Peut-on leur apprendre à être des sœurs qui s’aiment ?

Avec mon amie A., une question nous taraude depuis longtemps : qu’est-ce qui pourrait faire de nos filles des sœurs qui s’entendent? Comprenez-moi : nous avons chacune un frère. Mais nous avons eu chacune deux filles. Quatre filles à nous deux (oui on est assez fières), mais pas une grande connaissance du sujet.

Des sœurs, j’en ai connues de toutes sortes : certaines avec quatre années de différence et qui étaient comme des jumelles, d’autres avec seulement un an et qui se détestaient. D’autres qui s’étaient détestées enfants, et s’adoraient adultes, et puis des sœurs qui s’étaient adorées enfants mais que la vie d’adulte, ou une banale dispute, avait fini par éloigner.

Pour mon amie A., la tendance a vite montré une grande sœur prompte à s’occuper de sa petite sœur, et une petite sœur en amour avec sa grande sœur. Mais au jeu de l’amour fraternel, la donne a été plus hasardeuse de mon côté. B. a d’abord contemplé sa petite sœur tout juste née avec l’étonnement des enfants de deux ans et demi. Elle s’en est occupée comme le ferait n’importe quel enfant qui aime les poupées : en lui arrachant ses chaussettes et en demandant à lui donner le biberon.

Et puis Tempête a eu six mois et la jalousie a sonné la fin de la paix. Durant plus d’un an, nous avons donc essuyé les cris, les coups, les mots-pas-très-jolis, les trêves aussi. Les moments de complicité étaient comme autant de phares au milieu de l’orage. Les photos en sont la preuve. Mais elles ne disent pas la fatigue, l’exaspération, et le sentiment d’impuissance qui habitaient nos jours.

À l’aube des deux ans de vie commune, le vent a pourtant commencé à tourner, tranquillement. Le ciel est clair désormais, et il s’assombrit de moins en moins longtemps. Quelques «je ne t’aime plus, plus jamais, pour toujours» crèvent parfois le silence, mais ils disparaissent rapidement derrière un nouveau jeu, un grand fou-rire.

L’âge joue un rôle aussi. Et si les 2 ans et demi ont laissé la place aux 3 ans, puis aux 4 ans bien tassés, ils ont aussi transformé le bébé tout neuf en une petite fille énergique de deux ans et demi, qui ponctue volontiers sa colère de claques sonores. The tide is turning.

Mais au fil de l’eau, chacune apprend son rôle. Et ma B., tranquillement, prend sur ses épaules sa place de grande sœur. Je m’en suis rendue compte hier, lorsque sa petite sœur, les mains prises par une voiture et une brosse à dents, s’est tournée vers elle, désespérée, pour lui demander de retirer sa sucette à sa place (pourquoi n’a-t-elle pas posé sa voiture pour le faire… voyons ami parent vous savez bien que PLUTÔT TOMBER QUE D’ABANDONNER SON JOUET!). Et ma grande de se brosser alors les dents, l’anneau de la sucette glissée sur l’annulaire, attendant tranquillement que cette étape de la routine soit terminée pour lui plugger de nouveau son précieux dans la bouche.

Cette même grande qui organise chaque matin les vêtements de sa petite sœur et l’aide à repérer le nœud sur la culotte ou le bouton sur le devant du pantalon pour lui montrer comment mettre ses affaires dans le bon sens. Qui lui enfile ses mitaines. Qui lui apprend à dessiner. Qui lui prend la main chaque matin pour entrer dans la grande salle de la garderie.

Est-ce que cela sera pour autant gage d’une bonne entente? Impossible à dire. Chaque jour je m’interroge. Que dire? Que ne pas dire, surtout? Comment, en tant que parents, pouvons-nous influencer leur entente? Et à quel point peut-on agir malgré leur personnalité propre?

Mes filles seront-elles de ces adultes pour qui leur sœur est tout, une amie autant qu’un membre de la famille, une personne à qui l’on confie tout, la tante préférée de ses enfants? Ou bien s’éloigneront-elles tranquillement? Nous reprocheront-elles de ne pas en avoir fait assez? Peut-on en faire trop? Quels souvenirs heureux garderont-elles de leur enfance à deux?

J’ai pleinement conscience que l’océan sera changeant, tout au long du voyage. Qu’il y aura des périodes de bonheur et d’entente, et des âges où elles se déchireront. Mais si les bases sont solides, je suis persuadée qu’un jour, elles pourront compter l’une sur l’autre.

Alors dans cette idée, j’ai lu des articles, des textes dédiés. Et si comme moi vous vous êtes déjà interrogés, voici ce que j’en ai tiré :

Les disputes sont inévitables, elles font même partie de la construction de la relation. Pour les gérer harmonieusement en tant que parent il faut :

– Éviter de vous poser en arbitre. Le plus possible, laissez-les régler leurs conflits eux-mêmes. S’ils sont petits, vous pouvez par contre agir comme un médiateur, en proposant des pistes de résolution.

– Les encourager à parler de leurs (res)sentiments

– Ne pas les comparer. Vous pouvez mentionner à votre enfant que son comportement n’était pas respectueux, sans ajouter «ta sœur, elle, au moins…» C’est une mention totalement inutile qui n’a jamais aidé un enfant à améliorer son comportement mais qui, on le sait par contre, peut avoir des conséquences au long cours en termes de jalousie et de mésentente fraternelle.

– Prêcher par l’exemple en évitant les conflits ouverts avec son conjoint, et leur expliquer comment résoudre un conflit (se calmer, mettre des mots sur son ressenti et sur le problème, tenter de trouver une solution ensemble…)

Au quotidien, il existe également des comportements simples à adopter pour limiter les disputes, principalement lorsqu’elles sont occasionnées par la jalousie :

– Être juste. Il est tentant au départ d’incriminer toujours l’aîné, ou plus tard l’enfant qui est le plus difficile, mais laissez-leur le bénéfice du doute. Qui prend part à une dispute ou une bagarre, qu’il en soit l’initiateur ou non, doit accepter sa part de responsabilité.

– Passer du temps avec vos enfants de façon individuelle. Un chocolat chaud avec l’un, un jeu avec l’autre. C’est reposant pour le parent et cela permet de nouer des relations plus équilibrées au sein de la structure familiale.

– Leur faire faire des activités différentes. S’ils vont ensemble à la garderie, ou se voit beaucoup à l’école, privilégiez des activités séparées. Ne les obligez pas non plus à avoir les mêmes amis, ou n’obligez pas l’aîné à se coltiner son cadet alors que ses amis sont là. Chacun a le droit d’avoir son espace, ses amis, sa bulle. Il est important aussi qu’ils aient chacun un domaine, une activité, un art, qui leur est propre et dans lequel ils ne peuvent être comparé à leur frère ou à leur sœur.

– Faire du team building. Mettre la table à deux (ou plus), s’occuper des animaux, dessiner à quatre mains… Il existe des tas de possibilités au quotidien pour développer l’entraide entre ses enfants. Et pensez à le faire dans les deux sens. Le plus petit a aussi certainement de la ressource pour aider son aîné!

– Aider chacun à trouver sa place. La place est déterminante dans une fratrie. Cela ne veut pas dire qu’il n’est pas possible de l’accepter et de composer avec. Si vous respectez leurs personnalités et que vous avez conscience que vous-même, en tant que parent, vous vous comportez différemment avec vos enfants en raison de leur place dans la fratrie, alors vous aurez déjà fait une partie du chemin…

Maintenant, racontez-moi, comment vous entendez-vous avec vos frères et sœurs? Qu’est-ce qui a été selon vous, déterminant? Qu’est-ce que vos parents ont fait de bien, par rapport à votre fratrie? Et qu’auraient-ils pu faire un peu mieux?

 

-Lexie Swing-

Crédit photo : Lexie Swing

 

Sur ce sujet :

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5 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Je suis l’aînée, ma soeur a six ans de moins et mon frère neuf ans de moins. J’ai beaucoup joué avec ma soeur enfant, mais on s’est séparées quand je suis devenue ado, puis encore plus quand elle est devenue ado. On ne s’est jamais retrouvées. On est très différentes, et on a aussi été élevées différemment : avec les mêmes valeurs, certainement, mais pas avec les mêmes attentes il me semble… mais je ne suis peut-être pas objective.

    Je ne sais pas trop ce qui nous a séparées. Je pense que nos caractères sont différents et j’ai aussi une théorie-à-la-con un peu perso dont je ne parlerais pas sur le Web.

    Je suis paradoxalement plus proche de mo frère, même si je ne l’ai pas vraiment vu grandir car il avait neuf ans quand je suis partie de la maison.

    1. lexieswing dit :

      Six ans c’est quand même pas mal de difference! Jouais tu avec elle ou était Elle pour toi un « poupon » dont tu t’occupais? Car pour le moment j’ai l’impression que B. voit beaucoup sa petite sœur comme ça

  2. aylyon dit :

    Ouh la la tu tombes dans le sujet du jour!
    Mes frères, ma sœur et moi… comment dire. Je suis au Canada et je suis soulagée d’avoir une distance entre nous. Je ne m’entends avec aucun d’entre eux, un peu parce que j’ai un caractère et des visions des choses très différentes et beaucoup parce que mes parents nous on élevés en ennemis. Diviser pour régner, ils s’amusaient presque à nous monter les uns contre les autres. Le truc c’est que moi presque quotidiennement mes parents répétaient en gros que je valais mieux que tous mes frères et sœur réunis.
    Je ne sais pas comment ils ont pu être aussi cruels avec nous tous mais résultat si mes frères et sœur entre eux ont eu à peu près des relations stables, moi j’ai toujours été à l’écart et jusqu’à maintenant nos rapports sont soit tendus soit inexistants. Je viens d’ailleurs d’apprendre que je vais être tata… mais bon comme mon frère ne me parle plus depuis 3 ans ben c’est plus «biologiquement tata».
    Ma sœur est la seule avec qui j’ai un minimum de relation, surtout parce qu’elle veut connaitre mes enfants, mais bon chaque conversation me stresse plus qu’autre chose parce que la jalousie et la rancœur ne sont pas loin.

    Alors est-ce que je peux dire que j’ANGOISSE à mort que mes enfants ne s’entendent pas? Maintenant ou à l’âge adulte. En plus avec le papa qui n’est pas proche de sa sœur on est pas vraiment des exemples. Pourtant mon grand est LE grand frère, depuis sa naissance (bon sauf qu’il a vomi la première fois qu’il l’a vue, l’émotion!) il s’occupe de sa sœur, lu apprend plein de choses, la protège… mais elle disons qu’elle en profite pour lui en faire voir de toutes les couleurs, lui dire qu’elle le déteste etc… mais ils sont tous les deux angoissés à l’idée que un mourra avant l’autre, qu’ils partiront de la maison, qu’un jour ils ne dormiront plus dans la même chambre.
    Alors on essaie juste de ne pas créer nous les parents des conflits inutiles, on les laisse se débrouiller en général, on suit pas mal ce que tu as mis au-dessus et je prie un peu qu’ils finissent pas en mode famille de m*** comme moi.

    Oups ENCORE un roman

    1. lexieswing dit :

      C’est tellement difficile de bien faire. Je me dis que si qq part on s’interroge c’est que peut être on a déjà fait une partie du boulot… mais je culpabilise d’avance des sujets de conflits que je pourrais leur transmettre. J’assume l’idée que mes filles trouveront toujours qq chose à redire dans l’éducation qu’on leur aura donnée, mais j’ai du mal avec l’idée de nuire à la relation qu’elles pourraient avoir

      1. aylyon dit :

        Après c’est peut-être le propre des parents: s’inquiéter un peu pour tout! Alors que franchement si on ne va pas dans les extrêmes il n’y a aucune raison que ça se passe mal.
        puis même si on fait tout «parfaitement» ben ils pourront aussi mal réagir parce que tout était trop parfait.
        Rhaaaaaaa plus j’y pense et plus je me dis que ça va être ENCORE un gros travail de lâcher prise… mais c’est dur!

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