Lexie

En silence

6 jours./ Photo DR Lexie Swing
6 jours./ Photo DR Lexie Swing

J’ai bondi. Il était 2 heures 40. Tu étais perdu, endormi depuis quelques minutes à peine. J’ai bondi et c’était le jour J. L’aventure commençait. On nous avait parlé des photos, de ces visages tirés, de la fatigue visible. On a fait fi de tout ça. On a ri. On s’est douché. On s’est lavé les cheveux. Tu les portais déjà longs. On les a séchés. Un peu plus vite que d’habitude. Je me suis maquillée. Pour que tout soit parfait. Il était 3 heures 45. On a pris la route. On avait une heure. On avait craint les bouchons, la neige, les contractions chaotiques. On était dimanche, le jour n’était encore qu’un espoir et la route parfaitement dégagée. On a sillonné les routes de notre campagne. Toutes les cinq minutes, notre conversation s’arrêtait. Je serrais ta main plus fort. C’était le signe. Imprévu. Inaudible. Compris de toi seul. Dans un virage, nous avons échangé un regard. Je t’ai dit « nous allons être parents ». Ou peut-être est-ce toi. Nous repasserons cent fois encore par ce virage, changés à jamais. Mais c’est le jour J. Nous ne sommes encore que deux, avec des pieds qui dansent la sarabande dans mon ventre. Il est presque 5 heures, Toulouse est silencieuse. Nous pénétrons doucement dans notre ancien quartier, notre premier quartier, à quelques mètres à peine de ce cocon suspendu qui fût notre maison. Je te dis que je peux marcher. Je fais dix pas, et je te dis que peut-être pas. Je serre les dents, tu me soutiens. Il en sera ainsi jusqu’au bout du chemin. L’hôpital chuchote. Une heure passe. Lasse de serrer les dents en silence, je lâche la seule phrase qui traversera mes lèvres ce matin là : s’il vous plaît, faites quelque chose. Serrer ta main ne suffit plus. En silence, on me fait asseoir, me pencher en avant, plonger mes yeux dans les tiens. Voilà, madame, bientôt ce sera mieux. La voix est douce à mon oreille. Et puis l’éternité baigne la pièce, le temps est suspendu. Deux heures encore. Deux heures à rire, deux heures à dormir (pour moi), deux heures indécises. Il est temps. Elle est là. Quelques minutes à peine. Elle n’est pas encore sortie qu’elle pousse déjà un cri. Affronte le monde avec cette personnalité si forte et si calme à la fois, qui la caractérise. Elle est au milieu des courbes, à l’heure du café, arrivée sur un nuage de coton blanc au détour de nos vies. Plus tard, un médecin dira : « Elle est si sage, sa venue au monde a dû être très douce, je ne suis pas sûre qu’elle sache qu’elle est née ». Mais nous sommes là pour en témoigner. Toi et moi. On a accompli ce miracle pourtant banal. Il y aura dix-huit mois dans quelques jours, un peu de toi, un peu de moi, tes yeux, mon nez, et une bouche indécise, sont entrés dans nos vies… en rompant le silence. Elle est de nous, unique au monde.

-Lexie Swing-

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5 thoughts on “En silence”

  1. Beau texte et belle naissance! Pour ma première, tout a été facile (l’allaitement, les nuits) et mon accompagnante à la naissance m’avait dit que c’était parce qu’elle avait eu une naissance très sereine. Je ne sais pas si ça joue, mais la deuxième a été un bébé express (moins d’une demi-heure à l’hôpital et elle était là) et tout a été plus rock’n’roll… C’est peut-être juste l’effet deuxième aussi…
    Joyeux 18 mois à ta cocotte!

    1. C’est drôle c’est exactement l’idée que j’en ai. J’ai souvent l’impression qu’elle a un caractère facile parce que sa naissance a été facile. On verra pour le prochain :)

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