Une journée dans mes souliers

J’ai récemment vu une vidéo du genre. Une semaine dans les chaussures de quelqu’un. C’était une vidéo de boulot (au Québec on dit UN vidéo, je vous le dis pour pas que vous soyez mêlés si un jour vous entendez ça) et la personne avait un travail qui s’y prêtait (beaucoup de déplacements) mais j’ai aimé le concept et j’aimerais ça en voir et lire d’autres sur le sujet.

Une journée dans mes souliers ? C’est parti!

Le réveil sonne chez nous à 5h30. Beaucoup trop tôt pour être honnête. 5h30 c’est un peu comme le milieu de la nuit. C’est donc au milieu de la nuit que notre réveil sonne, et comme tout bon humain du 21ème siècle, nous snoozons. Le vrai réveil, c’est 5h50. Toujours le milieu de la nuit, mais déjà l’aube, les prémices de l’histoire. Alors l’un de nous file sous la douche tandis que l’autre se rend à la cuisine préparer le petit-déjeuner. Ça c’est la théorie. En pratique, l’autre plonge la tête sous la couette, se déplace au milieu du lit et se rendort les bras en croix, profitant de la chaleur des draps et de l’espace libéré. #life

Généralement, c’est le moment que choisit Tempête pour se réveiller. En criant. Et réveiller sa soeur. Qui crie aussi. Une bonne journée commence donc. Parfois, comme ce matin, l’une des filles n’est pas à l’endroit indiqué dans le manuel, aka son lit. Elle est dans le nôtre. Comment est-ce arrivé ? On ne sait plus vraiment. J’ai bien rêvé d’elle me disant qu’elle n’était plus fatiguée et voulait monter dans notre lit – youpi, mais je me souviens avoir alors marmonné « noooon, va dans ton liiiit ». Visiblement ce n’était pas un rêve. Et ma fille est sourde.

Time for breakfast. Facile de s’en rappeler, Tempête arpente la maison en grondant « maaaangeeeer ». Souvent c’est pain et beurre et confiture, ou fromage. Rarement pâte à tartiner maison. Des fois c’est gâteaux du Costco. Bref, pour le côté « healthy » on repassera.

Le temps se fait pressant à mesure que les minutes s’égrènent sur l’horloge du four. Bientôt il est 6h53, toujours il est 7h02 et je me sens stressée de voir ainsi une nouvelle heure entamée alors qu’il reste tant à faire!

On jette le chien dehors et les miettes dans l’évier, et on annonce « les vêtements, pipi, les dents, non dans l’autre sens ». Mais en vrai c’est toujours dans ce sens là, parce qu’il est bien connu que c’est toujours plus agréable de baver sur son chandail propre et de dégrapher son pantalon pour faire pipi sitôt après l’avoir enfilé. Des fois je suis maquillée, des fois par encore, mais dans tous les cas j’ai toujours les cheveux moitié secs et pas de temps pour les sécher.

On met les tuques, les mitaines (moufles). On enlève la tuque pour passer le cache-cou. On remet la tuque. Les bottes sont déjà mises depuis dix minutes et ont arpenté plusieurs fois le salon laissant dans leur sillon des cailloux tel le Petit Poucet. On enfile les manteaux, on force pour passer les mitaines de ski dans l’ouverture du poignet. On zippe mais pas jusqu’en haut parce que dedans il fait trop chaud. On ouvre la porte, on trimballe, on bringuebale, on attache dans la voiture, on revient chercher ce qu’on a immanquablement oublié (lunch/peluche du jour/couches pour la garderie) et on s’en va à trois cents mètres de là. On défait les ceintures, on prend les enfants sous le bras et on court dans la garderie. 5 minutes montre en main et on ressort, pour courir à la voiture et prendre la direction de la gare, en bas de la ville. Il est 7h32, 7h33 à l’horloge de la voiture qui a trois minutes de retard, toujours. Faire chaque matin l’addition dans sa tête et se rendre compte qu’on est en retard. On déboule au carrefour en priant pour qu’il soit dégagé. On a une théorie et un chemin bis. La théorie veut que certains jours soient moins achalandés que d’autres, et le chemin bis passe en contrebas. Lorsqu’on le prend, on peut être sûr qu’en arrivant au dit carrefour, il n’y aura personne sur notre route habituelle. Preuve que la théorie ne tient jamais! Mais pourquoi n’y a-t-il soudainement plus de voitures à 7h36 alors qu’il y a un bouchon à 7h38?

Retour à nos moutons. Nous nous engageons sur le chemin de campagne qui mène à la gare. Ne pensez même pas y aller à pied, c’est un vrai no man’s land excentré de tout. On se gare toujours tout au fond, 4 minutes pour arriver sur le quai. À l’horizon le train fume, en se découpant dans les premiers rayons du soleil. C’est une vision magnifique.

Embarquement. 25 minutes de trajet. Le temps d’un bouquin, d’un échange de messages textes, de quelques courriels ou d’un texte à écrire. Le temps de regarder dehors aussi, et de profiter de la traversée magique du Saint-Laurent, avec les buildings en arrière-plan.

Nous sortons sur le quai, à la gare Bonaventure. Le monde est endormi et il y a peu de portes. Alors en file, nous progressons doucement, tranquillement, péniblement même, les mauvais jours. Comme quoi tout dépend toujours de comment l’on voit les choses.

Je travaille juste au dessus, à un souffle et quelques marches à peine. La journée s’enligne, je profite de la pause de midi pour avancer mes MOOC du moment et lire la presse en ligne. Quand j’ai le temps, je sors. Une petite marche, même au milieu des boutiques, est toujours utile pour se sortir la tête du seau.

Les heures de l’après-midi filent en un clin d’œil. Certains soirs, je reste tard, histoire de coordonner un événement, ou une soirée. Mais le plus souvent, à 16h31 je suis dans l’ascenseur. Je traine un peu dans la gare, maintenant que je suis à deux escalators du train, et c’est comme une invitation au voyage.

Un jour, un jour… Je monterai dans le train pour Toronto, pour Chicago. Mais ce soir, je pars pour Saint-Bruno. Je monte dans le premier wagon, et je m’assois en haut, à gauche, pour avoir une vue sur les quais. Je suis une fille d’habitude, immuable. Tellement que l’amoureux n’a plus besoin de me texter pour savoir où je me trouve. Je suis là, première porte, en haut de l’escalier. Le retour est tranquille, jamais trop long. C’est une vraie bulle d’oxygène, une pause nécessaire entre deux vies qui se marchent sur les pieds.

Voiture (tout au fond du stationnement, une gageure les jours de tempête de neige), garderie, maison. Le chien fait la fête, Tempête réclame « de l’eau » (du lait en fait) et Miss Swing tente prendre le dessus sur la mêlée générale en criant plus fort que les autres.

Les jours bénis, le repas a été cuit la veille au soir et attend sagement sous son cellophane. Souvent ce sont alors des lasagnes et dans le train qui me ramène chez moi je pense à elles avec la même intensité qu’à un nouvel amour à la fin de l’été. Les autres jours, c’est préparation rapide, un riz aux champignons, des pâtes aux légumes ou un quinoa touski. Les filles crient à l’inanition, en se lançant un ballon à travers la pièce. À intervalles réguliers, Tempête se roule par terre et Miss Swing lui dit qu’elle ne l’aime plus.

Heureusement, la nourriture arrive finalement sur la table. La plus petite engouffre son assiette avec tous les outils que la Providence a pu lui fournir (fourchette, cuillère, main droite grande ouverte) tandis que la grande chipote cet avocat dont elle jurait la veille que c’était son légume préféré pour toute sa vie durant.

L’heure du bain donne le signal de fin. Un peu de barbotage, des dents lavés et hop, en pyjama. On lit l’histoire, on se fait les lettres de l’alphabet au complet, on dit quels prénoms d’amis commencent par quelle lettre, quel nom de chose commence par quelle lettre, quels animaux commencent par quelle lettre. On essaye de sauter des pages mais ce n’est pas possible car Miss Swing connaît son alphabet sur le bout des doigts et de son entêtement. On arrive à s’arracher au livre, on éteint la lumière, on fait un dernier câlin et on sort de la chambre.

On revient sur nos pas. On dit « oui tu peux faire pipi ». On rallume la lumière. On attend. On attend encore parce que c’était plus-que-pipi. On essuie. On tient fermement par l’épaule son aînée qui se découvre soudainement un amour démesuré pour le rangement du salon. On reconduit au lit. Et on demande de bien-vouloir-se-coucher-vite-sinon-je-te-previens-je-ferme-la-porte-attention-je-compte-jusqu’à-3.

Et puis vient le moment de débauche, la pure, la vraie. On s’octroie cinq minutes pour lire une page de livre ou regarder le début d’une série. Ensuite la vie nous rappelle à l’ordre, il y a des lasagnes à préparer, une table à débarrasser, un lave vaisselle à remplir et une machine à faire tourner. Les souliers deviennent un peu pesants, un peu étroits. Un instant on se voit loin, pieds nus, sur une plage désertée de tout enfant, de tout travail, de toute contrainte et de tout lave-vaisselle à remplir.

Et puis on remet ses souliers. La vie n’attend pas.

Et vous, quelle est votre journée ?

-Lexie Swing-

 

Credit photo : Lexie Swing

Advertisements

9 réflexions sur “Une journée dans mes souliers

  1. Juliette Giannesini (@Xiaozhuli) dit :

    Oh boy… je suis épuisée rien qu’en te lisant! J’ai explosé de rire à la phrase  » À intervalles réguliers, Tempête se roule par terre et Miss Swing lui dit qu’elle ne l’aime plus. » ;-)

    Tu te lèves vraiment tôt :-/ Surtout l’hiver, l’horreur… et je n’avais pas réalisé non plus à quel point tu devais passer du temps dans les transports en commun.

    J’ai du mal à avoir une journée type, surtout à cause de notre travail. On est aussi très près de l’école de Mark, dix minutes en voiture. C’est aussi beaucoup la course, mais surtout le soir, car moi je suis souvent occupée en dehors des heures normales de travail (on confie à la pige ce qui ne pourra pas être fait entre 9 h et 17 h), je travaille donc beaucoup en décalé. Je peux avoir des journées finalement assez cool, pis tout s’accélère vers 14 h et je finis à 1 h du mat’ sur les genoux car entre temps, il y aura eu ma « soirée de maman ».

  2. Appellation Maman dit :

    Une journée de business maman bien occupée. Toujours raconté avec tes mots que j’adore lire! Ah les 5 minutes de moments de débauches! Et les plus-que-pipi qui arrivent toujours au moment du coucher! ici on connait aussi… Tu m’as inspirée. Peut-être que je vais moi aussi raconter une journée dans mes souliers (enfin si ça ne te gêne pas évidemment!) J’espère que le WE c’est plus calme… bisous

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s