Vestiaire neutre, fausse bonne idée?

L’autre jour, un article de Courrier International m’a interpellé. Un lycée suédois, après approbation du conseil des élèves de l’établissement, s’apprête à mettre à disposition de ses élèves un vestiaire neutre. La présidente du conseil des élèves explique ainsi que «  »C’est pour les élèves qui ne souhaitent s’identifier ni comme hommes, ni comme femmes ».

La Suède envisage des vestiaires "sans genre"./ Photo Alex G.

La Suède envisage des vestiaires « sans genre »./ Photo Alex G.

J’ai essayé d’imaginer, et je n’ai pas compris. Il s’agit, à l’origine, d’une demande de l’association HBQT (homosexuels, bisexuels, queer et transgenre) du lycée. Un besoin donc sans doute. Ces jeunes ne se sentent-ils à l’aise qu’avec des gens qui partagent leurs préférences sexuelles? En quoi celles-ci peuvent-elle déterminer avec qui on peut, ou non, se changer? Et est-ce que cela ne revient pas à « parquer » tous ensemble des jeunes, non pas parce qu’ils se ressemblent entre eux, mais parce qu’ils sont différents des autres? Ne devrait-on pas, au contraire, tout faire pour faciliter leur (ré)intégration?

De tout temps, des jeunes se sont sentis gênés de se changer devant d’autres. Parce qu’ils avaient trop de poids, ou pas assez de seins, des boutons et de trop grands pieds. La vraie gêne, à mes yeux, est là, et elle est directement liée à l’adolescence, à la difficulté de se faire une place dans la société et à affronter le regard des autres sur soi. Qu’on soit homo comme hétéro. Lorsque l’on a 15 ans et des cuisses un peu trop rondes, on a envie de les cacher, quels que soient les personnes avec qui l’on partage le vestiaire.

Et vous, qu’en pensez-vous?

-Lexie Swing-

« Alors voilà », le blog auscitain des étudiants en médecine

C’est une perle. Le genre de blog que l’on infiltre dans ses marque-pages internet pour s’en délecter chaque semaine. « Alors voilà », journal des étudiants en médecine, a vu le jour il y a deux mois à peine, en novembre. Créé par « B. » pour « réconcilier les soignants et les soignés », ce blog propose chaque jour une anecdote vécue par un spécialiste, par un interne, un externe, un infirmier. Au bout de la plume, du clavier plutôt, un interne de 27 ans, employé aux urgences du Centre hospitalier d’Auch. Le plus étonnant? J’ai connu le blog via les réseaux sociaux, bien avant de me rendre compte que l’auteur était, en quelque sorte, un voisin. Une découverte ponctuée d’un « Non, c’est pas vrai?!? » parce que, comme chacun sait, les bonnes histoires semblent toujours venir d’ailleurs.

Découverte du monde hospitalier./ Photo Stevendepolo

Découverte du monde hospitalier./ Photo Stevendepolo

Outre l’attrait direct que représente une bonne histoire d’hôpital (et Dieu sait que l’être humain se repaît avec fascination des tragédies des autres), ces récits ont quelque chose en plus. Une humanité forte, en premier lieu. Et un style d’écriture hors du commun, ensuite.

Extrait: « Alors voilà Mme U., 62 ans, sympathique patiente à l’histoire de vie terrible qui vous rappelle que, oui, la vie est parfois une vraie chienne et, oui, les êtres humains aboient avec beaucoup de naturel… »

Moins que le cynisme de la vie, c’est les mots et les images avec lesquels on la raconte qui souvent me fascine. Et « B. », 27 ans, a trouvé ces mots. Il a trouvé ces images. Il a trouvé, désormais, son public. Un public de 140 000 internautes, soignants et soignés confondus, selon les derniers chiffres. J’en étais. J’en serai demain encore. Parce que, racontée avec ces mots-là, la vie me semble un tout petit peu moins tragique, justement.

-Lexie Swing-

Egalité hommes-femmes: ces pubs qui nous défrisent

Petite sortie ciné hier après-midi pour voir le dernier Tarantino. 17h, la lumière s’éteint et quelques pubs se succèdent. Et puis là, un pop-corn se coince. Pas dans les rouages de la salle de projection, non non, dans ma gorge. Bien au fond. Et j’en éructe de surprise. Puis de rage. Car au milieu des habituelles publicités pour les magasins et restos de la ville, la Région a calé sa propre annonce promotionnelle pour les études en Midi-Pyrénées. Tout à fait louable de sa part me direz-vous. Sauf que…

Sauf que… première image… un garçon. Il clame « je veux être docteur » (grand bien lui fasse). La fille à côté de lui répond, du tac-au-tac, « et moi infirmière ». C’est ce qui s’appelle avoir de la répartie. Enfin en 1960. Parce qu’à mon époque les filles répondent plutôt, « et moi ingénieur ». Mais bon, voyons la suite, on est joueur.

Les femmes n'aspirent qu'à une chose: être des princesses./ Photo D.C.Atty

C’est bien connu, les femmes n’aspirent qu’à une chose: être des princesses./ Photo D.C.Atty

Deuxième image. Le garçon « je veux être cariste » (un bon choix, le bâtiment manque de main d’oeuvre). La fille? « Et moi coiffeuse! » (jusqu’à preuve du contraire, la coiffure est un secteur qui lui, ne manque pas de volontaires). Mais allez, allez, y’a sûrement une leçon à tirer de tout ça, MidiPy est moderne, MidiPy veut nous dire quelque chose.

Troisième et dernière image. Le garçon: « Je veux être sportif de haut niveau » (un métier d’avenir, c’est certain…). La fille: « je veux être… secrétaire! » WHAT…THE…FUCK!! (Pop corn-étranglement-éructations-larmes-jurons-menaces). Alors là, une seule possibilité: la Région nous dit tout ça pour afficher ensuite un grand « NON », genre avec un sens interdit, un poing levé, un truc un peu révolutionnaire quoique, histoire de nous montrer que non, MidiPy ne mange pas de ce pain rassis.

Tu parles Charles… Le seul petit message qui a suivi? Un truc genre « MidiPy regorge de formations et d’études en tout genre, venez chez nous ». C’est marrant parce que pour moi, les études en MidiPy c’est plutôt ingénierie, aéronautique, informatique, audiovisuel, journalisme, droit et politique… Que des trucs « d’hommes » assurément!

J’en profite pour vous rappeler l’existence de cet excellent bouquin d’Annie Pastor: « Les pubs que vous ne verrez plus jamais« , un véritable recueil de sexisme et de racisme dont on n’est pas toujours si éloigné aujourd’hui.

-Lexie Swing-

La valse branlante des nouveaux pères

On parle encore d’eux comme d’une espèce en construction, à mi-chemin entre le bébé courgette et la couche avec repère de fuite urinaire. Testé mais pas encore approuvé. Doit encore faire ses preuves.

Le magazine Parents y consacre quatre pages dans son édition de février. Outre le rôle de plus en plus important que joue ces pères, la journaliste Gaëlle Guernalec-Levy en profite pour souligner toute la difficulté qu’ils ont à tenir cette place. Question de volonté? Même pas. Question plutôt d’organisation, de vision de la société, de timing. Les nouveaux papas ont, disons-le clairement, le cul entre deux chaises, voire trois. Oui c’est un peu le Koh-Lanta de la chaise musicale. Après s’être fait rabrouer depuis une trentaine d’années parce qu’ils ne jouaient pas, ou qu’à moitié, leur rôle de père, ils doivent désormais se débattre entre des patrons peu disposés à leur laisser du temps pour éduquer leurs enfants et des épouses volontiers critiques mais finalement très réticentes à leur accorder du crédit dans ce rôle. Parce que le « si tu n’es pas sage, je le dis à Papa » est encore beaucoup plus utilisé que le « tu aimes bien cette robe? Tu iras voir avec Papa samedi si elle existe dans ta taille ». Parce que les hommes ne connaissent jamais, c’est bien connu il paraît, la taille de vêtements de leurs enfants ou le numéro de téléphone de la nounou. Parce qu’il y a encore beaucoup de mères qui préfèrent accoucher seules pendant que le papa attend dans la salle à côté, « parce que tout ça, c’est avant tout une affaire de femmes » assurent-elle.

Jeune père américain et son bébé./ Photo Tobyotter

Jeune père américain et son bébé./ Photo Tobyotter

A la lecture de l’article, j’ai réalisé que ces nouveaux pères se trouvaient sur le même parcours de cross-country que les femmes d’aujourd’hui, qui se battent encore pour qu’on leur accorde autant de crédit en tant que mère, qu’en tant que salariée ou chef d’entreprise. Est-ce parce qu’on en a bavé, et qu’on en bave encore, qu’on refuse de leur faciliter la tâche? N’empêche qu’assurer que les hommes ne savent pas changer une couche, donner un bain ou préparer un biberon sans l’intervention quasi militaire de sa compagne, c’est largement, largement, aussi sexiste et injuste que de klaxonner la voiture de devant en proclamant « femmes au volant, mort au tournant ».

-Lexie Swing-

Viol collectif, barbarie: la jeune Indienne a succombé à ses blessures

Samedi matin, au réveil, les chaînes d’info en continu affichaient une triste nouvelle: « La jeune Indienne victime d’un viol collectif est décédée ». On passera sur la hiérarchie de l’information (vacances au ski, censure du Conseil Constitutionnel sur la taxe à 75% pour les très hauts revenus, puis seulement l’Inde), et on remercie Le Monde pour avoir choisi de traiter l’info en priorité. Dans l’article en lien, la jeune femme de 23 ans est dans un état critique, dans celui que je vous écris, nous avons dégringolé d’une marche supplémentaire: elle est morte. Elle est morte et la rage de l’Inde monte, montrant au monde une réalité que beaucoup ignoraient.

Le crime a été perpetré à New Delhi, la capitale indienne.

Le crime a été perpetré à New Delhi, la capitale indienne./ Photo KlausNahr

Comme l’expliquait l’Express hier, l’étudiante de 23 ans a pris le bus à New Delhi après une soirée ciné – comme n’importe quelle étudiante – où elle s’est retrouvée aux prises avec six jeunes bourrés – comme ça peut arriver à n’importe quelle étudiante – qui l’ont violée au fond du bus sans que qui ce soit intervienne malgré le fait que le bus ait été contrôlé à plusieurs reprises par la police sur son trajet – comme ça ne devrait arriver à personne. Ajoutez à cela que ses intestins, son vagin, etc, ont été atteints de multiples lésions parce qu’entre autres sévices ils l’ont pénétrée avec une barre de fer rouillée et on est au comble de l’horreur. Spectateur désemparé, on est assailli de questions: pourquoi la police n’a rien fait? Pourquoi le chauffeur du bus n’a-t-il pas réagi? Qu’est-il advenu du petit ami de l’étudiante? Pourquoi une autre jeune femme indienne s’est-elle suicidée vendredi, arguant que la police avait refusé d’enregistrer sa plainte pour viol? Quel est le quotidien de ces femmes? Ont-elles peur tout le temps? Evitent-elles elles aussi les rues sombres la nuit pour ne pas faire de mauvaises rencontres? Est-ce que leurs taxis sont sûrs? Se font-elles raccompagnés par leurs amis le soir? A quel point ont-elles peur? Et est-ce que la famille de cette jeune femme pourra un jour se dire qu’elle n’est pas morte en vain?

-Lexie Swing-

Noël: l’attirail de la petite ménagère

Comme l’a fait remarqué récemment un blog du site Le Monde, le sujet du sexisme dans les catalogues de Noël revient, tout comme le sapin, chaque année. Outils pour les garçons, cuisinière et aspirateur pour les filles, les pages sont comme une ritournelle incessante qui nous renvoie à la figure que l’égalité hommes-femmes n’est pas tout à fait acquise.

Quels jouets sous le sapin?

Quels jouets sous le sapin?/ Photo Hades2k

Le blog mentionne notamment le travail de Rachel Duriez qui a fait de la modification des pages les plus sexistes son cheval de bataille. Après avoir réalisé un tumblr « Fais comme maman » (plateforme de microblogage) mettant en avant les exemples les plus flagrants, elle a patiemment contacté les magasins de jouets. Sans effet généralement.

Pêle-mêle dans son tumblr on retrouve donc les pages « Tout faire comme maman, c’est vraiment marrant » de chez KingJouet, le fer et la planche à repasser chez Cdiscount ou Auchan, les cuisinières, le chariot de ménage… bref la parfaite panoplie de la bonne à tout faire. Ah… et en avançant sur les pages, je viens également de découvrir une machine à laver, j’avais jamais vu ça encore… je suis bluffée.

Ce n’est pas le but de son tumblr, mais le sexisme existe également pour les jouets garçon dans la version « fais comme papa ». Lorsqu’on est une fille justement, les pages garçons paraissent toujours plus fun, c’est un peu l’inconnu: conduire une voiture, utiliser des outils, jouez avec des superhéros en gros muscles et petit slip, c’est un autre monde. Dans les faits, les petits garçons sont donc cantonnés au rôle d’homme à tout faire, cambouis sur les biscotos et rots en fond de gorge. Tout un programme!

 

-Lexie Swing-

Il est temps de légaliser le mariage pour tous

J’ai honte. Je me trouvais à Toulouse samedi dernier, prise en sandwich entre diverses manifestations, et surtout entre deux camps: les pour et les anti mariage gay. Parmi ces derniers, des tas de monsieur et madame Toutlemonde, qui ne montrent jamais leur bout de nez dans les manifs mais qui ont trouvé la cause suffisamment importante pour venir à celle-là. Lorsqu’il s’agit de défendre les droits des enfants ou celui des femmes battues, ils sont une poignée tout au plus. Lors des piliers de grève contre les délocalisations d’usines, on compte à peine une centaine de sympathisants, qui acceptent de baisser la vitre de leur voiture deux minutes 35 pour écouter les salariés et futurs chômeurs. Mais lorsqu’il s’agit de défendre l’idée d’un mariage entre un homme et une femme, ils sont des milliers. La France est, encore une fois, le pays où les hommes sont libres et égaux en droits mais bon pas tous quand même, pas trop les homosexuels, pas vraiment les femmes, et très moyennement selon la couleur de peau ou la religion…

Humour

Humour

Ce n’est pas faute d’être cernés pourtant. En Europe, la Belgique (2003), les Pays-Bas (2001), voire, plus au Nord, la Suède et la Norvège, en 2009, et le Danemark depuis cette année, ont légalisé le mariage gay. Serions-nous un pays encore trop tenu par la religion? Pourtant l’Espagne (2005) et le Portugal (2010), deux pays fortement catholiques, proposent le mariage pour tous. Huit pays en tout sont concernés.

Du côté des USA, le chemin se fait doucement, dans un pays qui oscille entre l’adoption par des couples homosexuels et la pénalisation de l’avortement, selon les états. Au début du mois, le Maine et le Maryland ont à leur tour reconnu par référendum le mariage gay. Parce qu’il y a de la route à parcourir, le site College Humor propose une savoureuse petite vidéo: ils sont acteurs, ils sont charmants et ils sont gays, alors ils préviennent « Nous savons danser, cuisiner, nous comprenons les femmes, si vous ne soutenez pas le mariage gay, c’est vos copines que l’on va épouser ».

-Lexie Swing-