La sortie en forêt

Figés sur papier glacé, dans la blancheur de la neige. Ces derniers temps, la neige tombe sans fin et le froid se fait plus mordant. Les activités hivernales gagnent du terrain, au gré du bon vouloir parental et de la nécessité, surtout, de faire se dépenser les enfants excités.

Et puis ça rend bien, les manteaux d’enfants colorés, au milieu de toute cette neige.

C’est ce que je me dis, en découvrant les photos qui abondent sur les réseaux sociaux. Ces mines réjouies dans ce blanc sans fausse note. Il n’y a pas le son, bien sûr. C’est peut-être pour ça, d’ailleurs, qu’on les photographie plutôt qu’on ne les filme.

Parce qu’on sait tous, ce que ça prend de photographier des enfants, ça se plaint avant, ça grimace après, et puis ça se précipite sur toi sitôt le son de l’appareil entendu pour découvrir son visage ainsi immortalisé.

J’y étais, moi, dans la neige ce week-end. J’avais envie de me perdre dans la forêt avec mon chien. Comme il fallait aussi aérer les enfants, j’ai fait d’une pierre deux coups et j’ai mis tout le monde dans la voiture.

Bien sûr, j’ai été accueillie par des plaintes féroces. Il allait faire froid. Il fallait enfiler les habits de neige. Les bas de ski ne rentraient pas dans les bottes… Ça prend beaucoup de volonté dans la vie d’être parent, quand chacune de tes propositions est accueillie par un torrent de complaintes.

Bref, j’ai mis tout ce beau monde dans la voiture, agrémentant l’opération de quelques invitations joyeuses : «On pourra faire un bonhomme!», «Il y aura peut-être des cerfs!», «Crois-tu que le chien aimera se rouler dans la neige avec nous?».

Ambiance éducation bienveillante.

Je vous rassure, ça n’a pas duré. L’une des deux a dit «t’es méchante de nous faire sortir dans le froid», et j’ai perdu les pédales, hurlant, la tête à moitié passée dans l’habitacle que oui, j’étais méchante, que j’étais la mère, je faisais ce que je voulais et qu’elle allait aller marcher dans la neige non mais oh.

Et que je ne voulais plus l’entendre dire un mot.

Mais soyons franc, ça, ça ne marche jamais.

J’ai débarqué chien et enfants sur le stationnement tout proche de la balade, et admiré en passant une autre mère solitaire qui enfilait des raquettes aux pieds de sa fille aînée tout en maintenant un porte-bébé sur son dos pour son plus jeune. La mère était calme, l’enfant était calme. J’ai eu un sourire d’admiration, mais peut-être en pensait-elle autant après tout, moi qui, à défaut de raquettes, avait jugé bon d’emmener un gros chien en balade en plus de mes deux enfants.

J’adore les balades en forêt, le calme que cela procure, l’apaisement qui me gagne immédiatement, comme si le cœur retrouvait son origine.

Mais forcément, c’est moins vrai avec des enfants.

«Remets tes gants!»

– Lâche le chien

– Par par là!

– Attention tu vas tomber du pont!

– Ne mange pas cette neige, le chien a fait pipi dessus!

– Mets toi sur le côté, tu gênes les gens qui veulent passer!

La vie avec les enfants est faite de découvertes, et je me plais à croire que nous les amenons à en faire, que nous les enjoignons à regarder, à toucher, à goûter, que nous mettons à leur portée les belles choses de l’existence pour les enrichir. Que nous nous agenouillons pour voir le monde avec leurs yeux et les portons sur nos épaules pour qu’ils le voient avec les nôtres. Que nous tendons le doigt vers la cîme des arbres et l’aplomb des rochers pour leur montrer ce que la nature a de plus précieux.

Mais des fois non, des fois ça ne marche pas. Des fois, c’est une sortie ratée, une occasion manquée. Ça s’instagrame à peine, ça ne se youtube définitivement pas. Ça s’oublie, ça oui. En espérant qu’on fera mieux, la prochaine fois.

– Lexie Swing-

21 réflexions sur “La sortie en forêt

  1. Pingback: La sortie en forêt - Les Blogueuses

  2. Ahahah, j’imagine trop la scène, la prise de tête totale pour une sortie ratée et tout le monde mécontent; excuse-moi, je ris, ça m’est arrivé tellement de fois ! C’est sûr que personne ne s’en vante, alors merci de briser le tabou et de me faire sentir moins seule !

  3. « Ça prend beaucoup de volonté dans la vie d’être parent, quand chacune de tes propositions est accueillie par un torrent de complaintes. »
    Je compatis! Je suis de tout coeur avec toi!
    J’ai l’impression que le scénario se répète à l’infini chez moi.
    Je constate que c’est donc tout à fait normal puisque ça arrive aussi chez les autres. Ca me rassure aussi, je me dis que quelque part je ne suis pas tant que ça à côté de la plaque!!
    Merci Lexie

    • Honnêtement, à date, la seule proposition qui ait été accueillie avec joie, vécue avec enthousiasme et qui a laissé des souvenirs heureux c’est la fois où je leur ai proposé, lors d’une journée de vacances, d’aller dans une salle de jeux. Nous étions toutes les trois, nous avons tenté tous les toboggans, avions de jetons gratuits pour les arcades. Un excellent souvenir pour elles (et moi aussi mais on s’entend que je préfère la forêt)

  4. J’ai honte de te dire « merci » parce que des moments ratés comme ça, j’en collectionne pas mal, et que ça fait du bien de voir qu’on n’est pas seul. J’aime beaucoup ta description de Maman Zen.
    Hier, il y a aussi eu du grand n’importe quoi ici mais sans neige, ni sortie. Une de ces journées qui te fait te sentir mauvaise mère, d’abord parce que tu n’arrives à rien et finis par hurler, ensuite parce que tu regrettes de ne pas être au travail.

    • Je pense que ça c’est le summum de ma propre culpabilité : quand je regrette de ne pas avoir été au travail :) mais ça m’arrive fréquemment, genre quand il y a une journée de congé et que tu gardes les enfants à la maison, et que tu envies tous ceux qui bossent parce qu’ils peuvent prendre un café tranquille !

  5. J’ai un peu découvert ton site grâce à l’Atmosphérique et j’ai lu avec plaisir ton dernier billet « La sortie en forêt ». A mon âge on n’a plus d’enfants dans les jambes et je n’en ai une qu’une mais ton récit m’a rappelé la glorieuse époque où nous voulions la traîner avec nous pour faire du ski de fond. Les jérémiades me pourrissaient chaque fois la balade et j’ai fini par arrêter de chercher à l’emmener, nous y allions sans elle et la laissions chez une bonne copine.
    A présent je ne fais plus de ski de fond mais je marche beaucoup et avec deux, parfois trois chiens et là ce n’est que du bonheur. Personne ne râle, tout le monde agite la queue de plaisir et je n’ai plus à me soucier de grand chose, sauf peut-être de les empêcher de manger des cochonneries qui traînent ça et là.
    Je connais ton pays d’adoption en été et automne mais je ne me sentirais pas d’aller y vivre car braver les grands froids c’est pas pour moi. J’ai d’ailleurs une de mes amies qui elle a sauté le pas et vit maintenant à Montréal.
    Bonne journée

    • Merci pour ton témoignage! Je pense qu’à un moment pour le bien de tous il faut effectivement savoir renoncer :) C’est difficile car les week ends sont courts et l’on voudrait tout autant prendre du temps pour soi et partager des moments avec ses enfants. J’imagine que plus ils deviennent autonomes, moins la question se pose de toute façon de les « forcer ». Combien de chiens as tu en tout ?

  6. Allez on va se dire que demain est un autre jour!
    Et moi j’aimerai bien voir un peu de neige tiens. Tu m’as donné envie quand même.

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