Pousser ma fille à être quelqu’un d’autre?

Et puis ce sourire./ Photo DR Lexie Swing
Et puis ce sourire./ Photo DR Lexie Swing

La mienne, c’est la petite fille près de la porte. La petite fille près de la fenêtre. La petite fille dans le coin, là-bas. La petite fille qui dessine près du radiateur. La petite fille qui danse derrière la bibliothèque. La mienne, c’est la petite fille seule. C’est sa conclusion en ce moment. Avec qui as-tu joué, je lui demande chaque soir. Aujourd’hui, j’ai joué seule, chaque soir me répond-elle. Elle aime être à deux alors plutôt que de se mêler au groupe, elle s’isole, ignore les propositions amicales et fait fi de l’enthousiasme des éducatrices qui aimeraient créer une ronde plutôt qu’un duo.

Je suis la maman de la petite fille seule. C’est laquelle la vôtre? Celle qui est là-bas, cachée derrière son pouce et ses cheveux longs, qui regarde votre enfant jouer, pour aussitôt s’en détourner. Je suis sa maman et souvent je me demande : « est-ce bien d’être seule ? » J’essaye de déplacer mon aiguille de jugement dans le temps. Comment est-ce d’être seule à 6 ans? À 10 ans? Je fouille parmi les visages de mes anciens camarades. Qui étaient les solitaires ? Que sont-ils devenus ?

J’interroge l’intéressée. Es-tu bien toute seule ? Oui, me répond-elle, oui je suis bien, regarde j’ai dessiné, j’ai fait des roulades et mangé du chocolat. Il y avait des amis avec toi? Oui, oui il y avait les amis. T. jouait avec E. et les autres se disputaient. Je présume son regard observateur, ses questions impitoyables.

C’est une enfant fascinante. Qui assume sa solitude. Incapable de suivre, abandonnant le navire des enfants lorsque ceux-ci font quelque chose qui lui déplaît. Est-ce que je la voulais ainsi? Non je ne crois pas. Ça prend du recul pour admettre qu’on avait dessiné dans les grandes lignes le caractère de son enfant. Est-ce une mauvaise chose d’être solitaire? Ça m’a pris quelques insomnies et sueurs froides mais je dirais que non. Bien sûr, je l’aurais voulue entourée, pleine de bonne camaraderie, sportive et pleine d’adresse. Je l’aurais aussi voulu indépendante, non-influençable, polie et respectueuse. Aurais-je été inquiète qu’elle se plie en tous petits morceaux pour satisfaire aux volontés d’une amie capricieuse si elle avait été « trop bonne copine » et recherchant à tout prix l’amitié de ses pairs en culottes courtes? Oui, probablement aussi.

Je ne sais pas ce que je veux ? Mais si, voyons, je veux le meilleur pour mes enfants, comme nous tous. Reste que le calque que j’avais dessiné pour mon aînée ne joint pas avec l’épreuve définitive. Ça dépasse, ça déborde, ça me démange de gommer certains traits. Mais ce n’est pas un dessin que j’ai, en vrai. C’est une vie, un individu. Que j’ai mis au monde et qui mène sa vie sous mon contrôle, mais hors de mon pouvoir.

Ça m’a pris quelques insomnies, donc. Mais j’ai compris finalement que non, elle n’allait pas changer. Ou peut-être que si. Peu importe. L’important pour moi, désormais, c’est de trouver les bons tuteurs pour l’aider à grandir. Faire de son indépendance une force, de son goût pour la solitude une possibilité d’accomplissement. Louer son sens de l’observation et lui donner un petit coup de pouce par là où ça pêche : le côté moteur, la timidité.

Sa maladresse légendaire ? Non, ça on n’en fera rien. C’est génétique. Vous n’avez pas vu sa mère…

Et vous, que faites-vous pour accompagner vos tout-petits? Des astuces ? Des réussites?

-Lexie Swing-

10 commentaires Ajouter un commentaire

  1. C’est marrant, je me faisais la réflexion ces dernières semaines que mon rôle était un peu en train de changer. Oui, « accompagner », c’est peut-être ça. Des fois, j’aimerais donner à Mark le mode d’emploi de tout, les gens gentils et méchants, les injustices, les règles arbitraires, les choses incompréhensibles. Et puis non, en fait, parce que j’ai ma façon de voir les choses, et lui la sienne. J’accompagne donc, Mark n’est pas moi, il se construit, comme un p’tit Lego.

  2. lexieswing dit :

    C’est exactement ça, j’aurais le goût de les prendre entre quatre yeux et de leur dire « voilà je vais vous expliquer ce qu’est la vie », mais ce sont les erreurs et l’expérience qui nous l’ont appris, à nous, ce serait injuste de leur voler ça au nom de la surprotection

  3. mamanlouna dit :

    Oh oui que c’est étrange de réaliser doucement que notre enfant n’est pas exactement comme celui qu’on s’imaginait. J’en parlais encore hier soir avec Mister F. : notre fille est très différente de nous, elle est plutôt extravertie là où son papa et moi sommes plus timides et observateurs, elle bouge à 100 à l’heure et a du mal à se poser, là où son papa et moi apprécions le calme et la lecture, elle se moque éperdument de la musique alors que c’est toute ma vie. Bref, des exemples comme ça, on en aurait à la pelle, et ce n’est que le début.
    Mais, tu as bien raison, ce n’est pas notre rôle que de pousser nos enfants à changer. Notre rôle, c’est d’accompagner ce qu’ils sont, c’est d’accepter leur personnalité et de les respecter suffisamment pour s’y adapter.
    Oui, mais c’est pas si facile, parfois…

    1. lexieswing dit :

      C’est drôle qu’elle soit tout l’inverse, je pensais que le caractère des parents influençait bcp

      1. mamanlouna dit :

        Ahahah 😂 Moi aussi, mais visiblement pas tant que ça ! En même temps je suis également très différente de mes deux parents.

  4. Tiens…J’ai la même petite fille, a 7 ans elle a toujours du mal avec les grands groupes!

    1. lexieswing dit :

      Et comment est-elle? Epanouie?

  5. Steph dit :

    À la maison, j’ai deux modèles différents. Et, même si elles ont des points en communs avec papa, maman ou encore avec sœurette, chacune reste totalement unique. Propre à elle. On se projette beaucoup dans nos enfants, mais il est rare que nos enfants se projettent en nous ;-)

    Pour ma part, j’observe beaucoup pour mieux répondre à leur différence. Par exemple, une envolée d’impatience de maman en paralyse une, tandis que l’autre se révolte. Finalement, ce ne sont pas les enfants qui se modèlent aux parents, mais bien le contraire…

    Lexie, est-ce que ta fille a un grand sens de l’observation ? Une petite tendance à la contemplation ?

    1. lexieswing dit :

      Oui absolument! Elle ne va participer à qq chose qu’après avoir longuement observé par exemple

  6. Steph dit :

    Souvent les enfants qui semblent solitaire, sont d’abord de grands observateurs. Ils analysent la situation, regardent les interactions et voient souvent des trucs que les autres ne voient pas. Une qualité selon moi ;-) Elle y va à son rythme. C’est parfait.

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