Le virage zéro-déchet : état des lieux

Depuis quelques mois, nous avons commencé à développer une conscience plus aigüe des déchets que nous produisons. À la manière d’un kangourou paresseux, nous semblons progresser par bonds, plutôt qu’en trottant. En l’espace de deux ans, nous avons ainsi éliminé la viande et le poisson, nous nous sommes tournés vers la production biologique et locale, pour finalement nous intéresser au zéro-déchet.

C’est comme si j’étais tombée amoureuse de la grande blonde timide au fond de la classe. Celle qui a toujours été là, à l’ouest du groupe, que l’on remarque à peine, jusqu’au jour où, à la faveur d’une poésie somptueusement récitée (ou d’une soirée trop alcoolisée), on la redécouvre brusquement. Le zéro-déchet, c’est ma blonde timide. Et je ne compte plus la lâcher.

Pire, j’ai développé une véritable culpabilité lorsque je nie son existence. Une angoisse écologique (ou solastalgie) qui semble être assez répandue désormais, dans notre génération. Écologiquement angoissée donc, je me vois refuser à mon estomac le yogourt granola dans son pot en plastique estampillé 6 – non recyclable. Je subis la pression de ma liste de courses, plaidant en faveur des lasagnes feta-courgettes (un délice) lorsque lesdits légumes sont emballés en trio, plastique étirable en soutien (non recyclable). Je fais demi-tour devant le café voisin, le poing serré sur mon absence de tasse. Pas de tasse, pas de café. Les leçons de privation (de café) seront les plus durement apprises.

Compost et Cie

Ce qui a permis un véritable changement dans notre consommation, c’est la découverte d’un magasin de vente en vrac très bien fourni, notamment en produits biologiques, et la mise en place d’un programme de compostage par la ville.

Parce que moi, ajouter un peu de feuilles par-ci, deux trois haricots par-là, implorer quelques vers de terre et sceller le couvercle pour éviter les assauts des trifouilleurs du coin (entends par là : les ratons-laveurs), ça me disait moyennement. Je préfère laisser ce savant entretien à d’autres (à la ville, donc).

Côté compost, ladite ville n’y est pas allée avec le dos de la cuillère. Tu veux sauver la planète? Trie tes poubelles! D’un ramassage hebdomadaire des déchets, elle a profité de la mise en place du compost pour faire passer le ramassage à une fois aux deux semaines. Les récalcitrants du tri n’ont qu’à bien se tenir : pas moyen de faire les paresseux si l’on ne veut pas se retrouver avec plus de sacs de déchets que la poubelle ne peut en contenir.

Heureusement, le guide fourni était précis, et les possibilités larges quant à ce qu’un compost de ville est susceptible d’accueillir. Pour être honnête, ce fut drastique : notre poubelle de déchets est désormais passée de deux, voire trois sacs par semaine, à un sac pas très rempli aux trois semaines.

Ce qu’on trouve dans le sac de déchets

J’ai lancé une fouille archéologique hier soir pour tenter de savoir ce qu’on jetait encore dans la poubelle «normale». Hors erreurs des filles – j’y ai trouvé quelques mouchoirs et des gâteaux écrasés – la récolte révèle à la fois les faiblesses de la grande distribution et notre méconnaissance quant à la destination de certains produits : film étirable, plastique non recyclable, papier très souillé, ballounes crevées, crayons cassés, collants déchirés, tissus très tâchés (garderie, si tu m’entends), mais aussi éponge et matériaux divers utilisés lors des travaux de la cuisine.

La preuve – peu ragoûtante certes – que les choses se jouent surtout en amont. Ne pas acheter, c’est déjà éviter la poubelle des déchets. Il y a des affaires, cependant – soyons francs – que je ne compte pas arrêter d’acheter demain, à commencer par les collants. Des collants qui finissent inexorablement dans la poubelle après quelques utilisations. Le cycle de vie d’un collant est court même s’il existe d’excellents tutoriels pour les transformer ensuite en éponge pour ceux qui n’ont que ça à faire de leur vie (je rigole bien entendu – mais repenser et retraiter ses déchets est clairement chronophage).

Magasiner en vrac

Il n’y a pas de secret. Si l’on veut éviter les déchets il faut magasiner en vrac. Et là, le mot manquant est «pouvoir». Il faut POUVOIR magasiner en vrac. Je vais réutiliser ici une expression québécoise que j’aime : «C’est pas vrai que».

C’est pas vrai que l’on va faire 50 bornes (à) toutes les semaines pour aller remplir ses bocaux – surtout quand le supermarché est à 3 minutes à pied.

C’est pas vrai que l’on va se taper 5 places différentes pour venir à bout de la liste d’épicerie.

C’est pas vrai non plus que le parent qui travaille 40h/semaine (s’occuper de ses enfants à temps plein fonctionne aussi dans cette équation dramatique) a le goût d’emmener sa vive progéniture le week end, dans un endroit rempli de bouffe à disposition et de bonbons à volonté.

(Un jour je vous raconterai cet épisode intitulé «quand Montessori tourne mal», à savoir le jour où j’ai voulu agrémenté mon week-end de maman solo d’une virée au magasin en vrac. Virée que j’ai édulcorée d’une activité «transvidage : attrape les coquillettes avec la cuillère à soupe et verse-les dans le pot»). (Heureusement, le magasin en vrac où je me rends dispose d’un «coin des papas» comme j’aime l’appeler, c’est-à-dire un espace pourvu de jouets, de livres, et de papas, affalés sur les sofas mis à disposition et surveillant d’un oeil fatigué leur progéniture électrisée par trop d’heures de dessins animés).

Bref, pour limiter ses déchets, il faut acheter en vrac et donc avoir facilement accès à des magasins qui en proposent, ainsi qu’à des légumes sans pellicule plastique (une gageure, dans mon coin, surtout en bio). Mon épicerie s’effectue pour le moment entre un magasin où je trouve en vrac (et en bio) l’ensemble des produits secs, ainsi que des œufs, du tofu, du fromage, du sirop d’érable, de l’huile et tous les produits ménagers possibles; et un magasin bio où je me fournis en légumes. J’y achète aussi quelques produits «emballés» : de la sauce tomate, les céréales des enfants, de la crème glacée, des saucisses végés, etc. Rien qui ne soit infaisable soi-même, mais c’est là où le temps vient à manquer, n’est-ce pas?

-Lexie Swing-

10 réflexions sur « Le virage zéro-déchet : état des lieux »

  1. Cool ! Bon article où je nous reconnais sur certains points. Ici aussi on participe au compost collectif (par contre ça coûte 0,5 € par ouverture du container). On est passé aux bouteilles en verres et aux bocaux / plats avec couvercle pour stocker les repas. Par contre je regrette qu’il n’y ait pas de magasin de vrac dans le coin… et en ce qui concerne la viande, on se fournit à la ferme / coopérative. Le végétarisme ne fait pas partie des plans pour le moment même si on en mange moins souvent qu’avant. Bref on est aussi eco-concernés et on tente de faire de notre mieux pour limiter les dégâts. Bientôt la saison des légumes au jardin ! Bonne continuation à tous !

    1. C’est exactement ça, tu es forcément constraint par ta réalité géographique, économique, familiale, etc.

  2. J’admire tes efforts, nous on est loin de t’égaler. On recyle le plastique/verre et le papier sans problème, mais on a toujours trop de déchets à mon goût. Je ne sais même pas vraiment comment, finalement, vu notre mode de vie (on cuisine, on n’achète pas tant que ça, etc.). Sans même parler de la bouffe, tout le reste de la vie courante me pose des problèmes existentiels. Tiens, les vêtements trop petits et pas en bon état, j’en fais quoi? Pas de chiffons, j’ai bien assez de chiffons! Le sac de classe de Mark dont les fermetures éclair sont cassées, sans possibilité de rafistolage (je suis déjà passée par cette case il y a quelques mois)? Les lampes cassées? Tu vas te dire qu’on casse beaucoup, mais beaucoup de choses sont aussi très « cheap » :-/

    1. On a un organisme assez proche qui récupère tous les vêtements, sacs, souliers, même cassés ou troués. Ils emploient des gens en réinsertion et remettent le tout à neuf avant de revendre. Tu as qq chose comme ça peut être vers chez toi ? Ça réglerait ton pb de chiffon (by the way : mon chum a rangé dans les affaires de Tempete un vieux chandail-chiffon que j’avais oublié sur sa commode ;))

      1. Le problème d’Ottawa, c’est qu’on a des tonnes d’organisations sans but lucratifs (super!) qui croulent déjà sous les dons (super aussi!). Ville de fonctionnaires avec un bon revenu ;-) J’ai longtemps donné les vieux vêtements en très bon état, mais souvent, maintenant, on nous dit que c’est bon, besoin de rien sauf des sous. Puis y’a plein de trucs qui ne se réparent pas, avec la meilleure volonté du monde… le modèle est fait pour racheter, pas réparer.

      2. Oui, de l’obsolescence programmé

  3. C’est inspirant, mais je me sens encore à des kilomètres de réussir à réduire autant nos déchets ! A commencer par le magasin de vrac de notre ville qui n’est ni bien fourni, ni à côté, ni bon marché…. Heureusement que côté fruits et légumes, on a notre marché hebdomadaire avec notre producteur local parce que pour le reste, on a encore du boulot !

    1. Honnêtement pour moi ça doit aussi venir des pouvoirs publics, si rien n’est mis en place tu te débats tout seul… est ce que vous avez quand même un système de tri des déchets ?

      1. On s’est fait notre propre compost dans le jardin et on a un tri classique verre / carton et plastique / déchets ménagers / déchets végétaux. Mais je n’ai pas l’impression de voir le contenu des poubelles diminuer

      2. L’avantage du compost de ville c’est qu’on peut y mettre plus de choses que dans le compost de jardin. Mais franchement belle initiative ! J’y avais pensé mais je n’avais jamais passé le cap

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