D’où viens-je…

Chacun son histoire./ Photo Steve C
Chacun son histoire./ Photo Steve C

J’ai lu l’autre jour le témoignage d’une mère de famille dont l’aînée est malade. Une leucémie. Si sa fille rechutait, une greffe de moelle osseuse serait nécessaire. Sa maman s’interrogeait alors : « devraient-ils avoir un autre enfant dont la compatibilité avec sa sœur serait testée au moment même de sa conception, assurant ainsi à cette dernière de pouvoir un jour, peut-être, bénéficier de la greffe de moelle nécessaire à sa survie? »
Les commentaires étaient chaleureux mais les interrogations inévitables. Comment cet enfant vivrait-il son statut de « bébé médicament », comme on les appelle souvent? Je rappelle pour la forme que le bébé en lui même n’est pas affecté par la greffe car le prélèvement se fait au niveau des cellules du cordon.

Il sera né dans l’unique but de sauver sa sœur, écrivait quelqu’un, l’air visiblement soucieux d’une telle destinée. Moi je trouve ça assez ambitieux comme raison de vivre. Nous n’avons pas tous l’étoffe d’un super-héros mais certains d’entre nous naissent déjà avec un destin de sauveur donc. Même JC n’a pas fait mieux.

Non sans rire. « Vous ne l’aurez pas vraiment désiré ». Comme si l’amour qu’on porte à un enfant se mesurait à la grandeur de l’envie qu’on a eu de l’avoir.

Que dire alors…
De ceux qui ont été conçus « par accident », à cause d’un oubli de pilule ou d’une soirée trop arrosée?
De ceux que la mère désirait ardemment et le père un peu moins, ce-dernier ayant profité du séjour à la maternité pour s’éclipser ?
De ceux conçus vite vite après la disparition d’un frère ou d’une sœur aîné(e)?
De ceux pour lesquels il a fallu l’intervention d’une tierce personne, donneur de gamettes ou mère porteuse ?
De ceux, ces petits derniers, conçus pour stabiliser un couple qui n’en finissait plus de se séparer (et finit souvent par divorcer quand même)?
De ceux qu’on attendait pour apporter « l’autre sexe » à une famille dont la fratrie n’était que d’un seul genre… Et qui se retrouvent à avoir encore une fille, ou encore un garçon ?

Nous sommes tous nés pour des raisons qui n’appartiennent qu’à nos parents. Pour des actes manqués. Parce la vie l’avait décidé. Nous ne sommes pas toujours acteurs de la conception mais nous seuls prenons la décision de garder ou non cet enfant, et c’est à cet instant précis que le désir d’avoir cet enfant intervient. Il ne se mesure pas, ne s’évalue pas, et ne peut guère se juger.

On craint qu’un bébé médicament vive avec un fardeau, mais c’est nous, ses parents, son entourage, ses amis, la société, qui choisissons d’en faire un fardeau. Et nous avons aussi le choix d’en faire une réalité acceptable. Une conception comme une autre. En tant qu’individu, nous ne nous résumons pas à la raison pour laquelle nous avons été conçus, ni à la manière dont nous l’avons été. Ce n’est qu’une infime partie de qui nous sommes.

Ce qui importe, à mes yeux, c’est la vérité. Asseoir l’invraisemblable. Accepter de mettre à nu son histoire et parfois ses erreurs pour laisser son enfant grandir libre. Ce qui entrave une vie, ce n’est pas la raison d’une conception, c’est le secret qui l’entoure. Le fardeau, c’est le secret.

-Lexie Swing-

2 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Loreleï dit :

    tout à fait d’accord avec toi
    personnellement j’ai été conçue sur le parking d’une boite de nuit, un soir de réveillon, mes parents s’étant rencontrés dans ladite boîte de nuit ce même soir.
    35 ans après, ils sont toujours mariés, amoureux, j’ai eu un frère et une soeur….
    Et pourtant c’était mal parti ;)

    bizzz

  2. Zhu dit :

    Il y a un bouquin sur le sujet, de Jodi Picoult je crois. Dans le livre, la cadette fait un procès à ses parents alors qu’elle est encore enfant, car elle refuse justement d’être « utilisée » comme « médicament » pour sa soeur.

    Je pense comme toi qu’il n’y a pas de « magic moment », toute conception, tout accouchement, etc. a son histoire. Je connais des mères qui ont culpabilisé à mort de ne pas ressentir le « coup de foudre » à l’accouchement. Ouais, ben quand ça a été dur, qu’on est épuisé et tout, on n’a peut-être pas la force… moi je culpabilisais de ne pas me sentir épanouie enceinte, alors que Mark avait été voulu. Je disais toujours que j’aimais le petit qui grandissait en moi, juste pas la sensation.

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