un bel édifice et neuf étages de livres et services en tout genre. Un bel arrêt si vous avez besoin d’une pause au sec!

Deuxième jour

Au matin du deuxième jour, c’est aux aurores que nous nous réveillons. Le temps est maussade mais la motivation est grande : aujourd’hui nous courons la Sun Run de Vancouver, un 10 km très inclusif réunissant chaque année près de 10 000 personnes. Deux heures après le réveil, notre motivation bat de l’aile, rapport au fait que le départ de la course a pris du retard (beaucoup de retard) et que nous poireautons depuis 45 minutes sous la pluie. C’est donc transis de froid que nous prenons finalement le départ.

La course est fun, bien rythmée et nous l’accomplissons dans un temps honorable, malgré les innombrables slaloms que nous sommes contraints de faire pour éviter les gens qui marchent. C’est toute la beauté de cette belle course familiale et amicale, beaucoup de gens semblent inscrits pour le fun plus que pour la performance (rappelez-moi de me méfier la prochaine fois).

Après la course, retour à la maison, le temps de récupérer quelques degrés sous une douche très chaude et nous partons à la recherche d’un endroit pour le lunch. Nous jetons notre dévolu sur un petit libanais qui ne paie pas de mine, Manoush’eh, avec ses quelques tables en bois et sa banquette recouverte de plastique. Mais à peine notre hôtesse a-t-elle enfourné les pains plats dans le four à bois qu’une odeur incroyable se répand dans le minuscule espace. Un petit secret très bien gardé, cette adresse, si vous voulez mon avis.

Le lunch terminé, nous prenons la direction du quartier historique de Gastown. L’occasion de découvrir l’horloge à vapeur et quelques jolis monuments historiques. Les boutiques environnantes font la part belle aux objets souvenirs mais quelques unes proposent des créateurs locaux ou de jolies découvertes décos. Un beau détour.

Il est 17h, on décide de fêter notre 10 km au Nelligan’s, un pub irlandais avec musique live. La bière y est bonne et l’ambiance festive. Je vous recommande la pinte de Kilkenny, toujours aussi agréable 16 ans après.

Retour à la maison, le ventre plein de bière et de nachos. Il est encore tôt mais le sommeil m’emporte déjà. C’est sans compter l’enthousiasme débordant de mon amoureux face à la soirée qui s’annonce ensoleillée. Nous reprenons la route, direction Spanish beach, afin d’observer le coucher du soleil. Je suis saisie, moins par le spectacle offert par le soleil couchant- les nuages ont tôt fait de le dissimuler à notre vue – que par l’unité des gens du coin, venus tout religieusement observer le spectacle. C’est peut être de cela qu’ils tirent leur résilience, ils savent encore s’émouvoir de ce que la nature nous offre. Nous repartons, sillonnant entre outardes et cerisiers en fleurs, avec le Pacifique en toile de fond.

Troisième jour

Le temps est toujours maussade mais la pluie se fait attendre, c’est l’opportunité pour nous de louer des vélos chez Cycle City Tours et de prendre la direction du Stanley Park. Le parc, qui borde une extrémité de la ville, est une véritable oasis de verdure entre la ville et l’océan. La piste cyclable est parfaitement aménagée et nous emmène de la marina, à la route du bord de l’eau, avant de revenir vers la ville. Nous prenons ensuite la direction de Granville Island et, une fois les vélos attachés, partons découvrir le marché du même nom. Au cœur de celui-ci, on trouve de tout : des pâtisseries, des produits traiteurs, et surtout de quoi dîner dans toutes les cultures possibles. L’après-lunch nous ramène à la location de vélos, où nous rapportons nos précieux destriers.

En après-midi, on embarque dans la SkyLine et descendons sur King Edwards pour partir à la découverte du Bloedel Conservatory, une toute petite sphère dans laquelle se dissimule une véritable forêt tropicale et des oiseaux tous plus colorés les uns que les autres. Outre la ravissante nature que l’on y découvre, il y fait chaud, ce qui n’est pas pour nous déplaire !

On repart ensuite, direction le loueur de voiture cette fois. Demain matin, nous prenons la route de l’île de Vancouver. C’est déjà la fin de notre séjour dans cette belle de l’Ouest.

Aujourd’hui, place à des décors résolument plus sauvages.

-Lexie Swing-

Crédit photos : Lexie Swing

PS : adresses à venir … ;)

10 années de toi

Dans quelques jours, tu fêteras tes dix ans. C’est tant et si peu à la fois. Dix ans, c’est un âge charnière, le début de quelque chose d’intangible. Soudain, la compréhension se fait plus acérée, les idées plus précises; c’est une balance, suspendue entre deux réalités, entre l’insouciance et la connaissance lucide du monde qui nous entoure. Très lucide, trop lucide.

Tu es ma toute petite fille, aux grands yeux interrogateurs, qui assise au milieu des foules dévisageait et détaillait, imperturbable. Quelque temps après ta naissance, une infirmière qui t’auscultait nous a dit qu’elle n’était pas certaine que tu aies conscience d’être venue au monde. Comme si ta naissance s’était faite avec tellement de douceur et si peu de bruit, que peut-être tu ne savais pas que tu n’étais plus dans ton cocon fragile. Dix années ont passé et régulièrement, nous nous demandons si tu ne voyages pas entre notre réalité et une dimension qui n’appartient qu’à toi. Le geste suspendu, les yeux à mille lieux, le pas arrêté, à la marelle on dirait que tu aurais sauté à pieds joints dans le ciel, et disparu. Alors on te rappelle, on te fait des signes, reviens avec nous, où étais-tu rendue, je te parlais tu sais, je te montrais tu vois, et regarde ta fourchette, les pâtes en sont tombées, et de l’encre de ce crayon, il n’en reste plus rien. Si tu étais un poème, tu serais du Prévert, redevenu oiseau par la grâce des mots.

Sur cette planète-ci, tu es ma fille à moi, notre fille à nous, notre première née, mystérieuse et magnifique, avec ton nez mutin et tes yeux de chat ourlés de velours. Avec tes kilomètres de cheveux dorés, tu n’aurais rien à envier à Raiponce, mais tu ne voudrais guère, indifférente aux belles parures, ennuyée par les mondes de princesses. Tu prendrais le petit animal, ça oui. Et puis tu t’attacherais la tignasse en une choucroute malhabile, parce qu’on s’en fiche d’être beau, qu’est-ce qu’on s’en fiche après tout, pourquoi c’est important? Railleuse de la beauté humaine, charmée par la beauté florale et animale. Je te croyais hors du cadre, quand je m’aperçois grâce à toi que c’est tout un pan de nos pairs qui posent sur le monde ce même regard. Et grâce à toi à mes yeux se découvre une nouvelle multitude. Il est de ceux qui dansent dans des endroits anonymes et dépeuplés, et disent chut aux autres quand ils parlent en forêt, chut, tais-toi, je n’entends pas le chant des oiseaux.

Ton talent pour le dessin se distingue de plus en plus, à mesure que tu remplis la maison de tes productions. Du sol au plafond s’entassent pêle-mêle tes oeuvres et tes projets en devenir. Le royaume des créatifs est une déchetterie pour les autres. Ton trésor est la poubelle de recyclage, que tu vides de son contenu à mesure que nous la remplissons. Les boites en carton deviennent des maisons élaborées, des enclos de zoos ou des aquariums sur mesure. S’y côtoient des peluches élimées et des animaux de plastique, figés dans leur ballet, derrière une vitre de film étirable.

Le monde est ton terrain de jeu. Là où mes yeux s’arrêtent sur la prochaine pancarte, les tiens fouillent l’horizon, à la recherche de quelques héros ailés nichés en haut des arbres. Tes oreilles, aux aguets, perçoivent des bruissements qui te convainquent qu’il existe bien une vie par-delà la barrière de nos sens. Ils sont ton royaume, ton réel et ton imaginaire, tout à la fois. Dans ton espace à toi, il n’y a guère de place pour les personnages fantastiques. Seuls comptent ceux qui sont, ou ont été. Ceux dont on perçoit les traces, tangibles et dont tu découvres l’existence à travers des livres, des documentaires, des expositions, dont tu retiens tout, comme s’il s’était agi d’une comptine mille fois répétée. Bien sûr que je savais que les ours n’hibernent pas vraiment.

Je n’aurais jamais imaginé mettre au monde quelqu’un comme toi, tu n’es ni mon reflet, ni mon prolongement. Tu es un être unique, qui me montre chaque jour une facette de l’existence que je ne soupçonnais pas. Merci mon chat, d’être si différente de moi. Trinquons alors, avec du champagne dans lequel tu n’aurais que le droit de plonger les lèvres et pour lequel tu nous demanderais mille fois si tu as bien le droit, mais vous êtes sûrs, mais vous êtes fous, vous êtes de drôles de parents quand même. A ses dix années de ton existence, et à toutes celles à venir, très, très nombreuses. Joyeux anniversaire ma bulle de savon multicolore, je t’aime.

-Maman-

Que s’est-il passé en 2022 ?

En 2021, à peu près à la même époque qu’aujourd’hui, je mettais la main aux derniers détails relatifs à mon article en quatre chapitres sur la reconversion professionnelle. Le sujet, qui mêlait à la fois mon nouveau métier (la chasse de têtes) et mon ancien (le journalisme) m’a permis de redonner un coup de fouet à ce blog tombé en quasi-désuétude durant la pandémie. J’ai bien cru à un rebond… et puis non ! L’inspiration venait désormais à manquer cruellement et l’expérience a tourné court au printemps 2022.

Que s’est-il passé alors, depuis que l’on s’est quitté ?

Les vacances (le plus important)

Faisant fi de nos habitudes, nous avons fait le choix de retourner en France pour l’été une fois encore. Je bénéficiais de la possibilité de travailler à distance de façon relativement illimitée, que j’avais donc prévu d’utiliser autant que possible. Grossière erreur. Travailler à distance ne ressemblait en rien aux quatre semaines de vacances que l’on avait connues l’année précédente (oui, je nourris toujours beaucoup d’espoir dans la vie). Mes plans ont vite pris le bord quand je me suis retrouvée à travailler de midi à 22h alors que mes amis étaient disponibles à compter de 17h. Sans compter les allées-retours, parce que voir une seule fois des proches que l’on n’a pas vus depuis une année ou plus, ce n’est guère envisageable. Résultats : nous n’avons vu presqu’aucun de nos amis – y compris ceux qui résidaient dans le village voisin – et avons couru de bout en bout. Exception notable : une semaine dans le Périgord, un coin que l’on adore, avec famille, couloir de nage et adorable village en contrebas. Bref, en 2023, nous comptons bien tenir compte des expériences passées et notre année devrait être riche, entre quelques jours au Lac Taureau, une petite semaine en amoureux à Vancouver, la découverte de la Gaspésie en famille, et puis un retour en France pour les fêtes, sans travailler cette fois.

Les enfants (la dimension inoubliable, surtout le dimanche matin à 7h)

Je me rappelle encore lorsque j’annonçais sur le blog, à la fin de l’hiver 2015, l’arrivée prochaine de notre deuxième enfant. Ce petit pois-là a fêté ses sept ans en 2022. Sa grande sœur, la Miss B. qui a accompagné ces écrits depuis le tout début, s’apprête pour sa part à célébrer ses dix ans. Revoir leurs petites faces de bébés me fait toujours autant fondre le cœur mais je dois avouer que leurs âges actuels sont bien plus funs ! Moins de contraintes, plus de découvertes, et plus de plaintes aussi, tant qu’à faire ! Les deux sont désormais à l’école primaire ensemble, ce qui sera encore le cas pour les deux années et demi à venir. On en profite !

Les animaux (qui nous apportent autant de fun que de contraintes)

Ça a été le grand changement de 2022 : nous avons accueilli un nouvel animal avant de dire au revoir à un autre. En février, nous nous sommes ainsi proposés pour devenir famille d’accueil pour lapin, un animal que B. souhaitait ardemment et que j’adore, pour en avoir eu plusieurs dans ma vie. Après quelques échanges d’informations, le beau Chester est entré dans notre vie. Lapin errant, probablement né d’une femelle lapin nain relâchée dans la nature alors qu’elle était gestante, il avait été attrapé quelques jours plus tôt par une bénévole. Il n’avait jamais connu la vie en intérieur. Il s’y est fait comme s’il avait toujours connu ça, courant dans la maison, faisant ses besoins dans une litière et terrorisant les chiens de la maisonnée. Ce joyeux trio a ainsi rempli la maison de baves, courses-poursuites et poils durant plusieurs mois. A l’automne, les articulations de notre vieux chien étant devenues trop douloureuses pour le porter, nous avons pris la décision de mettre fin à ses jours. Depuis deux mois, nous avons donc de nouveau deux animaux et sommes convaincus que nous nous arrêterons ici. Nous les aimons plus que tout mais il est difficile d’oublier les contraintes qu’ils représentent également, surtout lorsque vient le temps de partir en vacances, ou même juste pour une soirée. Bientôt, nous prévoyons emmener ce duo ensemble au chalet, histoire de voir s’ils ont le goût de l’aventure !

Le travail (parce que les vacances, les enfants et les animaux, ça coûte cher)

En 2022, rien n’a changé côté travail, ce qui n’est déjà pas si mal ! En pratique, nous avons continué dans nos rôles actuels, prenant graduellement plus de responsabilités. Au printemps, la collègue avec qui je collaborais est partie, laissant un grand vide mais aussi un poste à combler. J’ai donc repris la gestion du département, rejointe bientôt par une nouvelle collègue. A ce niveau, 2023 devrait être une confirmation des stratégies entreprises et, on l’espère, de nouveaux succès. On croise les doigts donc !

Et puis le reste ?

En 2022, j’ai continué la course à pieds, commencée l’année d’avant, et j’ai même couru mon premier 5 km en compétition. Un beau challenge, quand on sait que je dépassais à peine le bout de la rue une année auparavant ! J’espère bien continuer sur ma lancée, en tentant d’accepter que la progression est lente et que les jours peuvent ressembler à aujourd’hui : une sortie avortée au bout de quelques minutes car le corps ne suit pas. L’objectif en 2023, c’est d’atteindre les 10 km.

Après un mois d’octobre difficile, j’ai dû me résoudre à changer des choses au bénéfice de ma santé mentale; des changements qu’il va falloir ancrer en 2023. Mais entre autres choses, désormais je dessine. Je me suis toujours extasiée de ce talent particulier chez les autres quand même mes dessins de errements téléphoniques (ces zigwiwis que l’on dessine pensivement en écoutant la conversation au téléphone) semblaient être l’œuvre d’un enfant de quatre ans. Depuis j’ai découvert les tutoriels YouTube et mes chiens ne ressemblent plus à des vaches de l’espace. Je m’oblige à ces quelques minutes qui me déconnectent du reste, pour le mieux.

J’ai aussi commencé une nouvelle pratique : le long board. Mon chum m’a offert une planche magnifique, servant pour le moment de déco dans la chambre – hiver oblige – mais qui m’a déjà permis quelques sorties dans la rue (et gamelles!). Inutile de dire que Tempête, qui a la sienne depuis déjà quelques années, en fait mieux que moi et me la pique régulièrement.

Et vous ?

Il manque des choses dans ce bilan, les joies profondes, les hésitations, ces moments où, les mains serrées sur le rebord du comptoir de cuisine, je me suis demandée si j’allais tenir le coup. Il ne dit pas l’espoir et la pression, mais il dit le cheminement.

Alors quel est le vôtre ? Que s’est-il passé pour vous en 2022, les menus plaisirs, les doutes, les accomplissements ? Et qu’attendez-vous de 2023 ?

Je suis heureuse de vous retrouver là pour une nouvelle année, je vous la souhaite joyeuse et tendre et excitante. Je vous souhaite de ne pas laisser le stress diriger vos journées et de savoir compartimenter vos vies. Je vous souhaite des « rides » sur ce que vous voulez, : un vélo, un poney, une planche à roulettes ou au volant d’une voiture, pour aller découvrir le meilleur de vos environs. Je vous souhaite des aventures. Prenez soin de vous, j’ai hâte de vous lire ! Bonne année 2023.

-Lexie Swing-

Crédit photo : Lexie S.

De retour

Il y a dix ans, je lançais « Le cahier d’idées de Lexie Swing ». Les blogs étaient alors à leur apogée, comme un lieu primaire d’échanges et d’opinions. Encore en pleine construction, de ma vie, de ma carrière et de mon identité, j’ai vu dans cette enclave anonyme le lieu parfait pour déverser mes mots et mes idées.

Le temps passant, il a perdu une partie de son anonymat, sans que l’on sache tout à fait, ni qui j’étais, ni, finalement, ce que je pensais vraiment. J’ai longtemps cru que je craignais d’assumer mes pensées, quand finalement, l’espace aidant, j’ai réalisé que c’était ma personnalité toute entière qui se trouvait dans cet entre-deux. Il y avait des choses que j’assumais fièrement, et d’autres que je gardais pour moi, moins par peur de la vindicte que par crainte de blesser. J’ai vite compris que notre vérité n’est pas celle des autres, dans l’éducation et la parentalité peut-être encore plus qu’ailleurs.

J’ai distillé au fil des années des miettes de notre existence. Nos aventures, nos joies et nos quelques combats. J’ai partagé avec passion des convictions qui ont évolué aujourd’hui, parce que mes préoccupations sont différentes et que j’ai été exposée à d’autres réalités. J’ai commencé ce blog avec un embryon dans le ventre dont j’ignorais encore l’existence, je le rédige aujourd’hui avec, non loin de moi, deux enfants dont la plus jeune vient de fêter ses sept ans.

Lorsque la pandémie nous est tombée dessus, il y a eu dans le monde des blogs une déferlante. La vague, gigantesque, s’est nourrie de ces existences réduites à nos quatre murs. Soudainement, les écrivains amateurs n’avaient pour échappatoire que cet espace blanc. Espace qu’ils ont nourri de leurs menus déboires et de leurs quotidiens fragiles. Tous les blogs que je connaissais, le mien compris, se faisait le miroir de ce repli involontaire. Et puis, le contrecoup. La vague a déferlé, des murs se sont abattus, des pans entiers ont disparu. Et à l’instar de toutes les tempêtes, c’est le silence, finalement, qui s’est installé. Un jour, à force de tourner entre quatre murs, il n’y a plus rien eu à dire. On avait épuisé les qualificatifs et pris la mesure de l’événement. Il allait perdurer alors on a dressé les barricades et l’on s’est enfermé dans cette demi-vie, avec moins le goût de l’évoquer que celui d’y survivre. Et lorsque le temps est venu de vivre de nouveau, la vie s’est faite ailleurs, dans les plaisirs réels, au contact de ceux dont nous avions été privés. Loin des blogs, donc.

Il y a eu un essoufflement généralisé. Et malgré les tentatives pour relancer les machines, la plupart d’entre nous sommes restés à quai. L’inspiration et l’envie n’étaient plus là et les partages se faisaient sur des réseaux plus rapides, plus exposés et moins exigeants. Je me suis laissée la chance, j’ai payé mon nom de domaine avec l’espoir de reprendre. J’ai fait une série fournie. J’ai fermé de nouveau la porte. J’ai repayé mon nom en me laissant une dernière chance. Ceci est ma dernière chance. Mais je vais faire les choses bien, je vais les faire jusqu’au bout.

En 2023, vous trouverez un contenu – minimum – par semaine. Je m’y engage. Dans un an, je ferai le bilan. Est-ce que ce blog a encore un avenir ? Fait-il encore écho à certains d’entre vous ?

Rendez-vous la semaine prochaine !

-Lexie Swing-

Crédit photo : José Silva

Parentalité : doit-on suivre un courant de pensée?

Avez-vous lu le dernier article de Déborah du blog Sea You Son, son entrevue du psychopédagogue Bruno Hembeeck? Il y évoque des courants tendances dans la parentalité d’aujourd’hui, comme la pédagogie Montessori ou les conseils de Céline Alvarez.

Alors que je parcourais l’article en me demandant quel courant était le plus approprié à suivre dans le cadre de la parentalité, je me suis rappelée qu’il était correct aussi, de ne suivre personne, de glaner dans les pédagogies ce qui nous semblait approprié, adaptable à notre mode de vie. Parce que, comme je le mentionnais une fois dans un précédent article sur les dérives de la parentalité, il n’est jamais bon de plonger dans les extrêmes et de suivre aveuglement une pratique.

Lorsque B. était encore une toute petite fille, nous avions choisi de l’envoyer à une garderie au bout de la rue. Il y avait un aspect pratique – une garderie à deux pas -, un petit coup de coeur avec « de toutes petites salles comme des petites classes d’école », et une autre dimension, totalement marketing celle-ci : l’école offrait un service de prématernelle en anglais. Pour rappel, l’école au Québec ne commence qu’à 5 ans et c’est donc en garderie que l’enfant vit jusque là, ou à la maison si le parent en fait le choix.

Il y a un moment, dans une vie de parent, où l’on semble plus sensible aux arguments marketings d’un établissement ou d’un courant pédagogique qu’aux besoins réels de son enfant. On s’accroche aux promesses de petits enfants bilingues dès l’âge de 5 ans, au potager dans la courette, au lapin qui dévisage de ses yeux ronds les bouilles enfantines. On justifie ses choix à qui veut bien les entendre : « ils font de la manipulation! Ils ont des jouets en bois! Ils montent un vrai spectacle avec costumes et salut sur la grande scène du village! » Mais on oublie de s’interroger sur le plus important : les éducateurs et éducatrices, les professeurs, les accompagnants, sont-ils qualifiés? Est-ce qu’il y a un travail d’équipe, une bonne ambiance, ou beaucoup de rotation? Comment mon enfant sera-t-il accompagné, au quotidien, s’il est différent du groupe?

À l’aube de la dernière année de garderie de notre fille aînée, il nous a été offert la possibilité, grâce à une amie, de partir en CPE, ou Centre de la petite enfance. Ces centres-ci, très recherchés car peu onéreux et bien réglementés, offrent généralement un suivi éducatif de base afin de ne pas dépasser les objectifs prévus pour la maternelle. On s’est interrogé : est-ce que cela faisait du sens, de la changer pour sa dernière année? Et quid de l’anglais qu’elle était censée suivre en prématernelle? Que pouvait vraiment lui apporter une forme de retour en arrière, scolairement parlant?

La confiance en elle, voici ce que le changement lui a apporté. Dans la garderie précédente, personne ne faisait réellement attention à cette petite fille effacée. Certains apprentissages y étaient donnés de façon automatique, sans se soucier de savoir si les enfants recevaient correctement l’information. Pire certainement, des difficultés dans l’équipe avaient favorisé une rotation importante, obligeant les enfants à s’habituer sans cesse à de nouvelles éducatrices.

En arrivant au CPE, nous avons rencontré celle qui allait être l’éducatrice de B., présente au sein de la garderie depuis une dizaine d’années. Elle s’évertuerait pendant l’année suivante à donner confiance à notre toute petite, multipliant les défis et sollicitant son autonomie. Plus tard, elle apprendrait à sa petite soeur à se concentrer, à suivre une routine et à appliquer des règles. L’objectif était le même : définir les besoins et défis de chacune pour les préparer à la maternelle. Il n’y avait pas de règles strictes préétablies et les apprentissages purement académiques étaient relativement faibles, mais le gain, arrivé à la maternelle, fut inestimable.

Je suis une personne de personnes. Je veux dire par là que toute mon attention, au quotidien, est concentrée sur les autres. J’aime les différences de personnalités, j’aime les histoires, les origines et les cultures. J’aime aussi les différences d’opinions. J’aime quand le vécu et l’expérience priment sur les concepts, j’aime quand les personnes ont le recul suffisant et la capacité de réflexion de se dire « j’ai essayé ceci, et ça marche bien dans ce cas-là ». Mon chum me dit parfois que je pourrais me plaire dans n’importe quel boulot, du moment que l’équipe est soudée et heureuse d’être ensemble, et je le crois sans peine.

Les pédagogies sont utiles, parce qu’elles donnent une ligne directrice, une barrière sur laquelle s’appuyer, mais elles ne sont pas des rails. Il ne suffit pas de grimper dans le bon bateau pour atteindre le port. Les pédagogies sont des concepts, des idées larges censées orienter des décisions, mais elles ne prendront jamais en compte les besoins individuels. Les pédagogies ne tiennent pas compte du fait que ma fille performe en maths mais pas en sports. Ou que la seconde est en avance sur l’écriture mais ne sait pas rester assise sur une chaise. Les pédagogies estiment qu’à un âge X, l’enfant lambda sait faire telle chose, et devrait apprendre telle autre.

Les femmes et hommes qui les appliquent sont là pour le faire. C’est J. qui a finalement donné le goût du sport à ma fille, lui faisant préférer le soccer aux chiffres. C’est V. qui a montré à mon autre fille qu’elle pouvait canaliser son énergie et épeler en même temps. Ce que vous devez rechercher, dans l’éducation, ce ne sont pas des pédagogies mais des gens qui aiment enseigner, qui aiment éduquer, qui ont du recul et de l’imagination. Il faut chercher des écoles qui soutiennent leurs professeurs, qui leur donnent les moyens de se réaliser. Et il faut les soutenir et les encourager, nous aussi, en tant que parents. Être présent mais pas oppressant, être à l’écoute mais ne pas donner de leçons, transmettre les informations nécessaires mais faire confiance.

Plus votre enfant évoluera dans le système scolaire, plus se posera la question des options, des langues enseignées, des sciences, etc. Et il sera bien assez tôt, pour ça. En attendant, ce n’est pas sur une fiche publicitaire vantant les mérites d’une éducation polyglotte ou sur la capacité d’un professeur à appliquer une pédagogie bienveillante sans faillir, que vous devriez vous baser. C’est sur l’humanité de cette personne, ou de cet établissement. Si vous trouvez la place, et la personne, qui sera capable de considérer votre enfant dans son individualité et de l’accompagner sur le chemin, alors 80% du travail aura été fait.

Et puis pour l’anglais, il y a toujours Netflix.

-Lexie Swing-

Photo : Matthew Henry

La vie en 2021

J’aimerais vous dire que je suis tellement concentrée sur mille et un projets que je ne trouve guère de temps pour écrire ici. Que mon esprit est ailleurs et que mes doigts fourmillent d’histoires que je projette écrire sur d’autres supports que celui d’Internet.

Mais la vérité est autre. C’est une vérité, un mal qui s’est répandu comme une traînée de poudre coulant d’un baril troué balloté en pleine tempête, si j’en crois cette épidémie de blogs sous-alimentés depuis un an.

Je n’en connais pas la cause exacte, mais le mal semble prendre ses racines dans une forme de lassitude, une redondance dans nos journées qui confine à la monotonie. La poésie qui nous saisissait même devant les scènes quotidiennes et la métronomie d’une routine installée, semble s’être égarée.

Il n’y a plus de rébellion en moi, s’il n’y en a d’ailleurs jamais eu. Je n’ai jamais tapé du poing en vain, depuis un an, arguant que ça allait bien maintenant, que ça ne faisait pas de sens tout ça, que toutes ces mesures étaient inconsistantes, qu’il fallait bien mourir de quelque chose, que c’était quoi de plus qu’une grosse grippe, que ce serait fini demain.

Nous avons avancé sans broncher. Désinfecté. Fermé notre porte aux amis et aux inconnus. Nous avons gardé nos distances et annulé nos billets d’avion. Nous avons porté nos masques, toujours.

Il n’y a pas eu de retour en arrière pour nous, depuis un an. Il n’y a pas eu de soudaine reprise de la vie, de vent d’espoir, de grandes réunions. Il y a eu des soubresauts timides, un repas pris à trois familles sur une terrasse ombragée, un resto entre copines, quelques balades en forêt.

Il y a longtemps que nous n’attendons plus vraiment quelque chose, que nous avons décidé de prendre les journées comme elles venaient, avec application. Toujours la même routine, les mêmes balades, sans projection.

Nous sommes désormais recentrés sur le quotidien, sur un essentiel dépouillé. Nos joies sont faites de maigres victoires : un plat réussi, une pile de linge pliée, une maison nettoyée. Et puis de quelques unes plus grandes aussi. Lorsque nous avons appris que l’école allait reprendre début janvier comme prévu – et contre toute attente, après trois semaines et demi de « vacances » – nous avons dansé dans le salon. Les chiffres qui baissent sont autant de buts marqués dans un match sans merci. Le plus long, la plus éprouvante partie qu’il nous aura été donnée de supporter, d’encourager.

Elle nous laisse exsangues et c’est cette fatigue, lancinante, qui peu à peu enlève aux mots leur chair et au quotidien ses couleurs.

Je mentirai si je disais que cette période ne m’a rien apporté. Malgré les apparences, j’y ai gagné tellement ! Une sérénité perdue depuis longtemps, une proximité avec mes enfants, un confort de vie absolu.

Reste cette cage dorée dans laquelle nous vivons, qui nous coupe du monde extérieur. De nos amis, avec qui l’on échange désormais sur des bouts de trottoir. De notre famille, parce que l’océan qui nous sépare n’a jamais semblé aussi immense.

Je nous souhaite à tous de la lumière, au bout de ce tunnel qui semble sans fin.

-Lexie Swing-