Nuages

« De mon temps… », « Quand j’étais jeune… », il y a mille formules bien choisies, quoique bien trop répétées, qui habillent la météo aujourd’hui. Moi, quand j’étais jeune, le printemps était synonyme de bourgeons sur les arbres et d’herbe fraîche. L’été se faisait torride, et l’automne souvent pluvieux. L’hiver n’avait rien à voir avec celui que je connais maintenant au Canada. Il était froid oui, mais grisâtre, humide, et assez déprimant.

Et encore.

Et encore je suis née au printemps, début avril. Et il neigeait.

Et encore je me souviens de Noël, où l’on attendait la neige en vain. Et d’autres, où elle nous empêchait presque d’atteindre Saint-Etienne, enserrant les Bois-Noirs dans sa main glacée (la Reine des neiges n’a rien inventé).

D’aussi loin que je me souvienne, il y a toujours eu des records, des chaleurs qu’on avait pas connues depuis 50 ans, des tempêtes dignes de 1739 (en Alsace), des pluies qui n’avaient rien à envier à la mousson asiatique. Chaque année est un recommencement, et pas seulement celui du printemps. Chaque année nous espérons, puis comparons, remarquons que l’été est moche et l’automne heureux. Qu’il fait 22 degrés un jour de février dans le Gers et 10 en plein été. Oui, nous marchons sur la tête, et la météo se fout bien de nous. Mais quel est l’abruti qui a décrit un jour les saisons, stéréotypé les températures?

Ici, au Canada, nous avons eu un hiver long et froid, qui a rattrapé quelques records et fait mentir les prévisions. Nous avons attendu avec impatience l’été, dont les températures n’ont souvent rien à envier aux côtes méditerranéennes. C’était sans compter les caprices de la météo. Pas une semaine où le soleil apparaisse uniformément brillant sur les applications dédiées de nos cellulaires, pas une journée de chaleur qui ne se solde par un orage spectaculaire. Heureusement, nous sommes une contrée de gens positifs. L’automne sera sûrement clément. Après la pluie, vient le beau temps. Ou bien la neige, sûrement.

-Lexie Swing-, coincée à la maison et qui n’en peut plus d’allumer tous les plafonniers en plein après-midi!

Vous reprendrez bien un peu de morue…

Hier. Terrasse d’un restaurant. Je parcours la carte jusqu’à tomber sur un plat de « fish’n’chips », la spécialité anglaise plus que célèbre. Description du plat: « bâtonnets de cabillaud frits ». Mon girophare interne se met à bourdonner. C’est pas de la morue ça? Ma voisine sort son iPhone, direction Wikipedia, la bible de tout Français qui tate un peu au Trivial Pursuit. Avant on vérifiait dans le Larousse ou le Petit Robert, mais même Mary Poppins n’avait plus la place dans son cabas! Wikipedia. Morue. Introduction: « La morue (ou cabillaud)… » Je le sentais, je triomphe, les bâtonnets sont rejetés à la mer.

Double vérification (c’est le métier qui rentre), je tape « Cabillaud ». Annonce du site: « Le cabillaud est le nom commun pour tous les poissons qui vivent dans les eaux froides ». La morue est un cabillaud, mais le cabillaud n’est pas forcément de la morue? Que nenni, car Wikipedia continue: « On les connaît aussi sous le nom de morue ». Donc morue ET cabillaud (à ce stade, on est donc certain que c’est seulement une question de vocabulaire) sont plusieurs. Ils sont tous les poissons des eaux froides. Quand je mange du cabillaud (ou de la morue), je mange donc une espèce variable, voire plusieurs espèces mises bout à bout (on connaît les critiques faites aux entreprises de production de reconstituer les chairs dans les poissons panés). Si l’on en croit Wikipedia, la morue (ou le cabillaud) se déclinerait selon sa provenance: morue de l’Atlantique, morue du Pacifique, etc. Seule certitude, le poisson que vous dévorez a fait plutôt trempette dans des eaux type Normandie à Pâques que Seychelles en février.

Cependant, une autre question, personnelle cette fois-ci, me taraude: pourquoi suis-je prête à manger du cabillaud et pas de la morue? A mon avis, la réponse est linguistique. Vous avez déjà entendu, vous, une fille siffler: « P’tain, t’as vu ce cabillaud »?

-Lexie Swing-