Tout ce que l’on ne dit pas

S'aimer et se le dire./ Photo  Tam Tran

S’aimer et se le dire./ Photo Tam Tran

L’autre soir, tandis que je frottais avec une énergie rare, de celle que confère une fin de journée ayant mêlé travail et grossesse, de la porcelaine blanche, mes doigts se réchauffant tranquillement au gré de l’eau mousseuse (je faisais la vaisselle quoi), mon esprit s’est attardé sur une photo entr’aperçue sur Facebook. Un ami backpacker voyageant au bout du monde. Songeant à lui, à notre amitié, des mots me sont venus. Quelque chose comme : « Il était quelqu’un à qui je vouais une confiance inébranlable, malgré le silence, malgré nos absences de messages, il y avait cette confiance et cette tendresse que l’on n’accorde qu’à une poignée de personnes dans sa vie ».

Je sais, c’est beau comme discours. Ça aurait fait merveille à un enterrement. Parce que c’était précisément ça le problème. Je parlais au passé. Mon ami est bel et bien en vie, et je la lui souhaite très longue (je touche du singe en le disant)(ma tête quoi). Mais ces mots que mon esprit déclamait sonnaient comme une épitaphe.

Pendant que je rinçais mes assiettes (j’aime bien ces détails passionnants), j’ai réalisé qu’on est, ou que je suis, prompte à imaginer tout le bien que je dirais de mes proches APRÈS. C’est peut-être une déformation de rédactrice. Trop de post-mortem rédigés, trop de discours griffonnés au bénéfice des autres, qui doutaient de leurs mots et de leur plume.

Pourtant, ces mots ne devraient pas être de ceux que l’on réserve aux morts. Ils devraient être le privilège des vivants. Si mon Pépé cleptomane est quelque part dans mon dos, je ne doute pas que savoir que je l’aimais lui réchauffe l’âme à défaut des os, mais il eut été judicieux de le lui dire de son vivant. Bon je n’étais qu’une jeune enfant et l’odeur de sa maison de retraite me poussait plus à un désir ardent de fuite qu’à jouer cartes sur l’espèce de pauvre petite table à roulettes qui jouxtait son lit en lui confiant mes mots d’amour.

Mais nous ne sommes plus des enfants. Et autour de nous gravitent des gens, proches ou moins proches, qui auraient bien besoin d’entendre combien on les aime, combien on les admire, combien nous savons qu’ils travaillent dur même si les résultats ne sont pas toujours au rendez-vous.

Parfois on entend « mais il sait bien que je l’aime » parce que l’on a peur de ces mots qui déforment un peu la bouche, un peu le coeur, on est timides de les prononcer, de connaître l’impact qu’ils auront. Mais on devrait être généreux de ces mots-là, parce qu’ils seront toujours trop rares au regard des critiques, des réprimandes, des insultes, des regards malveillants, qu’un individu lambda recevra au cours de sa vie.

On noie nos enfants sous les mots doux et après on oublie. Notre coeur bat fort, si fort, mais il sera toujours désespérément muet si aucun mot ne vient ponctuer ce qu’il ressent.

 

-Lexie Swing-

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8 réflexions sur “Tout ce que l’on ne dit pas

  1. Marie Kléber dit :

    C’est tout à fait vrai Lexie. Dire les choses tant que l’on peut. Aucun mot n’est de trop quand il parle d’amour, d’amitié, quand il vante les mérites d’une belle personnes, quand il parle de nos sentiments profonds.
    Je vois que comme moi tu médites sur des choses très philosophiques, les deux mains dans la mousse! Que c’est bon de faire la vaisselle!

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