Galanterie : savoir-vivre ou sexisme?

Une porte à passer et le geste de la main de l’homme qui se tient à mes côtés. Un proche, un inconnu. Qu’importe. Un signe de tête imperceptible. Sa main pour retenir la porte. Son épaule contre la chambranle.

Un ascenseur. Des hommes et des femmes. Des hommes qui s’effacent. Et laissent passer les femmes. Un regard circulaire. Un couloir qui se créé entre les costumes, entre les cravates et les chaussures cirées. Et moi qui le traverse.

Un fonctionnement acquis, une danse qui se répète. Un ascenseur encore. Un seul homme et cinq femmes. L’homme est près de la porte. Il sera le dernier à sortir. De l’épaule il retient le mouvement de mâchoire, la porte qui s’agite, prête à repartir.

On voudrait changer la donne, prendre sa place, être une égale, épaule contre épaule, intelligence contre intelligence. Mais selon toute vraisemblance, l’éducation et l’habitude nous ont plus façonnées que la volonté et les certitudes. Dans mon repère, les femmes sont brillantes et fières, plus égales aux hommes qu’elles ne l’ont jamais été dans beaucoup de sociétés de part le monde. Mais elles acceptent le jeu, jouent leur rôle.

Et quel rôle d’ailleurs? Que font ses hommes qui laissent passer, qui tiennent la porte? Quels arrières assurent-ils? Quel danger retiennent-ils? Comment, même dans cette société bien plus égalitaire que d’autres, la galanterie a-t-elle si bien gardé sa place?

Et que faire, d’ailleurs? Et doit-on faire quelque chose? Est-ce une autre forme de soumission féminine et de domination masculine? Peut-on considérer que seule la volonté d’aider règne ici? Est-ce important, de refuser de valser cette danse?

Je sais ce que vous en pensez, on s’en fiche un peu de tout ça non? Je suis d’accord. Qu’importe la galanterie, elle ne changera pas la face du monde. En tout cas pas aujourd’hui. Mais si elle la changeait, demain? Si la refuser aujourd’hui permettait de promouvoir l’égalité dans dix ans? Si mon refus, accompagné d’un sourire, ou ma propre politesse (« non je vous en prie, vous le premier ») autorisait mes filles, et les vôtres, à être un jour les parfaites égales des hommes? Si ça leur permettait, à elles aussi, d’assurer un jour les arrières d’un homme, de votre fils peut-être, sans qu’il s’en sente diminué mais au contraire rassuré, voire valorisé?

Plus jeune, hier, je me sentais flattée. Aujourd’hui, je m’interroge. Et demain?

Et puis vous, qu’en pensez-vous?

-Lexie Swing-

10 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Je trouve votre questionnement fort pertinent. Etant un homme, bien élevé je crois, il m’arrive de tenir une porte etc sans croire à mal. Il est intéressant de se demander si cette politesse n’est pas le terreau d’un asservissement.
    Cela ne m’empêchera pas de refaire ces gestes mais jaccepterai peut-être plus facilement un refus poli comme une saine émancipation.
    Nous avons tant à remettre en cause ou du moins à questionner dans nos agissements réflexes.
    Merci

    1. lexieswing dit :

      C’est difficile d’adopter un comportement différent. Car une femme trouvera peut être ca « cavalier », disons, qu’un homme ne lui propose pas de passer ne premier. Dur de changer nos mentalités ! Mais disons que le pas pourrait se faire dans ce sens: les femmes pourraient « laisser passer » et les hommes accepter qu’on puisse faire preuve de « galanterie » (je me demande si le terme n’est pas purement masculin) à leur égard :)

  2. J’ai le meme questionnement que toi… Meme si c’est vrai que je dois avouer que parfois la galanterie c’est agreable… Je pense que pour moi bcp depend de l’attitude de l’homme en question.
    J’adore la photo en tous cas!

    1. lexieswing dit :

      Oui c’est agréable bien souvent, ça semble être une marque de respect aussi, mais je ne peux pas m’empêcher d’avoir le sentiment que c’est un respect teinté d’un certain paternalisme, plutôt qu’un respect d’un genre en particulier (en l’occurrence les femmes). Mais par contre ca évite bien des cafouillages lol, comme c’est très codifié, les femmes sortent d’elles même en premier, et les hommes suivent !!

  3. J’apprécie la politesse et les coups de main, je m’en fous s’ils viennent d’un homme ou d’une femme. Quand un gars me proposait de m’aider à porter la poussette de Mark dans les escaliers (quand il était bébé), j’acceptais avec plaisir, sans me sentir « petite femme faible ». Je vais pas me faire mal « just to make a point ».

    Pour moi, toutes ces discussions sont vraiment des problèmes qu’on invente. Pas ton article, hein, mais les trucs-qui-posaient-pas-problème et qui tout d’un coup prennent une ampleur dingue dans les médias juste parce que quelques excités ne placent à un bord et à un autre.

    1. lexieswing dit :

      En fait je pense que ça ne poserait pas tant de problèmes s’il n’y avait pas un souci d’inégalité au départ. Mais c’est surtout cette habitude sur laquelle je m’interroge. Je prends l’ascenseur plusieurs fois par jour et le fonctionnement est toujours exactement le même. Les femmes sortent en premier, les hommes ensuite, leur laissant la priorité. Qu’importe le nombre d’hommes, le nombre de femmes, et la place où chacun se trouve. Hier, j’étais la seule femme et au fond. La porte s’est ouverte, les hommes les plus en avant ont commencé à se tourner sur eux-mêmes, jusqu’à m’apercevoir, puis il y a eu comme un signe de reconnaissance, ils se sont tasses sur les bords et un trou s’est formé devant moi. Et j’observe ce bal absolument tous les jours. C’est déroutant! Il m’est arrivé d’attendre, et d’insister en disant « allez y vous d’abord ». Le gars est resté immobile, m’a renvoyé la politesse. Que j’ai retourné. Jusqu’à ce qu’il coupe court par un « mais voyons, les femmes d’abord ». En fait, de ma longue diatribe je veux seulement faire remarquer cette espèce de tradition établie qui n’est pas gênante mais qui repose sur une division des genres un peu surprenante je trouve

  4. Garçons ou filles, les enfants de 8 ans que je connais ( j’enseigne ) bousculent sans scrupule les adultes ou les copains pour passer une porte.
    J’ai bien peur que la galanterie ne disparaisse en même temps que la politesse !
    ( Et je continue à féliciter ceux qui sont respectueux, filles ou garçons )

    1. lexieswing dit :

      Ah ah ah j’avoue que ça ne m’étonne pas ! mais j’imagine que ça s’apprend, comme le reste… Par contre la politesse en général je suis étonnée à quel point ça fluctue. Quand ma première fille a commencé à dire s’il vous plaît et merci, j’ai pensé que c’était acquis. Mais rendu à 4 ans on doit faire des rappels constants. A côté de ça sa jeune sœur le dit automatiquement à son tour. Est ce qu’à 8 ans c’est redevenu un automatisme ?

  5. Denis dit :

    Bonjour, Je ne suis pas en accord avec vous lorsque vous dites que la galanterie est une forme de soumission de la femme, un paternalisme de l’homme. Ca l’était peu être à une époque mais je trouves que, dans ma vie de tous les jours, c’est justement plutôt inverse. Je suis un homme galant, très galant … probablement trop galant. Mais aussi pour une équité (et non égalité) stricte entre les hommes et les femmes (les femmes et les hommes me dirait une féministe).
    Et parfois, au nom de cette équité, ou parce que je n’ai pas envie, je ne laisse pas passer madame en premier, ou je ne leur tiens pas la porte. Ces fois la, vous avez le droit au regard réprobateur des femmes qui finissent pas vous dire « oh ben t’es pas galant toi ». Ce qui est amusant c’est que c’est souvent des femmes qui revendiquent être « féministe » qui ont ce genre de réflexion.
    Quoi qu’il en soit, la peur de la remarque, ou la peur de blesser, nous pousse parfois à surjouer la galanterie. Donc je ne pense pas que concernant ma génération (trentaine), ca soit du paternalisme, ou de la soumission de la femme, mais plutôt une habitude culturelle et qui et maintenant considéré comme un devoir/droit. Triste me direz vous.
    Sinon j’aime beaucoup votre analyse.

    1. lexieswing dit :

      Oui oui vous avez parfaitement raison! C’est aussi ce que je ressens, que c’est une forme d’habitude, une tradition culturelle. Et d’ailleurs, si j’avais poussé plus loin la réflexion, j’aurais dû me demander comment moi-même je réagirais si soudainement ces hommes ne me laissaient plus passer. Certainement que je commencerais par me dire « t’es pas un galant toi ». Je pense que le changement devrait venir des femmes, à elles de faire le geste de « mais allez y je vous en prie », et puis de proposer de porter les sacs, aussi ;)

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