De l’escalade de l’auto-apprentissage parental

À table./ Photo Better than bacon
À table./ Photo Better than bacon

J’aime bien les titres improbables.

J’ai la chance d’avoir des amies tolérantes et bienveillantes. Il en faut parfois, de la tolérance, pour gérer une fille comme moi qui ne veut ni allaiter, ni rester à la maison, qui fait une tête pas possible quand on lui présente une robe rose, scalpe les Barbies et roule des yeux quand on lui parle du cododo.

On s’est construit sur cette base solide de tolérance : chacune fait comme elle veut, et personne ne donne son avis si on ne lui a pas demandé avant. J’ai donc des amies qui allaitent, qui donnent le biberon, qui mettent des robes roses à leur fille, ou des shorts roses à leur garçon. J’en ai qui laisse leur bébé regarder la télé dès le premier mois, et d’autres qui ne jurent que par les jeux-faits-maison-inspiration-Montessori. Certaines ont refilé des petits pots, d’autres ont écrabouillé des légumes bios avec enthousiasme, mais la plupart ont fait un peu des deux, quand même. Il y a mes amies mères au foyer, celles qui s’essayent au temps partiel et puis les accros-au-boulot qui peinent à décrocher plus d’un mois (je plaide coupable).

Il y a surtout, de la mesure. Des divergences, mais peu d’empoignades. On a des tas d’idées reçues lorsqu’on commence dans la vie comme parent, et celles-ci sont reléguées au rang de niaiseries rapidement, bien souvent par les enfants eux-mêmes. Mais les amies qui font « autrement » sont autant de sources d’inspiration parentale, pour autant qu’on s’essaye à la tolérance.

Ceci dit, et c’est rare que je le pense, il y a une limite à cette tolérance (oui j’ai mis trois paragraphes à arriver au coeur du sujet), c’est la mise en danger. Internet a permis l’auto-beaucoup de chose. L’auto-formation, l’auto-médication… Mais il a véhiculé avec cette liberté un danger : celui de prendre pour argent comptant tout ce que véhicule les forums, et de mal comprendre les informations que donnent des sites plus officiels. Quand on apprend quelque chose à l’école, par exemple, on a pour support un livre. Il délivre l’information. Le prof, si c’est un bon prof (à mes yeux) ne se contente pas de retransmettre cette information, il l’explique, il la met dans un contexte, il en souligne l’origine et les limites, tout en passant rapidement sur les cas particuliers.

Il y a quelques semaines, mes cheveux se sont dressés sur ma tête au détour d’une conversation que j’écoutais. Une jeune mère disait avoir attendu les 15 mois de son fils pour lui donner de la nourriture solide. Elle s’est inquiétée quand il a commencé à perdre du poids, se disant qu’elle ne devait pas avoir assez de lait. Elle est alors passée au biberon comme supplément, mais sans succès. Pourquoi avait-elle tant attendu ? Parce qu’elle avait lu que, plus on attend pour donner les aliments, plus on réduit les risques d’allergies. Elle était également sûre d’elle : l’OMS recommandait un allaitement exclusif jusqu’à 18 mois.

Si on y réfléchit, c’est vrai : on lit parfois que donner certains aliments comme les arachides assez tard permettraient de diminuer le risque de développer une allergie. On lit de plus en plus aussi l’inverse : une étude israélienne a récemment montré que les enfants qui consommaient tôt des arachides avaient des risques égaux sinon moins importants de développer une allergie. Le Canada applique ce principe-là, recommandant d’introduire la plupart des aliments, fruits tropicaux et noix compris, aux alentours de six mois, du moins quand on commence la diversification. En gros : on dit beaucoup, et son contraire, comme pour tout lorsqu’il est question de prévention. Mais en aucun cas on ne prescrit d’attendre les 18 mois de l’enfant pour commencer la diversification. Mais voilà : on lit « il vaut mieux attendre pour certains aliments » et une mère, sûrement bien intentionnée, estime que 18 mois peut alors être l’âge juste. Mieux encore : l’OMS recommande un allaitement exclusif jusqu’à 6 mois je crois, et sûrement le plus longtemps possible ensuite après la diversification, probablement 18 mois. Mais ladite maman y a lu un raccourci : allaitement exclusif jusqu’à 18 mois. Forcément…

Avec les enfants, comme avec les médicaments, surnombre = danger. Non je plaisante. Avec les enfants comme avec les médicaments, il faut se méfier de « l’auto ». Accepter d’admettre que l’on peut se tromper. Recouper ses sources. Mettre ses choix à l’épreuve de la vie. Ne pas se focaliser sur des dates, sur le temps présupposé donné par les médecins pour apprendre à marcher. Poser des questions, surtout. Au pédiatre, à la nounou, aux sage-femmes, et aux amis. « Comment tu fais toi? » La réponse n’a pas valeur de jugement. Elle n’est pas non plus coercitive. Elle donne une indication. Elle aide, dans tous les cas, à faire le bon choix.

Il n’est jamais idiot de demander de l’aide, de poser des questions comme « et comment je les cuis les carottes du petit? » Parce qu’il y a de bonnes et de mauvaises choses. De bons et de mauvais choix. Et qu’il n’est pas évident de savoir – par exemple – qu’un enfant de moins de un an ne devrait pas consommer du miel. Ou que le blanc de l’oeuf peut-être allergène. Voire encore, qu’il vaut mieux introduire un aliment à la fois, pas parce que les mélanges provoquent des réactions mais parce qu’en cas d’allergie, il sera plus facile d’identifier le coupable si on n’a pas testé le même jour choux de Bruxelles et salsifis (mais qui fait ça à son enfant??? Pourquoi pas foie de veau tant qu’on y est?). En matière de parentalité, il n’y aura jamais de mauvaises questions. Juste des précautions.

-Lexie Swing-

7 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Le truc, c’est que toutes les familles et tous les enfants sont différents, qu’on le veuille ou non. Y’a pas de mode d’emploi, de trucs infaillibles. On m’a donné des conseils super judicieux sur le mode « tiens, je te dis ça à tout hasard, mais ce qui marchait pour moi c’est… ». Ça, j’adorais. Merci les bonnes copines. :-)

    J’aime beaucoup moins les gens, souvent des inconnus d’ailleurs, qui assènent leurs vérité. « Un enfant gardé, c’est un mère qui fait pas son boulot », « c’est à l’enfant de décider », « nourrir = allaiter », etc. C’est juste malsain sans contexte. J’ai beaucoup de mal avec les gens qui 1) manquent de recul 2) manquent d’empathie 3) manquent d’humour 3) croient tout savoir.

    1. lexieswing dit :

      Non c’est sûr, mais c’est pour ça que je dis qu’aucun conseil n’est coercitif. Ceci dit, il est bon de demander conseil justement je trouve plutôt que de s’entêter avec quelque chose qui ne fonctionne pas. Par contre je suis d’accord pour ce que tu dis, « c’est juste malsain sans contexte » de donner des conseils, particulièrement les inconnus!!

  2. Weena dit :

    C’est la deuxième fois que j’entends parler de ce « problème » : l’allaitement exclusif est mis en opposition à la diversification … Je lisais il y a quelques jours, l’article d’un mère qui disait avoir craqué face aux demandes de sa fille en la diversifiant vers 5 mois alors qu’elle souhaitait allaiter exclusivement jusqu’à un an ….
    Je pense qu’il y a effectivement un gros problème d’interprétations et d’informations dans ces contextes … il faudrait peur-être que les sites qui prône l’allaitement exclusif rappellent que l’allaitement maternelle « s’oppose » aux laits artificiels, alors que la diversification est une étape du développement de l’enfant qui se produit entre 4 et 6 mois. ;-)

    1. lexieswing dit :

      Ça me dit quelque chose l’article dont tu parles. Ce que je ne comprends pas c’est comment on peut en venir à de telles interprétations : il y a quand même un suivi pédiatrique ! Je suis au Canada mais je sais que c’est pareil en France, tu vois le médecin tout les tant de mois pour vérifier certaines choses et glaner des conseils. Comment ça se fait que certains parents puissent ne pas avoir accès à ce genre d’infos sur la diversification ?

      1. Weena dit :

        Beaucoup de médecins ne sont pas bien formés à l’accompagnement de l’allaitement et ont donc tendance à facilement proposer le biberon au moindre problème après 2/3 mois d’allaitement : résultats, les sites les plus extrême d’allaitement exclusif recommandent de ne pas écouter les médecins :-S

      2. lexieswing dit :

        Ok je vois ce que tu veux dire, c’est vrai que je n’ai jamais été confrontée à ce problème :)

  3. petiteyaye dit :

    je viens de te faire un long commentaire qui a disparu dans la nature, je suis toute énervée, mais entièrement d’accord avec toi, le début, la fin, tout tout tout !

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